lundi 31 août 2026

clair-obscur

 
          Jean-Cocteau dans le texte
 

(...) on ne philosophe jamais qu'avec ses souvenirs de jeunesse ; il n'y a pas d'idées supplémentaires."
Aurélien Bellanger 
 
 
 
"Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres."
Antonio Gramsci 
 
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  D'après "Quand la vie prend un tournant inattendu"  échange épistolaire entre Makiko Miyano (philosophe) et Maho Isono (anthropologue/chercheuse)

 
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" Surtout, j’ai peur de le dire, parce qu’au moment où j’essaie de parler non seulement je n’exprime pas ce que je ressens mais ce que je ressens se transforme lentement en ce que je dis. Ou du moins ce qui me fait agir ce n’est pas ce que je sens mais ce que je dis."
Clarice Lispector 
 
 

 
 "La condition humaine, sais-tu bien ce que c'est ? Sans doute, non. D'où l'aurais-tu appris ? Écoute donc. Tous les hommes sont redevables à la mort, et il n'en est aucun qui sache seulement si demain il vivra encore. [...] Eh bien, tiens-toi en joie, enivre-toi et vis le jour présent, le seul qui soit à toi. Inscris le reste au compte du destin."
Euripide extrait de: "Alceste" 
 
 
 
 
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      photo Maximilien Lamy source L'OBS
 

"Cet été a mis le feu… à Voltaire ! Selon les philosophes Jeanne Etelain et Patrice Maniglier, la série de canicules qui a assommé la France et les incendies qui ont ravagé quelque 120 000 hectares de territoire ont aussi carbonisé l’auteur de « Candide ». En 1756, Voltaire a en effet écrit un célèbre texte sur une catastrophe – un tremblement de terre qui avait anéanti Lisbonne – pour soutenir qu’il ne s’agissait pas d’un châtiment envoyé par Dieu, mais d’un événement entièrement naturel, derrière lequel il ne fallait pas chercher de signification morale. Le but de Voltaire était louable : lutter contre l’obscurantisme.

« Mais ce faisant, il a inauguré la croyance que les catastrophes naturelles ne sont que des aléas, des accidents dus à de la matière inerte, sans rapport avec l’activité humaine, souligne Patrice Maniglier, enseignant à l’université Paris-Nanterre. Or, ce qui était vrai en son temps ne l’est plus depuis que la Terre est entrée dans l’anthropocène » – cette période géologique où les écosystèmes naturels sont tous profondément imprégnés par notre activité (anthropos signifie « être humain » en grec). 
 
 C’est devenu une évidence pour parler des canicules : « Nous comprenons tous qu’elles sont un événement non seulement biologique mais aussi politique et social, puisqu’elles n’existeraient pas sans le réchauffement climatique dû à nos activités », expose Jeanne Etelain, chercheuse associée à Paris-Nanterre et enseignante aux Beaux-Arts de Montpellier. 
 

Pour les deux, il faudrait même aller plus loin, et considérer que tout notre environnement a fini par devenir aussi artificiel – c’est-à-dire fabriqué par la main d’Homo sapiens – qu’une voiture ou un smartphone. « Par exemple, l’air que nous respirons, modifié dans sa nature par la pollution et par le réchauffement, n’est-il pas devenu l’air s’échappant d’une sorte de grand climatiseur ? » s’interroge Maniglier. Ce constat les conduit à redonner à la politique toute la place qui est la sienne, dans la lignée de ce que la philosophe américaine Nancy Tuana a écrit jadis à propos de l’ouragan Katrina. Pour elle, Katrina, qui a surtout ravagé les quartiers noirs et pauvres de La Nouvelle-Orléans en 2005, est en effet le fruit d’un phénomène climatique (les cyclones), mais aussi d’activités humaines (déforestation, réchauffement de l’océan…) qui lui ont donné de la puissance, et d’une politique de protection de certains quartiers – les favorisés – plutôt que d’autres. Tuana parle ainsi d’une « porosité visqueuse » (son concept majeur) entre nature et culture, deux notions qu’il est absurde de continuer à penser séparément puisqu’elles s’entremêlent en permanence.

De même, soutient-elle, certains cancers frappant en priorité les ouvriers des usines plastiques de Louisiane dépendent autant de discriminations sociales que de l’émergence d’une maladie biologique. « Ces exemples s’appliquent à la situation de cet été en Gironde, extrapole Patrice Maniglier. Les habitants du village du Porge ont dénoncé la priorité qui aurait été donnée par l’Etat pour protéger les riches villas du Cap-Ferret » – une accusation que les autorités françaises rejettent. 
 

« La matière n’est pas le réceptacle passif de ce que nous lui faisons »

Certains penseurs poussent cette réflexion à un niveau encore plus ontologique (lié à l’être des choses) : et si les canicules, inondations, sécheresses et incendies n’étaient pas simplement des conséquences physiques de notre activité humaine ? Et s’il y avait, au sein même de la matière, quelque chose qui ne relevait pas d’une simple réaction à ce que nous lui faisons, mais qui agissait de son propre chef ? C’est la pensée d’une partie des nouveaux matérialistes, un courant anglo-saxon encore peu connu en France, mais qu’un récent recueil tout à fait pédagogique, dirigé par Jeanne Etelain, entend populariser : « Ce que les féminismes font à la métaphysique ». Rappelons que le matérialisme, en philo, c’est l’idée (partagée entre autres par Lucrèce, Diderot et Marx), que rien n’existe en dehors de la matière, qu’il n’y a pas d’un côté des choses physiques qui seraient des amoncellements d’atomes et, de l’autre, des entités (âme, esprit, Dieu…) d’une autre nature. Tout est matière. Les néomatérialistes vont plus loin : pour eux, la matière est agentive, c’est-à‑dire poussée par une puissance que Jeanne Etelain décrit comme « active, créative et imprévisible ».

Mais attention, prévient la philosophe, « il ne s’agit pas d’affirmer que la matière serait dotée d’une intention pour parvenir à ses fins. Ce n’est pas un animisme, mais une pensée qui s’appuie sur des observations tout à fait scientifiques. Il se trouve justement que la science démontre que la matière n’est pas le réceptacle passif de ce que nous lui faisons ». Et Etelain de citer l’Américaine Karen Barad, docteure en physique et philosophe, qui parle de « performativité » de la matière. Autrement dit du fait que, au niveau quantique, les particules élémentaires agissent d’une manière qui dépend de celui qui les observe – tel chercheur, dans tel labo, à tel instant. Donc, c’est la relation singulière particule-chercheur qui déterminera ce que la particule va faire, et cela n’est jamais prévisible. 
 
 

Cohabiter avec les éléments

Cette idée incite le duo Etelain-Maniglier à appeler de ses vœux « un vrai dialogue, un travail de négociation diplomatique entre l’humain et les éléments comme le feu, avec lequel nous devons apprendre à cohabiter »
 Cohabiter ? Mais encore ? « Nous avons perdu le contrôle du feu parce que nous sommes allés trop loin dans notre désir ardent de feu, soutient Jeanne Etelain, qui rappelle la place centrale de la combustion des fossiles dans nos civilisations, mais aussi les forêts de monoculture qui ont historiquement servi à chauffer les logis et alimenter les usines. Certaines cultures ont noué des relations où, par exemple, un feu permet de lutter contre une autre forme de feu. Ces luttes préventives serviraient de protection à long terme contre les mégafeux, en plus de fertiliser les sols. Il s’agit aussi de repenser plus profondément nos sources d’énergie, par exemple de choisir le solaire contre le charbon. » Il faudra réapprendre, oui, à jouer avec le feu."
 
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"La douleur rebondit où elle tombe, non qu'elle soit vide et creuse, mais à cause de son poids."
 (Grief boundeth where it falls, not with the empty hollowness, but weight.)
WilliamShakespeare 
 


samedi 29 août 2026

tout du long

 

"Prototype personnel de Dieu, mutant à l'énergie dense jamais conçu pour la production en série. Il était le dernier d'une espèce: trop bizarre pour vivre mais trop rare pour mourir."
Hunter-S Thomson -Raoul Duke au Dr Gonzo-"Las Vegas Parano"


"Ce qui compte c'est que les gens ont besoin d'un monstre auquel ils sont capables de croire. Un ennemi véritable et horrible. Un démon vis à vis duquel ils peuvent se définir. Sinon, c'est juste nous contre nous."     
Chuck Palahniuk    
 



Un
jour,
se rassurer avec son stock de livres
Son nombre de marches descendues clandestin aux heures sombres.
Sa forteresse de chez en deçà
avec
leur feu d'artifice aussi
qui fait le beau dans le noir collectif;
avec ses jalons, tout du long.



"Je suis ses traces et ma mémoire est comme le ciel où filent les nuages anthracite, mon enfance enfoncée sous combien de kilos de sable?"  
Olivier Adam (Falaises)   
    


"Tu crois que ce tu as vécu est pire que tout, mais en fait tu devrais ouvrir les yeux et regarder autour de toi. Le malheur, la mort, la faim, la guerre, la maladie... Tout ça, ça pourrit le quotidien de millions de gens. Alors, oui, tu as le droit de chialer, tu as le droit de pousser des jérémiades, mais t'as pas le droit de baisser les bras."
Wendall Utroi 



"Mon seul espoir, alors que nous nous enfonçons dans ces temps sombres, c'est que cette guerre fasse apparaître chez l'un ou l'autre d'entre nous (je n'ose dire chez tous) quelques qualités qui contrediront mon pessimisme. Je ne veux pas dire que la guerre enneoblit, comprenez-moi bien ; je n'y crois pas un instant. Mais je crois, en revanche, qu'elle peut débarasser certains d'entre nous des prétentions qui sont le triste bénéfice de la paix - ces grands airs et ces bonnes manières que nous avons tous adoptés - et nous redonner notre vraie personnalité. Notre humanité ou notre caractère." 
Clive Barker extrait de: "Galilée" tome2

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Photo source: Reporterre


"D’habitude, l’écologie, c’est un peu la dernière roue du carrosse dans les programmes électoraux. Souvent, chez Reporterre, on écrit des articles pour souligner que dans tel ou tel discours le sujet n’a même pas été évoqué…


Mais après un été caniculaire, la donne a changé, et l’écologie est désormais partout (ou presque) : de Jean-Luc Mélenchon (LFI) à Raphaël Glucksmann en passant par François Ruffin ou Fabien Roussel, tous ambitionnent de devenir « LE candidat de l’écologie » pour 2027.

Tandis que Jean-Luc Mélenchon promet la mise en place d’écorégions et la conscription écologique, Raphaël Glucksmann s’attire les soutiens de Yannick Jadot afin de théoriser un « état d’urgence écologique ».

Et Marine Tondelier dans tout ça ? Le parti au tournesol peut au moins se targuer de voir ses alertes sur le climat enfin prises au sérieux. Mais il peine à transformer la théorie en un modèle de société enviable : « Il ne suffit pas d’avoir eu raison si cela ne se traduit pas en actions concrètes qui changent la vie des gens », tacle une militante, favorable à une union avec les partis de gauche.

Mais ce ralliement autour de l’écologie suffira-t-il à apporter de nouvelles voix à gauche pour gagner en 2027 ? Rien n’est moins sûr, estiment des politologues. Car c’est une chose de prendre conscience du réchauffement climatique après un été brûlant. C’en est une autre d’adhérer aux transformations nécessaires pour le contrer. Mais, nous pouvons au moins espérer que l’écologie ne disparaisse pas des discours politiques sitôt l’été passé."

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"Quand on ne sait plus à quoi s’accrocher, on s’en remet aux extrêmes."
Matthieu Biasotto 
 
 

Paroles et musique: Henri Tachan

"On n'retombe jamais en enfance,
L'enfance, on l'a jamais quittée,
Ces vieux, qui vers l'hiver s'avancent,
Ont encore un pied dans l'été,
L'été de leurs grandes vacances,
Où bourdonnent les champs de blé,
Où les longs cheveux de Laurence
S'envolaient au vent de juillet...

On n'retombe jamais en enfance,
L'enfance, je l'ai jamais quittée,
Mon vieil ours en peluche danse
Sous vos lampions d'absurdité,
Et tous mes chevaux de manège
Blancs, à la crinière argentée,
Galopent encore dans la neige
De mes noëls décapités...

On n'retombe jamais en enfance,
Ma douce, ma tiède, mon bébé,
Tous deux blottis dans le silence
De quelque berceau dérobé,
On se tête et on se balance,
Comme deux jumeaux nouveaux-nés,
Dans le jardinet de l'enfance,

Où on s'ra toujours jardiniers."


                      illustration source Toile -moulinz'art-de.gome 

"Lorsqu'on dit que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, je ne pense pas que cela soit vrai. Ce qui vous blesse et vous fait mal vous use à petit feu, vous change à tout jamais, oui. Vous fait envisager la vie différemment, modifie vos perspectives et vos priorités."
Cetro