Tout est difficile à expliquer ; l’homme ne peut rendre compte de rien ; l’œil ne se rassasie pas à force de voir ; l’oreille ne se remplit pas à force d’entendre.
Ce qui a été, c’est ce qui sera ; ce qui est arrivé arrivera encore. Rien de nouveau sous le soleil. Quand on vous dit de quelque chose : « Venez voir, c’est du neuf », n’en croyez rien ; la chose dont il s’agit a déjà existé dans les siècles qui nous ont précédés. Les hommes d’autrefois n’ont plus chez nous de mémoire ; les hommes de l’avenir n’en laisseront pas davantage chez ceux qui viendront après eux."
— Ainsi donc, il nous faut mourir ici… dans l’attente d’un pays qui ne viendra pas.
— Quel pays ? C’est toi qui le nommes, le pays. C’est toi qui lui insuffles un esprit. C’est toi qui en fais un oreiller pour ta tête, une couche pour ton corps.
— J’ai essayé. J’ai pris une poignée de terre, je l’ai humée. J’ai joué à cache-cache avec les enfants des voisins. J’ai rendu visite à ma grand-mère, toutes les semaines. Elle préparait pour moi un gâteau. Mais rien de tout cela n’avait de sens. Là-bas non plus, là où il n’y a ni terre, ni enfants ni grand-mères, rien n’a de sens pour moi non plus. Ma vraie patrie c’est l’attente.
— Écoute-moi : je suis né dans un citronnier, tu me crois ? Mon premier souvenir se trouve dans son feuillage. Lorsque j’ai complété ma première année, on m’a administré, m’a-t-on dit, des gouttes de citron dans la bouche. « Ce pays est capable de dissoudre le fer, imagine un peu ce qu’il peut faire avec des humains », disait mon père. Il pressait le citron et me le distillait dans la bouche. Alors ma peau s’est épaissie et j’ai arrêté de me plaindre.
— Non, toi, écoute-moi : Il y a un soleil qui se couche, et il y a un homme qui se tient debout sur un plateau entouré de montagnes. Cet homme c’est moi. Quelqu’un m’a renversé de la soupe sur la tête. Un autre a tiré sur moi. Nombreux sont ceux qui m’ont poignardé dans le dos. Regarde-le. Il est transpercé comme une passoire. J’entends une mélodie funèbre. C’est la sonnerie aux morts. T’en souviens-tu ? On jouait cet air pendant que le Leader arrosait l’Arbre de vie, accompagné de tous ces instruments à vent, parcourus par le souffle d’une bande de bouffons. Qui sait si l’un d’eux n’avait même pas uriné dans l’aiguière dorée. Écoute, ne me parle pas de citron et de peau épaisse. Ma main c’est du cristal, et mon cerveau une bombe à retardement. Tic, tac, tic, tac… tu l’entends ?
— Mais alors, qu’attends-tu, au juste ?
\\\\`|`\[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[
À travers ce périple, de Saint-Nazaire aux Cévennes, l’écrivain-géographe nous raconte la France du monde d’avant et du monde d’après, la France du Moyen Âge et de la Renaissance, la France de la guerre de Cent Ans et des guerres de Religion, ses Châteaux de la Loire et ses centrales nucléaires, ses milieux vivants et ses écosystèmes menacés, la France des pêcheurs et des vignerons, des peintres et des écrivains."






