samedi 25 janvier 2020

à demi-mot




Sortir la tête de l'eau
Rejoindre la rive
en laissant
dans les profondeurs de l'oubli ce qui se dérobe,
 nous échappe
et nous libère
vers l'essence-ciel.




"Le matin était sec et craquant de froid. L'air glacé et contracté semblait souffrir, comme portant en soi de l'oppression, une fêlure. Le silence occupait les allées, s'y tenait mystérieusement : il n'était pas l'absence de bruit, il était quelque chose lui-même."
Anna de Noailles extrait de: "La nouvelle espérance"








On en dit des mots
de tout le jour.
Des mots
 croisés
avec d'autres
qui font des contingences
de mots,
des accidents de langages,
de parcours voyelles
de conjonctures consonnes
à la volée.

A la gloire du vent de l'espèce.





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« Tout me répugnait dans cette culture ; son côté pompeux et pompier, son sens de l’honneur et de la dignité, son classicisme poussiéreux que j’ai toujours assimilé au grotesque… Cette culture qui devait nous apprendre à marcher au pas, à chanter en chœur avec les bœufs, à filer doux, à nous mettre au garde-à-vous devant les valeurs consacrées, à admirer le poncifiant et le pontifiant, en marge de toute trace d’humour, de délire, de révolte, de rêve et d’imagination débridée… Assené par des professeurs bornés et ruisselants de conformisme, sentencieux et autoritaires, ce vaste programme en forme de matraque n’a en réalité que des buts bien définis et peu avouable : apprendre aux enfants indisciplinés de nature à devenir des bovidés conçus pour brouter uniquement l’herbe qu’il faut ruminer, à s’intégrer sans problèmes à cette majorité laborieuse et silencieuse qui compose le grand troupeau que l’Etat exploite, trait à fond et tond à plaisir au fil des décennies. Je ne pensais pas exactement à tout cela en subissant l’école et son collier canin. Mais mes craintes de doux enfant qui ne comprenait pas trop ce qu’on voulait de lui contenaient déjà en germe mes haines, mes dégoûts, mes révoltes, mes refus. »
Jacques Sternberg  Mémoires provisiores"

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"Et si je vous disais que même au milieu d'une foule
Chacun, par sa solitude, a le cœur qui s'écroule
Que même inondé par les regards de ceux qui nous aiment
On ne récolte pas toujours les rêves que l'on sème

Déjà quand la vie vient pour habiter
Ces corps aussi petits qu'inanimés
Elle est là telle une déesse gardienne
Attroupant les solitudes par centaines…

Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie

Celle qui, comme l'enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes

La main de l'autre emmêlée dans la nôtre
Le bleu du ciel plus bleu que celui des autres
On sait que même le plus fidèle des apôtres
Finira par mourir un jour ou l'autre

Et même amitié pour toujours trouver
Et même après une ou plusieurs portées
Elle est là qui accourt pour nous rappeler
Que si les hommes s'unissent
C'est pour mieux se séparer



Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie
Celle qui, comme l'enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes

Car, tel seul un homme, nous avançons
Vers la même lumière, vers la même frontière
Toujours elle viendra nous arracher la vie
Comme si chaque bonheur devait être puni

Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme

Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes"

Pierre Lapointe


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Découvert chez:"Rêveuse de mots"






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"Tu vois sur les chemins, la foule désordonnée des hommes de notre temps. La course. La fuite. La quête. La noyade de toutes nages, inutiles brasses dans le courant contraire. Tu vois, les yeux ballants. Tu es d'un autre lieu et tu ne peux rien faire. Et l'agacement des arbres devant ce que tu vois, la masse inconsolée.

La faute est d'avant-hier. Le choix prompt de l'orgueil. Le constat à leur seuil.

Les larmes asséchées sous une croûte absurde. Cette ubuesque erreur que nous avons conclue. Devant foule anonyme à la gueule défaite, le dernier chant de l'eau. Nous sommes ici nos suspects désignés, nous nous coupons la tête.

Alors, le cri perdu à la fin de l'enfance nous revient tout soudain.


encore j'irai
avant dernières fanes
encore
avec mon corps
bouleverser mon désir
sur " Le Serpent d'Étoiles "

ne reste qu'à jouer
jouer "


Zakane "Des mots et des espaces"



vendredi 24 janvier 2020

ar mor



"Il faut tourner la plage"
disait ptit Claude,
un grand type qu'on appelait comme ça
pour ne pas que le confondre avec l'autre,
 certainement moins élancé
que lui
mais
qui restait
 un de ses paroliers préféré pour faire dans l'a-peu-prè-tisme
 de bon aloi.

Fin janvier- plus un pékin de parisien pour s'émerveiller des nuances subtiles
entre les gris gris du ciel, le bleu gris de l'océan et la plage... heu... ensablée.

La plupart des cambuses ne rouvriraient qu'en avril au retour des cloches de Pâques
et pour l'heure elles offraient entre deux rideaux de fer les estampes de leur fertile imaginaire côtier.

"La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort."
Xavier Bichat



"Parmi les cœurs opaques
Je suis de ceux qui savent
Mais qui ne s’épanchent pas
Sur les diagonales
Ou partir serait aussi rester.
... Je suis de ceux qui savent
Que de départ en départ,
De joie en joie,
De tristesse en tristesse,
D'abandon en abandon
On revient à soi
D’un bas soleil renouvelé
Définitivement sans âge
Vers sa vie sauve.
Croire….."

Pascal Sauvaire  découvert chez: "Mots perdus"




"Et dans cette songerie sans calme ni grandeur, dans cette flânerie sans but ni espoir, mes pas usaient cette matinée de liberté, et mes phrases prononcées tout haut à voix basse résonnaient, en se multipliant dans ce simple cloître de mon isolement."
Fernando Pessoa





"Je m'étais levé tôt et je trainais pour me préparer à exister."
Fernando Pessoa




"Il faut tourner la page
Changer de paysage
Le pied sur une berge
Vierge
Il faut tourner la page

Toucher l'autre rivage
Littoral inconnu
Nu
Et là, enlacer l'arbre
La colonne de marbre
Qui fuse dans le ciel
Tel
Que tu quittes la terre
Vers un point solitaire
Constellé de pluriel
Il faut tourner la page...
Redevenir tout simple
Comme ces âmes saintes
Qui disent dans leurs yeux
Mieux
Que toutes les facondes
Des redresseurs de monde
Des faussaires de Dieu


Il faut tourner la page
Jeter le vieux cahier
Le vieux cahier des charges
Oh yeah
Il faut faire silence
Traversé d'une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
Il faut tourner la page
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère
Sourire
Et puis se taire"

Claude Nougaro








Il y a l'usure des mots. Des mots de tous les jours. Des mots de petit jour. Des mots dont on se sert, jusqu'à la corde. Jusqu'à la patine du sens. La rondeur de l'usure. La trace sur le manche. C'est matière première, brute, de l'échange. De la guerre. De la consolation. Qui disent la blessure. Qui disent l'évidence. Qui disent l'essentiel. Simplement le poème ou le texte les remet au centre. Leur redonne une place. Un peu d'espace. De largeur. Un peu d'air et de silence dans le vacarme aseptisé de la course. Ce sont des mots de soif comme on parle d'un vin de soif. Un vin de tous les jours. Un vin de table. Des mots de tous les jours. Des poèmes de tous les jours. Des poèmes de table. Des poèmes de soif.
  Thomas Vinau 
 découvert dans "Carnet de notes de Lupitovi"