"C'était une femme qui avait épousé son temps, comme Simone Signoret"
Jacques Capelovici -linguiste-plus communément connu sous le nom de "Maître Capello"
mardi 22 mars 2011
revivre la bataille
-Gaston Chaissac-
".../...Sur le quai une fille en noir très jeune, quatorze quinze ans, me tourne presque le dos, turban noir plaqué contre son front bombé presque aussi noir, veste longue cuir noir, pantalon serré dans bottes hautes de daim, col roulé mastic, grande besace molle en toile écrue. Je fouille dans mon sac, elle bouge trois quart face, encore mieux, je mets la main sur mon Nikon, j'hésite, est-ce que je peux vous? est-ce qu'une personne aussi gracieuse et élégante que vous peut habiter dans un endroit pourri comme le fond des forêts?
Le train arrive, RER D, rouge et bleu à impériale, nom inscrit en lettres lumineuses sur son front carré, PUMA, ses banquettes déchirées, ses vitres gravées de laids paquets lettristes, MILE RISOT SUD RONG OURNE, ses signaux d'alarme rouge sang ses petites vieilles pas tranquilles sa porte qui claque.
Clack.
La fille en noir est restée sur le quai, suprêmement indifférente à la laideur qui l'environne.
Je m'assieds en face d'un grand maigre au casque vissé sur les oreilles. Ce type hoche son long visage chevalin fort-da-forts-da-fort-da-tête de Christ qu'on aurait laissé vieillir, définitivement abandonné par sa girouette de père, à son poste de fils et le monde en eût été changé, quolibets, soldatesque romaine écroulée de rire, quand on pense qu'on était à deux doigts de le crucifier ce clown, et on s'en serait collé pour deux mille ans de génuflexions, confessionnal et montres de première communion. Vautré sur son siège, ses cuisses creuses encadrant les miennes ballottent aussi, me frôlent de temps en temps sans que j'arrive à savoir si c'est intentionnel ou pas, tandis que d'une main il gratte une guitare imaginaire avec une régularité métronomique.
A ma droite un petit bonhomme tassé sous un bonnet deux fois gros comme sa tête farci de dreadlocks, en tricot acrylique beige orné de continents africains noirs, manipule son téléphone entre ses doigts sur un rythme plus rapide mais tout aussi binaire que le Christ au walkman.
ça fait comme un concours de branlettes aux extrèmes bords de ma vision périphérique.
Je m'endors à moitié, bourré de fatigue. De temps en temps, entre deux grincements de frein, il me semble vaguement entendre Vito ricaner.
Sacré Guy, hein?
Qu'est-ce que? Il s'éloigne entre les banquettes, me fait un petit signe au passage deux doigts en l'air-une bénédiction? va en paix ma fille ou est-ce que je rêve?
Quand j'ai rencontré Guy c'était un jeune homme sarcastique qui sortait de l'Idhec et d'un mal d'amour dont il était presque mort. Cuite suicidaire au volant de sa ronflante TR4, un platane plein pot, trois tonneaux douze fractures un oeil crevé par la tige du pare-soleil. Un an d'hôpital et de rééducation plus tard, restait ce Guy-là au bandeau noir, vaguement post-situ, se déplaçant en bande avec d'autres aspirants cinéastes qui tournaient autour de Vito. Cinémathèque tous les après-midi, discussions overnights, corps tièdes entassés dans des piaules, drague serrée.
Comme un trophée qu'on brandit après le match, on me poussait en avant pour fendre la cohue au cours de Deleuze à Vincennes, aux séminaires de Barthes, de Foucault ou même parfois du vieux Lacan. J'absorbais tout ce que je pouvais avec avidité et insouciance, dans un désordre dont j'avais à peine conscience je remplaçais sans moufter Angélique marquise des Anges par Pierrot le fou et Mireille Mathieu par Lou Reed. J'apprenais que le complexe d'Oedipe n'était pas éternel avant d'avoir compris ce que c'était, qu'il ne fallait pas lire les journaux sans grille de décryptage, que le mensonge était une science complexe sur quoi se fondait toute sorte de pouvoir. J'abandonnais Barbara Cartland pour Marguerite Duras période Détruire, dit-elle, et surtout je faisais connaissance avec Kurt Schwitters, Gaston Chaissac et les combine paintings de Rauschenberg- je les aimais comme des proches, comme des amis de mon cerveau boulimique, hirsute, peuplé de pièces et de morceaux raccordés à la six-quatre-deux.../...
-Kurt Schwitters-
.../...ça marchait aussi grâce à mes chaperons, les futurs cinéastes: en tant que pure fille du prolétariat et compagne de Vito, je bénéficiais auprès d'eux d'un prestige vertigineux. Dans ce milieu de petits ou moyens bourges dessalés, où les grands gestes utopiques faisaient encore de l'audience, j'étais à moi toute seule le peuple courageux, opiniâtre, solidaire, ingénieux, drôle et inventif. Les filles copiaient ce qui restait de ma garde-robe nunuche de Troyes, jupe à bretelles et cols roulés moulants en acrylique, les mecs se battaient pour que je grimpe sur leurs bécanes se simili voyous.
C'était excitant, même si de temps en temps, par éclairs, je comprenais que ma propre imposture (après tout je n'avais jamais demandé à être sacrée mère du peuple) en cachait une autre bien plus grave, j'étais bien placée pour savoir que là d'où je venais il y avait aussi peu de héros et pas moins de pleutres, lâches, fourbes, égoïstes, pas moins de cruels et d'imbéciles qu'ailleurs.
A commencer par moi, que dégoûtaient toutes ces pauvres laides babioles accumulées par ma mère sur son buffet de cuisine, toutes ces choses que je regardais moins d'un an plus tôt comme inévitables, son tablier de gardienne, les sardines du dimanche midi l'apéro la belotte et le reste. Mes parents étaient frustrés, conformistes, candidement racistes-comment auraient-ils pu faire partie d'un quelconque projet révolutionnaire?
Mais par quel moyen leur expliquer ça, aux jeunes Parisiens? .../.."
Extraits de "Revivre la bataille"-roman de Juliette Kahane-Editions Mercure de France-
figuration
j'ai reçu ceci:
Bonjour à tous, KinoNantes un équivalent de Botoù Koad à besoin de figurants : Besoin d'un coup de patte ! Pour le tournage du court-métrage "Le Chant du coquelicot", grand besoin de figurants, mercredi 23 Mars à St Nazaire. Pour ceux que cela pourrait intéresser et pour plus de détails, contacter Owen au 06.60.40.89.07. PAUGAM Julien Association 44 Pieds dans le PAF Tel : 09 51 44 44 87 ou 06 74 28 59 63
lundi 21 mars 2011
lundi écart
Le minotaure-Régine Chardon
La poésie a détruit ma vie "minotaure"
"La poésie a détruit ma vie
Fiévreusement, je tourne les pages
Dans une recherche inassouvie
Du vers ultime, aréopage.
Je ne sais plus rien de mon envie
Ni même dans quel noir équipage
Je projette ma haine asservie
Dans une rime, aréopage.
Elle a, mes amours passées, ravi.
Seules comptent les heures sans âge,
Que j'ai enfouies et qui m'ont gravi :
Je n'étais, hélas, que de passage."
-Nandy-
"Pasiphaé femme de Minos roi de Crète s’étant accouplée avec un taureau, engendra ce monstre mi-homme mi-boeuf, lequel par le commandement de Minos fut enfermé dans le labyrinthe où il était nourri de chair humaine : Par convention faite avec les Athéniens ils étaient tenus annuellement de bailler sept de leurs enfants pour sa nourriture : Or la troisième année étant le sort tombé sur Thésée fils d’Égée, moyennant un peloton de fil que lui bailla Ariane, il tua ce Minotaure et s’enfuit"
Maurice de LA PORTE, Les Épithètes, 1571,source
la démocratie ça vous frappe quelque part ou quoi...
Philippe nous propose une -autre- lecture de l'actualité qui sort à jet continu du poste bien huilé...
Après la Tunisie et l’Egypte, la révolution arabe aurait-elle gagné la Libye ?
Ce qui se passe actuellement en Libye est différent. En Tunisie et en Egypte, le manque de libertés était flagrant. Mais ce sont les conditions sociales déplorables qui ont véritablement poussé les jeunes à la révolte. Tunisiens et Egyptiens n’avaient aucune possibilité d’entrevoir un avenir.
En Libye, le régime de Mouammar Kadhafi est corrompu, monopolise une grande partie des richesses et a toujours réprimé sévèrement toute contestation. Mais les conditions sociales des Libyens sont meilleures que dans les pays voisins. L’espérance de vie en Libye est plus importante que dans le reste de l’Afrique. Les systèmes de santé et d’éducation sont convenables. La Libye est d’ailleurs l’un des premiers pays africains à avoir éradiqué la malaria. Même s’il y a de fortes inégalités dans la répartition des richesses, le PIB par habitant est d’environ 11.000 dollars. Un des plus élevés du monde arabe. Vous ne retrouvez donc pas en Libye les mêmes conditions objectives qui ont conduit aux révoltes populaires en Tunisie et en Egypte.
Comment expliquez-vous alors ce qui se passe en Libye ?
Pour bien comprendre les événements actuels, nous devons les replacer dans leur contexte historique. La Libye était autrefois une province ottomane. En 1830, la France s’empara de l’Algérie. Par ailleurs, le gouverneur égyptien Mohamed Ali, sous tutelle de l’Empire ottoman, menait une politique de plus en plus indépendante. Avec, d’une part, les Français en Algérie et, d’autre part, Mohamed Ali en Egypte, les Ottomans craignaient de perdre le contrôle de la région : ils envoyèrent leurs troupes en Libye.
A cette époque, la confrérie des Senoussis exerçait une influence très forte dans le pays. Elle avait été fondée par Sayid Mohammed Ibn Ali as Senoussi, un Algérien qui, après avoir étudié dans son pays et au Maroc, alla prêcher sa vision de l’islam en Tunisie et en Libye. Au début du 19ème siècle, Senoussi commençait à faire de nombreux adeptes, mais n’était pas bien perçu par certaines autorités religieuses ottomanes qu’il critiquait dans ses prêches. Après un passage en Egypte et à la Mecque, Senoussi décida de s’exiler définitivement en Cyrénaïque, dans l’est de la Libye.
Sa confrérie s’y développa et organisa la vie dans la région, y percevant des taxes, résolvant les conflits entre les tribus, etc. Elle possédait même sa propre armée et proposait ses services pour escorter les caravanes de commerçants passant par là. Finalement, cette confrérie des Senoussis devint le gouvernement de fait de la Cyrénaïque, étendant même son influence jusque dans le nord du Tchad. Mais ensuite, les puissances coloniales européennes s’implantèrent en Afrique, divisant la partie sub-saharienne du continent. Cela eut un impact négatif pour les Senoussis. L’invasion de la Libye par l’Italie entama aussi sérieusement l’hégémonie de la confrérie dans la région.
En 2008, l’Italie a versé des compensations à la Libye pour les crimes coloniaux. La colonisation avait été à ce point terrible ? Ou bien Berlusconi voulait se faire bien voir pour conclure des accords commerciaux avec Kadhafi ?
La colonisation de la Libye fut atroce. Au début du 20ème siècle, un groupe fasciste commença à diffuser une propagande prétendant que l’Italie, vaincue par l’armée éthiopienne à la bataille d’Adoua en 1896, devait rétablir la primauté de l’homme blanc sur le continent noir. Il fallait laver la grande nation civilisée de l’affront infligé par les barbares. Cette propagande affirmait que la Libye était un pays sauvage, habité par quelques nomades arriérés et qu’il conviendrait aux Italiens de s’installer dans cette région agréable, avec son paysage de carte postale.
L’invasion de la Libye déboucha sur la guerre italo-turque de 1911, un conflit particulièrement sanglant qui se solda par la victoire de l’Italie un an plus tard. Cependant, la puissance européenne ne contrôlait que la région de la Tripolitaine et devait faire face à une résistance tenace dans le reste du pays, particulièrement dans la Cyrénaïque. Le clan des Senoussis y appuyait Omar Al-Mokhtar qui dirigea une lutte de guérilla remarquable dans les montagnes. Il infligea de sérieux dégâts à l’armée italienne pourtant mieux équipée et supérieure en nombre.
Finalement, au début des années trente, l’Italie de Mussolini prit des mesures radicales pour éliminer la résistance. La répression devint extrêmement féroce et l’un de ses principaux bouchers, le général Rodolfo Graziani écrivit : « Les soldats italiens étaient convaincus qu’ils étaient investis d’une mission noble et civilisatrice. (…) Ils se devaient de remplir ce devoir humain quel qu’en fût le prix. (…) Si les Libyens ne se convainquent pas du bien-fondé de ce qui leur est proposé, alors les Italiens devront mener une lutte continuelle contre eux et pourront détruire tout le peuple libyen pour parvenir à la paix, la paix des cimetières… ».
En 2008, Silvio Berlusconi a payé des compensations à la Libye pour ces crimes coloniaux. C’était bien sûr une démarche intéressée : Berlusconi voulait bien se faire voir de Kadhafi pour conclure des partenariats économiques. Néanmoins, on peut dire que le peuple libyen a terriblement souffert du colonialisme. Et parler de génocide ne serait pas exagéré.
Comment la Libye gagna-t-elle son indépendance ?
Pendant que les colons italiens réprimaient la résistance en Cyrénaïque, le chef des Senoussis, Idriss, s’exila en Egypte pour négocier avec les Britanniques. Après la Seconde Guerre mondiale, l’empire colonial européen fut progressivement démantelé et la Libye devint indépendante en 1951. Appuyé par la Grande-Bretagne, Idriss prit le pouvoir. Pourtant, une partie de la bourgeoisie libyenne, influencée par le nationalisme arabe qui se développait au Caire, souhaitait que la Libye soit rattachée à l’Egypte. Mais les puissances impérialistes ne voulaient pas voir se développer une grande nation arabe. Elles appuyèrent donc l’indépendance de la Libye en y plaçant leur marionnette, Idriss.
Tout à fait. A l’indépendance, les trois régions qui constituent la Libye - la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque - se sont retrouvées unifiées dans un système fédéral. Mais il faut savoir que le territoire libyen est trois fois plus grand que la France. A cause du manque d’infrastructures, les limites de ce territoire n’ont pu être clairement définies qu’après l’invention de l’avion. Et en 1951, le pays ne comptait qu’un million d’habitants. De plus, les trois régions nouvellement unifiées avaient une culture et une histoire très différentes. Enfin, le pays manquait de routes permettant aux régions de communiquer. En fait, la Libye était à un stade très arriéré, ce n’était pas une véritable nation.
Pouvez-vous préciser ce concept ?
L’Etat-nation est un concept lié à l’apparition de la bourgeoisie et du capitalisme. En Europe, durant le moyen-âge, la bourgeoisie capitaliste souhaitait développer son commerce sur une échelle aussi large que possible, mais était freinée par toutes les contraintes du système féodal. Les territoires étaient morcelés en de nombreuses petites entités, ce qui imposait aux commerçants de payer un grand nombre de taxes pour livrer une marchandise d’un endroit à un autre. Sans compter les divers privilèges dont il fallait s’acquitter auprès des seigneurs féodaux. Toutes ces entraves ont été supprimées par les révolutions bourgeoises capitalistes qui ont permis la création d’Etats-nations avec de grands marchés nationaux sans entraves.
Mais la nation libyenne a été créée alors qu’elle était encore à un stade précapitaliste. Elle manquait d’infrastructures, une grande partie de la population était nomade et impossible à contrôler, les divisions étaient très fortes au sein de la société, l’esclavage était encore pratiqué… De plus, le roi Idriss n’avait aucun projet pour développer le pays. Il était totalement dépendant des aides US et britanniques.
Pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis le soutenaient-ils ? Le pétrole ?
En 1951, le pétrole libyen n’avait pas encore été découvert. Mais les Anglo-Saxons avaient des bases militaires dans ce pays qui occupe une position stratégique pour le contrôle de la mer Rouge et de la Méditerranée.
Ce n’est qu’en 1954 qu’un riche Texan, Nelson Bunker Hunt, découvrit le pétrole libyen. A l’époque, le pétrole arabe se vendait aux alentours de 90 cents le baril. Mais le pétrole libyen était acheté à 30 cents le baril tellement ce pays était arriéré. C’était peut-être le plus misérable d’Afrique.
De l’argent rentrait pourtant grâce au pétrole. A quoi servait-il ?
Le roi Idriss et son clan, les Senoussis, s’enrichissaient personnellement. Ils redistribuaient également une partie des revenus pétroliers aux chefs des autres tribus pour apaiser les tensions. Une petite élite s’est développée grâce au commerce du pétrole et quelques infrastructures ont été construites, principalement sur la côte méditerranéenne, la partie la plus intéressante pour commercer avec l’extérieur. Mais les zones rurales dans le cœur du pays restaient extrêmement pauvres et des tas de miséreux s’amassaient dans des bidonvilles autour des cités. Cela a continué jusqu’en 1969, quand trois officiers ont renversé le roi. Parmi eux, Kadhafi.
Comment se fait-il que la révolution soit venue d’officiers de l’armée ?
Dans un pays profondément marqué par les divisions tribales, l’armée était en fait la seule institution nationale. La Libye n’existait pas en tant que telle sauf à travers cette armée. A côté de ça, les Senoussis du roi Idriss possédaient leur propre milice. Mais dans l’armée nationale, les jeunes Libyens issus des différentes régions et tribus pouvaient se retrouver.
Kadhafi a d’abord évolué au sein d’un groupe nassériste, mais lorsqu’il a compris que cette formation ne serait pas capable de renverser la monarchie, il s’est engagé dans l’armée. Les trois officiers qui ont destitué le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. Gamal Abdel Nasser était lui-même un officier de l’armée égyptienne qui renversa le roi Farouk. Inspiré par le socialisme, Nasser s’opposait à l’ingérence des puissances néocoloniales et prônait l’unité du monde arabe. Il nationalisa d’ailleurs le canal de Suez, jusque là géré par la France et la Grande-Bretagne, s’attirant les foudres et les bombardements de l’Occident en 1956.
Le panarabisme révolutionnaire de Nasser avait eu un effet important en Libye, notamment dans l’armée et sur Kadhafi. Les officiers libyens auteurs du coup d’Etat de 1969 suivirent le même agenda que Nasser.
Quels furent les effets de la révolution en Libye ?
Kadhafi avait deux options. Soit laisser le pétrole libyen aux mains des compagnies occidentales comme l’avait fait le roi Idriss. La Libye serait alors devenue comme ces monarchies pétrolières du Golfe où l’esclavage est encore pratiqué, où les femmes n’ont aucun droit et où des architectes européens peuvent s’éclater à construire des tours farfelues avec des budgets astronomiques qui proviennent en fait des richesses des peuples arabes. Soit suivre une voie indépendante des puissances néocoloniales. Kadhafi a choisi cette deuxième option, il a nationalisé le pétrole libyen, provoquant la colère des impérialistes.
Dans les années 50, une blague circulait à la Maison Blanche, au sein de l’administration Eisenhower qui se développa ensuite en véritable théorie politique sous Reagan. Comment distinguer les bons des mauvais Arabes ? Un bon Arabe fait ce que les Etats-Unis lui disent. En échange, il reçoit des avions, est autorisé à déposer son argent en Suisse, est invité à Washington, etc. Eisenhower et Reagan nommaient ces bons Arabes : les rois d’Arabie Saoudite et de Jordanie, les cheikhs et émirs du Koweït et du Golfe, le Shah d’Iran, le roi du Maroc et bien-sûr, le roi Idriss de Libye. Les mauvais Arabes ? Ceux qui n’obéissaient pas à Washington : Nasser, Kadhafi, Saddam plus tard…
Tout de même, Kadhafi n’est pas très…
Kadhafi n’est pas un mauvais Arabe parce qu’il fait tirer sur la foule. On fait la même chose en Arabie Saoudite ou au Bahreïn et les dirigeants de ces pays reçoivent tous les honneurs de l’Occident. Kadhafi est un mauvais Arabe parce qu’il a nationalisé le pétrole libyen que les compagnies occidentales considéraient - jusqu’à la révolution de 69 - comme leur appartenant. Ce faisant, Kadhafi a apporté des changements positifs en Libye, au niveau des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de la condition des femmes, etc.
Bon, Kadhafi renverse la monarchie, nationalise le pétrole, s’oppose aux puissances impériales et apporte des changements positifs en Libye. Pourtant, quarante ans plus tard, c’est un dictateur corrompu, qui réprime l’opposition et qui ouvre à nouveau les portes du pays aux compagnies occidentales. Comment expliquer ce changement ?
Dès le départ, Kadhafi s’est opposé aux grandes puissances coloniales et a généreusement soutenu divers mouvements de libération dans le monde. Je trouve qu’il a été très bien pour ça. Mais pour être complet, il faut aussi préciser que le colonel était anticommuniste. En 1971 par exemple, il fit dérouter vers le Soudan un avion transportant des dissidents communistes soudanais qui furent aussitôt exécutés par le président Nimeyri.
En fait, Kadhafi n’a jamais été un grand visionnaire. Sa révolution était une révolution de nationaliste bourgeois et il a instauré en Libye un capitalisme d’Etat. Pour comprendre comment son régime est parti à la dérive, nous devons analyser le contexte qui n’a pas joué en sa faveur, mais aussi les erreurs personnelles du colonel.
Tout d’abord, nous avons vu que Kadhafi était parti de rien en Libye. Le pays était très arriéré. Il n’y avait donc pas de gens éduqués ou une forte classe ouvrière pour appuyer la révolution. La plupart des personnes ayant reçu une éducation faisaient partie de l’élite qui bradait les richesses libyennes aux puissances néocoloniales. Evidemment, ces gens n’allaient pas soutenir la révolution et la plupart d’entre eux quittèrent le pays pour organiser l’opposition à l’étranger.
De plus, les officiers libyens qui ont renversé le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. L’Egypte et la Libye prévoyait d’ailleurs de nouer un partenariat stratégique. Mais la mort de Nasser en 1970 fit tomber le projet à l’eau et l’Egypte devint un pays contre-révolutionnaire, aligné sur l’Ouest. Le nouveau président égyptien, Anouar al-Sadate, se rapprocha des Etats-Unis, libéralisa progressivement l’économie et s’allia avec Israël. Un bref conflit éclata même avec la Libye en 1977. Imaginez la situation dans laquelle se trouvait Kadhafi : le pays qui l’avait inspiré et avec lequel il devait conclure une alliance capitale devenait soudainement son ennemi !
Un autre élément contextuel a joué en défaveur de la révolution libyenne : la baisse importante du cours du pétrole dans les années 80. En 1973, dans le cadre de la guerre israélo-arabe, les pays producteurs de pétrole décidèrent d’un embargo, faisant grimper en flèche le prix du baril. Cet embargo provoqua le premier grand transfert de richesses du Nord vers le Sud. Mais dans les années 80, eut lieu ce qu’on pourrait appeler une contre-révolution pétrolière orchestrée par Reagan et les Saoudiens. L’Arabie Saoudite augmenta considérablement sa production de pétrole et inonda le marché, provoquant une chute radicale des prix. Le baril passa de 35 dollars le baril à 8 dollars.
L’Arabie Saoudite ne se tirait-elle pas une balle dans le pied ?
Cela eut en effet un impact négatif sur l’économie saoudienne. Mais le pétrole n’est pas le plus important pour l’Arabie Saoudite. Sa relation avec les Etats-Unis prime avant tout, car c’est le soutien de Washington qui permet à la dynastie saoudienne de se maintenir au pouvoir.
Ce raz-de-marée pétrolier eut des conséquences catastrophiques pour de nombreux pays producteurs de pétrole qui s’endettèrent. Et tout cela se produisit dix années seulement après la montée au pouvoir de Kadhafi. Le dirigeant libyen, parti de rien, voyait en plus les seuls moyens dont il disposait pour construire quelque chose, fondre comme neige au soleil avec la chute des cours du pétrole.
Notez également que cette contre-révolution pétrolière accéléra la chute de l’URSS, alors empêtrée en Afghanistan. Avec la disparition du bloc soviétique, la Libye perdait son principal soutien politique et se retrouva très isolée sur la scène internationale. Isolement d’autant plus grand que l’administration Reagan avait placé la Libye sur la liste des Etats-terroristes et imposé toute une série de sanctions.
Qu’en est-il des erreurs commises par Kadhafi ?
Comme je l’ai dit, ce n’était pas un grand visionnaire. La théorie développée autour de son livre vert est un mélange d’anti-impérialisme, d’islamisme, de nationalisme, de capitalisme d’Etat et d’autres choses encore. Outre son manque de vision politique, Kadhafi a d’abord commis une grave erreur en attaquant le Tchad dans les années 70. Le Tchad est le cinquième plus grand pays d’Afrique et le colonel, considérant sans doute que la Libye était trop petite pour ses ambitions mégalomaniaques, a annexé la bande d’Aozou. Il est vrai qu’historiquement, la confrérie des Senoussis exerçait son influence jusque dans cette région. Et en 1935, le ministre français des Affaires étrangères, Pierre Laval, voulut acheter Mussolini en lui proposant la bande d’Aozou. Mais finalement, Mussolini se rapprocha d’Hitler et l’accord resta lettre morte.
Kadhafi a néanmoins voulu annexer ce territoire et s’est livré à une lutte d’influence avec Paris dans cette ancienne colonie française. Finalement, les Etats-Unis, la France, l’Egypte, le Soudan et d’autres forces réactionnaires de la région, ont soutenu l’armée tchadienne qui mit en déroute les troupes libyennes. Des milliers de soldats et d’importantes quantités d’armes furent capturés. Le président du Tchad, Hissène Habré, vendit ces soldats à l’administration Reagan. Et la CIA les utilisa comme mercenaires au Kenya et en Amérique latine.
Mais la plus grande erreur de la révolution libyenne est d’avoir tout misé sur les ressources pétrolières. En effet, les ressources humaines sont la plus grande richesse d’un pays. Vous ne pouvez pas réussir une révolution si vous ne développez pas l’harmonie nationale, la justice sociale et une juste répartition des richesses.
Or, le colonel n’a jamais supprimé les discriminations ancestrales en Libye. Comment mobiliser la population si vous ne montrez pas aux Libyens que, quelque soit leur appartenance ethnique ou tribale, tous sont égaux et peuvent œuvrer ensemble pour le bien de la nation ? La majorité de la population libyenne est arabe, parle la même langue et partage la même religion. La diversité ethnique n’est pas très importante. Il était possible d’abolir les discriminations pour mobiliser la population.
Kadhafi a également été incapable d’éduquer le peuple libyen sur les enjeux de la révolution. Il n’a pas élevé le niveau de conscience politique de ses citoyens et n’a pas développé de parti pour appuyer la révolution.
Pourtant, dans la foulée de son livre vert de 1975, il instaure des comités populaires, sorte de démocratie directe.
Cette tentative de démocratie directe était influencée par des concepts marxistes-léninistes. Mais ces comités populaires en Libye ne s’appuyaient sur aucune analyse politique, aucune idéologie claire. Ce fut un échec. Kadhafi n’a pas non plus développé de parti politique pour appuyer sa révolution. Finalement, il s’est coupé du peuple. La révolution libyenne est devenue le projet d’une seule personne. Tout tournait autour de ce leader charismatique déconnecté de la réalité. Et lorsque le fossé se creuse entre un dirigeant et son peuple, la sécurité et la répression viennent combler le vide. Les excès se sont multipliés, la corruption s’est développée de manière importante et les divisions tribales se sont cristallisées.
Aujourd’hui, ces divisions resurgissent dans la crise libyenne. Il y a bien sûr une partie de la jeunesse en Libye qui est fatiguée de la dictature et qui est influencée par les événements en Tunisie et en Egypte. Mais ces sentiments populaires sont instrumentalisés par l’opposition dans l’est du pays qui réclame sa part du gâteau, la répartition des richesses étant très inégale sous le régime de Kadhafi. Bientôt, les véritables contradictions vont apparaître au grand jour.
On ne sait d’ailleurs pas grand-chose sur ce mouvement d’opposition. Qui sont-ils ? Quel est leur programme ? S’ils voulaient vraiment mener une révolution démocratique, pourquoi ont-ils ressorti les drapeaux du roi Idriss, symboles d’un temps où la Cyrénaïque était la province dominante du pays ? Ont-ils demandé leur avis aux autres Libyens ? Peut-on parler de mouvement démocratique lorsque ces opposants massacrent les Noirs de la région ? Si vous faites partie de l’opposition d’un pays, que vous êtes patriotique et que vous souhaitez renverser votre gouvernement, vous tentez cela correctement. Vous ne créez pas une guerre civile dans votre propre pays et vous ne lui faites pas courir le risque d’une balkanisation.
Selon vous, il s’agirait donc plus d’une guerre civile résultant des contradictions entre clans libyens ?
C’est pire, je pense. Il y a déjà eu des contradictions entre les tribus, mais elles n’ont jamais pris une telle ampleur. Ici, les Etats-Unis alimentent ces tensions afin de pouvoir intervenir militairement en Libye. Dès les premiers jours de l’insurrection, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a proposé d’apporter des armes aux opposants. Dans un premier temps, l’opposition organisée sous le Conseil National a refusé toute ingérence des puissances étrangères, car elle savait que cela jetterait le discrédit sur son mouvement. Mais aujourd’hui, certains opposants en appellent à une intervention armée.
Depuis que le conflit a éclaté, le président Obama a dit envisager toutes les options possibles et le sénat US appelle la communauté internationale à décréter une zone de non-vol au-dessus du territoire libyen, ce qui serait un véritable acte de guerre. De plus, le porte-avion nucléaire USS Enterprise, positionné dans le golfe d’Aden pour combattre la piraterie, est remonté jusqu’aux côtes libyennes. Deux navires amphibies, l’USS Kearsage et l’USS Ponce, avec à leur bord plusieurs milliers de marines et des flottes d’hélicoptère de combat, se sont également positionnés dans la Méditerranée.
La semaine passée, Louis Michel, l’ancien commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire de l’Union Européenne, s’est demandé avec force sur un plateau de télévision quel gouvernement aurait le courage de défendre devant son parlement la nécessité d’intervenir militairement en Libye. Mais Louis Michel n’a jamais appelé à une telle intervention en Egypte ou à Bahreïn. Pourquoi ?
La répression n’est-elle pas plus violente en Libye ?
La répression était très violente en Egypte, mais l’Otan n’a jamais positionné des navires de guerre le long des côtes égyptiennes pour menacer Moubarak. On l’a tout juste appelé à trouver une issue démocratique !
Pour la Libye, il faut être très prudent avec les informations qui nous parviennent. Un jour, on parle de 2.000 morts et le lendemain, le bilan est revu à 300. On a aussi dit dès le début de la crise que Kadhafi avait bombardé son propre peuple, mais l’armée russe, qui surveille la situation par satellite, a officiellement démenti cette information. Si l’Otan se prépare à intervenir militairement en Libye, nous pouvons être sûrs que les médias dominants vont diffuser la propagande de guerre habituelle.
En fait, la même chose s’est passée en Roumanie avec Ceausescu. Le soir du réveillon de Noël 1989, le premier ministre belge Wilfried Martens a fait un discours à la télévision. Il a prétendu que les forces de sécurité de Ceausescu venaient de tuer 12.000 personnes. C’était faux. Les images du fameux charnier de Timisoara ont également fait le tour du monde. Elles étaient censées démontrer la violence aveugle du président roumain. Mais il s’est avéré plus tard que tout cela était une mise en scène : des cadavres avaient été sortis de la morgue et placé dans des fosses pour impressionner les journalistes. On a aussi dit que les communistes avaient empoisonné l’eau, que des mercenaires syriens et palestiniens étaient présents en Roumanie ou bien encore que Ceausescu avait formé des orphelins pour en faire des machines à tuer. C’était de la pure propagande pour déstabiliser le régime.
Finalement, Ceausescu et sa femme furent tués après un simulacre de procès qui dura 55 minutes. Bien sûr, tout comme Kadhafi, le président roumain n’était pas un enfant de chœur. Mais que s’est-il passé depuis ? La Roumanie est devenue une semi-colonie de l’Europe. La main d’œuvre bon marché y est exploitée. De nombreux services ont été privatisés au profit des compagnies occidentales et sont hors de prix pour une grande partie de la population. Et maintenant, chaque année, des tas de Roumains vont pleurer sur la tombe de Ceausescu. La dictature était une chose terrible, mais depuis que le pays a été économiquement détruit, c’est pire !
Pourquoi les Etats-Unis voudraient-ils renverser Kadhafi ? Depuis une dizaine d’années, le colonel est devenu à nouveau fréquentable pour l’Occident et a privatisé une grande partie de l’économie libyenne au profit des compagnies occidentales.
Il faut analyser tous ces événements à la lumière des nouveaux rapports de force dans le monde. Les puissances impérialistes sont en déclin alors que d’autres forces sont en plein essor. Récemment, la Chine a proposé de racheter la dette portugaise ! En Grèce, la population est de plus en plus hostile à cette Union Européenne qu’elle perçoit comme une couverture de l’impérialisme allemand. Les mêmes sentiments se développent dans les pays de l’Est. Par ailleurs, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak pour s’emparer du pétrole mais au final, seule une compagnie US en profite, le reste étant exploité par des compagnies malaisiennes et chinoises. Bref, l’impérialisme est en crise.
Par ailleurs, la révolution tunisienne a fortement surpris l’Occident. Et la chute de Moubarak encore plus. Washington tente de récupérer ces mouvements populaires, mais le contrôle lui échappe. En Tunisie, le premier ministre Mohamed Ghannouchi, un pur produit de la dictature Ben Ali, était censé assurer la transition et donner l’illusion d’un changement. Mais la détermination du peuple l’a contraint à démissionner. En Egypte, les Etats-Unis comptent sur l’armée pour maintenir en place un système acceptable. Mais des informations me sont parvenues confirmant que dans les innombrables casernes militaires disséminées à travers le pays, de jeunes officiers s’organisent en comités révolutionnaires par solidarité avec le peuple égyptien. Ils auraient même fait arrêter certains officiers associés au régime de Moubarak.
La région pourrait échapper au contrôle des Etats-Unis. Intervenir en Libye permettrait donc à Washington de briser ce mouvement révolutionnaire et d’éviter qu’il ne s’étende au reste du monde arabe et à l’Afrique. Depuis une semaine, des jeunes se révoltent au Burkina-Faso mais les médias n’en parlent pas. Pas plus que des manifestations en Irak.
L’autre danger pour les Etats-Unis est de voir émerger des gouvernements anti-impérialistes en Tunisie et en Egypte. Dans ce cas, Kadhafi ne serait plus isolé et pourrait revenir sur les accords conclus avec l’Occident. Libye, Egypte et Tunisie pourraient s’unir et former un bloc anti-impérialiste. Avec toutes les ressources dont ils disposent, notamment les importantes réserves de devises étrangères de Kadhafi, ces trois pays pourraient devenir une puissance importante de la région. Probablement plus importante que la Turquie.
Pourtant, Kadhafi avait soutenu Ben Ali lorsque le peuple tunisien s’est révolté.
Cela montre à quel point il est faible, isolé et déconnecté de la réalité. Mais les rapports de force changeants dans la région pourraient modifier la donne. Kadhafi pourrait changer son fusil d’épaule, ce ne serait pas la première fois.
Comment pourrait évoluer la situation en Libye ?
Les puissances occidentales et ce soi-disant mouvement d’opposition ont rejeté la proposition de médiation de Chavez. Ce qui laisse entendre qu’ils ne veulent pas d’issue pacifique au conflit. Mais les effets d’une intervention de l’Otan seront désastreux. On a vu ce que cela a donné au Kosovo ou en Afghanistan.
De plus, une agression militaire pourrait favoriser l’entrée en Libye de groupes islamistes qui pourraient s’emparer d’importants arsenaux sur place. Al-Qaïda pourrait s’infiltrer et faire de la Libye un deuxième Irak. Il y a d’ailleurs déjà des groupes armés au Niger que personne ne parvient à contrôler. Leur influence pourrait s’étendre à la Libye, au Tchad, au Mali, à l’Algérie… En fait, en préparant une intervention militaire, l’impérialisme est en train de s’ouvrir les portes de l’enfer !
En conclusion, le peuple libyen mérite mieux que ce mouvement d’opposition qui plonge le pays dans le chaos. Il lui faudrait un véritable mouvement démocratique pour remplacer le régime de Kadhafi et instaurer la justice sociale. En tout cas, les Libyens ne méritent pas une agression militaire. Les forces impérialistes en déroute semblent pourtant préparer une offensive contre-révolutionnaire dans le monde arabe. Attaquer la Libye est leur solution d’urgence. Mais cela leur retomberait sur les pieds.
Interview : Grégoire Lalieu & Michel Collon
shall we dance?
A la question: "pouvons-nous danser?"
François Béranger répondait: "faites pas les cons y'a pas la place."
mais écoute plutôt
ce que disent en substance les "Pussycat Dolls :en ce lundi qui faute de mieux s'est mis sur son "21"
Shall we dance?
"Quand les rythmes de Marimba se jouent,
danse avec moi, balance moi
Comme un océan paresseux, longe la rive
Tiens moi, balance moi plus fort
Comme une fleur se courbant sous la brise
Courbe toi avec moi, balance avec facilité
Quand nous dansons, tu as cette manière avec moi
Reste avec moi, balance moi.../..."
danse avec moi, balance moi
Comme un océan paresseux, longe la rive
Tiens moi, balance moi plus fort
Comme une fleur se courbant sous la brise
Courbe toi avec moi, balance avec facilité
Quand nous dansons, tu as cette manière avec moi
Reste avec moi, balance moi.../..."
Allez Richard," Monsieur Richard, un dernier pour la route"?
".../...D'autres danseurs peuvent être sur la piste
Mon cher , mais mes yeux ne verraient que toi
Seulement toi as cette magique technique
Quand nous nous balançons, je deviens faible.
Je peux entendre le son des violons
Bien avant qu'ils ne commencent
Fais moi plaisir , tu es le seul a savoir comment faire
Balance moi légèrement, balance moi maintenant
Balance moi, prends moi
Fais moi plaisir, tiens moi
Plie moi, tu as cette façon de faire avec moi"
résultats premier tour élections cantonales à Saint-Nazaire
Les résultats du 1er tour des élections cantonales
"Au second tour, la candidate PS Annaig Cotonnec sera opposée dans le canton ouest au sortant Gilles Denigot, candidat Europe écologie-Les Verts. A l'est, Philippe Grosvalet affrontera Michèle Viau. Les taux d'abstention, de 65,44 à l'ouest et 67,64% à l'est, sont particulièrement élevés par rapport à la moyenne nationale.
Saint-Nazaire OUEST
Dimanche prochain, double duel à l'est et à l'ouest entre le PS et Europe écologie-Les Verts. Surprise dans le canton ouest, le sortant Gilles Denigot a été largement dépassé par la socialiste Annaig Cotonnec. Lors des dernières élections cantonales, en 2008, l'écologiste était le seul candidat de gauche. Pour l'UMP, Romain Morand obtient un score comparable à Jean-Louis Garnier (23,40%) au premier tour des dernières élections.
Annaig COTONNEC (Parti socialiste) 2020 voix 40,21%Gilles DENIGOT (Europe écologie-Les Verts) 1274 voix 25,36%
Romain MORAND (UMP) 1194 voix 23,77%
Yvon RENEVOT (Parti communiste français) 451 voix 8,98%
Régis MORNET (Parti radical de gauche) 85 voix 1,69%
Inscrits : 14 924
Votants : 5 158 34,56%
Blancs et nuls : 134
Exprimés : 5 024
Saint-Nazaire EST
A l'est, Philippe Grosvalet, le candidat socialiste pressenti pour succéder à Patrick Mareschal à la tête du Département, est largement en tête face à huit adversaires. En 2004, il avait obtenu 44,01% des voix à l'issue du premier tour. En deuxième position, l'écologiste Michèle Viau dépasse de peu la candidate FN. Oriane Borja avait obtenu 8,88% des voix au premier tour il y a sept ans."Philippe Grosvalet (Parti socialiste) 1965 voix 44,01%
Michèle Viau (Europe écologie-Les Verts) 669 voix 14,98%
Oriane Borja (Front national) 590 voix 13,21%
Philippe Cadiet (UMP) 413 voix 11,49%
Alain Manara (Parti communiste français) 237 voix 5,31%
Augustin Grodoy (Parti de Gauche) 214 voix 4,79%
Damien Perrotin (UDB) 111 voix 2,49%
Philippe Fouré (Parti ouvrier indépendant) 92 voix 2,06%
Ronan Magaud (Communistes) 74 voix 1,66%
Inscrits : 14 069
Votants : 4 553 - 32,36%
Blancs et nuls :88
Exprimés : 4 465
source:Saint-Nazaire-infos.fr
De notre politologue stagiaire: à noter l'effet Japon qui a dû jouer ici z'aussi en faveur des écologistes qui pour une fois et grâce également au projet -béton- d'aéroport de Notre Dame des Landes (qui empoisonne les relations à gôche) ne jouent pas les godillots du PS comme c'est le cas depuis des années à la mairie de Saint-Nazaire où tout le monde ou presque se lève pour Danette les miettes distribuées par Joël -Guy. Aussi rêvons frères et soeurs et souhaitons pour la démocratie (qui n'est pas bonne que chez nos voisins méditerranéens...) qu'au second tour de ces cantonales l'on puisse voir sur nos cantons nazairiens d'autres têtes que celles de ceux (ou de leurs héritiers) qui y tiennent tous les pouvoirs depuis l'époque où l'on parlait en ancien franc .
Gast!Ici même, le clientélisme est une institution à poils longs...
dimanche 20 mars 2011
reprise des cours avant l'heure
.../..."Les expériences successives de l'histoire de chaque individu déposent une sédimentation de « souvenirs oubliés » au fond de chaque subjectivité. Or cette accumulation ne se fossilise pas, elle demeure active. Elle exerce un jeu plus ou moins changeant d'atti-rances et de répulsions qui concourt pour une large part à l'orientation que nous donnons à nos vies respectives. Plus même, un événement qui a fait traumatisme peut avoir des effets sur plusieurs générations, à l'insu des sujets eux-mêmes Technique d'interprétation du propos toujours libre, mais jamais neutre, du patient, la psychanalyse cherche ainsi à transformer la souffrance de ceux qui ratent le présent et compromettent leur avenir parce que, en quelque sorte, ils ont « mal à leur passé ». Elle est aussi une technique de « constructions inventives » là où, apparemment, il n'y avait que du vide dans la vie de quelqu'un. Elle tente ainsi de permettre à une personne en difficulté de dépassionner des expériences oubliées, de mettre des mots, des formes, dans un chaos destructeur, bref, d'inventer sa vie là où il n'y avait que répétitions. Ceci pose de nombreuses questions Liberté ou désir ? Il peut sembler paradoxal de rapprocher la psychanalyse et l'anarchisme : ne dit-on pas, entre autres, qu'elle est une « science bourgeoise », réservée aux riches ou aux intellectuels, et qu'elle vise à réadapter une personne à la société ? Et pourtant, si l'on y regarde de plus près, il existe bien des convergences que je vais tenter de préciser - en évitant, je l'espère, amalgame et récupération.
« L'émancipation des individus, leur libération en tant qu'êtres autonomes, libres de leurs choix, lucides, critiques et responsables » , c'est très exactement ce que vise une psychanalyse - en parlant de « désir », au sens large du terme, plutôt que de « liberté », terme plus philosophique. Si certains en profitent pour « marcher sur les pieds de leur voisin au nom de leur désir », comme le disait F. Roustang, il ne s'agit là que d'un dévoiement, d'un risque inhérent à la liberté, qu'on retrouve dans l'anarchisme individualiste : « Ma devise, c'est moi, moi, moi et les autres ensuite », proclamait H. Croiset . Par contre, si le désir de l'un suppose le désir de l'autre, alors impossible d'être pleinement libre si l'autre est aliéné, ce qui sous-tend un combat incessant pour que tout un chacun puisse se libérer de ce qui l'entrave dans sa singularité. Ceci rend non pertinente la notion de « libération des masses », masses dont Freud a bien précisé les ressorts (3) ; ma liberté (mon désir ou ce qui me fait dire « je ») suppose celle de chaque autre, pris un par un - la liberté, comme le désir, ne vient pas d' « en haut », d'une quelconque décision « supé-rieure », elle ne s'« institue » pas de façon autoritaire, elle s'invente, se construit, elle n'est jamais acquise à moins de se réduire à un fantôme bon pour le frontispice des mairies. En ce sens, le désir contient en lui-même ses propres limites, dans la mesure où il tient nécessairement compte de celui de l'autre : à l'ignorer, il se détruirait lui-même." .../..."
Extrait de "Psychanalyse et anarchie " Philippe Garnier- source
"../...Aujourd’hui, la rencontre du capitalisme et de la science a ouvert la voie à un type de lien social plutôt nouveau. En effet, d’une part, du fait de la science, on ne carbure plus vraiment à l’Idéal commun et d’autre part, « grâce au » marché, on nous promet désormais une pleine satisfaction à portée de main. Bref, non seulement le ciel s’est vidé (Dieu est mort) et les lendemains qui chantent sont aphones (chute du communisme), mais encore le discours capitaliste se présente comme « fournisseur de jouissance ». J. Lacan notait en 1967 ce changement : « les hommes s’engagent dans un temps qu’on appelle planétaire, où ils s’informeront de ce quelque chose qui surgit de la destruction d’un ancien ordre social que je symboliserai par l’Empire tel que son ombre s’est longtemps encore profilée dans une grande civilisation, pour que s’y substitue quelque chose de bien autre et qui n’a pas du tout le même sens, les impérialismes, dont la question est la suivante : comment faire pour que des masses humaines, vouées au même espace, non pas seulement géographique mais à l’occasion familial, demeurent séparées ? ». Pour G. Châtelet, nous sommes passés « de la chair à canon à la chair à consensus et à la pâte à informer » . « Allez-y, achetez, consommez… et vous jouirez ! » assure la publicité. Une véritable obsession gestionnaire s’empare alors de notre société : on gère tout, sa vie, son temps, son corps, sa sexualité, sa santé , … Rêve d’un corps machiné, automatisé, et surtout déchargé de sa responsabilité. Car en rabattant le désir sur le besoin, on objective le sujet, à présent envisagé comme une « machine à traiter l’information » qui sait communiquer sans malentendu. Cet idéal d’un moi fort, performant, sans manque, sans histoire et dans le même temps flexible et malléable est formidable pour le marché !".../...
Extrait de "Psychanalyse et anarchie "Rien n'est plus révolutionnaire que le désir." par Rénald Gaboriau-source
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