"Vous aussi, vous vivez en incarnant plusieurs rôles à la fois. Parfois,
on vous attribue un rôle sans vous demander votre avis. On vous colle
une étiquette, et vous ne pourrez jamais vous en débarrasser. Elle vous
suivra jusque dans la tombe. Cette marque invisible, sans forme précise,
fera partie intégrante de votre être. Elle se mêlera à votre chair,
peut-être à votre ADN. Impossible de s’en défaire, même en découpant les
tissus, en écartant les os et en retirant les organes. C’est fou, non?
Imaginez qu’on vous colle cette étiquette dans le dos, couverte
d’insultes bien grasses. Elle se nourrira du regard des autres,
s’étendra lentement à votre insu. Elle finira par recouvrir votre corps,
et plus encore. Elle tentera de vous contrôler"
Dolki Min extrait de "prendre forme" Editions "L'ATALANTE"
"Oui, j'y voyais clair soudain: la plupart des gens s'adonnent au mirage d'une double croyance: ils croient à la pérennité de la mémoire (des hommes, des choses, des actes, des nations) et à la possibilité de réparer (des actes, des erreurs, des péchés, des torts). L'une est aussi fausse que l'autre. La vérité se situe juste à l'opposé: tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la réparation (et par la vengeance et par le pardon) sera tenu par l'oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais tous les torts seront oubliés."
Milan Kundera extrait de: "La Plaisanterie"
"Pour avoir si souvent dormi
Avec ma solitude
Je m'en suis fait presqu'une amie
Une douce habitude
Ell' ne me quitte pas d'un pas
Fidèle comme une ombre
Elle m'a suivi ça et là
Aux quatre coins du monde
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Quand elle est au creux de mon lit
Elle prend toute la place
Et nous passons de longues nuits
Tous les deux face à face
Avec ma solitude
Je m'en suis fait presqu'une amie
Une douce habitude
Ell' ne me quitte pas d'un pas
Fidèle comme une ombre
Elle m'a suivi ça et là
Aux quatre coins du monde
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Quand elle est au creux de mon lit
Elle prend toute la place
Et nous passons de longues nuits
Tous les deux face à face
Je ne sais vraiment pas jusqu'où
Ira cette complice
Faudra-t-il que j'y prenne goût
Ou que je réagisse?
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Par elle, j'ai autant appris
Que j'ai versé de larmes
Si parfois je la répudie
Jamais elle ne désarme
Et si je préfère l'amour
D'une autre courtisane
Elle sera à mon dernier jour
Ma dernière compagne
Non, je ne suis jamais seul"
Je suis toujours intimidé
avec ma petite bouée
lorsque j'écris devant l'océan des mots
enfin, c'est comme cela que je l'appelle
parce qu'il faut prendre les escaliers pour le comprendre
"C'est un coin d'herbes folles de bleuets de chiendentBlotti entre la jongle infernale des grandsEt le petit jardin tranquille de l'enfanceC'est une île inconnue de vos cartes adultesUn lagon épargné une prairie inculteUne lande battue où les korrigans dansentL'adolescence
C'est l'échelle de soie c'est Juliette entrevueDebout dans le miroir c'est la cousine nueQui s'émerveille et crie au fond de mon silenceC'est un baiser volé à la barbe du tempsC'est deux enfants qui s'aiment à l'ombre d'un cadranOù sous chaque seconde l'immortalité danseL'adolescence l'adolescence
C'est toujours c'est jamais c'est éternellementLe coeur au bord des lèvres le spleen à fleur de dentsEt au ventre-volcan l'amour-incandescenceC'est je t'aime on se tient c'est je t'aime on se tueC'est la Vallée d'la Mort de l'aut' côté d'la rueVers les noirs pâturages la haute transhumanceL'adolescence
C'est les poings dans les poches fermées à double tourC'est famille je vous hais c'est René à CombourgOphélie qui se noie c'est Lucile qui s'avanceC'est notre Diable au corps c'est le Grand Meaulnes en routeC'est ce vieux Bateau Ivre qui reviendra sans douteLes flancs chargés d'oiseaux de fleurs et d'innocenceL'adolescence l'adolescence
Depuis plus de vingt ans que j'y ai jeté l'ancreDans ce pays de fous de chiens tièdes et de cancresDepuis plus de vingt ans j'y passe mes vacancesEt comme ce vieillard de quatre-vingts printempsQui s'endort un beau soir et qu'on couche dedansSon petit tout petit coin de terre de ProvenceCouchez-moi je vous prie quand viendra le momentDans ma terre mon pays couchez-moi doucementEn adolescence en adolescence"
Henri Tachan "L'adolescence"








