D'ailleurs certaines fleurs n'ont pas peur de l'eau:
l'enquête continue:
"Le lien qui l'unit à ses oppresseurs n'est comparable à aucun autre. La
division des sexes est en effet un donné biologique, non un moment de
l'histoire humaine. C'est au sein d'un mitsein originel que leur
opposition s'est dessinée et elle ne l'a pas brisé."
Simone de Beauvoir extrait de: "Le deuxième sexe -tome 1-
"Vous aussi, vous vivez en incarnant plusieurs rôles à la fois. Parfois,
on vous attribue un rôle sans vous demander votre avis. On vous colle
une étiquette, et vous ne pourrez jamais vous en débarrasser. Elle vous
suivra jusque dans la tombe. Cette marque invisible, sans forme précise,
fera partie intégrante de votre être. Elle se mêlera à votre chair,
peut-être à votre ADN. Impossible de s’en défaire, même en découpant les
tissus, en écartant les os et en retirant les organes. C’est fou, non?
Imaginez qu’on vous colle cette étiquette dans le dos, couverte
d’insultes bien grasses. Elle se nourrira du regard des autres,
s’étendra lentement à votre insu. Elle finira par recouvrir votre corps,
et plus encore. Elle tentera de vous contrôler"
Dolki Min extrait de "prendre forme" Editions "L'ATALANTE"
"Oui, j'y voyais clair soudain: la plupart des gens s'adonnent au mirage d'une double croyance: ils croient à la pérennité de la mémoire (des hommes, des choses, des actes, des nations) et à la possibilité de réparer (des actes, des erreurs, des péchés, des torts). L'une est aussi fausse que l'autre. La vérité se situe juste à l'opposé: tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la réparation (et par la vengeance et par le pardon) sera tenu par l'oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais tous les torts seront oubliés."
Milan Kundera extrait de: "La Plaisanterie"
"Pour avoir si souvent dormi
Avec ma solitude
Je m'en suis fait presqu'une amie
Une douce habitude
Ell' ne me quitte pas d'un pas
Fidèle comme une ombre
Elle m'a suivi ça et là
Aux quatre coins du monde
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Quand elle est au creux de mon lit
Elle prend toute la place
Et nous passons de longues nuits
Tous les deux face à face
Je ne sais vraiment pas jusqu'où
Ira cette complice
Faudra-t-il que j'y prenne goût
Ou que je réagisse?
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Par elle, j'ai autant appris
Que j'ai versé de larmes
Si parfois je la répudie
Jamais elle ne désarme
Et si je préfère l'amour
D'une autre courtisane
Elle sera à mon dernier jour
Ma dernière compagne
Non, je ne suis jamais seul"
Georges Moustaki "Ma Solitude"
Je suis toujours intimidé
avec ma petite bouée
lorsque j'écris devant l'océan des mots
J'habite un phare
enfin, c'est comme cela que je l'appelle
parce qu'il faut prendre les escaliers pour le comprendre
"C'est un coin d'herbes folles de bleuets de chiendent Blotti entre la jongle infernale des grands Et le petit jardin tranquille de l'enfance C'est une île inconnue de vos cartes adultes Un lagon épargné une prairie inculte Une lande battue où les korrigans dansent L'adolescence
C'est l'échelle de soie c'est Juliette entrevue Debout dans le miroir c'est la cousine nue Qui s'émerveille et crie au fond de mon silence C'est un baiser volé à la barbe du temps C'est deux enfants qui s'aiment à l'ombre d'un cadran Où sous chaque seconde l'immortalité danse L'adolescence l'adolescence
C'est toujours c'est jamais c'est éternellement Le coeur au bord des lèvres le spleen à fleur de dents Et au ventre-volcan l'amour-incandescence C'est je t'aime on se tient c'est je t'aime on se tue C'est la Vallée d'la Mort de l'aut' côté d'la rue Vers les noirs pâturages la haute transhumance L'adolescence
C'est les poings dans les poches fermées à double tour C'est famille je vous hais c'est René à Combourg Ophélie qui se noie c'est Lucile qui s'avance C'est notre Diable au corps c'est le Grand Meaulnes en route C'est ce vieux Bateau Ivre qui reviendra sans doute Les flancs chargés d'oiseaux de fleurs et d'innocence L'adolescence l'adolescence
Depuis plus de vingt ans que j'y ai jeté l'ancre Dans ce pays de fous de chiens tièdes et de cancres Depuis plus de vingt ans j'y passe mes vacances Et comme ce vieillard de quatre-vingts printemps Qui s'endort un beau soir et qu'on couche dedans Son petit tout petit coin de terre de Provence Couchez-moi je vous prie quand viendra le moment Dans ma terre mon pays couchez-moi doucement En adolescence en adolescence"