vendredi 2 décembre 2011

tranches amères d'enfance et mise en perspective


source: Toile

C'est le prestige ou peut-être l'arrogance d'un clavier qui s'échappe, lorsqu'on n'y prend garde, vers les sirènes du  grand large...
Mélanger,
triturer,
absorber,
décortiquer,
désacraliser l'émotion.
Presque tout se permettre,
au risque de
???



".../...Oui, tu avais quoi, Natacha, deux mois, trois mois? La petite dernière, celle qu'on fait malgré les années de chômage, pour garder foi en l'avenir, celle qu'on fait malgré les mensonges de la gauche au pouvoir qui avait promis de sauver la baraque, qui avait juré qu'on continuerait à faire de l'acier à Denain. il y avait même des ministres communistes au gouvernement quand tu es née, Natacha, tu vois comme la vie allait être plus belle.
Les années se mélangent, je suis fatigué, mais je suis certain que c'était un mardi 12 décembre.
Je vais te dire pourquoi, Natacha, parce que je me souviens du petit garçon que j'étais quand la nouvelle est tombée le 12 décembre 1978 et qu'Usinor a annoncé la suppression de cinq mille emplois à Denain et de cinq cent cinquante à Trith-Saint-léger..../..."
extrait de: Le Bloc-Jérome Leroy-




source: Toile

".../....Je me nomme Paul Blick. J'ai cinquante-quatre ans, un âge embarrassant qui hésite entre deux perspectives de l'existence, deux mondes contradictoires. Chaque jour les traits de mon visage se recouvrent des fines pellicules de l'âge. J'avale régulièrement du phosphate de dysopyramide, du chlorhydrate de propanolol et, comme tout le monde, j'ai arrêté de fumer. Je vis seul, je dîne seul, je vieillis seul, même si je m'efforce de garder le contact avec mes  deux enfants et mon petit-fils. Malgré son jeune âge - il va avoir cinq ans-, je retrouve parfois sur son visage certaines expressions de mon frère, mais aussi cette assurance, cette sérénité que Vincent affichait pour traverser la vie. A l'image de mon frère, cet enfant semble habité d'une paisible énergie, et croiser son regard, lumineux et scrutateur, est toujours une expérience troublante.../..."
extrait de: Une vie française-Jean-Paul Dubois-


source: Toile


".../...Comme un bombardement, Natacha, un tapis de bombes. A cause, notamment, de ces enculés de Bruxelles, déjà. On disait la CEE à l'époque, moi je dis que c'étaient des enculés et que ce sont toujours des enculés, Natacha.
Et que c'était trois ans après jour pour jour, un 12 décembre, que les gendarmes sont arrivés à la maison, que maman leur a proposé, forcément, du café, tu sais bien Natacha, cette cherloute du Nord, trop claire, cette lavasse qui reste toute la journée et qui laisse une odeur dans toutes les maisons. Hélène n'était pas là. Elle venait d'entrer en seconde. Elle apprenait ses leçons chez une copine sans doute les Borowiek, trois maisons plus loin.
C'était la fierté de la rue, Hélène.
Les gendarmes, Natacha, les gendarmes...
Peut-être avaient-ils faits partie de ceux qui avaient cogné papa pendant une de ces manifs qui avaient dégénéré, quand ils l'avaient surpris avec une fronde et des boulons. Peut-être avaient-ils fait partie de ceux qui lui avaient pratiquement fait perdre un oeil à force de le tabasser à cinq ou six alors qu'il était à terre.../..."
 extrait de : Le Bloc-Jérome Leroy



source: Toile

".../...Pour le quatrième anniversaire de Louis, j'ai descendu le carrosse des étagères du haut de la bibliothèque, et je l'ai déposé devant lui. il a longuement examiné l'objet, les roues, les chevaux, sans les toucher. Nullement subjugué, il paraissait plutôt dresser un inventaire mental de chacun des détails. Au bout d'un moment, je lui ai dit que, s'il collait son oreille sur le parquet, peut-être entendrait-il, à son tour, le bruit des sabots. Sceptique, il s'accroupit tout de même et, dans cette posture, m'offrit, l'espace d'une seconde entrebâillée, le bonheur d'entrevoir ma jeunesse défiler au grand galop.
L'enterrement de Vincent fut un moment effroyable et je peux dire que depuis ce jour, malgré nos efforts, mes parents et moi-même n'avons jamais pu parvenir à reformer une véritable famille. A l'issue de la cérémonie, mon père me remit l'appareil photo Brownie Flash Kodak de mon frère, sans imaginer que plus tard cet objet allait changer ma vie.
.../..."
Extrait de Une vie française- Jean-Paul Dubois

source: Toile




".../...Oui, c'étaient peut-être ces mêmes gendarmes qui sentaient le dehors et le tabac froid qui disaient à Maman qui avait dans les mains une guirlande dorée parce que malgré tout, on avait beau dire, c'était Noël: "Pas de chance, madame Stankowiak. il faisait nuit. Il faisait du brouillard. et puis, il avait peut-être bu un coup de trop avec ses copains de la cégète au Poilu. il y passait beaucoup de temps, non, depuis quelques mois? Mais non, madame Stankowiak, on ne dit pas que votre mari buvait. Tout le monde sait que c'était un ouvrier sérieux même si un de nos collègues de la gendarmerie de Saint-Amand l'a contrôlé en excès de vitesse il y a deux semaines et qu'il sentait l'alcool. il n'a pas verbalisé parce qu'on sait que c'est difficile en ce moment pour les anciens d'Usinor. Non, vous ne pouvez pas le voir, il a été emmené à la ..., enfin vous pourrez venir le reconnaître demain, si vous voulez. Un suicide, mais pourquoi un suicide, madame Stankowiak? De toute façon, il vaudrait mieux pas. il avait peut-être prévu une assurance-vie, même toute petite? Et dans ces cas-là, vous savez, ils font des histoires. Pareil pour le fonds d'indemnisation. enfin nous, ce qu'on vous en dit, madame Stankowiak..."
.../..." 
Extrait de: Le Bloc-Jérome Leroy-




source: Toile

.../...La mort de Vincent nous a amputés d'une partie de nos vies et d'un certain nombre de sentiments essentiels. Elle a profondément modifié le visage de ma mère au point de lui donner en quelques mois les traits d'une inconnue. Dans le même ,temps, son corps s'est décharné, creusé, comme aspiré par un grand vide intérieur. La disparition de Vincent a aussi paralysé tous se gestes de tendresse. jusque-là si affectueuse, ma mère s'est transformée en une sorte de marâtre indifférente et distante. mon père, autrefois si disert, si enjoué, s'est muré dans la tristesse, le silence, et nos repas, jadis exubérants, ont ressemblé à des diners de gisants. oui, après 1958, le bonheur nous quitta, ensemble et séparément, et, à table, nous laissâmes aux speakers de la télévision le soin de meubler notre deuil.
.../...
-
Extrait de: une vie française-Jean-Paul Dubois.



-source: Toile

".../..Et toi, Natacha, tu en dis quoi quand tu fais des ateliers d'écriture avec des chômeuses, des licenciées du textile de Roubaix, de la Cristallerie d'Arques ou des précaires de chez Toyota, parce que ce n'est pas ce qui manque la misère sociale à encadrer dans le Nord-Pas-de-Calais. Tu en penses quoi?
Il était bourré, papa?
Ou il s'est suicidé froidement?
Dis-le,Natacha, dis-le,  parce que, moi, la seule chose dont je suis certain, c'est que les gendarmes, ils ont achevé de tuer ce qui restait d'un petit garçon, ce 12 décembre.
Je ne sais toujours pas qui est né après, je sais juste que c'est quelqu'un qui ne supporte plus que le café très fort, qui déteste l'approche de Noël, les guirlandes et toutes ces joyeuses saloperies lumineuses. Je sais que tu dois penser avec Hélène que c'est un monstre, un skin hyperviolent, une ordure fasciste, et vous avez raison, mais moi, Natacha, la seule chose dont je sois certain, encore une fois, dans cette piaule sordide, entre mon GP35 et mon iphone, c'est qu'un petit garçon est mort, ce 12 décembre-là, et que ce petit garçon, c'était moi, Natacha.
.../..."
extrait de: Le Bloc-Jérome Leroy-


 source: Toile

jeudi 1 décembre 2011

agora du je dis

 camping cinq étoiles, source: La toile


Comme l'affirmait un slogan un brin  franchouillard des années septante :" En France on a pas de pétrole mais on a des idées". Je ne vous apprendrais rien en disant que -cocorico, poil au dos- cela ne s'est jamais démenti par la suite... Seulement, question idées, c'est étrange de constater que celles qui  aboutissent vont en général toujours dans le sens du Pouvoir avec un gros  pet comme dans: "Puisque je suis là autant faire plaisir à mes potes et "accessoirement" conforter mon plan de carrière politique qui est somme toute (au propre comme au figuré) -vu la situation économique de la majorité des citoyens-  pour le moins avantageux, juteux, profitable et j'en passe.
Mais là, forcément, je vois tout de suite le-la-les  députés-sénateurs-trices etc prendre un air supérieurement  dégouté en affirmant avec force et  velouté que: ce discours fait le jeu du populisme, des extrêmes...et clore le débat avec cette phrase  sybillement claire: C'est beaucoup plus compliqué que celÂ..."
Ben, z' alors camarades représentant(e)s du peuple, moi représentant de moi-même, j'aimerais bien que vous m'expliquiez...
Voui, d'accord,  mais comme on vient de le dire: "c'est compliqué" et donc le pékin breton et très moyen  que je suis, ne peut - même avec la meilleure volonté du monde- piger ces choses là
Dame oui, sinon il serait lui aussi  député, sénateur et toutes ces sortes de choses, et comme je n'ai pas fait avant cela  des études pour être avocat, médecin, prof de fac,  camelot, grand comique de l'Etat...ni hérité de la fortune d'un arrière,  grand-père, père...grand patron de l'industrie et consort (le dimanche) il n'y  a donc aucune chance que je devienne moi aussi  un jour représentant...mais de qui que quoi déjà au fait?
du peuple voyons,
  A oui j'avions  z'oublié.

M'enfin(g), comment osais-je dire des choses pareilles, nous avons  ou alors,  nous avons zut des z'ailus du popolo avanti en provenance directe du terroir  ouvrier, petit paysan, employé...attendez seulement que je fouille l'hémicycle qui n'est certes  pas toujours bien rangé et je vais vous en sortir un  de mon chapitiau c'est sur.
Tenez, celui là par exemple avec sa veste chamarrée, il est ti  pas beau?
Certes, très choli,  mais lui, il fait partie du ptit personnel- bien  soigné ok - mais néanmoins onctueusement  larbiné
Bon, c'est  pas grave, je fouille encore et je vous rappelle...

Voix off: Artung! ce n'est pas non pluche parce que l'on est issu d'un milieu dirons-nous: populaire que si par le plus grand des hasards on accède un jour à quelque prérogative on ne deviendra pas à son tour amateur du "par ici la bonne soupe"
Le Pouvoir est une drogue dure et à moins de légiférer pour  essayer d'en changer les tenants et aboutissants et, c'est pas demain la veille que ça va changer quelle que soit la couleur de l'épicerie.
Et d'ailleurs,  qui c'est qui légifère?
...
Quand on vous disait  que c'était compliqué 
Moralité: "Tais toi et vote, ON s'occupe du reste.



 Travaux pratiques  proposés par Johann





"Lundi, les députés ont entériné la Loi sur les Certificats d'Obtention Végétale.
Cette loi va étendre l’obligation de payer une nouvelle taxe, la « Contribution Volontaire Obligatoire » à 21 espèces : orge, avoine, pois, trèfle, luzerne….
Pour les autres espèces (cultures intermédiaires, légumes, soja) elle interdit les semences de ferme. Les paysans qui ne respecteront pas cette loi seront des contrefacteurs, donc des délinquants.
Le premier effet de cette loi est de taxer les éleveurs qui font de l’autoconsommation de leurs céréales ou qui cultivent des plantes fourragères.
L’objectif des semenciers est d’augmenter progressivement la taxe pour que les paysans trouvent moins d’intérêt à faire de la semence de ferme.
D’ici quelques temps, les semenciers auront la mainmise totale sur les semences alors qu’actuellement ils ne fournissent que 50% des volumes. Nous nous trouverons alors dans une totale dépendance qui peut mettre en péril la capacité même à ensemencer tous nos champs.
Voilà ce que viennent de voter les députés sous la pression des lobbies semenciers et du président de la FNSEA.
La Confédération paysanne appelle tous les paysans à refuser le paiement de cette taxe et tous les candidats aux prochaines élections à s'engager à abroger cette loi scandaleuse."
source: Confédération Paysanne 




 Humour potache

 Question d'une auditrice un  récent matin sur France Inter: "Monsieur le Ministre , nous avons appris dernièrement que les étudiants avaient subi du retard ce mois-ci  pour toucher leurs bourses. Est-ce que vous au moins et vos collègues ministres, n'avez pas eu trop  de problème pour toucher votre salaire?



journée mondiale de lutte contre le sida


1er décembre 2011:
journée mondiale de lutte contre le sida
consacrée au thème:
"Objectif : zéro"
Zéro nouvelle infection à VIH. Zéro discrimination. Zéro décès lié au sida. 

plus d'infos: CRIPS














mercredi 30 novembre 2011

harry gadeau et pouet pouet incorporé




vidéo du soir et bon sang de bonsoir
qui nous est proposée par Angela M. de Berline cinq portes
Ah mais non
 scusez
L'on me signale dans mon oreillette en rigadeau que finalement  contrairement aux apparences  ce serait Serge de Montpeul
qui nous ferait partager ses anchois culturels et son goût immodéré pour les culottes courtes en felours bavaroissien
A consommer naturellement avec sa moitié sans mousse

autumn leaves

brève de saison
chuchotée
un matin
couleur d'Ambre


mardi 29 novembre 2011

passage légèrement nuageux en saison propice au lit



"Les nuages nagent comme des enveloppes géantes, comme des lettres, que s'enverraient les saisons."
-Ismaël Kadaré-




L’humain & Le Marionnettiste

"Être humain, par ficelles contrôlées
Tenait en ses chaînes, son enclave 
Maître-marionnettiste par cupidité
Lui tint un peu près ce langage :
« Hé ! Bonjour, Monsieur l’humain
Que vous êtes si lâche ! Que vos rêves son vain !
Sans mentir, si vos mirages
Se rapporte à votre courage,
Vous êtes le pantin de nos désirs et de nos lois.
À ces mots l’humain se retrouve sans voix ;
Et pour montrer sa liberté de choix,
Il ouvre grand les mains, se laisse tomber de tout son poids.
Le marionnettiste le saisit, et dit : « Mon bon pantin,
Apprenez que tout esclave
Vit aux dépens de celui qui contrôle :
Cette leçon vaut bien une vie sous notre trône.
L’humain, abasourdi et résigné
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus."






"lorsque les vents soufflants tiennent les flots, on ne peut les empêcher, toute la terre est à leur merci, toute la mer. Ils abîment même les nuages du ciel et remuent des feux rouges sous leurs coups sauvages."
-Ovide- "Les métamorphoses"






La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme from Hajen on Vimeo.





source:Poètes indignés




"Le schizophrène construit des châteaux dans les nuages, le psychotique y vit, le psychanalyste touche les loyers."
-Jérôme Laurence-




Mégalo d'essai:

Je viens d'un monde qui se raconte des histoires,
en faisant le pied de grue
quand le port salue
les gloires éphémères
menées en bateau
par des conjonctures embouchant l'horizon,
de nuages canoniques, aux principes ôtés
sous la complaisance
d'un pavillon noir
à force d'avoir trop volé dans les plumes de mouettes
engluées
chez  pertes et profits.

Je viens d'un monde
- en devenir-
en chantiers de vous avoir connu
et même
de s'être trop marée
en compromis
avec les comètes
de la souffrance organisée
aux heures de pointe à vélo
sur des rails désuets et glissants
mais...
tellement poétiques sous la lune finale.
Je viens pour des nuages
et le vent de l'avenir
assuré en privé
et  doutes colmatés
chez y'a que ça
et catéchisme obligatoire:
du ça ira
version:
Mieux demain.

Je viens du bastion des illusions
socialistes réchauffées,
mâtinées de toile d'araignée
et clientélisme consciencieusement  organisé.
Seulement,
faudrait pas trop  médire
de peur d'être affecté
en trouble fête,
en double file,
catalogué,
 religion à la masse
et nécessaire
à penser:
Y'a bon, la brute et son Briand

Je viens et je m'en retourne pour voir si je ne serais pas,
par hasard et ponctualité
bien ordonnée,
suivi par une ombre
de moi-même?

lundi 28 novembre 2011

spectacle en société




 création: LE JOURNAL DE PERSONNE- "l'info scénario"

à consommer  d'urgence et sans modération


















chronique d'un futur proche


 source: Toile



Sur la pointe des pieds
pour ne pas déranger
ou alors comme on danse
parquet  rien à cirer.
Doucement
et
tout seul
au
matin, débutant accepté,
de préférence apaisé.
dans l'automne balayé
par des rafales dorées
Ginko samba biloba
Chacun sa feuille de route,
ploc ploc
du compte goutte 
Lundi sans soleil.
Programme de la journée
pour attaquer la semaine
Oui mais de quel côté?
Ben,
en ce qui me concerne
et à l'heure  bien sonnée:
Pardi
Celui de l'oreiller.

dimanche 27 novembre 2011

nous voyageons...



Nous voyageons et certains à jamais pour chercher d’autres vies, d’autres âmes

"Il arriva à la gare maritime. Le ciel était bas et gris, le vent hurlait dans les drisses et les baumes des voiliers claquetaient. Ses pieds gelaient dans ses chaussures inappropriées, des basquets en toile, qui prenaient l’eau à chaque pas, l’enfer.
La pluie se mit à tomber dru et chassa les derniers goélands attardés sur le quai.
Il attendait le ferry de 18 heures quinze et tenta de se réchauffer avec un café amer servi par la rondelette serveuse au bar de la gare, il sortit quelques instants le temps de fumer une clope, histoire de passer le temps.
18 heures, le ferry en provenance de Groehne n’avait toujours pas accosté, il n’accosterait plus, l’homme ne tarda pas à le savoir, un vent force dix déchainait l’océan, des vagues hautes comme des gratte-ciels menaçaient. Aussitôt faite l’annonce d’une voix métallique, plus personne, la gare subitement vidée, atomisée, il se retrouva seul sur le parking, pas un taxi, trop tard pour le bus, et son portable vidé de sa batterie. Il avança, tête vide, la nuit commençait à tomber, voile anthracite, il crut discerner sous l’auvent de l’abri-bus une forme, quelque chose, mais quoi? Impossible à définir, de loin il lui sembla capter un léger mouvement d’une sorte de linge ou quelque rectangle de jute terne défraichi ploie et se défait, un frémissement, était-ce un animal venu se terrer là au fond de la cabine, refuge ultime après une course folle?
“Fais ce que dois advienne que pourra”, il pensa à un bébé abandonné comme on le lit parfois dans la presse à la rubrique fait-divers. Il était une fois une jeune femme nommée Marylou, jambes élancées gants de satin et fume-cigarette nacré, visage à la Van Dongen, yeux cernés noir velours, se retrouve enceinte sans l’avoir désiré et son drôle de copain, le rastaquouère, il se fait appeler, elle, ongles longs ongles acérés, il lui arrive de faire des passes avec des hommes croisés ça et là, bouches carnassières chemises entrouvertes, hôtels en trompe-l’œil sur lits à baldaquin, ce bébé elle n’en veut point.
L’homme revient à lui-même, son imagination l’aurait quelque peu égaré, ralentit, peu pressé d’avancer, de savoir, pas envie et cependant attiré irrésistiblement sentiment confus, syncopé, aimanté par ce qui le fait craindre, comme dans un songe, se dirige vers l’abribus, a-t-il rêvé cette scène? L’a-t-il déjà vécue?
La grosse dame fesses pommelées body à pois à quatre patte offerte puis assise, elle serre le cou de sa poupée, lisse sa robe entrouvertes, il voit tout cela par le trou de la serrure, doit- il rester tenter d’en voir plus, ouvrir la porte, un homme a posé sa montre sa chevalière il sourit, un sourire conquérant de celui qui possède et qui sait, qu’il obtiendra ce qu’il veut, qu’on ne lui résistera pas, il a payé assez cher, la fille se retourne : elle a une tête d’enfant, il a payé mais il n’a jamais imaginé se retrouver avec une petite fille à peine pubère, c’est impossible.
Un tourbillon de feuilles mortes effleure la chaussée, il a froid, bientôt l’hiver. Tu passes ta vie à attendre et tu n’apprécieras jamais la tempête. Il revient à lui même, court maintenant jusqu’à l’abri-bus, s’approche de la masse inerte, soulève la toile. Un enfant grandes dents blanches, sourire de chat-huant le regarde dans l’obscurité, masque et miroir. Il est atterré, son esprit chavire, envie de courir, d’échapper, mais ses pieds sont de plomb, cloués au sol, figés. Il se sent aspiré comme si le sol sous lui se dérobait
Une enfant seule, la nuit dans cet espace temps indicible, ténèbres-paradis, l’enfant au bélouga, le petit requin blanc. L’enfant est partie avec sa grand-mère chercher de l’eau au puits, il faut marcher loin du village sur des sentiers sinueux, traverser la forêt, peu sûre en ces temps de guerre, elle serre la main de sa grand-mère, la chaleur de sa petite main dans la paume sèche et ridée de l’aïeule, elles marchent pas à pas, leurs pieds heurtent parfois des cailloux sur le sentier incertain, la terre est sèche, des hommes à un détour, menaçants armés de fusils flamboyants, des hommes excités sont-ils drogués ou exténués, ils poussent des cris d’animaux, (sont-ils encore des hommes), encerclent la petite fille et sa grand-mère, feulent ricanent, une écume noire coule de leurs bouches frémissantes puis c’est la nuit. La violence a tué le soleil et le jour. Marylou aux gants de soie et le joyeux fêtard battent la cadence. Tambours tamtam de la brousse orchestrent la bacchanale, une météorite transperce les corps déjà meurtris, âmes échappées, enfance volée, carnage. Humiliation. La vie a basculé comme un tas de bois. Elle s’appelle Manenda.
L’homme esquisse un geste de la main pour repousser l’horreur? il avance maintenant, les nuages sont noirs, la nuit est là, il se réfugie sous l’abri-bus voit le petit tas, tend la main, soulève un coin de la toile de jute filet sali entaché de ses cauchemars. La pluie tombe claque les parois de la nuit silence. Pleine nuit obscure. Ni lune ni étoiles. Energie océane en vertige funambule

Un chant s’élève de l’océan, c’est le bélouga blanc face hilare ailerons déployés, il invite l’enfant, manège joyeux, barbe à papa rosacée pomme d’amour pour une ballade cétacée. La mer s’entrouvre flux et reflux, il pleut sur l’océan cette nuit là au large de Groehne, l’homme relève le col de son manteau et s’en retourne vers la ville fantôme. "
Chantal S.


Ce texte a  été sculpté  sous la direction de Frankie Pain  dans le cadre de son atelier d'écriture de l'Hajat

"Il est des portes sur la mer que l'on ouvre avec des mots "
-Rafael Alberti-







samedi 26 novembre 2011

argent content

 source: Toile



"L'économie c'est la science du sordide, non de la pureté."
-Alfred Sauvy-

J'ai lu ça:

"Vous qui n’êtes pas blogueurs, vous ne savez pas ce que vous ratez ! Non seulement vous ne passez pas des heures à écrire, vous ne vous faites pas engueuler par votre femme, vous n’avez pas à cacher vos activités coupables à votre patron, et on ne se demande pas si vous êtes mort dès que vous n’avez rien écrit depuis 3 jours…
Mais tout cela n’est rien. Le pire, c’est que vous Jean-Michel Fourgous, député UMP des Yvelines, ne vous écrit pas.
Et ça, franchement, je ne sais pas comment je faisais avant.
Fourgous, c’est le gars qui pense que Hollande est un dangereux marxiste , et qui ne rate pas une occasion de léchouiller les orteils de son mètre à penser.
Mais aujourd’hui, Jean-Michel Fourgous va plus loin : il va nous permettre d’échapper à la crise. Comment ? En faisant savoir aux banksters que la “dette” est principalement constituée d’intérêts indus, et donc nulle et non avenue ?
Non, restons sérieux. Fourgous est un homme respectable. Il est de l’UMP, que diable. C’est pas lui qui s’abaisserait à contraindre un bankster… Il préfèrera 1000 fois faire payer le peuple.
Non, Fourgous pense, sans rire, que la crise peut se résoudre en… apprenant l’économie !
Voici ce que j’ai reçu :
Le groupe d’étude parlementaire « Génération Entreprise », co-présidé par les députés Jean-Michel FOURGOUS (Yvelines) et Olivier DASSAULT (Oise), organise un colloque sur la culture économique des Français le :
[Je vous passe date et heure, d’ailleurs c’est passé, et on n’est pas là pour faire de la pub, non plus…]
Pour résoudre une grave crise comme celle qui secoue, en ce moment, l’Europe entière, il est tout d’abord nécessaire de bien comprendre l’économie. Les Députés issus de l’entreprise veulent attirer l’attention sur le manque de culture économique des Français qui handicape la reprise de la croissance et la compétitivité de notre pays. Le Prix Nobel d’économie Edmund PHELPS a d’ailleurs évalué que « la France perd un point de croissance à cause de son déficit de culture économique ».
A travers ces débats, les Députés de « Génération Entreprise » souhaitent souligner l’importance de l’adhésion à l’économie de marché, et la nécessité d’avoir un esprit d’entreprise et une culture de l’innovation dans le contexte actuel de guerre économique mondiale.
Parmi les intervenants, seront notamment présents Laurence Parisot, présidente du MEDEF ; Emmanuel Chain, créateur de l’émission « Capital » ; Christian Saint-Etienne (économiste), Geoffroy Roux de Bézieux (chef d’entreprise), deux think tanks (TERRA NOVA, l’IFRAP), deux journalistes (Le Monde, Le Figaro).
Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion publique de l’IFOP présentera les résultats d’un sondage sur « Les Français et la compréhension de l’économie ».
Deux tables rondes articuleront ensuite les débats : la première dressera l’état des lieux de la culture économique des Français ; et la seconde tentera de dégager des solutions concrètes pour réconcilier nos compatriotes avec l’économie.

Si vous ne vous êtes pas bidonnés au moins 37 fois à la lecture de la liste des participants, tous -mais ce doit être un hasard- ultralibéraux bêlants, il ne vous reste effectivement qu’à aller voter Sarkozy et à croire qu’il va “solutionner la crise”… Vous avez aussi le droit de vous demander ce que “Terra Nova”, le “think tank” du P”S” vient faire dans cette galère…
Ainsi donc, la crise, c’est notre faute. Enfin, la vôtre, tas d’incultes qui ne comprenez rien à l’économie capitaliste et ultralibérale.
Vous pouvez cependant être à moitié rassurés en constatant que pas un des intervenants n’avait prévu la crise des subprimes, ni celle de la dette publique. Pas un. Même les agences de notation, qui orchestrent l’asservissement des peuples, n’avaient rien vu venir… Quant aux “téléconomistes”, tous les prétentieux qui causent dans le poste pour expliquer nos malheurs et nous persuader qu’il faut encore faire des sacrifices, ils se contentent de répéter les sornettes libérales de base, sans même pouvoir prédire ce qui se passera demain ou dans une semaine. Dans 10 ans, n’en parlons pas.
Olivier Dassault nous donnerait des leçons d’économie ? Non, tout au plus pourrait-il nous expliquer comment échapper à la crise en naissant milliardaire…
Cette démarche pue. Elle fait partie d’un ensemble d’arguments pourris, qui tendent à faire croire que nous serions responsables de la crise. Parce que nous vivrions “au dessus de nos moyens”, et qu’il faut donc abandonner retraites, sécu, droit du travail… Et que nous sommes donc incultes, ne connaissant pas l’économie.
Pourtant, je fais des efforts, et je vais dans le sens de Messieurs Fourgous et Dassault : je me cultive et j’apprends l’économie. Oh, pas les sornettes de lycée, ni même ce qu’est une action, une obligation, tout ça je le sais depuis longtemps.
J’ai donc appris :
- Ce qu’est un CDO, un CDS (il serait intéressant de savoir combien des intervenants sus-cités seraient capables d’expliquer le concept)
- La bêtise, la prétention et le panurgisme des banksters de Wall Street (ça c’est grâce aux livres de Michael Lewis)
- Que notre dette est de 1700 milliards d’euros, soit plus de 100 000 euros par famille de 4, et donc inremboursable.
- Que cette dette monte de plus en plus, avec les taux d’intérêts fixés par les banksters eux-mêmes
- Que c’est la même chose dans la plupart des pays occidentaux.
- Que cette dette est principalement constituée des intérêts indus payés à des banksters.

Et surtout….
- Que ce sont des politiciens donneurs de leçons qui ont abandonné leurs pouvoirs aux banksters et aux eurocrates qui sont responsables de cette situation, et prétendent néanmoins, pompiers pyromanes, nous en sortir…"
-"Le comique de service, sortir de la crise en apprenant l'économie." article publié le 23 novembre sur le blog de SuperNo -"jamais content jamais d'accord mais toujours prêt à le dire-


 source: Toile

"L'économie qui est la science sociale mathématiquement la plus avancée, est la science socialement la plus arriérée, car elle s'est abstraite des conditions sociales, historiques, politiques, psychologiques,  écologiques inséparables des activités économiques."
- Edgar Morin-