merci Philippe
jeudi 11 février 2010
mercredi 10 février 2010
ça tire dans tous les coins
Chaque jour apporte sa charretée de "bonnes nouvelles" par l'intermédiaire de ces messages et liens divers envoyés par vous z'autres collègues blogeurs (ah si on m'avait dit qu'un jour on s'appelerait ainsi...) ou non, habitués des grands espaces de la toile et parfois ou par hasard de mon île bricolée;
ça bouillonne terrible dans le grand chaudron des idées, les colères sont franches et sans doutes aussi de temps en temps légèrement désabusées. C'est que, bien sur -vous connaissez le truc- suivant comment l'on regarde le flacon, il est à moitié vide ou... plein, et ainsi, nos rêves, nos espoirs, nos envies de changement et nos croyances, puisqu'il s'agit bien de cela n'est-ce pas... que cela puisse aller mieux un jour, pour tous ou presque- tant qu'à faire, sont à l'échelle du baromètre, du minuteur pour la cuisson des oeufs et de ce qu'on peut déduire du fond de la tasse une fois bues toutes les infos, les données, les analyses et tout ce qui fait notre quotidien de citoyen éclairé par le soleil en plein gueule.
L'âge aidant (enfin celles qui restent) il est convenu de constater que la pendule ne fonctionne plus du tout de la même manière qu'avant- pour le avant, chacun à sa définition bien entendu- mais on s'accorde quand même et généralement à dire un truc du genre: Boudiou et nom d'une tranche de kig ar farz j'ai pas vu le temps passer, à adapter naturellement suivant les diverses sensibilités.
Bref, alors que le jeune, dont nous fûmes il y a peu , en dépliant sa grande longueur sur le canapé se dit "putain! trop pas jm'enmerde " (ou une approximation du genre), nous autres "les vieux" sommes déjà rendus aux humeurs du mois d'août alors qu'on sortait à peine de la galette des rois, et du coup, avec tout ce qui se passe on finit par se demander s'ils nous ont pas changé également le calendrier des postes, en réduisant vite fait en douce quelques journées...
Mais de quoi vous plaignez-vous? disait l'éloquent et surchargé pondéral sénateur en direct de sa travée du Luxemboug, on vous prépare avec les potes de chambrée, pour les prochaines vacances justement une ptite loi du derrière des latrines de l'Elysée, concernant l'allongement du temps de travail . Vous allez pouvoir enfin apprécier à leurs justes valeurs les langueurs du temps- et à l'image -par exemple-de ces actifs et toujours dynamiques -et youpi- septuagénaires britanniques qui vaillamment font à ptits pas,des ptits boulots pour un ptit salaire, vous aussi, très bientôt vous aurez la chance de vous sentir utiles plutôt que rester à rien foutre et à dépenser au lidl des jeunes, le minimum vieillesse.
Les idées saugrenues de quelques allumés des siècles passés concernant la solidarité et le partage des richesses sont au nom du progrès de mes bourses et de mon cake 40 tout à fait déplacées et entre nous soit dit complètement ringardes.
Nous voulons des pauvres modernes, des qui crèvent en disant: merci mon bon maître.
Depuis une vingtaine d'années, à coups de grandes messes mondiales et coulisses comprises (FMI,OMC...) et également avec l'aide d'experts en baratin , d'économistes, de politicouilles aux ongles propres (de droâte comme de gôche (avoir plusieurs marques, c'est mieux pour booster les ventes), de journalistes accrédités aux miettes de ptits fours... bref de la jet set du marché sur les os, se prépare de façon professionnelle, la mise au pas et à l'index de la masse laborieuse qui n'est qu'une marchandise et comme telle s'achète, s'utilise et se jette.En ce qui concerne son environnement immédiat tout est également consommable, et c'est donc la loi de l'offre et de la demande qui primera. On peut dire qu'aujourd'hui nous y sommes presque, les derniers bastions d'irréductibles gauloiseries vont finalement tomber -l'école, la santé, la culture, les transports publics..d'ailleurs ce machin "public" il faut tout de suite que vous enleviez ce vilain mot de la bouche, maintenant on dit: PRIVE.
et pour bien que vous l'appreniez vous allez vous serrer la ceinture
en vous privant justement
ah! ah! ah!
allez répétons tous ensemble:
trois, quatre:
- privé de retraite
-privé de culture
-privé de soins
-privé d'information
-privé de transports
-privé de liberté
-privé de dignité
-privé de logement
-privé de chauffage
-privé d'eau...
vous rallongez la liste comme vous voulez...
Mais comme il est hors de question de se laisser abattre sans l'ouvrir encore et toujours, et que vos mots sont de magnifiques et gentils (parce qu'il ne s'agirait pas d'être méchant en plus) pieds de nez à l'hypocrisie, à la bêtise, à l'inculture, à la mocheté ...je lance présentement un pont d'arc en ciel entre l'estuaire et le Berry pour faire un ptit coucou à Anne et son arche de noë, elle qui raconte si bien ses histoires de Vie, des histoires de gens debout, à ne jamais devenir chèvre (quoique...),
Et puis, pour ne jamais rester sur la touche et lettre morte, et même si des fois on se dit -fatigué- que ça ne sert à rien, ben c'est comme les manifs quand y'en aura plus ça sera pire, croyez pas? Voici donc une pétition envoyée par Serge, pour la défense de l'hôpital public, mais si je vous assure ça existe encore et l'on trouve même parfois des chirurgiens qui ne vous opèrent pas avec des dessous de table, c'est dingue non? (au fait Serge pour les articles c'est quand tu veux....feignasse va!)
Allez, ne nous arrêtons pas en si bon chemin, encore de la pétitionne qu'elle est frâicheu , cette fois c'est pour se battre contre le projet darcos (en minuscule ça suffira) de mise à mort de la médecine du travail (sont pas députés ceux-là), c'est ici que ça se passe.
le presque mot de la fin entendu ce jour à la radio:
"nous sommes dans la merde jusqu'au cou, c'est pourquoi nous marchons la tête haute" Dario fo
et pour conclure en beauté (enfin!) une autre sortant de la bouche d'un sénateur um en piste
"les marché financiers, c'est le thermomètre"
(voix off- "et on l'a dans le cul")là dessus je vous tire -pour l'instant- ma révérence, j'ai une sieste sur le feu!
mardi 9 février 2010
C'est quoi au fait, le rendement Humain?...
Nathalie! Au revoir Nathalie...
Prends soin de toi!
J'ai honte! Honte de participer et de ne pouvoir agir contre une mise à la rue d'une jeune fille de tout juste 18 ans! Honte d'être éducatrice et de n'avoir su protéger une jeune contre les politiques sociales qui ne justifient et ne financent par un budget public, que pour donner bonne conscience à un Etat qui se déshumanise, et qui trompe l'ensemble de la société!
Honte de ne pouvoir qu'obéir à un ordre d'un fonctionnaire qui me demande de la mettre dehors!
Cette jeune fille à qui je viens de dire au revoir, et sur qui je referme définitivement le portail d'un foyer (structure qui s'était réellement engagée à trouver une place pour elle, adaptée à ses difficultés), je ne saus pas où elle va dormir ce soir, où elle va manger! Elle n'a personne.
Nous savons tous qu'en lui fermant le portail, nous la mettons à la rue, pour accroître le nombre de SDF en France! Je ne peux pas! La honte, le dépit, la culpabilité, la tristesse m'envahissent! Mon corps ressent une immense fatigue et lassitude par ce combat, sans doute perdu d'avance! Nul doute que Nathalie ne soit désormais qu'une jeune fille de plus qui ira grandir le nombre de nos jeunes en extrême difficulté, et ne fasse les frais de nouvelles politiques sociales économistes!
Mais une société moderne, civilisée, n'est-elle pas en devoir d'aider ceux qui n'ont pas eu en début de vie toutes les chances de leur côté?
Interloquée! Scandalisée! Dépitée! Comment accepter qu'une histoire comme celle-ci puisse se passer en France, aujourd'hui? Voilà des mois que je suis témoin d'une vie qui part en lambeaux, d'un abandon d'une jeune vie par mes pairs. Mes pairs, sont ceux qui comme moi, travaillent dans un système social qui a comme objectif d'accompagner des personnes, qui au départ de leur vie, n'ont pas eu de racines suffisamment constructives pour pouvoir s'insérer et participer à notre société. Certains pour des handicaps physiques, mentaux, ou pour les personnes comme celles auprès de qui je travaille, des handicaps sociaux.
Pour tous ceux-ci, les droits de l'homme, les droits de l'enfant, ont été créés car ils sont devenus une nécessité évidente pour le respect de la dignité humaine. Pourtant, aujourd'hui, j'ai parfois l'impression de participer à un vaste mensonge, permettant de rassurer ou de donner bonne conscience à un Etat, qui triche avec nous tous!
Cette histoire que je tente d'expliquer, est l'histoire d'une enfant, dont les parents, père et mère sont dans l'incapacité de s'occuper d'elle et dans la maltraitance à son égard. Pour ces raisons, cette enfant est signalée en danger. Pendant des années, des travailleurs sociaux mandatés par l'Etat interviendront auprès de cette famille, de cette enfant et de sa soeur.
Comment raconter, expliquer, une tranche de vie si pathétique, si désespérément triste? En tenant de tels propos, certains me diront que je ne suis pas professionnelle...Peut-être...Mais je suis aussi avant tout une femme citoyenne et humaine! Si j'ai choisi ce métier ce n'est pas le fruit du hasard. Je croyais à ce métier!
Ce jeunes, ayant eu nombre de carences en début de vie, peuvent malgré tout, avec un accompagnement fait de patience, d'écoute, de réassurance, s'ancrer dans la vie et dans notre société.
Mon métier n'était pas une utopie. Je sais qu'à l'impossible nul n'est tenu. Certains, malgré toute aide, n'y parviendront pas.
Mais j'ai vu des vies chaotiques, des jeunes partir avec de grands handicaps: des jeunes maltraités, humiliés, mal aimés (au sens premier du terme), des parents délinquants, perdus dans leur propre vie, pour qui il était impossible de donner à leurs enfants suffisamment de repères, de stabilité, d'amour positif. Ces enfants sont-ils responsables des difficultés de leurs parents? Doivent-ils payer le prix de leurs difficultés?
J'ai eu le plaisir de voir nombre de ces jeunes, avec la patience et l'écoute d'une équipe de professionnels, se saisir enfin de leur vie. Pour cela, il faut croire sincèrement en eux, être même tenaces et patients, tenir ses engagements d'adultes responsables représentant la société dans laquelle ils trouveront enfin leur place.
Eux, ne croient plus en rien ni en personne. Trompés, malmenés depuis de longues années, la société, les adultes, leurs pairs ne sont souvent pour eux que des êtres menteurs, égoïstes, calculateurs, profiteurs, irresponsables. Nous tentons de leur montrer une vie ni blanche, ni noire. Mais une vie où ils peuvent trouver toutes les nuances de gris, à condition de patience, d'envies, et de se "battre" pour créer leur propre palette de nuances. Tous, ou presque, peuvent s'inscrire dans notre société si on leur en laisse le temps et qu'on leur en reconnaît l'humanité.
Mais depuis quelques temps, les politiques sociales, la société des temps modernes, calculatrice de rendement (au fait, c'est quoi au fait le rendement Humain?...) comptable de coûts, d'économie de l'instant, comme pour se gargariser de savoir gérer l'argent public, économise à grandes coudées l'avenir de ces jeunes, mais aussi notre avenir à tous, ainsi que le coût futur des violences, des agressions, des maladies mentales que ces jeunes "abandonnés" vont nous renvoyer comme un boomerang.
C'est pourquoi je prends la plume pour mettre sur la place publique la façon qu'à notre gouvernement en 2010, de faire semblant de s'occuper de l'enfance en danger! Avant dix-huit ans le conseil général, préfère rapatrier une jeune dans un foyer citadin, sachant pertinemment, que cette jeune fille risque un danger permanent de violences sexuelles ou de prostitution! Mais ce n'est pas grave, chacun se couvre, le lieu étant habilité par les services du conseil général! Pourquoi la retirer d'un lieu, à la campagne où elle était en sécurité et pouvait s'épanouir plus sereinement, mais qui avait le tort de ne plus être habilité?
Comment se fait-il que des jeunes, n'ayant même pas commis d'incivilité soient déscolarisés par l'Education Nationale alors qu'ils sont en obligation scolaire? comment alors parler à ces jeunes de loi et de respect de la société quand cette même société ne respecte pas les lois qu'elle a établies pour l'égalité du droit à la culture, à la citoyenneté!
Voilà, messieurs dames, plusieurs années que je vois se dégrader de façon grave la protection de l'enfance! Des jeunes se retrouvent à la rue parce qu'ils ont dix-huit ans! Vos enfants à vous, sont-ils capables d'être autonomes à cet âge? Seuls, sans aides ni possibilité d'être réellement accueillis par leurs parents.
Pouvez-vous me dire comment il est possible que le système de protection de l'enfance estime qu'un jeune de dix-sept ans et demi soit en danger et le fasse placer dans un foyer et décide de le renvoyer à la rue lorsqu'il en a dix-huit. N'y aurait-il subitement plus de danger pour ce jeune? Certes, oui! pour les gouvernants, plus aucun danger légal d'être accusé en cas de problème! Il est entendu qu'étant que majeur, le jeune est civilement responsable de lui-même! Même en 1974, lorsque Valéry Giscard d'Estaing fut élu comme président de la république, l'Etat ayant conscience qu'il ne pouvait abandonner une partie de ces citoyens, s'était engagé alors à accompagner les jeunes en difficulté jusqu'à vingt-et-un ans. Pour autant tous n'ont pas besoin d'être suivis jusqu'à vingt-et-un ans, mais il serait tout de même moins scandaleux de leur laisser le temps de prendre un peu confiance en leurs capacités d'autonomie. qu'ils puissent finir leur bac, leur BEP, voire s'installer peut-être en studio!
A quoi sert notre métier d'éducateur, si on ne peut pas réellement accompagner ces jeunes? a quoi bon dépenser de l'argent public pour faire semblant?
Ne serait-il pas moins coûteux à la société d'accompagner maintenant réellement ces jeunes, plutôt que de payer plus tard des hôpitraux, des prisons, des violences de rues, extrêmement plus coûteuses pour la société, sans compter le gâchis humain de ces politiques électorales à court terme. Ne soyons pas dupes!
Messieurs dames, il s'agit de vous, de nous, de nos enfants, de nos choix de société dite civilisée; ce sont aussi nos, vos impôts que l'on utilise de manière éhontée, en Vous mentant, en Nous mentant!
Mais que le gouvernement assume sa position économiste, et qu'il ne fasse plus semblant: qu'il stoppe dès aujourd'hui la protection de l'enfance, qu'il ne la fasse plus minimaliste, juste pour se donner un semblant de bonne conscience , retournant plus tard la responsabilité sur ces jeunes, qui peut-être gâchent le paysage d'un pays apparemment tranquille et bien sous tous rapports!"
Ce texte a été publié dans la page "Rebonds" de l'hebdomadaire "Lien Social" -n°959-
lundi 8 février 2010
ambiances portuaire
"La mer est sans routes, la mer est sans explications"
Allessandro Baricco"Qu'est -ce donc que toute notre tendresse?
Rien qu'une petite vague qui racle sur la terre
et s'en retourne à la haute mer."Léon-Paul Fargue
"Il ne faut pas avoir peur des vagues qui agitent votre âme.
C'est ça la vie."
Hwang Sok-Vong"Lorsque l'homme s'habitue à voir les autres porter les chaînes de l'esclavage, c'est qu'il accepte lui-même un jour de les porter."
Abraham Lincoln
"Si tu ramasses un coquillage et que tu le portes à ton oreille, tu entendras la mer. Si tu le portes à ta poitrine, il entendra ton coeur."
Philippe Geluck "Les détails font la perfection, et la perfection n'est pas un détail."
Léonard de Vinci
"Les promesses d'Hommes sont pareilles aux vagues de la mer:
Elles meurent aussi vite qu'elles naissent"
Gilbert Sinoué "Dans l'humanité, il n'y a que les détails qui changent"
Alfred Capus dé- localisations, comme s'il en pleuvait
Souvent, nous pensons que l'économie comme tout ce qui touche aux gros sous de la planète est affaire de spécialistes, et d'ailleurs cela arrange bien du monde que nous pensions ainsi...
Comme dit si bien le banquier, l'assureur, le notaire, l'Enarque, le journaliste accrédité, l'expert de mes deux et toutes ces sortes de CHÔses- "Ne vous inquiétez surtout pas, je pense pour vous"
Et puis parfois, l'on tombe -sans se faire mal, bien au contraire- sur des gens qui vous racontent sans se la pêter et comme c'est étrange, dans ces cas là , on finit par comprendre!
Ne croyez surtout pas qu'avant, vous (je) étiez abonnés à la gazette des abrutis, non que non, c'est juste que l'on ne s'était pas donné la peine de nous expliquer, parce que c'est bien connu "aux innocents les mains pleines et les poches vides sous les yeux" .
C'est dans cette perspective que cette semaine mes bien chers frères z'et soeurs le thème du bistrot du port sera : la délocalisation -C.Q.F.D dans le texte- et pour la peine je vous propose une réflexion menée par un blogueur de chez :
qui nous détaille l'affaire du genre, comme si l'on y était, et avec des propositions en pluche.
Et là, moi même personnellement de chez nous autres, je dis au nom de ma collectivité du Tout le monde-
Merci Msieur.
Délocalisations, tous responsables (ou presque !)
"Délocalisation, développement des pays pauvres, intérêt des citoyens et des consommateurs sont des sujets galvaudés. Qu’est-ce qu’une délocalisation ? Dans quels cas une délocalisation est-elle acceptable ? Que faire lorsqu’elle ne l’est pas ? Nous avons en fait le choix, du moins si on nous aide un peu.
Qu’est-ce qu’une délocalisation ?
Délocaliser c’est déplacer une activité industrielle, artisanale ou de service local vers un autre pays en remplacement partiel ou complet de cette activité.
Les neuf évidences des délocalisations
Première évidence : les délocalisations ne concernent pas que l’industrie mais également les services. Ainsi nous avons vu la majorité des centres d’appels basculer progressivement vers des pays étrangers. Evolution possible grâce aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) et à leurs coûts de plus en plus bas. Avant la délocalisation des centres d’appels, quelques initiatives de secrétariat à distance ont été menées.
Deuxième évidence : Les délocalisations ne concernent pas uniquement les activités à faible valeur ajoutée mais tout type d’activités. Ainsi la Recherche et Développement, la médecine, la chirurgie esthétique, etc. sont maintenant concernées. Ce qui veut dire que presque tous les métiers sont aujourd’hui concernés. Une usine qui disparaît, c’est des ouvriers, des chefs d’équipes, des secrétaires, des comptables, des logisticiens, des acheteurs, des qualiticiens, des personnes des services généraux, de l’environnement, de la recherche et développement, des cadres, des dirigeants, etc. qui disparaissent. Si le mouvement continue, même les sièges sociaux disparaîtrons car ils n’auront plus de raison de rester en France si plus aucune n’activité ne se fait localement… Les managers qui favorisent ces délocalisations scient la branche sur laquelle ils sont assis à très court terme.
Troisième évidence : si au commencement des délocalisations les produits ou services voyageaient du producteur vers le consommateur, aujourd’hui il peut arriver que le consommateur se déplace pour obtenir un service moins cher ou avec un meilleur rapport qualité/prix. Il est possible maintenant de se déplacer pour obtenir des services de santé, de chirurgie esthétique vers des pays proches mais moins chers.
Quatrième évidence : Se développer à l’étranger n’est pas forcément délocaliser. Une entreprise Française qui crée une usine ou un centre R&D étranger est-elle forcément une entreprise qui délocalise ? Ce n’est évidemment pas le cas. Une entreprise doit « idéalement » produire là ou le produit est consommé. Ceci à plein d’avantages aussi bien économiques qu’écologique. Savoir que la fabrication d’un blue-jean nécessite de faire plusieurs fois le tour du monde avant d’arriver en temps que produit finit dans nos magasins est une hérésie. Certaines entreprises l’on bien comprit comme Toyota qui produit également ses voitures en France, ou comme Décathlon qui finalement à décidé de produire ses vélos en France (relocalisation) car le surcoût d’une dizaine d’euros n’était pas significatif en regard des avantages. Citons également le cas d’une entreprise fabriquant du mobilier de bureau : après avoir délocalisé en Chine, la production a été relocalisé en France car les délais d’acheminement de 3 mois par bateau lui faisaient perdre des clients (le client avaient le choix entre attendre 3 mois pour recevoir leur commande ou de choisir parmi un nombre très limité de modèles ou couleurs en stock). Se rapprocher de ses clients est un choix justifié et naturel pour une entreprise, que cela nous arrange ou non.
Cinquième évidence : Dans l’intérêt d’un pays, il faut produire le plus possible localement et vendre le plus possible à l’étranger. Ceci entre en contradiction avec le point précédent. Si pour l’écologie il vaut mieux ne pas acheter de produits fabriqués loin, pour un pays il vaut mieux exporter le plus possible (et donc fabriquer localement). Cette contradiction transparaît dans les avis divergents que l’on entend aujourd’hui concernant les délocalisations. Si les délocalisations sont légitimes parfois pour l’entreprise elles sont contraires à l’intérêt local et à l’écologie (à l’exception des services intellectuels, encore que cela consomme de l’électricité en serveurs, téléphone et transmissions d’informations). Ainsi chacun défend ses intérêts et tout le monde à « égoïstement » raison.
Sixième évidence : Les délocalisations semblent profiter aux pays pauvres mais la réalité est plus complexe. Nous entendons parfois que les délocalisations sont nécessaires et utiles aux pays pauvres. Cet argument très altruiste (lorsqu’il émane des habitants des pays à hauts-coûts) est portant discutable. Les pays pauvres se développant trop vite agrandissent souvent leurs inégalités locales. Ainsi, entre les paysans Chinois qui ont conservés leur métier et ceux qui ont intégrés les usines, il y a maintenant un écart de pouvoir d’achat très grand. Le développement économique rapide d’un grand pays comme la Chine et l’Inde ne concerne et ne concernera pas toute sa vaste population. Pire, il fait monter les prix locaux, rendant plus pauvres encore les laissés pour compte de l’industrialisation. Etre paysan est de plus en plus dévalorisé dans ces pays et pourtant il est nécessaire de nourrir cette population citadine sans cesse grandissante qui ne produit pas sa propre nourriture. Ceci implique des importations massives de denrées alimentaires en provenance de l’étranger. D’un point de vue écologique, ces développements rapides sont une catastrophe, l’eau en Chine n’est pas buvable et ne le sera pas avant très longtemps. Les usines utilisent parfois des produits interdits et/ou dangereux ; Difficile de contrôler de si nombreuses entreprises alors que ces pays n’ont pas encore la culture nécessaire ni les moyens. Une croissance économique rapide attise les appétits des plus corrompus, développant mafias et abus en tous genres (scandale du lait frelaté en Chine et corruption). Les délocalisations massives et non contrôlées vers ces pays tout en leur apportant croissance à deux chiffres, leurs posent de nombreux problèmes sociaux, énergétiques, écologiques, politiques et même économiques.
Septième évidence : Il est à noter que les délocalisations rapides auxquelles l’Europe procède ne sont pas facilement réversibles et ne sont pas pérennes pour l’Europe et pour les pays en voie de développement. Ces derniers ont parfois une masse de population si importante (se comptant en milliards d’individus) qu’elle est difficilement épuisable. Le nombre de pays potentiellement en voie de développement est également assez important. Si les délocalisations continuent à ce rythme nous n’aurons bientôt plus rien à délocaliser ce qui n’est pas pérenne pour nous et pour ces pays. Les grand pays comme la Chine et l’Inde en sont conscients et parient sur une croissance de la consommation locale forte pour prendre le relais lorsque l’occident cessera d’être leur principal donneur d’ordre. C’est un pari et une course contre la montre qui n’est pas gagnée au premier abord. La paupérisation de l’occident est en revanche programmée.
Huitième évidence : Les délocalisations ne sont pas toujours rentables et relèvent parfois de l’idéologie. Aussi incroyable que cela puisse paraître, une « mode » des délocalisations s’est répandue et un dirigeant qui ne délocalise pas est mal vu par ses actionnaires. Si décider une délocalisation est une action simple et facile, réussir une délocalisation afin qu’elle soit profitable à l’entreprise demande de nombreuses compétences. Ce qui est ridicule avec ces délocalisations ratées est que ceux qui les ont mises en place (de manière coûteuse) ne veulent pas supporter le poids de leurs erreurs, ils font tout pour masquer, au sein de l’entreprise, cet échec. Le manque de rentabilité d’une délocalisation peut tenir à beaucoup de sujets : manque de main d’œuvre qualifiée, forte concurrence entre entreprises qui délocalisent (turn-over important et salaires croissants), sous-estimation des écarts culturels, sous-estimation des frais de management, gestion de projet, voyages, formation, de la qualité des infrastructures du pays (route, réseau, téléphone, Internet…), productivité de la main-d’œuvre locale, temps de mise en place d’un centre qui fonctionne de manière optimale, éloignement des clients finaux, corruption locale, loi locale mal connue, etc. Dans cette liste, le choix du pays est primordial mais le pays idéal n’existe pas. Dans la course à la recherche du profit immédiat, une délocalisation est souvent éphémère. Les délocalisations en cascade (d’un pays pauvre vers un pays encore plus pauvre) d’une activité qui vient à peine d’atteindre ses performances maximales, diminuent encore la rentabilité de ces opérations !
Neuvième évidence : Ainsi, les délocalisations ne concernent pas que les pays occidentaux, mais également les pays en voie de développement. La Chine délocalise elle-même certaines de ses usines au profit de l’Afrique par exemple. Les victimes des délocalisations sont beaucoup plus nombreuses et variées qu’on peut l’imaginer.
Que faire ?
Laisser le marché se réguler lui-même ne donnera rien car ceux qui décident de délocaliser n’ont souvent aucun intérêt commun avec le reste des personnes concernées par ce phénomène. L’intérêt des actionnaires est axé sur le profit immédiat sans vision du long terme. Délocaliser appauvrit le pays et donc diminue le marché local ? Qu’importe, les pays en voie de développement sont de nouvelles cibles de consommation encore plus grandes et alléchantes ! Pourtant ces pays en pleine expansion ne comptent pas rester uniquement des cibles commerciales et leurs entreprises comptent bien profiter en priorité de cette croissance. Le protectionnisme que l’on s’interdit pour des raisons idéologiques en Europe ne pose en revanche aucun problème à ces pays. Nous allons donc « dans le mur ».
Que faire si le marché ne va pas dans la bonne direction ? Il faut que nous, consommateurs, prenions nos responsabilités rapidement tant qu’il en ait encore temps. Il faut également que nous ayons les moyens d’assumer nos responsabilités. Tout le monde peut remarquer que le prix d’un objet n’a plus aucun lien avec sa qualité ni même son lieu de fabrication. Cela fait bien longtemps (plus de 20 ans) que les marques de luxe ont commencé à délocaliser très discrètement. Le consommateur ne peut plus, comme autrefois, faire confiance au prix afin de désapprouver les délocalisations qui finalement lui sont néfastes. C’est donc une vraie question, comment faire valoir ses intérêts en temps que consommateur ? Il faut être clair ce n’est actuellement pas possible. Le système ne permet pas au client de choisir. Il faut donc réguler un peu, juste assez pour que les consommateurs aient le choix.
Propositions
Il pourrait par exemple être rendu obligatoire un marquage règlementaire sur chaque produit indiquant : ou le produit est conçu (R&D), ou il est assemblé, ou il est emballé. Pour chacune des trois catégories un pourcentage serait rendu obligatoire. Bien sûr cela ne va pas dans le sens de l’intérêt des multinationales qui délocalisent mais dans le sens de la démocratie et de l’information du consommateur. Ainsi je suis sur que certain nous expliquerons tout le mal qu’ils pensent de cette proposition qui va contre leur intérêt purement financier et/ou idéologique.
PS : Remarquons également que le bas prix des produits qui voyagent beaucoup tout au long de leur cycle de fabrication et de vente est en fait un hold-up sur la planète car si l’on payait au juste prix le CO2 dégagé par ce cycle ils couteraient chers. Le marquage concernant le CO2 dégagé par la fabrication de chaque produit est un premier pas vers l’information du consommateur et vers un choix possible de société."
des vagues à l'âme
Quand lundi prend la plume
d'un oiseau majuscule
qui flottait sur sa vague.
Il frissonne à la brume
en rêvant dans sa bulle,
dessus un terrain vague.
Aucune n'est identique,
mais toutes se rassemblent
pour jouer en tragédie
l'acte deux, pathétique
en problème des ensembles,
voué aux insomnies.
La rime est laborieuse
sur ce début de semaine
et feint de ne pas voir
la tempête qui s'amène
là-bas! Sur l'horizon
que l'océan malmène.
Irais-je en poésie
comme on part au couvent
prisonnier de la nuit,
de ses sables mouvants
et écrire sur la plage
Alexandre!, mon grand.
Les mots se débarbouillent
à l'air salé du vent,
la phrase est niguedouille
et se prend une tasse,
comment dire...?
gentiment.
dimanche 7 février 2010
la carlita aux trois fromages
Le dimanche soir, c'est souvent l'occasion d'aller rendre une visite de courtoisie au grand machin blanc qui trône dans la cuisine et , de sortir les boites hermétiques multicolores et autres bols cellophanés pour concocter, avec les fonds de tiroir et à la bonne franquette, le dernier repas de la semaine. Eh! Oh! on va pas se prendre la tête non plus...Ou alors quand le grand vide réfrigéré nous saute à la figure, la solution toute trouvée -si les finances veuillent bien suivre naturellement- c'est d'appeler S.O.S. pizza afin qu'un scout de la nouvelle génération nous livre dans la demi-heure qui suit, un machin odorant et élastiquement fromagé que l'on avale sans réfléchir ni s'arrêter sur la composition- c'est juste pour remplir un creux ou ce qu'on croit l'être.
Attention, cependant, cette spécialité italienne qui fait vrombir les vélomoteurs de l'hexagone et presque dans ses coins les plus reculés peut parfois ressembler suivant les produits utilisés et le savoir faire des lanceurs de pâte à quelque chose de tout à fait acceptable voir même -bon- dans certains cas. D'ailleurs, l'inénarrable Zébulon premier ne s'y est pas trompé puisque dernièrement nous apprenions par la presse bien informée des us et coutumes des affaires de cour qu'à l'occasion du réaménagement du futur avion présidentiel -A330- ("air beauf one" pour les intimes) acheté à la compagnie Air Caraïbes, le seigneur à gourmette avait décidé d'y faire installer un four à pizza...On nous signalait z'aussi, dans le même temps, de la bush-men des responsables de la société chargée du réaménagement du joujou présidentiel que les exigences de leur client ("et c'est nous qu'on paye"-proverbe briéron) dépassait toutes leurs espérances, du jamais vu en quelque sorte...meubles sur mesure, douches grande classe ,le président menant un véritable combat contre la sudation nous dit-on, à ce propos lors de son récent passage éclair sur l'ile de la Réunion, rien que pour la clim. il y en avait pour 50 mille euros. Que voulez-vous c'est bien connu quand on aime, on ne compte pas!
T'as pris quoi comme pizze? Trois fromages ! Ah ouais pas mal!
le sponsor?
"Voyons, d'où vient le verbe ? Et d'où viennent les langues ?
De qui tiens-tu les mots dont tu fais tes harangues ?
Écriture, Alphabet, d'où tout cela vient-il ?
Réponds../.."
Victor Hugo
De qui tiens-tu les mots dont tu fais tes harangues ?
Écriture, Alphabet, d'où tout cela vient-il ?
Réponds../.."
Victor Hugo
samedi 6 février 2010
disturbing...
j'ai reçu ceci:
Exposition du 4 au 28 Février
vernissage dimanche 7 Février à partir de 15h30
La galerie Pierrick Touchefeu présente
DISTURBING....
avec Pat ANDREA, Iris LEVASSEUR & Florence REYMOND
Ci dessus: Pat Andrea, « El angelito o the sweetheart », Huile et caséine sur toile 2007/2008, 160x160cm.
Exposition du 4 au 28 Février
vernissage dimanche 7 Février à partir de 15h30
toute la mer va vers la ville
"Elle a grandi, la gare maritime du Conquet. Hier, c'étaient à peine quelques planches, de quoi se blottir en attendant le bateau d'Ouessant. On partait de Brest, on descendait tout le goulet. C'était long et lent, ça vous chahutait au large de Saint-Mathieu, où les fonds remontent, mais c'était ainsi. N'embarquaient au Conquet que les locaux. Maintenant, tout le monde a une voiture, tout le monde veut visiter Ouessant. Et du Conquet, c'est beaucoup plus court. Juste en face. Alors on a élargi les parkings. Puis considéré la baraque en planche qui ne ressemblait à rien. Et l'on a transformé ce rien en gare maritime.
Même l'hiver, même hors des vacances scolaires, il s'en trouve quelques-uns qui tentent l'aventure. On les reconnaît à leurs habits tout neufs, portant la griffe du Vieux Campeur, à leur enthousiasme solitaire, à leurs sacs à dos. Ils se sont équipés pour du rude, ils l'ont, ils sont ravis. A bord du Fromveur, le traversier qui dessert les îles, les habitués se blottissent dans le carré central, au plus bas. Eux restent dehors, rincés, et, une fois rendus, un peu pâles, ils s'accrochent encore.
Thérèse Berthelé a la dent dure, comme tous les iliens. Avec Michel, son mari, elle a, durant vingt-cinq ans, habité le phare du Stiff. C'étaient moins les tempêtes qui gênaient que l'humidité. Le vent, on savait faire, on rentrait la tête dans le cou, mais cette chose insinuante qui venait des murs, qui empêchait de sécher le linge...maintenant Le Stiff n'est plus gardienné, ils ont déménagé à l'heure de la retraite et occupent un logis étanche, flanqué d'une annexe pour touristes.
Et c'est ici qu'elle a la dent dure, Thérèse. Les touristes, elle est pour, elle leur loue son gîte. N'empêche que le club théâtral dont elle fait partie, escomptait bien les allumer. Elle décrit la scène. Il y aurait deux personnages. un vélocipédiste, qui pédalerait d'un bout à l'autre du spectacle, épuisant, épuisé. Et un récitant, qui chercherait sur la carte où l'on se trouve, qui n'omettrait pas un seul calvaire, un seul amer, un récitant bienheureux et collectionneur qui proclamerait haut sa joie d'être là, cheveux déployés. pour comble, on donnerait la représentation aux touristes mêmes, on ne la garderait pas pour soi, il faudrait qu'ils paient et qu'ils applaudissent à la fin.
Je ne sais si Thérèse a réalisé le projet. Mais je me souviens de son commentaire. "ils sont gentils, nos visiteurs, ils sont aimables, ils ont peur de nous froisser, nous autres qui sommes nés îliens. Mais je me demande toujours pourquoi ils viennent parmi nous se ressourcer. Croient-ils que, d'être exposé au vent d'ouest et cerné d'eau, cela vous ressource?" Et elle ajoutait qu'un week-end sur le continent, franchement, ça requinque.
Je comprends ce que veulent dire les urbains stressés au contact d'éléments violents et naturels. ils veulent dire, portés par la vague écologiste, leur besoin de quiétude, de solitude, et d'un temps où le monde paraisse devenir simple. C'est qu'ils sont entre parenthèses quand les autres ne le sont pas. Comme ceux qui confondent la mer et la thalassothérapie, qui s'abandonnent à cette eau suave, tiède et lavée. Comme ceux qui n'entrevoient de la montagne qu'une piste damée avant l'aube.
Oui, je les comprends, mais la province ne dissimule nulle "source" cachée. Elle est belle quand elle est belle, ennuyeuse quand elle est ennuyeuse, et voilà tout. L'idée qu'on viendrait se rafraîchir à quelque puits secret est un brin naïve, l'idée qu'en contrepartie de sa rusticité elle vous dévoilerait je ne sais quelle confidence ne l'est pas moins. Ou alors autrement, difficilement, à la longue, à l'usure, et sans que cela ait quoi que ce soit à voir avec le nombre d'étoiles du lieu.
Les étoiles, ça va ça vient. Tous les étés, la presse magazine redécouvre la province. Surtout celle des festivals, des stations balnéaires. Savez-vous qu'on joue du théâtre du côté d'Avignon? Qu'on trouve de l'opéra du côté d'Aix? De la variété du côté de La Rochelle? Ou du jazz à Antibes? Savez-vous que l'impératrice Eugénie régna sur Biarritz, que Chateaubriand est enterré à Saint-Malo? C'est formidable la province. Et puis, fin août, c'est fini, la vraie vie se réinstalle à Paris, hormis les marronniers de Jean-Pierre Pernaut, chaque midi, sur TF1.
D'ailleurs on ne parle plus de province. on parle de régions. "en région..." Drôle de mot. C'est très français, cette manière d'évacuer le litige, de taire ce qui dérange. On objectera les faits. La fin de l'exode rural, les accents qui s'effacent, le TGV qui relie, n'est-ce pas l'agonie de cette province méprisée dont Flaubert disait que la fenêtre y remplace le théâtre et les promenades? La décentralisation, la déconcentration, les transferts de compétences ne relèguent-ils pas aux orties les frustrations, les timidités d'hier, ce mélange de fascination rentrée et d'agressivité sortie?
Naguère, on "montait" à Paris (première ville provinciale de France), on y couvait en silence son mal du pays, et puis on revenait vers les terres originelles avec une belle auto et la palme du martyre. Aujourd'hui, Paris devient une ville de (vieux) riches, une cour y fait figure de parc, un enfant vous ruine à jamais, soixante mètres carrés se paient sur trente ans. Et l'on migre vers les banlieues quand on est jeune, vers le bord de mer quand on est vieux. Pendant ce temps, les capitales régionales embellissent en s'uniformisant: Les mêmes rues piétonnes, le même "coeur de ville", les mêmes enseignes franchisées, la fringue, la fringue, la fringue toujours recommencée...
La province a toujours été un concept creux. sans plonger dans les abysses de l'étymologie (territoire conquis et administré par les romains en dehors de l'Italie), elle désignait ce qui n'est pas Paris. L'innommé. L'impensé. Le non-être. Le non-lieu. Tout au plus l'évoquait-on par le folklore (Pagnol, le ferry-boat, les larmes de Panisse), ce qui était bien joli. Ou alors par les fraîcheurs de l'enfance (La Guerre des boutons, l'instituteur missionnaire), ce qui était bien tendre. Ou encore par la fantaisie des bêtes, l'odeur d'un jardin, ce qui chez Colette, était fort sincère. Quand au fond, le désert,cf. Mauriac, était finalement peuplé, il s'y nouait des drames, on y commettait des meurtres, on y empoisonnait par amour, on frissonnait, on cachait la peau à vif sous des étoffes épaisses.
Mais on n'y décidait pas.
Et puis, dans les années soixante-dix, une soudaine conversion s'est opérée. C'était l'époque de la grève du joint français, des Lip en pleine utopie autogestionnaire. C'est l'époque où le journal télévisé, pourtant aux ordres, ouvrait sur des mouvements sociaux inédits, sur la protestation de la périphérie. après Morvan Lebesque et son Comment peut-on être breton?, Per Jakez Helias obtient un succès inouï avec le réactionnaire Cheval d'orgueil - Le passé est embelli, les anciens étaient des sages, nos coutumes avaient de la gueule.
On s'en fiche, que le message soit réactionnaire: d'un seul coup, trop tard, on plébiscite la diversité des cultures, des traditions, on salue la voix de Jean-Pierre Chabrol contant les Cévennes, et celle de Glenmor ou de Gilles Servat chantant les landes. La province a perdu, la province a gagné. on communie dans la nostalgie de ce qui ne sera plus, de ce qui est révolu (et qu'on a laissé choir en échange du "progrès" de l'école républicaine, de l'agriculture intensive). Et l'on célèbre, feignant de croire que le fil n'est pas rompu, l'émergence d'une culture nouvelle, celle de la région.
Qui, plus jamais, ne sera "de province".
Quoique. Peut-être l'est-elle encore dans l'esprit de ceux qui tranchent, de ceux qui comptent ou croient compter. Peut-être l'est-elle toujours dans celui des "faiseurs d'opinion, des journalistes -qui méconnaissent ou regardent de haut la "PQR", la presse quotidienne régionale. Peut-être l'est-elle encore chez les éditeurs, incapables de se décentraliser. Mais ce sont là des archaïsmes français, des rémanences tenaces.
Je voudrais ici raconter comment j'ai vécu la province. comment elle m'a nourri. comment elle a changé, et à quelle vitesse. comment elle m'a formé, initié au militantisme. Comment j'y suis devenu ce qu'il est convenu d'appeler un homme de gauche-Hélas! peu satisfait de cette appellation et de ce qu'elle recouvre. Comment je ne m'y suis pas ennuyé mais avait hâte d'en sortir, puis d'y revenir, et ainsi de suite, promenant mon insatisfaction de la Bretagne vers Paris, de Paris vers la Bretagne, constamment en porte-à-faux.
Je voudrais ici soutenir que ce mouvement de porte-à-faux est, précisément, la richesse d'une éducation provinciale- en tout cas de la mienne. Pas un instant je n'ai pensé que mon canton était le nombril de l'univers. Au contraire: il m'invitait au départ, à la curiosité. Insatiable. Je vais mourir avant de connaître tant de villes, tant de langues. Je vais mourir inculte. Mais indemne d'une illusion: jamais je n'ai occupé le centre du monde qui est partout et nulle part.
Revenons à Ouessant, à cette île qui m'est chère. J'en jouis, mais je ne m'y ressource guère plus qu'à New York ou Tokyo. simplement, les vagues y sont blanches, la côte abrupte, les courants, puissants et la lande moelleuse. San compter le ragoût dans les mottes et les lumières après la pluie. Je ne sais si Ouessant est le plus beau lieu de la planète. C'en est un, à mon goût. Parmi cent autres. Parmi les fjords de Norvège, les anses de Madagascar. Ou la jungle de Malaisie. ou des endroits dont, la beauté n'est pas répertoriée, Mourmansk, Bagnolet. l'important est la connivence qui s'y crée.
Nous n'avons pas de mot, en français, pour rendre ce que les allemands nomment Heimat. A la fois patrie, lieu d'origine, matrice où se sont développés tant de liens nourriciers, chauds. Quelque chose comme le pays. Pas la nation, qui est le fruit de la volonté. Notre coin. Tel est l'objet de ce livre: mon pays, le fragment de province où le sort m'a fait naître. L'attachement qui s'est formé, et qui perdure. Mais le déchirement, aussi, de le trouver fuyant, insaisissable, irrattrapable.
Quand bien même nous avons le privilège d'échapper aux violences qui déportent et qui frappent, nous sommes tous, toujours, déplacés."-Prologue- de: "Toute la mer va vers la ville"- un livre de Hervé Hamon (écrivain de marine)-Editions Stock
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