dimanche 26 janvier 2020

avec leur rêve




"Il est difficile de dire pourquoi j’aimais tant Paloukia. Sans doute parce qu’ici, au retour des îles, j’y retrouvais leur présence invisible, dans les odeurs de goudron, de mazout, de mer et de poulpe grillé. Lieu mélancolique, avec cette mer immobile et la mort lente des caïques, mais si étrange par ailleurs, si insolite en ses recoins qu’il était pour moi comme un décor surréaliste. En s’avançant un peu vers l’intérieur, on découvrait d’autres bateaux, en pleine terre, abandonnés là comme un vieux raz-de-marée, tenus par des béquilles ou couchés sur le flanc. Je n’ai jamais compris ce que ces bateaux faisaient là puisque nul, à part les gamins qui y jouaient, ne semblait s’y intéresser. Je me disais que personne – aucun vieux marin en tout cas – n’aurait osé porter la main sur eux, les démembrer, les dépecer comme on le fait d’une baleine échouée. Mais le plus attirant, le plus magique était, entre le café et la baie aux cargos immobiles, un terrain vague où l’on avait jeté tous les accessoires inutiles : ancres rouillées, poulies, mâts brisés, vieux cordages, engrenages de toutes tailles qui formaient là le trophée improvisé de quelque dieu marin. D’autant qu’en haut de ce tas d’objets hétéroclites, il y avait une sirène, une vieille figure de proue, toute rongée, écaillée, creusée comme un tronc d’olivier. Elle devait être là depuis longtemps et j’ai souvent pensé l’emporter. Finalement, j’ai préféré la laisser là, où elle avait sa place. Elle était, elle aussi, une ruine mais une ruine encore vivante, plus vraie que celles des temples et des cités mortes. Au fond, ce lieu évoquait un poème sur les voyages morts, les périples défunts, écrits avec des mots de bois, d’ancres et de mâts brisés. Etait-ce là, finalement, ce port tant recherché par les âmes errantes dont parle Séféris, ce mausolée dressé, dans l’agonie des vieux caïques, au Marin et à la Sirène inconnus ?"
Jacques Lacarrière extrait de: "L'été grec" 


Etre et ne plus être

"Dans le ciel scintillent les étoiles.
Je suis un fier vaisseau à voiles.
Vers l’Armorique je fends les flots.
Mon port d’attache est St Malo.
Dans cette nuit limpide et douce
Les autres navires s’écartent de ma route.
Les marins avec effroi
Me regardent, ils ont peur de moi.  

Bateau fantôme je suis
Sous la lune qui luit.
Là où repose ma carcasse
N’est pas la mer des Sargasses,
Il est au milieu d’une crypte bretonne
Avec d’autres bateaux sur le sable, entre les rochers.
Comme moi, il sont, là, couchés,
Dans cette crypte bretonne."

Anny M



Echouage magnifique.
Squelettes
de fascinante décomposition.
Sortie par la porte du large
sans sauver ses abattis
qui se mirent dans la  glace 
de vase.
Grandeur
 d'une
intense décadence.








                          GIF Source



"Notre vie est un voyage constant, de la naissance à la mort. Le paysage change, les gens changent, les besoins se transforment, mais le train continue. La vie, c'est le train, ce n'est pas la gare"
Paulo Coelho
















"Tout ce que les hommes ont fait de beau et de bien ils l'on construit avec leur rêve."
Bernard Moitessier
( voix off :Le Bono- Beau)



"J'écoute la mer, j'écoute le vent, j'écoute les voiles qui parlent avec la pluie et les étoiles dans les bruits de la mer et je n'ai pas sommeil."
Bernard Moitessier 




samedi 25 janvier 2020

à demi-mot




Sortir la tête de l'eau
Rejoindre la rive
en laissant
dans les profondeurs de l'oubli ce qui se dérobe,
 nous échappe
et nous libère
vers l'essence-ciel.




"Le matin était sec et craquant de froid. L'air glacé et contracté semblait souffrir, comme portant en soi de l'oppression, une fêlure. Le silence occupait les allées, s'y tenait mystérieusement : il n'était pas l'absence de bruit, il était quelque chose lui-même."
Anna de Noailles extrait de: "La nouvelle espérance"








On en dit des mots
de tout le jour.
Des mots
 croisés
avec d'autres
qui font des contingences
de mots,
des accidents de langages,
de parcours voyelles
de conjonctures consonnes
à la volée.

A la gloire du vent de l'espèce.





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« Tout me répugnait dans cette culture ; son côté pompeux et pompier, son sens de l’honneur et de la dignité, son classicisme poussiéreux que j’ai toujours assimilé au grotesque… Cette culture qui devait nous apprendre à marcher au pas, à chanter en chœur avec les bœufs, à filer doux, à nous mettre au garde-à-vous devant les valeurs consacrées, à admirer le poncifiant et le pontifiant, en marge de toute trace d’humour, de délire, de révolte, de rêve et d’imagination débridée… Assené par des professeurs bornés et ruisselants de conformisme, sentencieux et autoritaires, ce vaste programme en forme de matraque n’a en réalité que des buts bien définis et peu avouable : apprendre aux enfants indisciplinés de nature à devenir des bovidés conçus pour brouter uniquement l’herbe qu’il faut ruminer, à s’intégrer sans problèmes à cette majorité laborieuse et silencieuse qui compose le grand troupeau que l’Etat exploite, trait à fond et tond à plaisir au fil des décennies. Je ne pensais pas exactement à tout cela en subissant l’école et son collier canin. Mais mes craintes de doux enfant qui ne comprenait pas trop ce qu’on voulait de lui contenaient déjà en germe mes haines, mes dégoûts, mes révoltes, mes refus. »
Jacques Sternberg  Mémoires provisiores"

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"Et si je vous disais que même au milieu d'une foule
Chacun, par sa solitude, a le cœur qui s'écroule
Que même inondé par les regards de ceux qui nous aiment
On ne récolte pas toujours les rêves que l'on sème

Déjà quand la vie vient pour habiter
Ces corps aussi petits qu'inanimés
Elle est là telle une déesse gardienne
Attroupant les solitudes par centaines…

Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie

Celle qui, comme l'enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes

La main de l'autre emmêlée dans la nôtre
Le bleu du ciel plus bleu que celui des autres
On sait que même le plus fidèle des apôtres
Finira par mourir un jour ou l'autre

Et même amitié pour toujours trouver
Et même après une ou plusieurs portées
Elle est là qui accourt pour nous rappeler
Que si les hommes s'unissent
C'est pour mieux se séparer



Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie
Celle qui, comme l'enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes

Car, tel seul un homme, nous avançons
Vers la même lumière, vers la même frontière
Toujours elle viendra nous arracher la vie
Comme si chaque bonheur devait être puni

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme

Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes"

Pierre Lapointe


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Découvert chez:"Rêveuse de mots"






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"Tu vois sur les chemins, la foule désordonnée des hommes de notre temps. La course. La fuite. La quête. La noyade de toutes nages, inutiles brasses dans le courant contraire. Tu vois, les yeux ballants. Tu es d'un autre lieu et tu ne peux rien faire. Et l'agacement des arbres devant ce que tu vois, la masse inconsolée.

La faute est d'avant-hier. Le choix prompt de l'orgueil. Le constat à leur seuil.

Les larmes asséchées sous une croûte absurde. Cette ubuesque erreur que nous avons conclue. Devant foule anonyme à la gueule défaite, le dernier chant de l'eau. Nous sommes ici nos suspects désignés, nous nous coupons la tête.

Alors, le cri perdu à la fin de l'enfance nous revient tout soudain.


encore j'irai
avant dernières fanes
encore
avec mon corps
bouleverser mon désir
sur " Le Serpent d'Étoiles "

ne reste qu'à jouer
jouer "


Zakane "Des mots et des espaces"