"Vendre n'importe quoi et à n'importe qui ,
Depuis les Iroquois qu'on soûlait de whisky ,
Vendre sur la jachère des bétonnées campagnes ,
Mais vendre pierre et chair aux visiteurs du bagne ;
Vendre les ballons blancs de l'enfant de Saïgon ,
Cadences redoublant au gré des harpagons ;
Vendre le poulet mort , le cadavre chimique
Élevé sans remords en camps agronomiques ;
Vendre enfin les nuages puis aller à son heure
S’enivrer du mirage , Ô merveilleux bonheur :
Acheter , consommer le cola et mille œuvres !
A son tour assommé , avaler ses couleuvres ."
Yannis Youlountas "Amer Hic"
"ENCRE : La plume se trempe à l'encrier des blessures et l'écriture se prolonge dans le sillon des cicatrices."
"Tu vois, maman, en te détournant de mes peurs, tu m'avais préparé à
celles qui m'attendaient. Ton silence m'avait prévenu. Les monstres
cachés sous mon lit d'enfant ne me laisseraient jamais en paix. Je ne
les avais pas chassés d'un baiser et voilà qu'il me poursuivait en
grimaçant."
« [...] J’avais été compagnon de route. J’allais devenir compagnon de doutes. »
"Au bord de l'eau, garçons et filles rejouaient Woodstock, Wight, les
grands rassemblements musicaux dont nous avions rêvé. Mais ici, il ne
pleuvait pas. Ni déluge, ni boue de tranché, ni guitare hurlante pour
cracher sur la guerre ? Pas de Vietman dans nos poings, pas de colère
dans nos regards. Nous n'étions qu'un amas de fuyards. Des enfants
perdus arrivés au bout du chemin. Nous venions de partout. Accents,
langues étrangères, peaux colorées. Comme moi, des centaines de jeunes
s'étaient retrouvés là, un bandeau dans les cheveux, sans mot d'ordre,
sans consigne ni rendez-vous. Nous n'allions nulle part, mais ensemble.
Une transhumance de chiens sans collier."