"Le
voyage intérieur est un voyage de solitaire. On ne peut parler de sa
démarche à personne. On avance en pleine mer, pas de trace derrière soi,
pas de chemin tracé devant. J’aime profondément la solitude. O beata
solitudo, o sola beatitudo, St.Bruno le Chartreux. L’homme essentiel est
toujours seul. Pas de rencontre de l’Absolu sans solitude, pas de
solitude sans esseulement. Seule et solitaire. La solitude se mérite,
elle ne se partage pas. La solitude enseigne l’importance du silence, du
secret et du mystère. Solitude bien-aimée tu changes la lumière de la
lune en lumière solaire."
Marie-Madeleine Davy
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La structure de l’électorat français à neuf mois de la présidentielle de 2027
"Parler vrai" entretien avec Jacques Julliard en 1979 (Editions du Seuil)
Voici plus d'un demi-siècle que la gauche n'est plus au pouvoir. Encore la politique qu'elle faisait il y a vingt-cinq ans était-elle loin d'être une politique de gauche. En situation d'opposition, il est vraisemblable que nous avons perdu contact avec les réalités de la situation politique, économique et sociale de notre pays. Nous restions portés par l'espérance, mais cette espérance se nourrissait davantage de rêve que d'une volonté enracinée dans le réel. Or, je tiens moi, que le rêve en politique, disons l'excès de rêve, est une attitude de droite.
Quand je plaide pour la rigueur, quand je dis que c'est l'honneur que les français font à la gauche d'attendre d'elle d'abord le langage de la vérité, c'est parce que je suis profondément convaincu qu'il n'y a pas de pire conduite d'échec que celle qui consiste bà tenir un discours à la tribune de nos congrès et un autre devant les électeurs, à promettre tout et n'importe quoi en pensant intèrieurement qu'on fond personne n'a jamais respecté les programmes électoraux et qu'on trouvera toujours le moyen de se débrouiller ensuite...
C'est avec ce genre d'attitude que l'on a écrit les plus sinistres pages de l'histoire de la gauche.
La gauche, toute la gauche, ne pourra gagner la confiance du pays et gouverner durablement pour transformer l'ordre des choses que si elle met, enfin, le parler vrai plus près des faits.
D'après "Quand la vie prend un tournant inattendu" échange épistolaire entre Makiko Miyano (philosophe) et Maho Isono (anthropologue/chercheuse)
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" Surtout, j’ai peur de le dire, parce qu’au moment où j’essaie de parler
non seulement je n’exprime pas ce que je ressens mais ce que je ressens
se transforme lentement en ce que je dis. Ou du moins ce qui me fait
agir ce n’est pas ce que je sens mais ce que je dis."
Clarice Lispector
"La condition humaine, sais-tu bien ce que c'est ? Sans doute, non. D'où
l'aurais-tu appris ? Écoute donc. Tous les hommes sont redevables à la
mort, et il n'en est aucun qui sache seulement si demain il vivra
encore. [...] Eh bien, tiens-toi en joie, enivre-toi et vis le jour
présent, le seul qui soit à toi. Inscris le reste au compte du destin."
"Cet été a mis le feu… à Voltaire ! Selon les philosophes Jeanne Etelain
et Patrice Maniglier, la série de canicules qui a assommé la France et
les incendies qui ont ravagé quelque 120 000 hectares de territoire ont
aussi carbonisé l’auteur de « Candide ». En 1756, Voltaire a en effet
écrit un célèbre texte sur une catastrophe – un tremblement de terre qui
avait anéanti Lisbonne – pour soutenir qu’il ne s’agissait pas d’un
châtiment envoyé par Dieu, mais d’un événement entièrement naturel,
derrière lequel il ne fallait pas chercher de signification morale. Le
but de Voltaire était louable : lutter contre l’obscurantisme.
« Mais
ce faisant, il a inauguré la croyance que les catastrophes naturelles
ne sont que des aléas, des accidents dus à de la matière inerte, sans
rapport avec l’activité humaine, souligne Patrice Maniglier, enseignant à l’université Paris-Nanterre. Or, ce qui était vrai en son temps ne l’est plus depuis que la Terre est entrée dans l’anthropocène » – cette période géologique où les écosystèmes naturels sont tous profondément imprégnés par notre activité (anthropos signifie « être humain » en grec).
C’est devenu une évidence pour parler des canicules : « Nous comprenons tous qu’elles sont un événement non seulement biologique mais aussi politique et social, puisqu’elles n’existeraient pas sans le réchauffement climatique dû à nos activités », expose Jeanne Etelain, chercheuse associée à Paris-Nanterre et enseignante aux Beaux-Arts de Montpellier.
Pour les deux, il faudrait même aller plus loin, et considérer que tout notre environnement a fini par devenir aussi artificiel – c’est-à-dire fabriqué par la main d’Homo sapiens – qu’une voiture ou un smartphone. « Par
exemple, l’air que nous respirons, modifié dans sa nature par la
pollution et par le réchauffement, n’est-il pas devenu l’air s’échappant
d’une sorte de grand climatiseur ? » s’interroge Maniglier. Ce
constat les conduit à redonner à la politique toute la place qui est la
sienne, dans la lignée de ce que la philosophe américaine Nancy Tuana a
écrit jadis à propos de l’ouragan Katrina. Pour elle, Katrina, qui a
surtout ravagé les quartiers noirs et pauvres de La Nouvelle-Orléans
en 2005, est en effet le fruit d’un phénomène climatique (les cyclones),
mais aussi d’activités humaines (déforestation, réchauffement de
l’océan…) qui lui ont donné de la puissance, et d’une politique de
protection de certains quartiers – les favorisés – plutôt que d’autres.
Tuana parle ainsi d’une « porosité visqueuse » (son concept
majeur) entre nature et culture, deux notions qu’il est absurde de
continuer à penser séparément puisqu’elles s’entremêlent en permanence.
De même, soutient-elle, certains cancers frappant en priorité les
ouvriers des usines plastiques de Louisiane dépendent autant de
discriminations sociales que de l’émergence d’une maladie biologique. « Ces exemples s’appliquent à la situation de cet été en Gironde, extrapole Patrice Maniglier. Les habitants du village du Porge ont dénoncé la priorité qui aurait été donnée par l’Etat pour protéger les riches villas du Cap-Ferret » – une accusation que les autorités françaises rejettent.
« La matière n’est pas le réceptacle passif de ce que nous lui faisons »
Certains penseurs poussent cette réflexion à un niveau encore plus
ontologique (lié à l’être des choses) : et si les canicules,
inondations, sécheresses et incendies n’étaient pas simplement des
conséquences physiques de notre activité humaine ? Et s’il y avait, au
sein même de la matière, quelque chose qui ne relevait pas d’une simple
réaction à ce que nous lui faisons, mais qui agissaitde son
propre chef ? C’est la pensée d’une partie des nouveaux matérialistes,
un courant anglo-saxon encore peu connu en France, mais qu’un récent
recueil tout à fait pédagogique, dirigé par Jeanne Etelain, entend
populariser : « Ce que les féminismes font à la métaphysique ».
Rappelons que le matérialisme, en philo, c’est l’idée (partagée entre
autres par Lucrèce, Diderot et Marx), que rien n’existe en dehors de la
matière, qu’il n’y a pas d’un côté des choses physiques qui seraient des
amoncellements d’atomes et, de l’autre, des entités (âme, esprit,
Dieu…) d’une autre nature. Tout est matière. Les néomatérialistes vont
plus loin : pour eux, la matière est agentive, c’est-à‑dire poussée par une puissance que Jeanne Etelain décrit comme « active, créative et imprévisible ».
Mais attention, prévient la philosophe, « il
ne s’agit pas d’affirmer que la matière serait dotée d’une intention
pour parvenir à ses fins. Ce n’est pas un animisme, mais une pensée qui
s’appuie sur des observations tout à fait scientifiques. Il se trouve
justement que la science démontre que la matière n’est pas le réceptacle
passif de ce que nous lui faisons ». Et Etelain de citer l’Américaine Karen Barad, docteure en physique et philosophe, qui parle de « performativité »
de la matière. Autrement dit du fait que, au niveau quantique, les
particules élémentaires agissent d’une manière qui dépend de celui qui
les observe – tel chercheur, dans tel labo, à tel instant. Donc, c’est
la relation singulière particule-chercheur qui déterminera ce que la
particule va faire, et cela n’est jamais prévisible.
Cohabiter avec les éléments
Cette idée incite le duo Etelain-Maniglier à appeler de ses vœux « un
vrai dialogue, un travail de négociation diplomatique entre l’humain et
les éléments comme le feu, avec lequel nous devons apprendre à
cohabiter ».
Cohabiter ? Mais encore ? « Nous avons perdu le contrôle du feu parce que nous sommes allés trop loin dans notre désir ardent de feu, soutient Jeanne Etelain,
qui rappelle la place centrale de la combustion des fossiles dans nos
civilisations, mais aussi les forêts de monoculture qui ont
historiquement servi à chauffer les logis et alimenter les usines.
Certaines cultures ont noué des relations où, par exemple, un feu permet
de lutter contre une autre forme de feu. Ces luttes préventives
serviraient de protection à long terme contre les mégafeux,
en plus de fertiliser les sols. Il s’agit aussi de repenser plus
profondément nos sources d’énergie, par exemple de choisir le solaire
contre le charbon. » Il faudra réapprendre, oui, à jouer avec le feu."