mardi 7 janvier 2020

une autre fois


Une autre fois

 La pèche-rit au soleil.
Pieuvre articulée
bras
et filets.

Céphalopode galvanisé

Observateur clairvoyant de l'énergie côtière





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Lu chez: "Le retour du Tenancier"

« C’est pourquoi celui qui peut, de l’isolement des mots imprimés, froids, impersonnels, faire naître cet enthousiasme, celui-là participe de l’immortalité qu’il a fait naître. Un jour, il ne sera plus, ce qui n’a aucune importance, parce que, figé dans l’invulnérable isolement des mots imprimés, réside ce qui est capable de faire naître à nouveau les impérissables enthousiasmes d’antan dans les cœurs et les organes de ceux qui sont nés de l’air même qu’il a respiré et dans lequel il a vécu ses angoisses ; si la chose écrite en a été capable une fois, il sait qu’elle le sera de nouveau longtemps après ce qu’il ne restera plus de lui qu’un nom mort qu’efface peu à peu le temps. » 
William Faulkner 

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Sur la platine de :" L'ex homme-âne-yack":



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        photo source: "La Méduse et le Renard"

                                                                        - Pas regardante-


"Ne te sens

pas privilégié

ce matin

la lumière embrasserait

n'importe qui"
                                                                 
                                                                 Guillaume Siaudeau


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Entre les deux mon corps balance 

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Le film en entier chez KUB 

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affleure de sel



                           à banc donné

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"Je fuis le bruit et la fureur. On est vraiment soi-même quand on s’éloigne des autres. J’avance très lentement. Je m’attarde des heures à poursuivre un insecte. Je me perds et me trouve dans la vie d’un brin d’herbe.  La vitesse n’est que le temps qui se répète plus vite. La lenteur, au contraire, est une métamorphose. Il faut traîner la patte pour découvrir une porte invisible. Ceux qui passent trop vite se butent au chambranle du réel. Il est difficile d’harmoniser tous les aspects de l’homme. Le pire prend le pas sur le reste. Le poing parle plus fort que la caresse. Il reste le refus d’obéir, la paresse, l’insoumission, le partage, la soif d’absolu. Ce qui n’existe pas nous sauve de ce qui est. Pour bien profiter du présent, il faut d’abord se débarrasser de l’avenir, savoir marcher lentement, apprendre à goûter la paresse, cajoler l’inutile, respirer sans raison, être à la fois ici et là. L’avoir, le pouvoir et le valoir n’apportent rien à l’homme. Ils le dispensent d’exister. D’un autre côté, la servitude et l’obéissance ne font pas mieux. C’est ailleurs qu’il faut chercher la vie. Peut-être dans la contemplation. Ce qui sidère aimante l’âme. Dans le théâtre de la vie, l’acteur m’intéresse moins que le spectateur. Il n’a pas besoin qu’on l’applaudisse. Il remercie les fleurs avec ses yeux, les choses avec sa main, les mots avec sa bouche. Il y a si peu de nous dans les images qu’on projette. Il y en a plus dans celles qu’on regarde.

Il faut accueillir les fleurs, non les cueillir. On apprend tous à compter, mais on ne sait plus dire bonjour. On écrit sans savoir épeler. On mange sans avoir à goûter, à saliver, à mordre. Je rêve d’une chandelle au milieu des néons, d’une simple parole éteignant les micros, d’un pissenlit sur l’asphalte. À l’abondance du vide, je préfère la qualité du peu. Certains regardent la pluie comme si c’était des larmes. D’autres y voient l’arc-en-ciel. La vie n’est pas faite pour être subie ou méritée. Elle est, tout simplement. Par inadvertance, j’ai échappé mon cœur. J’en ramasse encore les débris. Je les assemble mot à mot comme un immense puzzle. Dans l’église des athées, le partage a remplacé la charité. Dans le troupeau des mots, les bergers sont en laine. Combien de lèvres porte une pomme ? Combien de gestes pour un bras ? Combien d’onces de soif dans un verre ? Il y a des questions servant d’échine à tout ce qu’on ignore. Il faut se présenter vivant face à la mort.

L’argent laisse des cernes à chaque chose que le savon du cœur n’arrive pas à laver. Comment peut-on préférer la médiocrité à l’admirable ? L’habillement, le vêtement, le déguisement importent moins que la manière d’être nu. J’aime le parfum du frêne ameutant les insectes, les boules de buis tendues comme des seins, les vagues d’encre laissant du sel sur la page, les avant-bras de l’herbe soulevant des odeurs, la rosée qui résiste à la poussière d’usine, le frisson du tonnerre dans les oreilles de l’air, les mots qui s’approchent des choses avec leurs pattes de mouche, les roseaux infusés de soleil, les galeries de rats d’eau déchaussant les racines, les loges de verdure encastrées dans la pierre, le rayon vert dans le gris des routines, les papillons nichés sur un filet de flûte, les champs de tournesols impatients de s’ouvrir. Il m’arrive de flotter entre le conscient et l’inconscient, de pêcher à la ligne sans passer à la ligne. Des fragments de musique s’agglutinent pêle-mêle à mes visions d’enfance. En danger de vertige, j’ai le cœur qui louche et l’âme qui tressaute. J’ai plaisir à cueillir des mots sur le bord des fossés. Ils montent des orteils à la tête. Lorsque les fleurs me transmettent leur pensée végétale, je pense par le nez. On m’a privé de pays, mais sa langue m’accompagne. Ma maison n’est pas encore bâtie. Elle est dans l’air des paroles, le froid d’hiver, l’été trop court, les eaux du fleuve, la chair des enfants. J’écris avec mes yeux comme des clefs qui tournent et ouvrent l’invisible.

Que me reste-t-il de toutes ces années à faire le con ? Trop de choses nous heurtent en cherchant l’absolu. On écrit sur le vide pour mieux le traverser. Jamais droit dans ses bottes, serrant de près l’instant, on écrit pour après, pour plus tard, contre le temps aux yeux méchants qui brise les visages. Il n’y a pas d’oiseaux s’inventant une cage. J’écoute la tempête comme un enfant comprend le chien. La moindre goutte de vide cherche une goutte de plein. J’avance mot à mot dans ce qu’on ne sait pas, dans l’entre tout et rien, dans l’infime infini. J’écris surtout la nuit. Je tourne et me retourne dans un grand lit défait. Quand il ne reste que les mots, je m’habille de leurs draps. Je ressuscite entre les lignes d’un cahier, entre les linges du silence. Mes parents sont en moi. Leurs doigts se touchent dans ma voix. Leurs mains témoignent dans les miennes."

Jean-Marc La Frenière "Le bruit et la fureur"


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lundi 6 janvier 2020

l'objet de la vision



Il m'a fallu chercher sur le boulevard de mer, à gauche ou à droite après le jardin je ne me souvenais plus. Pourtant, un jardin, comme traversée obligée. 
J'avais quitté des haies et des bosquets, une mare à poissons rouges, quelques coins secrets. Aujourd'hui, l'horizon s'était élargi sur une grande pelouse fleurie qui mettait en valeur des troncs respectables, les mêmes qu'hier certainement, enfin , franchement, je n'étais plus vraiment sûr.
 J'ai posé les mains sur un muret de pierres et des images m'ont aussitôt accroché la mémoire.
 Elles conjuguaient des histoires à ne pas forcément marier ensemble. Si j'avais réfléchi un peu au lieu d'arriver ici sur un coup de vide dans la tête, j'aurais su m'y attendre. Je croyais m'avoir organisé un week-end presque sans conséquences et je me retrouvais avec des émotions planquées bien au chaud, qui débarquaient sans prévenir et dont je ne savais quoi faire.

Je suis bien sur le coin de plage où nous venions tous les deux, j'ai tout de suite reconnu la forme et la disposition des rochers, tu te rends compte cela fait 35 ans, mais qu'est ce que je fous là, dis?

J'avais pris un livre sans vraiment réfléchir, au kiosque à journaux de la gare Montparnasse , juste pour le titre... "les marins perdus" histoire de raccourcir le voyage mais j'avais surtout dormi. Je le sors de mon sac, je l'ouvre au hasard: " Pourquoi ne se décidait-il pas? Qu'avait-il à gagner sur la mer, loin de ceux qu'il aimait? Quelle malédiction l'avait frappé un jour, lui et tant d'autres, qui ne trouvaient un sens à la vie que loin de tout rivage?" et soudain, je pleure, des larmes comme des grosses gouttes d'orage tombent les unes derrière les autres. sur les pages.

 C'est idiot, il faut que je me ressaisisse, vraiment n'importe quoi... j'avais 15 ans et je ne sais même plus comment il s'appelait.
 Il faut que je m'en aille, c'est pas bon la mer, elle a le goût des larmes.



 "Fais comme le sculpteur: il enlève, il gratte, il polit, il nettoie jusqu'à ce qu'il fasse apparaître un beau visage dans la statue.
Toi aussi, enlève tout ce qui est superflu et ne cesse de sculpter ta propre statue."

Plotin





"Si je peignais, je voudrais bien que loin d'aller seulement jusqu'au bout de l'espace de la perspective classique, ce que j'écris fasse ce couloir étranglé où l'on s'engage et qui s'élargit après le goulet, et que l'on vît -si je peignais- le paysage masqué, parce que j'écris par l'opacité du bourrelet de l'étranglement ventru.
il faudrait que l'on pût avancer dans un tableau comme dans un livre et c'est ce que devrait permettre le cinéma."

Boris Vian extrait de "journal à rebrousse-poil-1952






"Je remercie chaque matin courtoisement le diable ou l'un de ses agents penché sur mon ardoise.
Prévenance n'est point pacte.
-Que répond-il?
-Mec, laisse tomber. C'est un daru.
-Satisfait, dans l'injuste milieu?
-Non.
-Alors?
-Les années admirables, la grande peste, la juridiction mathématique, l'horloger d'ici marmot sinistre, toi à demeure."

René Char "Prévaricateur"




" La sensation se termine en imagination, et quand la première n'est plus, l'objet de la vision reste dans la seconde." 
Plotin