"Fleuve automnal, pluie crépusculaire.
Combien y a t-il de jours heureux?
en ce monde, qui aspire à la renommée?
Moi, vieille barbe, suis un voyageur solitaire.
.../.."
"Par une nuit d'automne,
Je suis assis, seul, le long du rivage.
Je ne pense à rien.
un croissant de lune se lève,
Tel un voyageur qui revient des confins du ciel."
Je suis assis, seul, le long du rivage.
Je ne pense à rien.
un croissant de lune se lève,
Tel un voyageur qui revient des confins du ciel."
"Un bon vin dissiperait-il ma profonde tristesse?
Demain matin, j'achèterai une petite barque
pour ramer jusqu'aux confins du ciel et de la terre."
Laoshu- extraits de: "Un monde simple et tranquille"
Ah! si j'étais eux, je ferais tant
et si bien
que,
au bout du compte
je t'arrangerais ça,
Dame!
avec un peu d'effort,
Ah!
s'ils le voulaient vraiment.
Mais voilà...
Enfin!
Fort heureusement,
je ne suis pas eux.
Au oui je veux bien être sympa
mais quand même
Ah! Ah! Ah!
Ah!
ça fait du bien de rire..
Non?
Vous n'trouvez pas?
"Orageuse liberté dans les langes de la foudre, sur la
souveraineté du vide, aux petites mains de l'homme."
René Char
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"A l’origine de notre brouille, il y a cet homme, qui traverse la place Rouge devant moi, et que je vois pour la première fois : Vladimir Poutine.
L’homme dont Vadim affichait le portrait dans sa chambre, l’homme dont Sacha [le père russe de Vadim, NDLR] parlait avec tant de transport, l’homme qui avait tendu de trop nombreuses conversations au point de faire rompre deux cousins naguère si proches, cet homme donc, si puissant, est surtout sidérant de déception. Nulle dégaine de despote, nul regard noir de satrape oriental entouré d’une armée d’amazones, nulle poitrine bardée de médailles, non : Vladimir Poutine ressemble à un fonctionnaire. Vêtu d’un costume d’entrée de gamme qui donne l’impression d’un homme qui assure son poste parce que la hiérarchie l’a voulu ainsi, qu’il ne fait que passer ; et si ce n’était cette démarche légèrement calabraise actionnée par un coup d’épaule qui lui donne sa cadence délinquante, personne n’aurait idée que ce petit homme aux lèvres crispées, à la moue dubitative de granny qui ne se fait plus d’illusions sur rien, avec ces yeux mi-clos qui jamais ne s’amusent ni ne s’illuminent, que cet homme qu’on prendrait volontiers pour un clerc de notaire qui attend ses annuités est en réalité un criminel de masse, le pharaon des temps modernes, à la tête de l’arsenal nucléaire le plus puissant de l’histoire de l’humanité.
Ce 9 mai 2025, pour la première fois, les autorités font défiler 1 500 « héros » revenus d’Ukraine, qui claudiquent en béquilles sur les pavés luisants de la place Rouge. Un pitoyable cortège de gueules cassées qui ont réchappé au hachoir automatique du Donbass, et qui sont acclamées par un orage d’applaudissements.
« L’ensemble du pays, la société, le peuple soutiennent les participants à l’opération militaire spéciale, dira Poutine dans son discours. La vérité et la justice sont de notre côté. »
Cette farce macabre masque la réalité d’une armée russe en totale déliquescence, comme un crabe qui soulèverait ses lourdes pinces pour dissimuler la fragilité d’une carapace qui n’impressionne plus personne. Une armée incapable de conquérir son petit voisin, réduite à vider ses prisons pour s’alimenter en forces vives, obligée d’enrôler des Africains que les mercenaires de Wagner débusquent au fond de la jungle centrafricaine pour les envoyer dans des assauts suicides déminer les champs et révéler les positions ukrainiennes. Une armée sous-équipée au point que ses fantassins rembourrent leurs bottes avec des serviettes de bain, faute de chaussettes chaudes, pour résister à l’hiver glacial des tranchées, et qui avance ses positions en lançant des vagues humaines dans le seul objectif d’épuiser les défenses ennemies. (…)
***
En février 2024, j’ai passé une journée aux côtés d’un soldat ukrainien qui avait pris comme nom de guerre « Darwin », sans doute en hommage au théoricien de la sélection naturelle qui prophétisait la disparition des espèces les plus faibles au profit des plus fortes. Darwin était l’un des meilleurs pilotes de drones kamikazes du pays, dûment médaillé par l’état-major ukrainien pour son tableau de chasse (on dit qu’il a tué au bas mot 500 Russes, et endeuillé autant de familles). Un tueur hors pair, qui passait ses journées assis dans un bunker humide, niché sous un bosquet des faubourgs de Bakhmout décharné par les obus, que les impacts lointains ne perturbaient pas le moins du monde. Près du bunker : le tronc d’un soldat russe, raccourci par on ne sait quoi, qui servait de balise pour repérer l’entrée camouflée dans les feuillages.
Masque de pilotage vissé sur le nez pour guider le drone vers sa cible, Darwin caressait les joysticks de sa manette du bout des doigts, avec une délicatesse d’horloger et une concentration silencieuse, et tuait des Russes comme on va au bowling, laissant échapper un « strike » à chaque fois qu’il en touchait un, sans émotion ni fanfaronnade, mais avec la satisfaction de se dire que – et là, c’est son commandant qui parle – chaque Russe qui meurt en Ukraine est une bonne nouvelle pour l’Europe. (…)
Les vidéos de ces Russes éliminés un par un sont dûment enregistrées, montées, agrémentées d’une musique guerrière, parfois humoristique, étiquetées de l’écusson du régiment, validées par les supérieurs et postées sur les réseaux sociaux, laissant le soin à l’algorithme d’opérer sa magie, dans l’espoir qu’elles franchiront la censure de l’internet russe et saperont le moral de la population adverse.
Ces vidéos, les réseaux sociaux m’en livrent des dizaines par jour, dans une profusion telle que leur surgissement dans mon scroll quotidien est parvenu à m’anesthésier et me désensibiliser au point de ne plus rien ressentir devant l’image d’un homme tué en haute définition, dans un clip de quelques secondes ; et je me surprends à regarder, sans états d’âme et l’œil fatigué, le dernier souffle de ces hommes, tués froidement par un Darwin, qui finiront sans sépulture, leurs cadavres achevant de disparaître sous des nuées de mouches dans quelque champ noir des plaines ukrainiennes.
Et c’est sans doute un symptôme de cette déshumanisation, qui déshydrate la conscience par l’accoutumance à la mort en direct, qui m’avait fait répéter à Vadim, sans y penser et sans même prendre la mesure de la monstruosité de la chose, la morale de ce commandant ukrainien : que chaque Russe tué en Ukraine était une bonne nouvelle pour l’Europe.
En novembre 2025, un décret présidentiel a donné une inquiétante réalité à la possibilité que Vadim finisse dans l’une de ces vidéos.
Selon l’oukase no 821 du Kremlin, tout étranger qui vit en Russie et qui est marié à une Russe peut désormais être enrôlé. « Cela inclut en particulier les Occidentaux résidant en Russie ayant un passeport d’un pays considéré comme inamical. » Un Français sera donc dorénavant obligé de signer un contrat avec l’armée pour obtenir un permis de séjour permanent, l’engagement militaire devenant ainsi la condition administrative pour vivre durablement en Russie.
Officiellement donc, Vadim n’est plus protégé par son passeport français, et il est mobilisable, comme n’importe qui d’autre.
Que se passerait-il si Vadim était enrôlé ? S’il était arrêté par des recruteurs en pleine rue, forcé de suivre une formation sommaire et qu’il se retrouvait quelques semaines plus tard sur la ligne de front, dans une ruine ou dans une forêt près de Zaporijia, à s’immobiliser, pétrifié de terreur, au son d’un drone cherchant sa proie ?
Et si la vidéo de sa mort surgissait sur l’écran de mon téléphone, à Paris ?"
L’homme dont Vadim affichait le portrait dans sa chambre, l’homme dont Sacha [le père russe de Vadim, NDLR] parlait avec tant de transport, l’homme qui avait tendu de trop nombreuses conversations au point de faire rompre deux cousins naguère si proches, cet homme donc, si puissant, est surtout sidérant de déception. Nulle dégaine de despote, nul regard noir de satrape oriental entouré d’une armée d’amazones, nulle poitrine bardée de médailles, non : Vladimir Poutine ressemble à un fonctionnaire. Vêtu d’un costume d’entrée de gamme qui donne l’impression d’un homme qui assure son poste parce que la hiérarchie l’a voulu ainsi, qu’il ne fait que passer ; et si ce n’était cette démarche légèrement calabraise actionnée par un coup d’épaule qui lui donne sa cadence délinquante, personne n’aurait idée que ce petit homme aux lèvres crispées, à la moue dubitative de granny qui ne se fait plus d’illusions sur rien, avec ces yeux mi-clos qui jamais ne s’amusent ni ne s’illuminent, que cet homme qu’on prendrait volontiers pour un clerc de notaire qui attend ses annuités est en réalité un criminel de masse, le pharaon des temps modernes, à la tête de l’arsenal nucléaire le plus puissant de l’histoire de l’humanité.
Ce 9 mai 2025, pour la première fois, les autorités font défiler 1 500 « héros » revenus d’Ukraine, qui claudiquent en béquilles sur les pavés luisants de la place Rouge. Un pitoyable cortège de gueules cassées qui ont réchappé au hachoir automatique du Donbass, et qui sont acclamées par un orage d’applaudissements.
« L’ensemble du pays, la société, le peuple soutiennent les participants à l’opération militaire spéciale, dira Poutine dans son discours. La vérité et la justice sont de notre côté. »
Cette farce macabre masque la réalité d’une armée russe en totale déliquescence, comme un crabe qui soulèverait ses lourdes pinces pour dissimuler la fragilité d’une carapace qui n’impressionne plus personne. Une armée incapable de conquérir son petit voisin, réduite à vider ses prisons pour s’alimenter en forces vives, obligée d’enrôler des Africains que les mercenaires de Wagner débusquent au fond de la jungle centrafricaine pour les envoyer dans des assauts suicides déminer les champs et révéler les positions ukrainiennes. Une armée sous-équipée au point que ses fantassins rembourrent leurs bottes avec des serviettes de bain, faute de chaussettes chaudes, pour résister à l’hiver glacial des tranchées, et qui avance ses positions en lançant des vagues humaines dans le seul objectif d’épuiser les défenses ennemies. (…)
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En février 2024, j’ai passé une journée aux côtés d’un soldat ukrainien qui avait pris comme nom de guerre « Darwin », sans doute en hommage au théoricien de la sélection naturelle qui prophétisait la disparition des espèces les plus faibles au profit des plus fortes. Darwin était l’un des meilleurs pilotes de drones kamikazes du pays, dûment médaillé par l’état-major ukrainien pour son tableau de chasse (on dit qu’il a tué au bas mot 500 Russes, et endeuillé autant de familles). Un tueur hors pair, qui passait ses journées assis dans un bunker humide, niché sous un bosquet des faubourgs de Bakhmout décharné par les obus, que les impacts lointains ne perturbaient pas le moins du monde. Près du bunker : le tronc d’un soldat russe, raccourci par on ne sait quoi, qui servait de balise pour repérer l’entrée camouflée dans les feuillages.
Masque de pilotage vissé sur le nez pour guider le drone vers sa cible, Darwin caressait les joysticks de sa manette du bout des doigts, avec une délicatesse d’horloger et une concentration silencieuse, et tuait des Russes comme on va au bowling, laissant échapper un « strike » à chaque fois qu’il en touchait un, sans émotion ni fanfaronnade, mais avec la satisfaction de se dire que – et là, c’est son commandant qui parle – chaque Russe qui meurt en Ukraine est une bonne nouvelle pour l’Europe. (…)
Les vidéos de ces Russes éliminés un par un sont dûment enregistrées, montées, agrémentées d’une musique guerrière, parfois humoristique, étiquetées de l’écusson du régiment, validées par les supérieurs et postées sur les réseaux sociaux, laissant le soin à l’algorithme d’opérer sa magie, dans l’espoir qu’elles franchiront la censure de l’internet russe et saperont le moral de la population adverse.
Ces vidéos, les réseaux sociaux m’en livrent des dizaines par jour, dans une profusion telle que leur surgissement dans mon scroll quotidien est parvenu à m’anesthésier et me désensibiliser au point de ne plus rien ressentir devant l’image d’un homme tué en haute définition, dans un clip de quelques secondes ; et je me surprends à regarder, sans états d’âme et l’œil fatigué, le dernier souffle de ces hommes, tués froidement par un Darwin, qui finiront sans sépulture, leurs cadavres achevant de disparaître sous des nuées de mouches dans quelque champ noir des plaines ukrainiennes.
Et c’est sans doute un symptôme de cette déshumanisation, qui déshydrate la conscience par l’accoutumance à la mort en direct, qui m’avait fait répéter à Vadim, sans y penser et sans même prendre la mesure de la monstruosité de la chose, la morale de ce commandant ukrainien : que chaque Russe tué en Ukraine était une bonne nouvelle pour l’Europe.
En novembre 2025, un décret présidentiel a donné une inquiétante réalité à la possibilité que Vadim finisse dans l’une de ces vidéos.
Selon l’oukase no 821 du Kremlin, tout étranger qui vit en Russie et qui est marié à une Russe peut désormais être enrôlé. « Cela inclut en particulier les Occidentaux résidant en Russie ayant un passeport d’un pays considéré comme inamical. » Un Français sera donc dorénavant obligé de signer un contrat avec l’armée pour obtenir un permis de séjour permanent, l’engagement militaire devenant ainsi la condition administrative pour vivre durablement en Russie.
Officiellement donc, Vadim n’est plus protégé par son passeport français, et il est mobilisable, comme n’importe qui d’autre.
Que se passerait-il si Vadim était enrôlé ? S’il était arrêté par des recruteurs en pleine rue, forcé de suivre une formation sommaire et qu’il se retrouvait quelques semaines plus tard sur la ligne de front, dans une ruine ou dans une forêt près de Zaporijia, à s’immobiliser, pétrifié de terreur, au son d’un drone cherchant sa proie ?
Et si la vidéo de sa mort surgissait sur l’écran de mon téléphone, à Paris ?"
Paul Gasnier-extrait de: "Vladimir m'a pris Vadim" source : L'OBS
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Tu crois qu'la violence des mots empêche le temps de s'enfuir
Un matin carbonisé que tu voudrais refroidir
Tu vois venir l'oppression sans pouvoir la définir
Tu crois qu'la démocratie te suffira pour dormir
Le vieux monde fissuré attend la guerre des étoiles
Adore te manipuler, te rend cynique et brutal
La peur s'insinue en toi et te poursuit dans tes rêves
Te fais croire n'importe quoi, et bientôt, lе jour se lève
Il faut être coriacе pour tenir
Il faut être solide pour agir
La musique nous tient, nous inspire
Sans laisser les complots, les arguments, les mots, ta peau
Il faut être coriace pour tenir
Coriace (coriace)
Il faut être solide pour agir
La musique nous tient, nous inspire
Sans laisser les complots, les arguments, les mots, ta peau
Il faut être coriace pour tenir
Coriace (coriace)
Un immeuble désintégré, une radio qui grésille
Le retour des trains blindés et George Orwell qui s'épuise
À dire la réalité sur un écran qui vacille
"Big Brother is watching you" est un slogan qui scintille
La mort s'exhibe, allumeuse, sur le dancefloor de l'Europe
Reste toujours mystérieuse quand la voiture noire t'emporte
Vers les empires affamés et cette poigne de fer
Qui viendra nous étrangler dans nos abris nucléaires
Le retour des trains blindés et George Orwell qui s'épuise
À dire la réalité sur un écran qui vacille
"Big Brother is watching you" est un slogan qui scintille
La mort s'exhibe, allumeuse, sur le dancefloor de l'Europe
Reste toujours mystérieuse quand la voiture noire t'emporte
Vers les empires affamés et cette poigne de fer
Qui viendra nous étrangler dans nos abris nucléaires
Il faut être coriace pour tenir
Il faut être solide pour agir
La musique nous tient, nous inspire
Sans laisser les complots, les arguments, les mots, ta peau
Il faut être coriace pour tenir
Coriace (coriace)
Il faut être solide pour agir
La musique nous tient, nous inspire
Sans laisser les complots, les arguments, les mots, ta peau
Il faut être coriace pour tenir
Coriace (coriace)
Je sens qu'la chaleur des mots n'a pas le temps d'adoucir
La lourdeur de ce tempo qui rétrécit l'avenir
Tous ces livres calcinés dans un lointain souvenir
J'espère qu'la démocratie te suffira pour dormir
Coriace (coriace)"
La lourdeur de ce tempo qui rétrécit l'avenir
Tous ces livres calcinés dans un lointain souvenir
J'espère qu'la démocratie te suffira pour dormir
Coriace (coriace)"
Bernard Lavilliers












