lundi 22 novembre 2010

la diagonale du vide


"Je me souviens, cette année-là, au milieu de l'hiver, debout derrière la baie vitrée de la salle d'embarquement, les yeux noyés dans une aurore verte et rose où un avion décollait toutes les minutes, j'ai décidé de tout arrêter.
Ne plus bouger. Ne plus partir. Surtout ne plus parler. Trouver au plus vite un endroit retiré. Avec du silence. De la lenteur. Peut-être un brin de tristesse. De préférence dans une région sauvage.
Au moment où une voix suave, tombée de nulle part, invitait une dernière fois les passagers de mon vol à embarquer, j'ai franchi en sens inverse le portique de sécurité. Je suis passé discrètement devant la guérite de verre des douaniers. J'ai déchiré mon billet en petits morceaux que j'ai jetés dans une poubelle transparente. Je n'avais avec moi qu'un sac de voyage. Tant pis pour ma valise! Prisonnière de la soute, elle était condamnée à une impitoyable destruction par les démineurs, sur le béton du tarmac, sous le regard des passagers d'un vol très retardé par l'absence d'un homme, en temps de terreur. Traversant la zone d'enregistrement, j'ai eu l'impression que les voyageurs ressemblaient à des enveloppes froissées faites de chair lasse et d'étoffe terne. Ils étaient pressés et préoccupés. Leur petit bagage, qui trottinait derrière eux, avait bien du mal à les suivre.
Je tenais à quitter les lieux avant que mon nom ne soit prononcé de façon accusatrice dans les hauts-parleurs: "M. Travenne...Le passager Travenne est prié de se présenter im-mè-dia-te-ment porte n°...Dernier appel..."
Dehors, il faisait un froid glacial. Le ciel devenait peu à peu jaune pâle avec de longues traces sanglantes qui allaient en s'élargissant. On aurait dit qu'une énorme bête invisible grondait en lançant des coups de griffes au hasard. Des insectes géants dans le ciel, des taupes géantes sous la terre. Tout vrombissait et vibrait dans la jungle de béton et d'acier.
Minuscule voyageur de l'aéroport Charles- de-Gaulle, je renonçais à un énième voyage en Extrême-Orient. Au moins le vingtième! En dix ans, douze ans, je ne sais plus. Tantôt Shanghai , tantôt Hong-Kong. Parfois Singapour. "Pour affaires", comme on dit, même si le fait d'être devenu un "homme d'affaires" me semblait toujours aussi incroyable et comique. J'étais un champion du décalage horaire. Un champion de l'attente et de la somnolence dans des fauteuils qui vous cassent les reins. Sur la terre comme en plein ciel. Un masque de tissu bleu ou blanc sur les yeux. Mais c'était fini. J'arrêtais pour de bon.
Après avoir échappé au vacarme de l'aéroport, je suis passé en coup de vent au bureau afin d'annuler les commandes et les contrats en cours, et j'ai dicté quelques lettres de désengagement à envoyer à nos principaux clients. Quand j'ai annoncé à nos deux secrétaires que j'allais disparaître quelques temps, elles m'ont considéré avec gravité, sans demander d'explications, avec une sorte de respect apitoyé. Elles ont compris que quelque chose n'allait pas, qu'elles allaient se trouver très seules dans ce qui ressemblait à une dernière longueur. Tout en m'écoutant en silence, elles jetaient des coups d'oeil attristés dans la direction du bureau définitivement vide de Wolf, mon associé. Ces fidèles collaboratrices s'étaient toujours doutées qu'avec des pilotes dans notre genre il y avait des risques d'explosion en plein vol.
Notre société, "Travenne & Wolf", spécialisée dans ce qu'on appelle le "design de luxe", nous l'avions créée vingt ans auparavant. Label français mais fabrication chinoise. Nous nous étions peu à peu consacrés à l'art de l'emballage sophistiqué: boîtes laquées, luxueux coffrets, écrins raffinés, dont je concevais les formes, avant de les faire fabriquer en Chine puis de les fournir, par dizaines ou centaines de milliers, à plusieurs marques renommées. Puisque tout s'emballe désormais. Puisque la plus médiocre marchandise se recroqueville au fond de ce qui l'enveloppe. Bientôt, il ne restera plus que des emballages. Et des professionnels du "packaging" comme on dit, contraints à renouveler sans fin les apparences des choses et des idées. .../..."

-Extrait de: "La Diagonale du Vide"- un roman de Pierre Péju- Editions Gallimard-

c'est une chose étrange à la fin que le monde




"C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit

D'autres viennent. Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent les voix


Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant



C'est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont chez eux
Comme si ce n'était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre...


Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle"


-Louis Aragon- 

beautiful tango



envoyé par Brigitte

lundi on fait dans le boudin purée



Faudrait-il  pencher la tête,
ou truquer les apparences?
et,
de gauche comme de droite le résultat serait le même,
pour comprendre de quoi il s'agit.
S'il existe un sujet fédérateur  traduit dans toutes les langues vernaculaires d'une planète en Et Moi, c'est bien celui-ci : LA PAIX, mais comment pourrions-nous l'accepter tant que nous serons en guerre avec nous-même et notre histoire.
De la conception à l'échappée belle, l'existence humaine se fait violence dans une course contre la montre pour remplir entre hasard, chance et pas de pot, l'espace-temps imparti.
Aussi, chacun voulant sa place dans la ronde des illusions, il est sans doutes bien difficile d'envisager, nous dirons: avec une certaine sérénité- l'idée  même du vivre en paix.
En résumé, à part quelques  pathologies dûment répertoriées, la majorité de nos voisins de cour de récréation planétaire, vote pour la séduisante exigence, sachant trop bien dans sa chair ou celle de ses aïeux ce que son opposé supposé signifie de larmes et de gâchis.
Alors que rien ne pourra nous en prémunir, notre peur et solitude quasi génétiques devant la fin du spectacle, nous entrainent inlassablement à l'attaque contre nos démons et ceux des autres.
"Foutez moi la paix et celui qui dit qui l'est."
Je demanderais cependant aux juges de la nébuleuse de m'accorder des circonstances atténuantes puisque tout comme mon vis à vis dans le miroir, ce n'est jamais moi qui ait commencé les hostilités.
Enfin, je présume qu'il me faut analyser la situation ainsi si je veux que mon rapide passage dans la précarité ne se transforme pas en état dépressif permanent.
Je me dois donc de m'agiter, d'assurer au mieux mon arrière-train, de saisir les opportunités, d'envisager un plan de carrière, d'aiguiser mes convictions...pour espérer profiter le plus longtemps possible de mes cellules où je m'enferme en amour, gloire et beauté.
La paix est un bel exercice pour  équilibristes en poésie et contrairement à nous-mêmes, ses charmes ne s'estompent jamais. 
La paix a toujours été à notre portée, elle nous suit comme une ombre au milieu de toutes les  autres, mais comme c'est la plus difficile à saisir , nous courons  d'abord vers d'autres chimères plus avantageuses à priori. Nous sommes, je suis, mon inconnu respectable...
Quand est-ce que je prendrais soin de son âme?

dimanche 21 novembre 2010

on se regardait

 photo Paco "la Grande marée" Saint-Nazaire



RAOUI

pour écrire un seul vers



"Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d'hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment voient les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s'ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l'on voyait longtemps approcher, à des jours d'enfance dont le mystère n'est pas encore éclairci (...), à des matins au bord de la mer, à la mer elle même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles,- et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela, il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d'amour dont aucune ne ressemblait à l'autre (...). Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d'avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d'attendre qu'ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n'est que lorsqu'ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu'ils n'ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n'est qu'alors qu'il peut arriver qu'en une heure très rare, du milieu d'eux, se lève le premier mot d'un vers."
"Pour écrire un seul vers..."-Rainer-Maria Rilke-

samedi 20 novembre 2010

comets

leçon de vie n°20112010



Un samedi à tout casser.
Pour la peine vous invitez quelques compères
et il en résulte un beau feu d'artifice.
Finalement, tout est affaire de circonstances et du côté où l'on se place.

J'aurais voulu être un oiseau.....



Condamnation d'un éleveur qui donnait du cannabis à ses canards

Un éleveur de canards qui donnait du cannabis à ses palmipèdes a été condamné jeudi par le tribunal correctionnel de Rochefort à un mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende.

A l'audience, cet éleveur à la Gripperie-Saint-Symphorien, un village du marais Rochefortais, a avoué qu'il fumait lui-même "un peu" de cannabis tout en justifiant ses plantations de chanvre indien pour "purger" ses 150 canards.
"Y'a pas meilleur vermifuge pour eux, un spécialiste me l'a conseillé", a affirmé l'éleveur herboriste, sans préciser qui était ledit spécialiste
"C'est sérieux, pas un seul n'a des vers et tous sont en excellente santé", a renchéri l'avocat de la défense, Me Jean Piot, sans parvenir complètement à convaincre le tribunal de l'intérêt pour les canards de consommer de la drogue.
C'est par hasard, lors d'une visite au domicile de l'éleveur après un vol, que les gendarmes étaient tombés début octobre sur douze plants de cannabis et une poche de 5 kilos d'herbe.
Placé en garde à vue, le sexagénaire avait tenté une première fois de justifier de l'usage vétérinaire du cannabis. "C'est la première fois qu'on nous raconte une chose comme ça", ont noté dans leur procès verbal les gendarmes, pourtant habitués aux justifications oiseuses en matière de stupéfiants.