Ce n'est pas l'hirondelle mais la vitrine qui fait le printemps.
En cherchant bien, aux premiers rayons de soleil, un mariage se cache dans le jardin
Une sixième édition à la plage !
En 2026, CARGO, les photographiques de Saint-Nazaire
explore le territoire de la plage. Espace singulier et vivant où se
conservent les souvenirs, où s’entretient le désir de vacances
lumineuses, où se cultivent les envies de liberté, la plage mérite qu’on
s’y attarde à travers des images d’hier ou d’aujourd’hui, d’ici ou
d’ailleurs, vernaculaires et d’auteurs.
Saint-Nazaire, du 26 juin au 27 septembre 2026, quartiers Centre-ville et Villès-Martin, gare SNCF et ligne de bus Hélyce
"On sait quand ça commence
Pas quand ça finira
On sait qu'on a la chance
Terrible d'être là
Malgré ce que l'on pense
De tout ce que l'on voit
Même si donner un sens
À tout ne se peut pas
On apprend la souffrance
On livre des combats
Qui sont perdus d'avance
Et qui n'apportent pas
D'issue, de délivrance
On fait n'importe quoi
On a peur du silence
On hurle dans les bois
Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos danses
Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos choix
Et vient la récompense
Quand on ne l'attend pas
Comme vient la pénitence
Quand on tendait les bras
On croit que l'on avance
En reculant d'un pas
On donne de l'importance
À ce qui n'en a pas
Butins et indulgences
Qu'on porte à bout de bras
Énergie qu'on dépense
Que rien ne nous rendra
Oh stupide innocence
Oh fol… et cætera
Cependant que s'avance
Le jour… et cætera
Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos danses
Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos choix"
« il y a en ce monde des quantités de choses dont il est préférable, dont on a le devoir de rire. »
Italo Svevo
"Jung a dit un jour que la plus forte passion chez les humains n'est pas
la faim, le sexe ou le pouvoir, bien que ces passions soient très fortes
: la plus forte passion est la paresse.
Plus j'étudie les êtres humains, y compris moi-même, plus je suis portée
à penser qu'en effet la paresse est la plus forte des passions."
-Vous
évoquez des « valeurs érigées comme viriles ». Mais il semble que la
virilité se soit moins construite en promouvant certaines valeurs
que par rejet de « différences », non ?
"Oui. Selon l’idéologie viriliste, il y aurait en effet d’un côté des hommes
achevés, accomplis – le citoyen grec, le colon européen, le fasciste
aryen… –, qui se donnent comme le meilleur du matériau humain, comme
l’excellence humaine, et, de l’autre, des humains inachevés, inférieurs,
lacunaires, que ces lacunes portent sur l’organisation politique,
l’usage de la langue, l’accès à la rationalité, les pratiques sexuelles,
les croyances religieuses, la couleur de la peau… Aussi, pour être
reconnu comme viril, l’homme doit sans cesse prouver, démontrer,
confirmer, par sa force, sa puissance et sa vigueur sexuelle, qu’il est
bien un homme, un vrai. Tout se passe en fait comme si la virilité,
jamais sûre d’elle, était toujours en attente d’une reconnaissance,
d’une validation. Rappelons que le mot « testicules » vient du latin testis,
qui signifie « témoin » ! L’homme aurait-il besoin de témoins de sa
virilité si celle-ci n’était pas sans cesse mise en doute ?
Pourquoi écrivez-vous que le garçon doit « devenir » un homme, alors que la fille « est » déjà une femme ? C’est une idée que j’emprunte à l’anthropologue américaine Margaret Mead. Dans « Mœurs et sexualité en Océanie » [1928-1935],
qui étudie plusieurs sociétés « primitives » de Nouvelle-Guinée, elle
montre que le sentiment d’identité de genre est différent chez le garçon
et chez la fille. Selon elle, devenir un homme est beaucoup plus
difficile que devenir une femme. Car la fillette est naturellement femme, puisqu’elle a le même sexe que sa mère, qui l’a portée et nourrie, tandis que le garçonnet doit devenir
un homme, en se différenciant de sa mère par un long processus
d’intériorisation des codes masculins. Pour grandir, il devra se dégager
de la symbiose originaire avec la mère. Toute l’éducation du garçon
aura, de fait, pour mission de lui apprendre à rompre avec le féminin
dont il est issu, à s’affirmer comme pleinement et ostensiblement mâle.
Ce processus n’est jamais achevé, et de cet inachèvement découle ce
sentiment permanent de menace sur le masculin, de précarité. De
fait, le primat de la force a été, au cours de l’histoire, une source
d’anxiété nocive pour la plupart des hommes – pas seulement les
« efféminés »…
Exactement, le devoir de virilité est un fardeau. On ne naît pas viril,
on le devient, en obéissant à un faisceau d’injonctions physiques,
comportementales et morales très coercitives et très discriminatoires
pour tous, pas seulement les homosexuels et les hommes considérés comme
féminins. Les hétérosexuels, sommés de satisfaire aux réquisits sociaux,
en matière de performance – professionnelle, sexuelle, sportive –, de
surface financière (car « sans pognon, on n’est rien ») et
d’allure (taille, gabarit et look), continuent de se laisser prescrire
leur idéal par un conformisme de genre qui leur impose la réussite et
leur interdit les larmes.
Dès l’Antiquité, là où la femme est définie comme biologiquement
faible, fragile, peureuse, entièrement gouvernée par ses entrailles,
inapte à contrôler ses émotions, irrationnelle et passive, l’homme, à
l’inverse, doit se montrer vigoureux, actif, puissant et dominateur. La
vocation « naturelle » de l’homme est de gouverner et de créer. Car
comment une femme pourrait-elle gouverner, alors qu’elle ne gouverne pas
ses « flux » ? Tandis que l’homme verse le sang et le donne à la guerre, la femme, elle, perd
son sang. Il a un sang glorieux, elle a un sang impur. Le monde et
toutes ses catégories de pensée, binaires et hiérarchisées (haut/bas,
actif/passif, public/privé, extérieur/intérieur…), se sont bâtis en se
fondant sur cette essentialisation primordiale des sexes. Et c’est ainsi depuis la nuit des temps ? Non, la domination masculine
n’est ni originelle ni universelle. Elle procède d’une révolution
anthropologique qui s’est produite au néolithique, entre le quatrième et
le premier millénaire avant notre ère. Après des dizaines de
millénaires marqués par des rapports de sexes relativement équilibrés,
et par l’adoration de divinités féminines ou bisexuées, le monde bascule
peu à peu dans une ère absolument et radicalement androcentrée, durant
laquelle la femme perd l’essentiel de ses pouvoirs, ainsi que sa
dignité. J’ai appelé cette révolution la « virilisation du monde ». Il
leur reste bien sûr le pouvoir de porter et d’allaiter les bébés. Mais, à
partir de l’Antiquité, l’homme s’attribue le rôle principal dans la
procréation, là où elle n’est plus qu’un « réceptacle » destiné à
recueillir le précieux liquide séminal. La théorie de la préformation, dont l’influence se fera sentir jusqu’au XIXe siècle,
explique ainsi que le sperme contient des mâles miniatures, appelés
« homuncules ». Lesquels sont déposés tout faits dans le ventre
maternel. C’est cette théorie que l’on retrouve dans le modèle de la
« petite graine déposée par le papa dans le ventre de la maman ». Tout
au long de l’histoire, le sperme est considéré comme un objet de culte,
au même titre que la fascinante machine dévolue à son intromission dans
le ventre féminin : le phallus. Phallus qui suscite une immense inquiétude, écrivez-vous : celle de ne jamais pouvoir contrôler l’érection…
Il se pourrait en effet qu’à l’origine de l’idéal viriliste il y ait,
plus que la passion de la victoire, la hantise primordiale de la
défaite, guerrière, sportive, professionnelle ou sexuelle. L’idéal viril
repose sur la haine obsessionnelle de l’impuissance. Les hommes
soupçonnés d’impuissance ont fait l’objet des pires condamnations à
travers l’histoire. Rappelons simplement qu’il y eut aux XVIe et XVIIe siècles
en France un tribunal de l’impuissance, dont les jugements envers les
hommes accusés de défaillance étaient particulièrement sévères ! Il faut
remonter à saint Augustin [354-430] pour comprendre à quel
point la panne érectile était considérée comme une malédiction. Adam a
désobéi à Dieu ? Eh bien, sa punition, ce sera de ne pas parvenir à
contrôler son érection ! Le « fiasco » est donc une punition divine, une
indignité, un cataclysme symbolique.
On a longtemps décrit le paterfamilias traditionnel comme un être
distant, peu investi. Mais des travaux d’historiens montrent que le père
antique ou de l’Ancien Régime peut être tendre… Les pères aimants ont toujours existé. C’est ce que montre le médiéviste Didier Lett, auteur des « Enfants au Moyen Age » [Hachette, 1997] :
selon lui, le thème de l’austère figure paternelle ne s’appuie que sur
des sources normatives, à savoir le droit canonique ou les traités de
pédagogie, qui n’ont pas vocation à être le lieu d’expression de
l’affection ou de l’émotion. Mais si l’on étudie d’autres sources,
iconographiques et narratives, on voit apparaître une tout autre image.
Certaines Nativités, peu connues, montrent ainsi un Joseph « versant l’eau dans le bain du bébé […], préparant la bouillie, tenant l’enfant dans ses bras et le berçant, le prenant dans son lit, séchant les langes », écrit Didier Lett. Bien avant que le théologien Jean de Gerson n’écrive, au XVe siècle : « Ne rougissons pas de parler aux enfants comme le feraient de bonnes et tendres mères »,
il existait des pères nourriciers et attentifs, à l’image de Joseph,
dont Gerson encourage inlassablement le culte. Quant au théologien
protestant Martin Luther [1483-1546], qui aimait tendrement ses enfants, il considère que donner le biberon est une tâche extrêmement noble pour un homme.
Faudrait-il, selon vous, écrire une autre histoire de la masculinité,
celle des hommes sensibles et respectueux des femmes et des enfants ? Je voudrais surtout écrire un avenir de la masculinité, ou plutôt des
masculinités. A la différence de la virilité, modèle unique et
monolithique, les masculinités, elles, sont multiples. L’investissement
masculin de la sphère privée et de la vie émotionnelle, la réinvention
de la paternité, l’expression de l’émotion, déjà accomplis par de très
nombreux hommes progressistes, ne constituent pas un « déclin », mais
une chance pour l’humanité – peut-être sa plus grande chance : celle
d’annoncer l’enthousiasmante émergence d’un meilleur équilibre des
relations entre les deux sexes. C’est autour de cette question que, je
crois, se jouera l’avenir du féminisme. Car tant que les hommes ne
s’émanciperont pas des conformismes aliénants qui les amputent d’une
grande partie de leur vérité psychique, ils s’interdiront des relations
équilibrées avec l’autre sexe, et les femmes continueront à subir
discriminations et violences. La révolution du féminin ne sera
pleinement accomplie que quand aura eu lieu celle du masculin."
Olivia Gazalé interrogée par Arnaud Gonzague
illustration Antoine Marchalot pour le Nouvel Obs
BIO EXPRESS Philosophe, Olivia Gazalé
a enseigné à Sciences-Po Paris. Elle est notamment l’autrice du « Mythe
de la virilité. Un piège pour les deux sexes » (Robert Laffont, 2017)
et du « Paradoxe du rire. Et si ce n’était pas toujours drôle ? » (Seghers, 2024).