mardi 12 mai 2026

à cette heure dans le monde

 

"Pour régner perpétuellement, continue le Chinois, il importe seulement de créer, parmi le Peuple sur lequel on veut régner, ce que nous appelons... une Histoire Néfaste. Rien ne produira cette Histoire Néfaste aussi directement et aussi brutalement que le tracé d'une Ligne, en particulier une Ligne droite, la Force même du Mépris, au sein même d'un Peuple, — afin d'ainsi créer entre nous une distinction, — c'est le premier coup à porter. — Tout le reste s'ensuivra, comme prédestiné, jusqu'à la Guerre et la Dévastation."
Thomas Pynchon     

    



"Il allait dans les rues
Il parlait aux gens
Le monde avait changé, tant et tant
Qu'en attendant la pluie, dans un matin de mai
Tous les passants qu'il abordait
Avaient raté leurs vies
Et lui, pauvre indigent
Dans le fond de sa poche sonnait un peu d'argent
Alors, une brasserie
Sans rires tonitruants
Pour clamer à ses lustres, ses nappes d'organdi
Que tous ceux-ci faisant ripaille
Avaient raté leurs vies
El Greco, Léonard de Vinci
Nous avons des enfants
Nous sommes des maris, nos femmes sont heureuses
Mais qu'auriez-vous voulu que nous fassions de plus?

Alors, du fond du bar, un artiste se lève
"J'ai donné des années à ponctionner ma sève, ma vision, mon esprit"
Tout ça pour qu'aujourd'hui
Un inconnu mette ma probité en doute
Je ne vous connais pas, tirons l'épée
Allons, à quelques pas, nous confronter
Et l'artiste mourut
De n'avoir pas compris que la vie est ailleurs

Il s'est vu dans la glace
A cru que, devant lui
Comme un grand pont-levis
Avait été jeté l'échiquier de sa vie
Il regardait passer
Le fou, le cavalier, la reine
Que tous ces grands objets puissent retomber là
Disait qu'il était l'heure
Voilà le pic, voilà le cœur

Rater sa vie, cela veut dire aussi
Ne pas avoir été dans un autre pays
Être resté
Comme le chien de la fable
Attaché, a le pied dans son étable
Rater sa vie, cela veut dire aussi
Ne jamais être descendu au fond du puits
Dans une belle Naples, au bout de l'Italie
Au bout de l'Italie
Au bout de l'Italie
Quand le printemps revient
On a raté sa vie
Apollinaire est mort et le siècle sourit
Rater sa vie, cela veut dire aussi
La poutre pour se pendre, et la fanfare joue
Vénus est devenue un petit tas de boue
Pour sa joue décharnée, on croirait voir des cendres
Une coulée de cendres, une coulée de boue
Rater sa vie, ça pourrait vouloir dire
Plein d'autres choses, bien d'autres choses

Alors, on dit "merci"
Mon Dieu, rater sa vie
C'était toutefois, pourtant, tant le vouloir
En allant dans le noir
D'un pas de triste aussi
Parfois, la réussir, parfois
La réussir
La réussir

Alors, on dit "merci"
Mon Dieu, rater sa vie
C'était toutefois, pourtant, tant le vouloir
En allant dans le noir
D'un pas de triste aussi
Parfois, la réussir, parfois
La réussir
La réussir"
Gérard Manset


"Peut-être que lorsqu'on a bu on discute avec des gens invisibles que ceux qui fabriquent l'alcool ont cachés dans la bouteille et que ceux qui ne boivent pas sont incapables de voir." 
Alain  Mabanckou        
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photo Rémi Fritsh

« Ensemble, sauvons les otages ukrainiens »

"Seize mille personnes.

Seize mille civils ukrainiens – femmes, hommes, journalistes, enseignants, prêtres, maires, simples citoyens – détenus arbitrairement par la Russie. Seize mille vies arrachées aux leurs, enfermées quelque part, à deux mille kilomètres d’ici, dans le silence.

Ce silence, il est temps de commencer à le briser.

Ce qu’ils sont

Ce ne sont pas des combattants. Ce sont des civils. Ils n’ont commis aucun crime. Ils ont été arrêtés pour ce qu’ils sont, non pour ce qu’ils ont fait.

Des journalistes, parce qu’ils informaient. Des enseignants, parce qu’ils refusaient les programmes russes imposés à leurs élèves. Des maires, parce qu’ils avaient été démocratiquement élus. Des prêtres, parce qu’ils refusaient l’Église corrompue de Moscou. Des parents, parce qu’ils refusaient qu’on russifie leurs enfants. Des athlètes, qui étaient des exemples, des volontaires civils.

Des gens ordinaires, attachés à leur langue, à leur drapeau, à leur pays.

Pourquoi le mot « otage »

Pourquoi parlons-nous d’otages ? Parce que le mot a un sens juridique précis. La Convention internationale de 1979, la Quatrième Convention de Genève, le Statut de Rome : un otage, c’est une personne capturée pour exercer une pression sur un tiers – un gouvernement, une population, une organisation internationale.

Ces civils, la Russie ne les détient pas pour ce qu’ils ont fait. Elle les détient comme monnaie d’échange et comme instrument de terreur, comme levier pour des négociations à venir, pour obtenir demain des concessions territoriales, militaires, diplomatiques. C’est une prise d’otages au sens strict du droit international. C’est-à-dire, un crime de guerre.

Ce crime a une histoire. Chaque fois que l’Ukraine a tenté de naître comme nation libre et européenne – la République populaire de 1917 et la brève renaissance culturelle des années 1920 fauchée par le Holodomor et la terreur stalinienne, les dissidents jetés au Goulag dans les années soixante et, aujourd’hui, l’Ukraine du Maïdan agressée depuis 2014 –, l’Empire russe a opposé la même réponse : effacer un peuple en effaçant d’abord ceux qui l’incarnent. Ses enseignants, ses journalistes, ses prêtres, ses maires, ses élus locaux. Les disparitions forcées que nous dénonçons aujourd’hui dans les territoires occupés ne sont pas un dommage collatéral de la guerre. Elles en sont le projet même.

Ce que nous lançons

Nous lançons donc, ce soir, avec nos partenaires – l’Union des Ukrainiens de France, et nos amis ukrainiens de Return Freedom et de Civilni Vilni / Civils Libres – la campagne « Ensemble, sauvons les otages ukrainiens ». Elle est ouverte à toutes les organisations qui se reconnaissent dans la défense des prisonniers ukrainiens.

Quatre objectifs. Simples. Clairs.

Briser le silence sur les territoires occupés – Donetsk, Louhansk, Zaporijjia, la Crimée. Kherson martyrisée mais résistante. L’Europe doit savoir ce qui s’y passe : les disparitions forcées, la russification, la terreur quotidienne.

Sortir les otages de l’anonymat. Leur donner un nom, un visage, une histoire. Aucun otage oublié.

Exiger l’accès du CICR, de l’ONU, de l’OSCE aux lieux de détention, et la prise en charge médicale des prisonniers, dont beaucoup sont gravement malades ou blessés.

Obtenir leur libération. Faire de la libération des otages civils, et du retour des enfants déportés, une condition sine qua non de toute négociation avec Moscou. Pas d’accord de paix sans eux.

Quatre axes d’action

Comment y parvenir ? Quatre axes complémentaires.

D’abord, les événements publics et les films. Deux documentaires sous-titrés en français sont à la disposition de qui voudra les projeter – Izolyatsiya, d’Igor Minaïev, sur le centre de détention illégal de Donetsk, et Prisonniers. Le système de la terreur, d’Evguenia Tchirikova, sur la détention des civils ukrainiens. Leurs réalisateurs sont disponibles pour accompagner les débats, en présentiel ou en visioconférence.

Ensuite – et c’est le cœur opérationnel de notre dispositif – le parrainage des otages par les municipalités. Une commune française, belge ou suisse s’engage à parrainer nommément un prisonnier civil ukrainien, avec l’accord écrit de sa famille. Elle exige officiellement sa libération et lui donne une visibilité publique durable. Notre objectif : cent villes, deux cents otages parrainés d’ici fin 2026. Chaque conseil municipal qui adopte un vœu de parrainage rend visible un visage, un nom — et place sa ville aux côtés d’un otage.

Puis une lettre ouverte au Président de la République, pour qu’il porte cette cause au plus haut niveau européen et international.

Enfin, un engagement public des gouvernements français, belge, suisse et de l’Union européenne : qu’aucun cessez-le-feu n’ait de sens sans la libération des otages civils et le retour des enfants déportés.

Ce que nous vous demandons

Vous êtes nombreux ce soir. Vous êtes élus, militants, journalistes, citoyens, Ukrainiens de France, amis de l’Ukraine. Cette campagne ne se fera pas sans vous.

Si vous êtes élu : portez le parrainage devant votre conseil municipal. Si vous connaissez un élu : parlez-lui demain. Si vous êtes journaliste : écrivez sur ces otages. Si vous êtes simple citoyen : organisez une projection, une rencontre dans votre ville, contactez vos élus. Et tous : mobilisez votre entourage.

Cent villes. Deux cents otages parrainés. Un nom, un visage, une voix pour chacun.

C’est ce que, avec Sylvie Rollet, nous appelons « le commencement d’un bouclier civique européen ».

Une annonce

Une dernière chose. Et c’est une annonce.

La première demande officielle de prise de contact en vue d’un parrainage vient d’être adressée à la ville de Paris. 

Paris, première ville sollicitée. Paris, qui peut, dans les semaines qui viennent, devenir la première grande capitale européenne à parrainer deux otages civils ukrainiens : Anastasia Hloukhovska, journaliste emprisonnée depuis trois ans, et Oleg Chevandine, disparu dans les geôles du Kremlin depuis 2015 – et ouvrir la voie à cent autres villes, en France et en Europe.

Alors ce soir, nous demandons trois choses, trois mots.

Connaître. Dire. Agir.

Connaître ces otages. Dire qui ils sont, partout autour de vous. Agir, dans votre ville, dès cette semaine. Prenez contact avec la campagne en écrivant à appelpourlukraine@gmail.com.

Gloire à l’Ukraine."

Pierre Raiman  source: "Desk Russie"

                                                 

                               dessin de: Epo-source: "Desk Russie"

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"À cette heure dans le monde
Il y a peut-être une petite fille qui cueille des fleurs
Sur le bord de la voie dans un pays meilleur
Et dans un port de mer quelqu’un agite son mouchoir
Longuement comme un télégramme chiffré

Je pense à un ruisseau
Plein d’écrevisses à Chavigné
 
À cette heure dans le monde
Une fleur s’entr’ouvre
Un poète retrouve soudain la raison
À cette heure dans le monde
 
À cette heure il y a
Des villas vides sur la côte
Et l’hôtel de la plage est couvert de fumée
Qui est fumée d’ennui ou fin d’une marée
Il y a un château étrange dans la nuit
Et le vieux jardinier lit du Montépin
En fumant doucement sa pipe
 
À cette heure dans le monde
Une fleur s’entr’ouvre
Un poète retrouve soudain la raison
À cette heure dans le monde
 
Ah dans cette minute où je ne vieillis pas
Comment penser à autre chose qu’à toi
À tes seins de colombe
À ta bouche
À tes mains

À la dernière page d’un roman populaire
Un soir où le vent souffle
Je pense à cette petite gare perdue dans les bois
Où je ne descendrai jamais
 
À cette heure dans le monde
Une fleur s’entr’ouvre
Un poète retrouve soudain la rison
 À cette heure dans le monde
 
À cette heure dans le monde
Il y a peut-être une petite fille qui cueille des fleurs
Sur le bord de la voie dans un pays meilleur."
Môrice Bénin



"Vous autres, bonnes gens, chrétiens de Occident, taisez vous! ou alors, si vous voulez faire table rase pour vous livrer à une nouvelle expérience, commencez par supprimer le travail ."
Blaise Cendrars          


"Avez-vous remarqué comme les paysages les plus beaux perdent leur éclat dès que nos pensées nous empêchent de les regarder comme il faudrait ?"         
Philippe Besson


Faire avec, c'est faire sans.

samedi 9 mai 2026

balloté par le vent




Peut-être!
Mais cependant...
Ah non, tu étais à court de peut-être
Mais comment le sais-tu?
-Tu en as trop dit, c'est tout,
-mais cependant...
Quoi cependant
tu n'en possèdes plus de cependant
-Oui mais peut-êtr








"On ne possède bien que ce qu'on a payé." 
Albert Camus"
On se rassure comme on peut-voix off-

"Tout compte fait, le sommeil, c'est comme les malaises : une invention géniale du corps pour disparaître quand on le désire et revenir au monde frais comme un gardon."  
Arnaud Cathrine       







"Moi je suis un fétu balloté par le vent. Plus exactement, je suis cet oiseau qui ne touche jamais le sol ? J’ai oublié son nom...
- L’albatros, mais ce n’est qu’une légende, il touche le sol parfois
- Moi si je le touche, c’est pour prendre mon élan afin de m’envoler à nouveau"     
David Grossmann