vendredi 5 juillet 2013

Le sang des fleurs


-BLOG D'EERO "LA BÊTE TOIVONOJA

réflexions sur notre rapport aux animaux

L'insecte en nous

"L'honorable Seppo Kuusinen a essayé de plaisanter en suggérant à propos de mon précédent billet que l'abeille serait bientôt considérée comme un mammifère. Pour information, dès le XXe siècle, Johannes Mehring  avait classé les abeilles parmi les vertébrés.
Hein? Un insecte vertébré?
Oui. D'après Mehring, une colonie d'abeilles est un être unique, un organe parfaitement comparable à celui des vertébrés. Les différents "individus" de la ruche peuvent être assimilés aux parties d'un corps et fonctionnent comme des organes. Nous ne reconnaissons pas non plus de statut de créature indépendante à notre pancréas ou à notre larynx.(Mais à notre pénis oui, parfois, si j'en crois les grands garçons :-).)
Le seul statut de vertébré ne suffit pourtant pas, si l'on veut vraiment pinailler.
Dans quel groupe d'animaux les femelles produisent-elles de la nourriture pour leur progéniture aussi longtemps que celle-ci est incapable de se débrouiller seule?
Dans quel groupe d'animaux les petits se développent-ils jusqu'à leur naissance dans un milieu soigneusement régulé et contrôlé, protégé du monde extérieur, à une température constante d'environ 36°C?
Et dans quel groupe d'animaux les stratégies de survie impliquent-elles un apprentissage constant et efficace, ainsi qu'une communication élaborée?
A la lumière de ces critères biologiques, une colonie d'abeilles est donc en réalité un mammifère. (L'idée n'est pas de moi, le premier à l'avoir exprimée est sans doute Jürgen Tautz
Un vertébré, un mammifère. Mais toujours très, très inférieur à l'homme, n'est-ce-pas?
Voyons voir. l'abeille a développé la capacité de contrôler de nombreuses variations de son environnement et de prospérer en dépit des fluctuations des conditions naturells.
C'est une espèce qui produit elle-même sa nourriture, la stoke sous une forme qui lui garantit une parfaite conservation et peut, de ce fait, restée coupée du monde extérieur pendant de longues périodes.
Une espèce qui se prémunit contre ses ennemis par une organisation de défense et par des constructions fermées et protégées.
Une espèce qui régule la température de son habitat.
Une espèce capable de conceptualisation. On a appris à des abeilles, dans un labyrinthe, à réagir à des symboles -par exemple des croix et des cercles. Une croix et un cercle indiquaient qu'il fallait tourner à droite, deux signes identiques qu'il fallait tourner à gauche. Mais elles se sont orientées correctement même quand les croix et les cercles ont été remplacés par d'autres symboles, ou même par des couleurs.
L'abeille ne salit pas non plus son propre nid de ses excréments. elle attend tout l'hiver, les jambes croisées, pourrait-on dire, et ne défèque qu'au printemps, parce que souiller la ruche causerait la perte de toute la colonie. L'homme pourrait en prendre de la graine.
Apis sapiens, dirais-je;
Elle est sur bien des points notre parfaite égale, mais ce qui nous distingue est qu'une colonie d'abeilles est en principe une créature immortelle."

Extrait de: "Le sang des fleurs" de Johanna Sinisalo-traduit du finnois par Anne Colin du Terrail-Editions Actes Sud





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