samedi 13 février 2010

toute la mer va vers la ville -deuxième service-

- St Nazaire vers 1840-envoyé par Philippe

 

Le port

"Toute la mer va vers la ville !

Son port est surmonté d'un million de croix :
Vergues transversales barrant de grands mâts droits.

Son port est pluvieux et suie à travers brumes,
Où le soleil comme un oeil rouge et colossal larmoie.

Son port est ameuté de steamers noirs qui fument
Et mugissent, au fond du soir, sans qu'on les voie.

Son port est fourmillant et musculeux de bras
Perdus en un fouillis dédalien d'amarres.

Son port est tourmenté de chocs et de fracas
Et de marteaux tournant dans l'air leurs tintamarres.../...

.../...Toute la mer va vers la ville !

Les flots qui voyagent comme les vents,
Les flots légers, les flots vivants,
Pour que la ville en feu l'absorbe et le respire
Lui rapportent le monde en leurs navires.
Les Orients et les Midis tanguent vers elle
Et les Nords blancs et la folie universelle
Et tous les nombres dont le désir prévoit la somme.
Et tout ce qui s'invente et tout ce que les hommes
Tirent de leurs cerveaux puissants et volcaniques
Tend vers elle, cingle vers elle et vers ses luttes :
Elle est le brasier d'or des humaines disputes,
Elle est le réservoir des richesses uniques
Et les marins naïfs peignent son caducée
Sur leur peau rousse et crevassée,
A l'heure où l'ombre emplit les soirs océaniques../...



.../...Toute la mer va vers la ville !

Ô les Babels enfin réalisées !
Et cent peuples fondus dans la cité commune ;
Et les langues se dissolvant en une ;
Et la ville comme une main, les doigts ouverts,
Se refermant sur l'univers !

Dites ! les docks bondés jusques au faite
Et la montagne, et le désert, et les forêts,
Et leurs siècles captés comme en des rets ;
Dites ! leurs blocs d'éternité : marbres et bois,
Que l'on achète,
Et que l'on vend au poids ;
Et puis, dites ! les morts, les morts, les morts
Qu'il a fallu pour ces conquêtes.../...



.../...Toute la mer va vers la ville !
La mer pesante, ardente et libre,
Qui tient la terre en équilibre;
La mer que domine la loi des multitudes,
La mer où les courants tracent les certitudes ;
La mer et ses vagues coalisées,
Comme un désir multiple et fou,
Qui renversent les rocs depuis mille ans debout
Et retombent et s'effacent, égalisées;
La mer dont chaque lame ébauche une tendresse
Ou voile une fureur ; la mer plane ou sauvage ;
La mer qui inquiète et angoisse et oppresse
De l'ivresse de son image.../...


.../...Toute la mer va vers la ville !

Son port est parsemé et scintillant de feux
Et sillonné de rails fuyants et lumineux.

Son port est ceint de tours rouges dont les murs sonnent
D'un bruit souterrain d'eau qui s'enfle et ronfle en elles.

Son port est lourd d'odeurs de naphte et de carbone
Qui s'épandent, au long des quais, par des ruelles.
Son port est fabuleux de déesses sculptées
A l'avant des vaisseaux dont les mâts d'or s'exaltent.

Son port est solennel de tempêtes domptées
Et des havres d'airain, de grès et de basalte."

 -Emile Verhaeren-Le Port-





Allez, montre nous tes seins Valentin



J'ai souvent un peu de mal avec les occasions qui comme leur nom l'indique sentent le réchauffé.Le comique de situation, l'amant  en caleçon dans l'armoire avec ses accessoires et qui serait sensé faire rire sur ordre, ben ... au contraire,je trouve ça  franchement triste, voire affligeant.
Tous les deux trois mois et même parfois ça se bouscule au portillon, nous avons droit aux dates anniversaires, à la surprise sur commande, le plaisir convenu et ses commentaires tout autant .
Vous me direz, c'est sans doutes une façon de rythmer l'année entre les soldes et le maillot et puis ça fait tellement plaisir à l'amicale des épiciers réunis-allez vous achèterez bien pour votre aimé(e) un bouquet réfrigéré et camionné depuis les Pays-Bas ou alors un peu de "sent bon" , une goutte derrière chaque oreille et... Ô voui! là aussi pourquoi pas, après tout  c'est dimanche.
N'oubliez-pas non plus le diner réservé en chandelle tête à tête. C'est promis Bibiche,  ce soir tu feras pas la vaisselle...
L'amour programmé, il y a des rues pour cela voyons... mais ne vous y trompez pas, je ne suis pas ici en croisade et surtout  ne comptez  pas sur moi pour en dire du mal, je respecte grandement les courtisanes,  Grisélidis et toutes les autres moins célèbres, et l'Etat  franchouille  hypocrite et maquereau qui  dans sa dernière gaudriole veut éduquer la marmaille  au civisme  braillard du sang impur qui abreuve ses vieux vinyles, en imposant un bout de trottoir rabâché tout en détournant bondieusement le regard, pue la vulgarité majuscule.

Mais, encore une fois je sens bien que je me disperse, je m'égare, je m'écarte, je m'éparpille...Comme un pigiste que je fus au siècle dernier.., je remplis les blancs et ainsi les lignes et l'on pourrait comme cela  penser que je calcule  l'espace pour qu'il rapporte le mieux possible.
Mais pas du tout, que je vous dis (et hier non plus), c'est mon style très personnel (et chiant aussi peut-être..) qui veut que je prenne les chemins de traverse, alors que l'auditoire piaffant d'impatience crie: Au fait, au fait!

Mais justement j'y suis -aux fêtes-  De  qui que quoi, croyez-vous donc que je vous parle depuis tout à l'heure?  Ben justement, si vous aviez suivi au lieu de papillonner je ne sais où... j'vous cause  des sentiments convenus, des je t'aime  moi non plus sur commande et emballés c'est pesé.
Dimanche c'est l'autre guignol de cupidon  avec sa ptite jupette qui sera à la fête mais ensuite, on va se payer, après les cloches qui sont pas toutes à Rome, l'artillerie lourde pétainiste et sa  fête des mamans, puis  celle  des papas et pour rallonger le brouet , nos épiciers vautours et toujours à l'affut nous ont trouvé les grand-mères, les secrétaires, et bientôt les prématurés, les grabataires et pour quoi pas les sans-papiers, hein(g)?..
Hou là!  C'est ptêt pas une bonne idée, eux  ils sont à la fête toute l'année et puis  avec les nouvelles mesures  que  nous prépare le kamarade ministre -socialiste-national - c'est pas prêt de s'arrêter...

Bon ben 
pendant que j'y pense
bonne fête les amoureux
(quand même, j'voudrais pas me fâcher (aussi)  avec la diaspora gay, hu!hu!hu!)
et puis positivons
nom de dion
car,
pendant ce temps là 
"s'foutent pas sur la gueule"
les gens!
et 
c'est déjà ça de gagné.
non?

l'esprit de Philadelphie

 



"Le 10 mai 1944, à Philadelphie, est proclamée la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle. Après les monstruosités de la guerre, il s’agissait de bâtir un nouvel ordre international qui ne soit plus fondé sur la force, mais sur le droit et la dignité humaine ; un monde où l’organisation économique serait subordonnée au principe de justice sociale. C’est la perspective inverse qui préside à l’actuel processus de globalisation : à l’objectif de justice sociale a été substitué celui de la libre circulation des capitaux et des marchandises. On indexe les besoins des hommes sur les exigences de la finance, on traite les hommes comme du « capital humain ». La foi dans l’infaillibilité des marchés a remplacé la volonté de faire régner un peu de justice dans la répartition des richesses, condamnant la foule des perdants à la migration, l’exclusion ou la violence. L’objectif de ce livre est d’analyser ce processus de renversement, qui semble avoir aboli les leçons tirées de la période 1914-1945. Mais il est aussi de montrer que cet esprit garde toute son actualité pour ceux qui n’ont pas renoncé à l’idéal d’un monde où tous les hommes, quels que soient leur race, leur croyance et leur sexe, auraient le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales."

Cet article a été publié  le 9 février sur le site de la revue du Mouvement Anti Utulitariste dans les Sciences Sociales -M.A.U.S.S.  permanente. Il présente un livre de Alain Supiot (professeur de droit à l'université de Nantes)- "L'esprit de Philadelphie"-la justice sociale face au marché total- Editions Seuil-

Présentation du livre et discussion avec  son auteur dans le cadre des matins de France Culture (26-01) -par ici la bonne soupe  
-merci à Jean-Christophe pour l'info

vendredi 12 février 2010

le bon peuple du sang

"Des roses de cristal
Crissent et s'amollissent.
Mon amour sans rival
Murmure des délices.
Il prend ma taille ronde
Et ronronne sur elle.
Pour jouer, je lui gronde
Des menaces cruelles.
L'opéra vermeil
S'échappant du laser
Emplit l'air de soleil
Et d'ombres passagères.

Ah, que la vie est belle.
Soudain, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.

Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle,
Dans le mal et le bien.
On marche dans l'hiver
Brillant comme une abeille,
Brillant comme un éclair
Qui dure et émerveille.
La joie vous souffle au cœur.
On chérit l'univers
Comme un enfant de chœur
Son dieu d'éther et de chair.
Loin des bombes et des balles,
Goulu comme un bébé,
Sensuel on inhale
La fumée adorée.

Ah, que la vie est belle.
Soudaine, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.

Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle,
Dans le mal et le bien.
Sans rien chercher, je trouve,
Au détour d'un instant,
Une euphorie de louve,
Un amour de Satan.                                                           
Après de sombres heures,
Plus doux sont ces moments
Où l'on crie de bonheur
Comme un petit enfant.
Encore les baisers,
Vie secrète et changeante,
Je saurai te donner
Mon âme si méchante.

Ah, que la vie est belle.
Soudain, elle éblouit,
Comme un battement d'ailes
D'oiseau de paradis.

Ah, que la vie est belle,
Quelquefois pour un rien,
La divine immortelle
Dans le mal et le bien. ...."  -Brigitte Fontaine


merci Serge pour les captures d'écran

la melancolie/Miossec

"La mélancolie
Qui vient qui coule
Qui vous enfonce tout doucement
Qui vous enroule
Qui vous blottit
Qui vous protège des ouragans
La mélancolie qui vient qui cogne
A la porte si souvent
Que l’on s’y abandonne
Que l’on se roule même dedans
La mélancolie
De nos meilleures années
Nos compagnes nos conneries
Ne doivent pas un jour s’oublier

Nos mélancolies
Se mélangent mon ange
S’emmêlent
Dans nos vies de petits blancs
Dans tous ces souvenirs d’école
Et de tout le tremblement
La mélancolie
Comme une anomalie
Qui démolit tout doucement
Qui vous demande qui vous explique
Qu’on n’est plus des enfants
La mélancolie
Qui coule de source
Qui colle au corps
Et qui vous crée des putains d’emmerdements

La mélancolie c’est communiste
Tout le monde y a droit de temps en temps
La mélancolie n’est pas capitaliste
C’est même gratuit pour les perdants
La mélancolie c’est pacifiste
On ne lui rentre jamais dedans
La mélancolie oh tu sais ça existe
Elle se prend même avec des gants
La mélancolie c’est pour les syndicalistes
Il faut juste sa carte de permanent"

vendredi ça rime à rien



Vendredi, ça rime à rien
ou alors
sans tambour ni fanfare
avec: poisson
ce qui revient finalement au même.


Vendredi
ça prend le large
en panoramique
du haut
du chemin des contrebandiers.
Mais oui
t'as bien entendu!
Pas  celui des douaniers.
Il faut choisir son camp
Camarade.



Vendredi, j'ai la cale sèche,
et  les formes avides.
Le port à ses raisons
qui dépassent la crise.
Seulement, 
tu vois...
Bientôt ici, si l'on n'y prend garde,
on boira aux souvenirs
aux batailles de l'Histoire
et 
au musée
tout neuf
des tragédies ouvrières.

Vendredi 
ou samedi...
sur son pré électoral.
On s'attend
forcément
au parachute,
déguisé en ombrelle peut-être...
Dame!
Le jacques au bain
maquille
toujours
ses promesses.
Cette année,
ligère est terrible...




Vendredi,
j'ai la pêche...
côtière,
Que veux-tu,
c'est mon titre de noblesse
qui n'est pas hauturière.
Et
les presque fonds marins
qui en ont marre
de se prendre des raclées
me disent 
en retrouvant un peu de souffle:
Merci


Vendredi
en levant la tête
de mon front de mer
j'ai aperçu  un étrange volatile.
Selon les experts
patentés
il annoncerait la paix...
Franchement,
j'ai eu du mal à le croire
mais,
à ma décharge
jm'appelle pas
Olivier
ni
gui

mercredi 10 février 2010

ça tire dans tous les coins

Chaque jour apporte sa charretée de "bonnes nouvelles" par l'intermédiaire de ces messages et liens divers envoyés par vous z'autres collègues blogeurs (ah si on m'avait dit qu'un jour on s'appelerait ainsi...) ou non, habitués des grands espaces de la toile et parfois ou par hasard de mon île bricolée; 
ça bouillonne terrible dans le grand chaudron des idées, les colères sont franches et sans doutes aussi de temps en temps légèrement désabusées. C'est que, bien sur -vous connaissez le truc-  suivant comment l'on regarde le flacon, il est à moitié vide ou... plein, et ainsi, nos rêves, nos espoirs, nos envies de changement et nos croyances, puisqu'il s'agit bien de cela n'est-ce pas... que cela puisse aller mieux un jour, pour tous ou presque- tant qu'à faire,  sont à l'échelle du baromètre, du minuteur pour la cuisson des oeufs et de ce qu'on peut déduire du fond de la tasse une fois bues toutes les infos, les données, les analyses et tout ce qui fait notre quotidien de citoyen éclairé par  le soleil en plein gueule.
L'âge aidant (enfin celles qui restent) il est convenu de constater que la pendule ne fonctionne plus du tout de la même manière qu'avant- pour le avant, chacun à sa définition bien entendu- mais on s'accorde quand même et généralement à dire un truc du genre: Boudiou et nom d'une tranche de  kig ar farz   j'ai pas vu le temps passer, à adapter naturellement suivant les diverses  sensibilités.
Bref, alors que le jeune, dont nous fûmes il y a peu , en dépliant sa grande longueur sur le canapé se dit "putain!  trop pas jm'enmerde " (ou une approximation du genre), nous autres "les vieux" sommes déjà rendus aux humeurs du mois d'août alors qu'on sortait à peine de la galette des rois, et du coup, avec tout ce qui se passe on finit par se demander s'ils nous ont pas changé également le calendrier des postes, en réduisant vite fait en douce quelques journées...
Mais de quoi vous plaignez-vous?  disait l'éloquent  et surchargé pondéral sénateur en direct de sa  travée du Luxemboug, on vous prépare avec les potes de chambrée, pour les prochaines vacances justement une ptite loi du derrière des latrines  de l'Elysée, concernant l'allongement du temps de travail . Vous allez pouvoir enfin  apprécier à leurs justes valeurs  les langueurs du temps- et à l'image  -par exemple-de ces actifs et toujours dynamiques -et youpi-  septuagénaires britanniques qui vaillamment font  à ptits pas,des ptits boulots pour un ptit salaire, vous aussi, très bientôt vous aurez la chance de vous sentir utiles plutôt que rester à rien foutre  et à dépenser au lidl des jeunes, le minimum vieillesse.
Les idées saugrenues de quelques allumés des siècles passés concernant la solidarité et le partage des richesses sont au nom du progrès de mes bourses et  de mon cake 40 tout à fait déplacées et entre nous soit dit complètement ringardes. 
Nous voulons des pauvres modernes, des qui crèvent en disant: merci mon bon maître.
Depuis une vingtaine d'années, à coups de grandes messes mondiales et coulisses comprises (FMI,OMC...) et également  avec l'aide d'experts en baratin , d'économistes, de  politicouilles aux ongles propres (de droâte comme de gôche (avoir  plusieurs marques, c'est mieux pour booster  les ventes), de journalistes accrédités aux miettes de ptits fours... bref de la jet set du marché sur les os, se prépare de façon professionnelle, la mise au pas et à l'index de la masse laborieuse qui  n'est qu'une marchandise et comme telle s'achète, s'utilise et  se jette.En ce qui concerne son environnement immédiat tout est également consommable, et c'est donc la loi de l'offre et de la demande qui primera. On peut dire qu'aujourd'hui nous y sommes presque, les derniers bastions d'irréductibles gauloiseries vont finalement  tomber -l'école, la santé, la culture, les transports publics..d'ailleurs ce machin "public" il faut tout de suite  que vous enleviez ce vilain mot de la bouche, maintenant on dit: PRIVE.
et pour bien que vous l'appreniez vous allez vous serrer la ceinture 
en vous privant justement
ah! ah! ah!
allez répétons tous ensemble:
trois, quatre:
- privé de retraite
-privé de culture
-privé de soins
-privé d'information
-privé de transports
-privé de liberté
-privé de dignité
-privé de logement
-privé de chauffage
-privé d'eau...
vous rallongez la liste comme vous voulez...

"ah mais non, regarde-nous, t'as qu'à pas être pauvre" disait l'assistant et parent  du sénateur  depuis sa corniche fiscale.

Mais comme il est hors de question de se laisser abattre sans l'ouvrir encore et toujours, et que vos mots sont de magnifiques et  gentils (parce qu'il ne s'agirait pas d'être méchant en plus) pieds de nez à l'hypocrisie, à la bêtise, à l'inculture, à la mocheté ...je lance présentement  un pont d'arc en ciel  entre l'estuaire et le Berry pour faire un ptit coucou à Anne et son arche de noë, elle qui raconte si bien ses histoires de Vie, des histoires de gens  debout, à ne jamais devenir chèvre (quoique...), 

Et puis, pour ne jamais rester sur la touche et lettre morte, et même si des fois on se dit -fatigué- que ça ne sert à rien, ben  c'est comme les manifs quand y'en aura plus ça sera pire, croyez pas? Voici donc une pétition envoyée par Serge,  pour la défense de l'hôpital public, mais si je vous assure ça existe encore et l'on trouve même parfois  des chirurgiens qui ne vous opèrent pas avec des dessous de table, c'est  dingue non?  (au fait Serge pour les articles c'est quand tu veux....feignasse va!)

Allez, ne nous arrêtons  pas en si bon chemin, encore de la pétitionne qu'elle est frâicheu , cette fois c'est pour se battre contre le projet darcos  (en minuscule ça suffira) de mise à mort de la médecine du travail (sont pas députés ceux-là), c'est ici que ça se passe.

le presque mot de la fin entendu ce jour à la radio:

"nous sommes dans la merde jusqu'au cou, c'est pourquoi nous marchons la tête haute" Dario fo


et pour conclure en beauté (enfin!)  une autre sortant de la bouche d'un sénateur um en piste
"les marché financiers, c'est le thermomètre"
(voix off- "et on l'a dans le cul")



là dessus je vous tire -pour l'instant- ma révérence, j'ai une sieste sur le feu!
 





mardi 9 février 2010

Luciole - J't'oublierai

merci Brigitte pour la découverte!

C'est quoi au fait, le rendement Humain?...



Nathalie! Au revoir Nathalie...
Prends soin de toi!

J'ai honte! Honte de participer et de ne pouvoir agir contre une mise à la rue d'une jeune fille de tout juste 18 ans! Honte d'être éducatrice et de n'avoir su protéger une jeune contre les politiques sociales qui ne justifient et ne financent par un budget public, que pour donner bonne conscience à un Etat qui se déshumanise, et qui trompe l'ensemble de la société!
Honte de ne pouvoir qu'obéir à un ordre d'un fonctionnaire qui me demande de la mettre dehors!
Cette jeune fille à qui je viens de dire au revoir, et sur qui je referme définitivement le portail d'un foyer (structure qui s'était réellement engagée à trouver une place pour elle, adaptée à ses difficultés), je ne saus pas où elle va dormir ce soir, où elle va manger! Elle n'a personne.

Nous savons tous qu'en lui fermant le portail, nous la mettons à la rue, pour accroître le nombre de SDF en France! Je ne peux pas!  La honte, le dépit, la culpabilité, la tristesse m'envahissent! Mon corps ressent une immense fatigue et lassitude par ce combat, sans doute perdu d'avance! Nul doute que Nathalie ne soit désormais qu'une jeune fille de plus qui ira grandir le nombre de nos jeunes en extrême difficulté, et ne fasse les frais de nouvelles politiques sociales économistes!

Mais une société moderne, civilisée, n'est-elle pas en devoir d'aider ceux qui n'ont pas eu en début de vie toutes les chances de leur côté?
Interloquée! Scandalisée! Dépitée! Comment accepter qu'une histoire comme celle-ci puisse se passer en France, aujourd'hui? Voilà des mois que je suis témoin d'une vie qui part en lambeaux, d'un abandon d'une jeune vie par mes pairs. Mes pairs, sont ceux qui comme moi, travaillent dans un système social qui a comme objectif d'accompagner des personnes, qui au départ de leur vie, n'ont pas eu de racines suffisamment constructives pour pouvoir s'insérer et participer à notre société. Certains pour des handicaps physiques, mentaux,  ou pour les personnes comme celles auprès de qui je travaille, des handicaps sociaux.
Pour tous ceux-ci, les droits de l'homme, les droits de l'enfant, ont été créés car ils sont devenus une nécessité évidente pour le respect de la dignité humaine. Pourtant, aujourd'hui, j'ai parfois l'impression de participer à un vaste mensonge, permettant de rassurer ou de donner bonne conscience à un Etat, qui triche avec nous tous!
Cette histoire que je tente d'expliquer, est l'histoire d'une enfant, dont les parents, père et mère sont dans l'incapacité de s'occuper d'elle et dans la maltraitance à son égard. Pour ces raisons, cette enfant est signalée en danger. Pendant des années, des travailleurs sociaux mandatés par l'Etat interviendront auprès de cette famille, de cette enfant et de sa soeur.

Comment raconter, expliquer, une tranche de vie si pathétique, si désespérément triste? En tenant de tels propos, certains me diront que je ne suis pas professionnelle...Peut-être...Mais je suis aussi avant tout une femme citoyenne et humaine! Si j'ai choisi ce métier ce n'est pas le fruit du hasard. Je croyais à ce métier!
Ce jeunes, ayant eu nombre de carences en début de vie, peuvent malgré tout, avec un accompagnement fait de patience, d'écoute, de réassurance, s'ancrer dans la vie et dans notre société.
Mon métier n'était pas une utopie. Je sais qu'à l'impossible nul n'est tenu. Certains, malgré toute aide, n'y parviendront pas.

Mais j'ai vu des vies chaotiques, des jeunes partir avec de grands handicaps: des jeunes maltraités, humiliés, mal aimés (au sens premier du terme), des parents délinquants, perdus dans leur propre vie, pour qui il était impossible de donner à leurs enfants suffisamment de repères, de stabilité, d'amour positif. Ces enfants sont-ils responsables des difficultés de leurs parents? Doivent-ils payer le prix de leurs difficultés?

J'ai eu le plaisir de voir nombre de ces jeunes, avec la patience et l'écoute d'une équipe de professionnels, se saisir enfin de leur vie. Pour cela, il faut croire sincèrement en eux, être même tenaces et patients, tenir ses engagements d'adultes responsables représentant la société dans laquelle ils trouveront enfin leur place.
Eux, ne croient plus en rien ni en personne. Trompés, malmenés depuis de longues années, la société, les adultes, leurs pairs ne sont souvent pour eux que des êtres menteurs, égoïstes, calculateurs, profiteurs, irresponsables. Nous tentons de leur montrer une vie ni blanche, ni noire. Mais une vie où ils peuvent trouver toutes les nuances de gris, à condition de patience, d'envies, et de se "battre" pour créer leur propre palette de nuances. Tous, ou presque, peuvent s'inscrire dans notre société si on leur en laisse le temps et qu'on leur en reconnaît l'humanité.

Mais depuis quelques temps, les politiques sociales, la société des temps modernes, calculatrice de rendement (au fait, c'est quoi au fait le rendement Humain?...) comptable de coûts, d'économie de l'instant, comme pour se gargariser de savoir gérer l'argent public, économise à grandes coudées l'avenir de ces jeunes, mais aussi notre avenir à tous, ainsi que le coût futur des violences, des agressions, des maladies mentales que ces jeunes "abandonnés" vont nous renvoyer comme un boomerang.

C'est pourquoi je prends la plume pour mettre sur la place publique la façon qu'à notre gouvernement  en 2010, de faire semblant de s'occuper de l'enfance en danger! Avant dix-huit ans le conseil général, préfère rapatrier une jeune dans un foyer citadin, sachant pertinemment, que cette jeune fille risque un danger permanent de violences sexuelles ou de prostitution! Mais ce n'est pas grave, chacun se couvre, le lieu étant habilité par les services du conseil général!  Pourquoi la retirer d'un lieu, à la campagne où elle était en sécurité et pouvait s'épanouir plus sereinement, mais qui avait le tort de ne plus être habilité?
Comment se fait-il que des jeunes, n'ayant même pas commis d'incivilité soient déscolarisés par l'Education Nationale alors qu'ils sont en obligation scolaire? comment alors parler à ces jeunes de loi et de respect de la société quand cette même société ne respecte pas les lois qu'elle a établies pour l'égalité du droit à la culture, à la citoyenneté!

Voilà, messieurs dames, plusieurs années que je vois se dégrader de façon grave la protection de l'enfance! Des jeunes se retrouvent à la rue parce qu'ils ont dix-huit ans! Vos enfants à vous, sont-ils capables d'être autonomes à cet âge? Seuls, sans aides ni possibilité d'être réellement accueillis par leurs parents.
Pouvez-vous me dire comment il est possible que le système de protection de l'enfance estime qu'un jeune de dix-sept ans et demi soit en danger et le fasse placer dans un foyer et décide de le renvoyer à la rue lorsqu'il en a dix-huit. N'y aurait-il subitement plus de danger pour ce jeune? Certes, oui! pour les gouvernants, plus aucun danger légal d'être accusé en cas de problème! Il est entendu qu'étant que majeur, le jeune est civilement responsable de lui-même! Même en 1974, lorsque Valéry Giscard d'Estaing fut élu comme président de la république, l'Etat ayant conscience qu'il ne pouvait abandonner une partie de ces citoyens, s'était engagé alors à accompagner les jeunes en difficulté jusqu'à vingt-et-un ans. Pour autant tous n'ont pas besoin d'être suivis jusqu'à vingt-et-un ans, mais il serait tout de même moins scandaleux de leur laisser le temps de prendre un peu confiance en leurs capacités d'autonomie. qu'ils puissent finir leur bac, leur BEP, voire s'installer peut-être en studio!

A quoi sert notre métier d'éducateur, si on ne peut pas réellement accompagner ces jeunes? a quoi bon dépenser de l'argent public pour faire semblant?

Ne serait-il pas moins coûteux à la société d'accompagner maintenant réellement ces jeunes, plutôt que de payer plus tard des hôpitraux, des prisons, des violences de rues, extrêmement plus coûteuses pour la société, sans compter le gâchis humain de ces politiques électorales à court terme. Ne soyons pas dupes!
Messieurs dames, il s'agit de vous, de nous, de nos enfants, de nos choix de société dite civilisée; ce sont aussi nos, vos impôts que l'on utilise de manière éhontée, en Vous mentant, en Nous mentant!

Mais que le gouvernement assume sa position économiste, et qu'il ne fasse plus semblant: qu'il stoppe dès aujourd'hui la protection de l'enfance, qu'il ne la fasse plus minimaliste, juste pour se donner un semblant de bonne conscience , retournant plus tard la responsabilité sur ces jeunes, qui peut-être gâchent le paysage d'un pays apparemment tranquille et bien sous tous rapports!"

Florence, une future ancienne éducatrice!
Ce texte a été publié dans la page "Rebonds" de l'hebdomadaire "Lien Social" -n°959-