dimanche 1 août 2010

sur la route qui nous mène...



Johann est un marin à voiles et sans vapeurs (personne n'est parfait). Il y a quelques lustres (et bougies aussi) j'ai mis sur la toile (sans  le spi.) des photos d'un bateau qui quittait l'estuaire pour la grande aventure. Il se trouve que johann à bord de son frêle esquif a croisé la route du dit bateau et il envoie la photo, avec un coucher de soleil sur les îles en plus...Franchement et entre-nous,  c'est tout beau pour un dimanche sur son début de nuit.

L'AVEYRON QUI ROCK FORT!

 Yves, Aveyronnais de Massillia  m'envoie le clip qui suit. Je crois bien l'avoir déjà passé il y a ..un certain temps, mais comme j'aime bien(g) et que mon coeur balance entre Bretagne et Occitanie, sud Aveyron et Morbihan/Loire Atlantique- on peut faire une redif, d'ailleurs c'est très tendance de l'été... allez zou!
Envoyez!

LES CRABES FARCIS façon mamie




Cette histoire là, elle ressemblait plutôt à un dimanche, mais avec une mise en scène , un peu d'organisation quoi. Ce qui faisait , que pour en arriver à l'aboutissement d'un futur plaisir partagé, il fallait que tout le monde ou presque, nous dirons les plus valides soient sur le pont dès le vendredi, enfin en fonction des heures de marée. ah dame voui, parce que la matière première, elle ne vous tombait pas tout cru (ou cuite plutôt) dans le bec, il fallait aller la chercher, soulever du goémon en pagaille et des grosses  pierres immergées itout (sans oublier de tout remettre en place ensuite),  et ne pas se casser la figure sur les terrains glissants....de la basse mer. Le but de la manoeuvre c'était de ramasser une palanquée d'étrilles enfin sur l'ile de mon enfance nous disions balarès- me demandez-pas pourquoi on les appelait comme ça car  j'en sais rien (et j'ai rien trouvé sur le sujet) sans doutes que c'était un code familial ou alors une expression qui ne dépassait pas les menues  frontières de la perle du golfe.. à moins que mon tonton d'origine portugaise?
.Bon, de toute façon,  nous les gosses on les appelait les  coureurs, parce que je sais pas si vous avez déjà essayé d'en attraper?....c'est que ça cavale ces bestiaux là, sans parler des pinces qu'il valait mieux tenir à distance, et c'est pourquoi on était tous muni  d'une tige en fer  bricolée par nos soins et recourbée au bout, comme un crochet, quoi! you pigez?
  Nous étions au minimum une dizaine à être conviés au repas du dimanche midi chez de la grand-mère et... c'est qu'il fallait en ramasser des "couabes" (comme ils disent les neveux martiniquais) pour confectionner le plat sublime.
Je vous passe les détails de la pèche miraculeuse, un grand moment et tous les pratiquants me comprendront...On en profitait également pour ramasser des bigorneaux, des palourdes, des moules...

Une fois rentrés au quartier général- la grande maison familiale de mon papi Cap-Hornier- il fallait  cuire tout ce ptit monde gigotant. On devait  donc faire  chauffer une grande marmite d'eau froide ,  rajouter un peu de  gros sel , de thym , de laurier et de persil  du jardin et plonger dans l'eau bouillante les macropipidae (deuxième porte à gauche-voix off-)- ("Comme il se la pète l'autre.. tu parles .il s'est maté  Wikipédia..."la cousine de la voix off-) Comme ça  se trémoussait drôlement dans la gamelle, pour éviter que quelques invités passent par dessus bord, on mettait un truc lourd sur le couvercle pour empêcher, comme dirait un préfet énarqué  du bulbe:  "les débordements".
Du marron, noir ,aux pinces bleutées , le crustacé, comme chacun d'entre nous quand il a trop chaud  ou qu'il est ému devenait tout rouge- et c'était le signe qu'il était cuit heu!...dans tous les sens du terme;
Nous laissions refroidir les macropipus (pfff, il va tous nous les faire...) avant de passer à la partie -petites mains agiles et patientes, genre on épluche la tonne de haricots-ou ptits pois- je fais un parallèle pour les gens du pays de l'intérieur (Argoat en breton).
Comme le précise ma grand-mère dans son cahier de recettes, je cite: " il faut enlever le bon avec le rouge à l'intérieur" Allez, faites pas cet  air dégouté; mélangé avec la chair "proprement dite" ça donne du goût et d'ailleurs à mon humble avis c'est le meilleur mais bon..(une cuvette pour le quatre, ça marche).
Remarquons également que l'on peut bien sur confectionner ce plat à partir de tourteaux (dormeurs) ou araignées, c'est moins de boulot  à éplucher mais franchement au niveau goût l'étrille c'est le fin du fin, le top -crustacé.
(gardez les carapaces évidées et nettoyées)
Comptez environ deux kilos d'étrilles pour une dizaine de convives.
Ensuite, vous mettez du beurre (25gr.environ) à fondre dans une casserole, vous rajoutez des oignons hachés très fin -(Ah dame il a l'air fin ton oignon)  vous rajoutez de la chair à saucisse-(environ 400 grammes). il faut faire cuire à feu tranquille en écrasant le tout à la fourchette, vous rajoutez le crabe (vous sentez le parfum? ma doué benniget) vous laissez doucement mijoter. ensuite vous rajoutez un peu d'ail haché, du persil, de la mie de pain-...comme ils disent les cousins occitans: "a bisto de nas" c'est vous qui voyez quoi, fiez-vous à votre pif..., un verre de vin blanc sec. Vous remettez ensuite le matos dans les carapaces, là bien sur c'est pas la mamie, c'est moi qui cause ainsi, ou là elle aurait pas aimé..) vous rajoutez un peu de chapelure et un morceau de beurre (tu piges, pourquoi la Bretagne, c'est une terre de mission pour le cholestérol?) Vous mettez au four (préalablement chauffé)  1/4 d'heure à feu modéré- notons, (coucou Anne) que l'on peut rajouter 2 c. à soupe de cognac.
Ensuite,
Ben, ensuite,...
A TABLE!

samedi 31 juillet 2010

BAGAD SUR LOIRE




Comme nous vous l'annoncions dans un précédent billet, le bagad de Saint-Nazaire de Bretagne, le temps d'un week-end , a  décentralisé ses répétitions sur la rive sud de la Loire.
Notre intrépide reporter n'écoutant bien sur  que son courage a  décidé d'affronter les flots tumultueux et les bombardes champêtres pour vous ramener quelques photos de cette bien agréable et musicale après-midi -de qualité bien entendu-

Selon les  derniers potins glanés dans les jardins de Paimboeuf , le vaillant bagad et  lauréat de nombreux prix, après un séjour remarqué à New-York devrait en fin d'année se déplacer à Shanghai...mais après tout quoi de plus naturel  puisque si j'en crois les spécialistes, -Shanghai- voudrait dire "sur la mer"

Signalons pour les absents, un oral de rattrapage demain pour le bagad- même lieu, même combat-
(avec buvette)







et pour se remettre de ses émotions  un ch'ti canon chez Diwan



et si jamais ça fait trop loin pour vous ou autre raison qui ne me regarde pas, voici un extrait de la prestation new-yorkaise

le son du dedans

" La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée."
-Platon-


folamour court toujours




j'ai reçu ceci du "mouvement pour le droit et le respect des générations futures"

2° Guerre d’Irak : une première étude scientifique montre des effets sanitaires catastrophiques sur la population de Fallujah...
... et soupçonne l’usage possible d’uranium appauvri par les armées américaines.
pour télécharger l'étude 2° Guerre d’Irak : une première étude scientifique montre des effets sanitaires catastrophiques sur la population de Fallujah
6 années après les très lourds combats conduits par les troupes américaines contre la ville de Fallujah, en Irak, une première étude montre des taux de cancer très élevés dans la ville, ainsi qu’une mortalité infantile très forte et une forte diminution du nombre de garçons par rapport au nombre de filles, chez les moins de 4 ans.
On savait déjà que de nombreuses malformations touchaient les enfants naissant à Fallujah (1) . Des soupçons pèsent sur l’utilisation possible pendant cette bataille d’armes chimiques ou encore d’uranium appauvri par les troupes conduites par les USA.
Une première étude (2) scientifique, publiée par le journal scientifique « International Journal of Environmental Research and Public Health » ce mois de juillet 2010 nous montre que, 6 années après cette attaque meurtrière des forces américaines, les jeunes enfants de cette ville semblent payer un lourd tribut en terme de santé.
L’étude, a été réalisée par Chris Busby, du ‘Department of Molecular Biosciences, University of Ulster’ à l’aide de questionnaires (3) auprès de 4843 personnes. Comparant les taux de cancers observés dans la ville irakienne avec ceux observés en Egypte (4), elle montre une situation effroyable :
- 4.22 fois plus de risque de développer un cancer pour la population de Falloujah que pour les populations de référence.
- 12,6 fois plus de risque de développer un cancer pour les enfants de moins de 14 ans…
- 38.5 fois plus de risque de développer une leucémie chez les 0-34 ans..
- La mortalité infantile est plus de 4 fois plus importante qu’en Egypte ou en Jordanie…et le phénomène s’amplifie encore ces derniers mois !
- Le sexe ratio (le taux comparé de mâles et femelles au sein d'une population) est totalement anormal dans la tranche des 0-4 ans de Fallujah où l’on enregistre seulement 860 garçons pour 1000 filles …alors qu’on devrait en compter 1050 !
- Pour le scientifique responsable de l’étude ces résultats montrent des effets sanitaires très sérieux, probablement liés à des mutations causées par une contamination environnementale datant de 2004. Il pointe comme cause possible l’uranium appauvri, qui aurait pu être utilisé dans les munitions américaines (5) .
« Devant ce qui ressemble à une catastrophe sanitaire et environnementale liée à la guerre en Irak de 2003, le MDRGF demande à l’état français de peser de tout son poids pour exiger une commission d’enquête indépendante sur cette question qui pourra notamment effectuer d’autres études scientifiques. » Déclare François Veillerette, porte parole du MDRGF. »L’armée américaine devra faire toute la lumière sur cette bataille de Fallujah, en particulier en ce qui concerne la nature de toutes les armes employées » ajoute t’il.

Notes :
voir aussi le site de Doctissimo :
http://news.doctissimo.fr/cancers-en-irak-les-armes-us-plus-nefastes-qu-hiroshima-_article7171.html

1) Voir par exemple la vidéo de CNN de mai 2010 accessible depuis la page :
http://www.huffingtonpost.com/2010/05/10/fallujah-birth-defects-ra_n_571119.html
ou un reportage du Guardian :
http://www.guardian.co.uk/world/2009/nov/13/falluja-cancer-children-birth-defects
2 ) Busby C., Hamdan M., Ariabi E. Cancer, Infant Mortality and Birth Sex-Ratio in Fallujah, Iraq 2005–2009. International Journal of Environmental Research and Public Health. 2010; 7(7):2828-2837.
étude accessible gratuitement depuis la page :
http://www.mdpi.com/1660-4601/7/7/2828/
3) Questionnaire déjà utilisé dans le sud ouest de la Grande Bretagne et ayant donné satisfaction selon l’auteur.
4) L’Irak étant dans un grand état de désorganisation ne dispose bien sûr pas de statistiques nationales sur les cancers…
5) Le chiffre de 2000 tonnes d’uranium appauvri possiblement utilisé pendant le conflit de 2003 est avancé par certains…
 

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et  en prime, une vidéo "pour se sentir mieux" dans son assiette...


Victimes des pesticides
envoyé par MDRGF. - L'actualité du moment en vidéo.

pas de vacances pour la vigilance...




j'ai reçu ce communiqué de la LDH

Paris, le 30 juillet 2010.

La xénophobie de Nicolas Sarkozy menace la démocratie

"Le président de la République a pris la lourde responsabilité de faire des étrangers et des personnes d’origine étrangère ceux et celles qui seraient responsables de l’insécurité.
Parce qu’il a échoué dans sa politique sécuritaire, parce qu’il enregistre des échecs électoraux, parce qu’il entend interdire toute enquête impartiale sur des faits mettant en cause le financement de sa campagne électorale, et parce qu’il aggrave l’insécurité sociale et économique de millions de Français tout en favorisant jusqu’à la caricature les plus nantis, le président de la République et son gouvernement ont manifestement décidé d’agiter les vieux refrains des années 1930 destinés à attiser la haine contre les étrangers.
En se livrant, à quelques jours d’intervalle, à un discours discriminatoire contre les Gens du voyage et les citoyens européens que sont les Roms, puis en recherchant chez les étrangers et les personnes d’origine étrangère les causes de l’insécurité, Nicolas Sarkozy est en train de menacer les fondements mêmes de la République.
Ce ne sont pas les délinquants que Nicolas Sarkozy poursuit, ce sont les Français d’origine étrangère et les étrangers, qu’il désigne comme les boucs émissaires de tous nos maux.
Ce qui est ici en cause, ce n’est plus le débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, c’est l’expression d’une xénophobie avérée. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique ne détient le mandat de fouler aux pieds les principes les plus élémentaires de la République, et de désigner à la vindicte des millions de personnes.
Le président de la République et son gouvernement mettent ainsi en œuvre une stratégie de la tension, espérant sans doute retrouver un électorat perdu, au risque de mettre en péril la paix civile.
La LDH, parce qu’elle porte de manière intangible les mêmes principes depuis plus de cent dix ans quels que soient les gouvernements, appelle tous ceux et toutes celles qui sont attaché(e)s à la démocratie et aux libertés à rejeter ces manifestations de xénophobie."

vendredi 30 juillet 2010

PLAIDOYER POUR MA TERRE

C'est Fulup qui m'a fait parvenir la vidéo qui va suivre et je l'en remercie vivement.
C'est  la seule et unique fois que le chanteur Herbert Pagani  a lu  ce  texte, son texte,  à la télévision française, dans le grand échiquier de Jacques Chancel en 1976...
Depuis on ne peut pas dire hélas que dans cette région du monde l'amitié ou tout au moins la coexistence pacifique  entre les peuples a beaucoup avancée. On peut bien sur ne pas être d'accord avec tout ce qui est dit , pinailler sur un terme ou une expression, mais je crois, en résumé, qu'il y a beaucoup d"Humanité dans les propos de ce monsieur, trop vite disparu. En tant que Breton et fier de l'être, mais sans orgueil (enfin j'espère), je comprends et j'entends le désir des peuples à la reconnaissance de leurs différences et à leur droit légitime de vivre sur une terre, qu'elle soit -par exemple- palestinienne ou israélienne- il y a de la place pour les deux et c'est d'ailleurs la seule et unique solution pour mettre fin à ce conflit qui tue des innocents des deux bords et engraisse des intérêts troubles et pervers des deux bords également.
Comme dans la vie en général, il n'y a pas les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. Par contre,  il existe des gens de bien, des justes,  qui parlent arabe ou hébreu ou...qu'importe mais en tout cas qui croient en une solution pacifique et tolérante pour régler les conflits et puis comme partout aussi  dans le reste du monde  il existe   des va t'en guerre,  des qui profitent de la crédulité, de la colère, du désespoir...pour semer  la haine et la mort. Je sais,  je n'apprends rien à personne, c'est vieux comme l'histoire des hommes et je crains fort  que ça ne perdure encore un moment...
Aussi, quand quelqu'un raconte sans se la raconter, quand la sincérité  et l'émotion transpire de ses propos et que dans tous les cas la parole remplace le fusil et autres accessoires pour abrutis en mal de virilité, et bien avec mes ptits moyens de blogeur bricoleur du dimanche je transmets le message...intelligent, c'est toujours bon à pendre.

MARAIS DU SOIR...

Bonsoir...


Un petit tour en Brière,



qui  comble de marais...  manque d'eau...





ALCOOL



Il est singulier ce titre et  ne fera donc pas référence au recueil de poésie de  Monsieur Guillaume.
Ici, il ne s'agit pas de rupture amoureuse et de l'écriture déchirée qui  dans ces conditions particulières lui convient à merveille, mais d'un roman de Poppy Z. Brite qui nous parle de deux amis Rickey et G-man qui vont décider d'ouvrir le restaurant de leurs rêves à la Nouvelle-Orléans. Ils sont cuisiniers et sacrément doués et inventifs;  leur idée maîtresse c'est d'associer " l'Alcool" à la confection de leurs plats raffinés.  Il est singulier le titre... comme idée générique, -concept- devrait-on dire, mais il se conjugue au pluriel et sans frontières avec des eaux de vie, liqueurs et spiritueux d'une quête mondialiste pour se retrouver dans les cuisine de "Alcool"- le nom du restaurant- acolytes (j'ai pas dit alcoolique...)  de subtiles préparations tellement bien présentées, détaillées et   racontées qu'on en mangerait  les feuilles de son bouquin.
 C'est un livre qui se lit comme au coup de feu de l'intendance, pressé à chaque page  d'en savoir la suite. C'est comme si l'on avait sa place de marmiton stagiaire et attentif  prenant des notes sur un coin de piano. "Bonne cuisine et bon vin c'est le paradis sur terre" disait Henry IV... certes et tant mieux, des plaisirs il en existe beaucoup d'autres et  pour tous les goûts mais qui sait...
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"Rickey posa son préavis de quinze jours chez Escargot. Pendant son temps libre, il allait au travail avec G-man et tous deux se mirent à expérimenter de nouvelles recettes. Un soir, tard, dans la cuisine de l'Apostle, une semaine pile avant que son préavis ne touche à sa fin, ils terminaient les préparatifs du lendemain en discutant de tout et de rien. G-man évoqua sa tante Charmaine:
-C'était une vraie hippie, radicale. Un jour qu'elle me gardait, avec d'autres gamins, elle a sorti à son ami, devant nous: "Je crois que je vais arrêter de fumer de l'herbe. -Tu vas arrêter complètement? a demandé son ami. -Non, je vais me mettre au chichon", a répondu  ma tante Charmaine. Le soir même, mon cousin Raymond, qui avait quatre ans est allé voir notre grand-mère et lui a fait:"Tu sais quoi Mamie? Charmaine arrête l'herbe, maintenant elle ne fume plus que du chichon."
Rickey éclata de rire.
-Et qu'est-ce qui lui est arrivé, ensuite?
-Elle s'est rangée avec l'âge.
-Comme la plupart des gens, j'imagine.
-Rickey, t'as pas les boules que ça nous arrive à nous, si jamais cette histoire d'Alcool voit le jour et qu'elle prend bien?
-Non, répondit Rickey sans une once d'hésitation. Dans notre partie, personne n'est vraiment dans le rang.Même ceux qui arrêtent de se défoncer, qui font des gosses et tout ça, ils restent toujours un peu barrés à leur manière.
-Ouais, c'est vrai dans l'ensemble. Mais beaucoup de patrons de restau m'ont l'air tout à fait dans le rang.
-Ecoute, G. on ne va pas devenir de simples proprios. On sera des chefs-proprios. Et les chefs-proprios ne sont jamais rangés.
-Tu en es sûr?
-Je n'ai que deux mots à ajouter: Willy Gerhardt.
-OK.Là, tu marques un point.
Willy Gerhardt était un expatrié allemand qui avait explosé dans le milieu de la restauration à la Nouvelle- Orléans environ cinq ans auparavant. Doté d'un talent extraordinaire, il avait fait ses débuts comme chef de cuisine au Polonius Room, restaurant de l'hôtel Hemecourt, où il s'était très vite vu attribuer cinq haricots rouges, l'équivalent des étoiles pour le guide du Times-Picayune. Il profita de sa notoriété bien méritée pour ouvrir son propre restaurant, en plein centre de la Nouvelle-Orléans. avec son décor étincelant et sa recette personnelle de homard grillé au jasmin, le restaurant de Gerhardt devint rapidement le plus prisé de la ville. Willy décida d'en ouvrir un deuxième, ainsi qu'une épicerie fine. Il acheta un petit scooter pour faire les navettes. Il donnait des interviews bizarres, mystiques, dans lesquelles il parlait d'une pyramide de pierres qu'il gardait précieusement chez lui. Selon Willy, ces pierres étaient pour lui une source d'équilibre, et si jamais elles venaient à s'écrouler, il en ferait de même.
La légende veut qu'un jour un rival jaloux- à moins qu'il ne s'agisse d'un pote bourré- s'introduit chez lui par effraction et fit s'effondrer la pyramide. personne ne sut jamais ce qu'il s'était réellement passé. Toujours est-il que tous les restaurants de Willy fermèrent d'un seul coup et que nul n'entendit plus jamais parler de lui à la Nouvelle Orléans. Selon les rumeurs de cuisine, il était à présent derrière les barreaux en Angola, en cure de désintox' à Vegas, cuisinier attitré d'un millionnaire dont le yacht sillonnait les mers du Sud, ou encore décédé d'une overdose d'héroïne.
-Mais nous, on veut pas finir comme lui, dit G.man.
-L'option Yacht ne serait pas pour me déplaire...
-Je n'ai jamais cru à cette version.
Rickey posa son couteau et jeta un regard en direction de G.man, occupé à découper un céleri en dés avec une méticulosité laissant penser qu'il pourrait bien se contenter de répéter inlassablement ce même geste toute sa vie. Peut-être serait-ce le ca, se dit Rickey ; peut-être que G-man aspirait-il à une vie sans remous, dénuée de toute prise de risques. il se sentit cruel de nourrir de telles pensées, mais à présent que cette idée de restaurant le rendait tout feu tout flammes, la placidité de G-man l'irritait par moments.
-G, t'en as jamais marre d'être tout le temps dans la dèche? T'en as jamais marre de te  crever le cul pour engraisser le compte en banque de connards comme Jesse Honeycombe?
-Bien sûr que si. Mais qu'est-ce que tu veux qu'on fasse d'autre? On est jamais que deux cuistots branleurs parmi tant d'autres.
-Faux, répondit Rickey. Bientôt, on fera tourner cette cuisine-ci, et un jour, on en aura une encore plus grande et bien équipée.
-T'y crois dur comme fer, hein?
-C'est pas que j'y crois, je le sais , voilà tout. J'ai eu une idée géniale et je vais tout faire pour qu'elle se réalise. on peut y arriver, tu m'entends? L'alcool va faire de nous des hommes libres."

Extrait de "Alcool"- un roman de Poppy Z. Brite- traduit de l'américain par Morgane Saysana- Editions: Au diable vauvert