"Et je me rappelai le Quatorzième Livre de Bokonon, que j’avais lu
intégralement la veille. Le Quatorzième Livre est intitulé «
Existe-t-il, pour un Homme Réfléchi, une Seule Raison d’Espérer en
l’Humanité sur Terre, Compte Tenu de l’Expérience du Dernier Million
d’Années ? » Le Quatorzième Livre n’est pas long à lire. Il consiste en
un seul mot : " Non "."
Kurt Vonnegut
"Ne sous-estimez jamais le pouvoir de la stupidité humaine."
Robert A. Heinlein
Dessin: Reiser
"Je suis ta destinée, avait dit le répondant.
La destinée, pas la fatalité.
La destinée, pas la prédestination.
La destinée, le sort des hommes et des races et des mondes.
La destinée, la manière dont on fait sa vie, dont on règle sa vie... la
manière dont elle était prévue, ce qu'elle serait si l'on écoutait la
petite voix tranquille qui vous parle à tous les tournants, à tous les
carrefours."
Clifford D. Simak
".../...
(Peut-on risquer sa vie en se fiant au hasard pour échapper à la
pauvreté ? C’est ce que font les pilotes de la Grande Porte qui
utilisent des vaisseaux extraterrestres dont ils ne comprennent pas le
fonctionnement ; il faut également que le voyage ne dure pas trop
longtemps, sinon...)
La ration de base, nourriture, eau, provision d’air est de 250 jours (...)
Supposons que vous soyez dans un Cinq (un vaisseau de cinq passagers) et
que vous ayez dépassé 75 jours sans retournement (voir note
ci-dessous). Dès lors, vous savez que vous êtes dans le pétrin : les
rations ne maintiendront pas en vie cinq personnes pendant plus de 300
jours.
Mais elles le pourraient pour quatre.
Ou trois. Ou deux. Ou une.
A ce stade, il est clair qu’au moins une personne ne reviendra pas
vivante du voyage, et ce que font la plupart des équipages, c’est couper
les cartes. Le perdant se tranche poliment la gorge. Si le perdant
n’est pas poli, les autres lui donnent des leçons de savoir vivre.
Un tas de Cinq sont devenus des Trois sur le chemin de retour. Certains sont devenus des Un.
Note : le retournement du vaisseau indique qu'il a accompli la moitié du
voyage aller vers sa destination préprogrammée, et donc le quart de la
durée totale du voyage aller retour à la Grande Porte."
Frederik Pohl
"Les grands esprits courent un grave danger lorsqu'ils vivent sous le règne de petites âmes." Robert Silverberg
"De même qu'en combinant la vingtaine de lettres de l'alphabet de
diverses manières on peut obtenir des comédies, des tragédies, des
histoires ridicules ou de grands poèmes épiques, de même, en combinant
les atomes élémentaires, on obtient le monde dans son infinie variété.
La métaphore est de Démocrite."
"Le respect pour la religion est devenu une expression codée qui signifie
“peur de la religion”. Les religions, comme toutes les autres idées,
méritent critique, satire, et, oui, notre manque de respect intrépide."
Salman Rushdie
"Quel profit l’homme retire-t-il des peines qu’il se donne sous le soleil
? Une génération s’en va ; une génération lui succède ; la terre
cependant reste à sa place. Le soleil se lève ; le soleil se couche ;
puis il regagne en hâte le point où il doit se lever de nouveau. Tantôt
soufflant vers le sud, ensuite passant au nord, le vent tourne, tourne
sans cesse, et revient éternellement sur les cercles qu’il a déjà
tracés. Tous les fleuves se jettent dans la mer, et la mer ne regorge
pas, et les fleuves reviennent au lieu d’où ils coulent pour couler
encore.
Tout est difficile à expliquer ; l’homme ne peut rendre compte de rien ;
l’œil ne se rassasie pas à force de voir ; l’oreille ne se remplit pas à
force d’entendre.
Ce qui a été, c’est ce qui sera ; ce qui est arrivé arrivera encore.
Rien de nouveau sous le soleil. Quand on vous dit de quelque chose : «
Venez voir, c’est du neuf », n’en croyez rien ; la chose dont il s’agit a
déjà existé dans les siècles qui nous ont précédés. Les hommes
d’autrefois n’ont plus chez nous de mémoire ; les hommes de l’avenir
n’en laisseront pas davantage chez ceux qui viendront après eux."
Ernest Renan
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illustration source: Orient XXI
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— Ainsi donc, il nous faut mourir ici… dans l’attente d’un pays qui ne viendra pas.
— Quel pays ? C’est toi qui
le nommes, le pays. C’est toi qui lui insuffles un esprit. C’est toi qui
en fais un oreiller pour ta tête, une couche pour ton corps.
— J’ai essayé. J’ai pris une poignée de terre, je l’ai humée. J’ai
joué à cache-cache avec les enfants des voisins. J’ai rendu visite à ma
grand-mère, toutes les semaines. Elle préparait pour moi un gâteau. Mais
rien de tout cela n’avait de sens. Là-bas non plus, là où il n’y a ni
terre, ni enfants ni grand-mères, rien n’a de sens pour moi non plus. Ma
vraie patrie c’est l’attente.
— Écoute-moi : je suis né dans un citronnier, tu me crois ?
Mon premier souvenir se trouve dans son feuillage. Lorsque j’ai
complété ma première année, on m’a administré, m’a-t-on dit, des gouttes
de citron dans la bouche. « Ce pays est capable de dissoudre le fer, imagine un peu ce qu’il peut faire avec des humains », disait
mon père. Il pressait le citron et me le distillait dans la bouche.
Alors ma peau s’est épaissie et j’ai arrêté de me plaindre.
— Non, toi, écoute-moi : Il y a un soleil qui se couche, et il y a un
homme qui se tient debout sur un plateau entouré de montagnes. Cet
homme c’est moi. Quelqu’un m’a renversé de la soupe sur la tête. Un
autre a tiré sur moi. Nombreux sont ceux qui m’ont poignardé dans le
dos. Regarde-le. Il est transpercé comme une passoire. J’entends une
mélodie funèbre. C’est la sonnerie aux morts. T’en souviens-tu ?
On jouait cet air pendant que le Leader arrosait l’Arbre de vie,
accompagné de tous ces instruments à vent, parcourus par le souffle
d’une bande de bouffons. Qui sait si l’un d’eux n’avait même pas uriné
dans l’aiguière dorée. Écoute, ne me parle pas de citron et de peau
épaisse. Ma main c’est du cristal, et mon cerveau une bombe à
retardement. Tic, tac, tic, tac… tu l’entends ?
— Mais alors, qu’attends-tu, au juste ?
— Je crois que c’est clair maintenant. J’attends la déflagration."
Hisham Bustani-"A la station" extrait de:"Prélude inévitable à une mort en sursis"
"Durant quatre étés, Emmanuel Ruben a remonté la Loire à vélo, ce fleuve
au bord duquel il a vécu pendant sept ans, dirigeant la Maison Julien
Gracq. À travers ce périple, de Saint-Nazaire aux Cévennes,
l’écrivain-géographe nous raconte la France du monde d’avant et du monde
d’après, la France du Moyen Âge et de la Renaissance, la France de la
guerre de Cent Ans et des guerres de Religion, ses Châteaux de la Loire
et ses centrales nucléaires, ses milieux vivants et ses écosystèmes
menacés, la France des pêcheurs et des vignerons, des peintres et des
écrivains."
"L'homme, c'est la seule espèce animale qui puisse concevoir l'idée de sa
disparition et la seule que cette idée désespère. Quelle race étrange :
si acharnée à se détruire et si acharnée à se conserver."