dimanche 24 juillet 2011

sous toutes les coutures




découvert du côté de:  "Mémoire du silence "


proposé par Serge

collagène


Un dimanche à se mettre à la colle naturelle
et ptêt même
pour éviter le scorbut.
Vas y Eugène
c'est du plaisir


Hep vous là-bas
vous avez vos papiers?
Mais voui!
j'en ai plein Brigadier
Voyez!
par vous m'aime
N'y-a qu'à demander



Au fing fong du grenier
j'ai retrouve
tout froissé
quelques collages araignées
inspirés... expirez!
 d'avant l'internété
et ptêt même la télé.

Non là
- point-virgule-
franchement
à vue de nez
faut pas exagérer


Les dimanches
quand il pleut 
sapristi
par-ici
sont bien faits pour les souvenirs.

-Et vous devez en avoir beaucoup? 




Joker et boule de gomme.
mystère et tarte aux pommes.
Mais,
confidence sur le palier:
Le tube de l'été, 
ben,
c'était un tube de colle.








les cahouètes pour accompagner

samedi 23 juillet 2011

l'instant norvégien...

 source: toile de nuit


brocéliande trip et fées



.../...La vie est une avoine et le vent la traverse
sans y trouver jamais un accord résolu

L'homme change mais pas la flamme et pas le jeu



et le monde est pareil à l'ancienne forêt
Cette tapisserie à verdures banales
où dorment la licorne et le chardonneret.



Vous n'y trouverez pas les mystères français
La fée a fuit sans doute au fond de la fontaine
et la fleur se fana qui chut de son corset

les rêves de chez nous sont mis en quarantaine


Mais le bel autrefois habite le présent
le chèvrefeuille nait au coeur des sépultures
et l'herbe se souvient au soir des vers luisants.



.../...Car un jour viendra bien qui pourrait être proche
où la pluie et le beau temps seront aux mains capricieuses du premier venu
Homme homme précisément par ce pouvoir sur le ciel
alors il ne fera plus bon pour la sécheresse ni pour la poussière.



../...Chère pluie à mon visage aussi douce qu'à ma terre
et ne te gène pas si je suis sur ton chemin. Tu peux me percer
Pluie adorable, pluie aussi tendre que l'amour
que tout un peuple espère les yeux tournés vers le ciel.



../...Ah combien de Merlins sous ces pierres tombales
et tous les arbres sont des arbres enchantés



Grande nuit en plein jour cymbales des symboles
se déchire la fleur pour que naisse le fruit
le ciel éclatera d'un bruit de carambole

et l'homme sortira de l'écorce à ce bruit."



extraits de: Brocéliande-poème de Louis Aragon




jeudi 21 juillet 2011

jeudi, on repasse à table




 .../..."Ce type qui mange à la table ronde, près de la porte, je le reconnais maintenant: il descend souvent à l'hôtel  Printania, c'est un voyageur de commerce. De temps à autre il pose sur moi un regard attentif et souriant; mais il ne me voit pas;  il est trop absorbé à épier ce qu'il mange. De l'autre côté de la caisse, deux hommes rouges et trapus dégustent des moules en buvant du vin blanc. Le plus petit, qui a une mince moustache jaune, raconte une histoire dont il s'amuse lui-même. Il prend des temps et rit, en montrant des dents éblouissantes. L'autre ne rit pas; ses yeux sont durs. Mais il fait souvent "oui" avec la tête. Près de la fenêtre un homme maigre et brun, aux traits distingués, avec de beaux cheveux blancs rejetés en arrière, lit pensivement son journal. Sur la banquette à côté de lui, il a posé une serviette de cuir. Il boit de l'eau de Vichy. Dans un moment, tous ces gens vont sortir, alourdis par la nourriture, caressés par la brise, le pardessus grand ouvert, la tête un peu chaude, un peu bruissante, ils marcheront le long de la balustrade en regardant les enfants sur la plage et le bateaux sur la mer; ils iront à leur travail. Moi, je n'irai nulle part, je n'ai pas de travail.
L'autodidacte rit avec innocence et le soleil se joue dans ses rares cheveux:
"Voulez-vous choisir votre menu?"
Il me tend la carte: J"ai droit à un hors d'oeuvre au choix: cinq rondelles de saucisson ou des radis ou des crevettes grises ou un ravier de céleri rémoulade. Les escargots de Bourgogne sont supplémentés.
"Vous me donnerez un saucisson",  dis-je à la bonne.
Il m'arrache la carte des mains:
"N'y a-t-il rien de meilleur? Voilà des escargots de Bourgogne.
-C'est que je n'aime pas beaucoup les escargots.
-Ah, alors les huitres?
-C'est quatre francs de plus, dit la bonne.
-Et bien des huitres mademoiselle- et des radis pour moi."
Il m'explique en rougissant:
"J'aime beaucoup les radis."
Moi aussi.
"Et ensuite?" demande t-il.
Je parcours la liste des viandes. Le boeuf en daube me tenterait. Mais je sais d'avance que j'aurai du poulet chasseur c'est la seule viande supplémentée.
"Vous donnerez, dit-il, un boeuf chasseur à monsieur. Pour moi, un boeuf en daube mademoiselle."
Il retourne la carte, la liste des vins est au verso:
"Nous allons prendre du vin, dit-il d'un air un peu solennel.
-Et bien, dit la bonne, on se dérange! Vous n'en buvez jamais.
-Mais je peux très bien supporter un verre de vin à l'occasion. Mademoiselle, voulez-vous nous donner une carafe de rosé d'Anjou?"
L'autodidacte pose la carte, rompt son pain en petits morceaux et frotte son couvert avec sa serviette. Il jette un coup d'oeil sur l'homme aux cheveux blanc qui lit son journal, puis il me sourit:
" A l'ordinaire je viens ici avec un livre, quoiqu'un médecin me l'a déconseillé: on mange trop vite, on ne mâche pas. Mais j'ai un estomac d'autruche, je peux avaler n'importe quoi. Pendant l'hiver de 1917, quand j'étais prisonnier, la nourriture était si mauvaise que tout le monde est tombé malade. Naturellement, je me suis fait porté malade comme les autres: mais je n'avais rien."
Il a été prisonnier de guerre...C'est la première fois qu'il m'en parle; je n'en reviens pas: je ne puis me l'imaginer autrement qu'autodidacte. ../..."






extrait de: "La nausée"-Jean-Paul Sartre-




mercredi 20 juillet 2011

redonne moi le LA



photo: Isabelle




photo: Isabelle


mercredi mots qu'on sent



"Merde: Ce mot est une friandise. Seuls les crétins de haut vol ne l'utilisent jamais. Un mot qui se crie, qui se hurle, qui se susurre, se murmure, se savoure. C'est le mot qui console, dont on a besoin."
-Pierre Perret-



"Ecrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au coeur des mots."
-Sylvie Germain-



"Les mots ne tiennent pas sur cette mélodie,
Je les mets sur des notes, le matin, mais la nuit
Ils tombent et je découvre, épars sur le tapis,
De pauvres lettres mortes et mes idées enfuies.
Pourtant j'ai essayé même le mot "amour"
Dieu sait s'il s'accroche à une simple croche.
Il n'a tenu que quelques heures, à peine un petit jour.
Je l'ai remis dans ma poche, il servira toujours.
Les mots ne tiennent pas sur cette mélodie,
Est-elle si facile que sur elle ils s'ennuient?
Ils aiment ce qui balance, ils aiment qu'on les crie,
Ils ont de drôles de goûts, tous les mots d'aujourd'hui.
Alors j'ai essayé de parler de la paix.
Dieu sait s'il faut des rondes pour arrondir le monde!
A peine avais-je écrit ce mot sur la portée,
Que le mot est tombé, que la paix s'est brisée.
Moi, si j'étais un mot, je m'étendrais près d'elle,
Je lui ferais l'amour, je la trouverais belle.
De silences en soupirs, on passerait la nuit.
Ah! Si j'étais un mot sur cette mélodie.
Cet air ne retient rien. Parlons de liberté,
Elle qui ne supporte aucune fausse note.
Déjà j'étais certain de tenir mon sujet
Quand, au lieu de tomber, le mot s'est envolé.
Les mots ne tiennent pas sur cette mélodie,
Je les mets sur des notes, le matin mais la nuit
Ils tombent et je découvre, épars sur le tapis,
De pauvres lettres mortes et mes idées enfuies."
-Georges Chelon-

votre argent s'intéresse




proposé par Serge:

Désobéir à l'argent

"Avant de désobéir à l’argent, il faut dépenser 5 euros ; mais avouez que ce n’est pas grand-chose pour un livre. Ce livre s’ouvre sur une citation de Maurice Allais, prix Nobel d’économie, qui dit à peu près ceci : il n’y pas de différence entre la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire et les faux-monnayeurs. Le ton est donné.

Les auteurs sont désobéissants, et ne mettent pas leur nom propre en avant. Les désobéissants sont un collectif activiste qui forme à la désobéissance civile. Vous trouverez d’ailleurs, dans cette même édition du passager clandestin, le fameux livre de Thoreau sur La désobéissance civile. Désobéir est une collection qui comporte désormais une dizaine de titres : désobéir pour le logement, désobéir à la pub, désobéir dans l’entreprise, etc. Ici donc, il s’agit de désobéir à l’argent. Il faut d’abord louer la volonté pédagogique de la collection ; c’est une pédagogie mise au service d’un combat, d’un agir.

D’abord, les auteurs rappellent des chiffres qu’on aime à oublier : sur les inégalités mondiales de plus en plus criantes, sur les conséquences dramatiques des crises financières, sur le gouffre entre les marchés financiers et la production effective de biens et services ; etc. Tout cela est bien connu, mais de ce genre de connaissance qui n’engage à rien. Or, le propos est d’engager. Le premier sens du mot « crédit » est celui de confiance, aujourd’hui, il est devenu synonyme de défiance, de discrédit, de désengagement. Aujourd’hui où les derniers espaces de gratuité sont désormais soumis au marché, y compris l’école, aujourd’hui où tout à un prix, y compris les organes humains, il s’agit pour les auteurs de montrer que tout n’est pas perdu.  « Nouveau mode de calcul de la richesse, renationalisation de la création monétaire, taxation des mouvements de capitaux, captation des intérêts issus de la création monétaire par le Trésor public pour financer les investissements collectifs et la protection sociale, définition d’un revenu maximal ; monnaies solidaires, troc, abolition de la monnaie, les chemins du changement sont multiples et méritent d’être discutés voire débattus » p. 14.

Les auteurs retracent une petite histoire de la désobéissance à l’argent : on y retrouve par exemple Lucio Urtubia Jiménez, militant anarchiste espagnol qui fabriqua de la fausse monnaie avec des objectifs de résistance ou bien Pëter Tabubinger, banquier allemand et Robin des bois moderne, qui volait aux riches pour donner aux pauvres. On y retrouve les expériences historiques de monnaies alternatives ou de remplacement, comme ces expérimentations allemandes, autrichiennes ou françaises autour  de la « monnaie fondante ». On y retrouve des approches bancaires et financières différentes, tel ce projet, mené entre autres par Pierre Leroux et Pierre-Joseph Proudhon, pour mettre en place une « Banque du peuple ». Il  est question aussi des communautés de vie et de travail qui s’affranchissent de l’argent, ce qui nous mène de Robert Owen, au kibboutz, aux communautés Emmaüs. Il est question enfin de l’approche « distributive » . L’économie distributive se résument en trois points : « 1) Chiffrer monétairement l’ensemble des biens et services produits pendant une certaine période ; 2) Emettre la monnaie correspondante ; 3) La distribuer aux usagers. Cette monnaie est émise sans intérêt. Elle s’annule au moment de la transaction. On ne peut l’accumuler. Il lui manque donc un des trois caractères reconnus aux monnaies. Elle est, soulignons-le, anticapitaliste par construction » (p. 32).

Comment donc résister à la monnaie ? En se mettant au SEL (Système d’Echange Local) ? En désobéissant aux droits sur les œuvres et en soutenant les creative commons ? En organisant des clubs de troc comme en Amérique latine ? En soutenant le projet de monnaie solidaire SOL, porté par Patrick Viveret, qui s’inspire notamment des expériences de monnaies locales d’Amérique latine ? Le principal mérite de ce livre est ainsi de nous indiquer qu’il existe des solutions alternatives dont on ne parle pas tant que ça. Connaissez-vous, en effet, Marinaleda, ville de 2700 habitants et commune autogestionaire d’Espagne, qui ne fut pas touché par la crise ? Connaissez-vous la Fédération européenne des banques éthiques alternatives (Febea) ? Mais, indiquer n’est pas analyser, et le livre a peut-être le défaut de masquer les difficultés, ne serait-ce que parce qu’il ne distingue pas assez monnaie et argent, ou parce qu’il pense le local en dépit du global. Une chose demeure certaine : désobéir à l’argent demande de comprendre ce qu’est l’argent et de critiquer notre propre rapport à l’argent, cela demande donc un effort d’intelligence et d’inventivité, qui pour, cette raison même, est louable." - Philippe Petit -source: Marianne 2



-le manifeste des désobéissants-





source: les désobéissants

parenthèse

 source: toile (de lit)



Des lits pour tous les âges,
tous les étages
et de plein pieds 
aussi
allongés.

Quatre heures raisonnables , lâcher du lest
à quelques exceptions prêtes
extrême onction
chambre hôpital 
bas-flanc commissariat
cartons dans le vent
camping à la sauvette
banc public qui s'émancipe...
et  puis
tous les assis-debout dans la pénombre
qui attendent, qui surveillent, qui bordent les plis
des vagues de la nuit.

 Délits
sous-entendu
regards en couverture qui s'étiolent
poésie d'allumettes
sentant le souffre.
rides qui se creusent sous une lampe tempête
fatigue apprivoisée à force
de caféine, doctrine, vitamines...

Des lits à faire rêver
faute d'y laisser les siens
ou alors  plus tard
encore chaud d'un viager
ou très froid de solitude consommée.

My fair Delly à l'eau de rose.
aventure côté cour,
festival off pour la vie
sortie des artistes
face cachée d'un monde au moteur qui ronfle
en sourdine
pour ne pas réveiller
encore
les illusions d'un prochain jour.


mardi 19 juillet 2011

il paraît




il paraît que pendant les vacances (pour ceux qui y et en sont, bien entendu) l'on profite de la langueur climatique et du: rien faire c'est déjà quelque chose pour, par exemple, en attendant la  prochaine marée (pour ceux qui y et en ont bien évidemment) se laisser emporter par les aventures d'un roman waterproff nonchalamment étendu- cinq minutes de cuisson et puis l'on retourne- (n'oubliez pas le sel de bain) sur une serviette aussi spongieuse que chatoyante. 
Cette année, les pieux du ciel en ayant semble-t'il à l'heure où je cause décidé autrement, nous re-situerons donc l'action (en tout bien tout honneur) sous la tente , chez mobile-home sweet home ou dans le béton les bruyères avec vue sur la plage.
En tout cas et dans tout l'inca, le mot d'ordre, camarades congés payés devant être pour un taon programmé oublier que pendant que l'on se  joue relâche, de  laborieuses carpettes aux ordres et aux  dents longues nous préparent les ni vues ni connues augmentations de saison et autres cochoncetés que l'on découvrira comme pêche à la ligne de la kermesse  paroissiale à  la rentrée  des cartables avec des "Ah ben merde alors, les enf.".

MEHHH!!
hum pardon
je reprends:
Mais, ici même, la vigilance étant de mise (Tu parles, Robert,  à la mi out tu feras bien  tes valises non? -le comité des tiques)  point  de lecture lenny fiente mais plutôt sur les conseils à viser de Philippe, la publication d'un texte intitulé " De la sidération à la révolte " (palpitant non? le maitre nageur) et qui revient sur une affaire plutôt récente mais vite oubliée pour passer à autre chose parce que, ça "nous"  arrange , la centrale nippone  qui a fait  pschit , et qui continue à parodier atmosphère est-ce que j'ai une  gueule d'atmosphère dans la plus grande indifférence parce qu'on a pas que ça à faire non plus , merde alors; tiens Kevin vas donc nous acheter des glaces au lieu de baver sur la grande teutonne, tu crois que j't'ai pas vu, ptêt?

De la sidération à la révolte



"Vu et revu à la télévision, ce flot boueux qui emporte maisons, automobiles, bateaux et, on l’imagine, des milliers de corps devenus invisibles. À cet instant, nous comprenons à quel point nous entretenons avec la fatalité une relation difficile. Ce n’est pas tant que nous ne sachions que faire – le moment de la solidarité nous redonnera bientôt une place active, presque un « statut » devant l’indicible –, c’est surtout que nous mesurons notre impuissance face à la nature. Alors qu’une culture d’apprenti sorcier nous enseigne l’illusion de la toute-puissance. La fatalité, les Japonais semblent mieux que nous l’admettre. Est-ce le shintoïsme ou le bouddhisme, comme le suggère dans un bel article Philippe Pons, dans le Monde, ou bien est-ce le côtoiement d’une nature violente – à moins que, précisément, ces philosophies puisent leur origine dans une longue pratique des éléments hostiles –, toujours est-il qu’ils nous paraissent étonnamment calmes dans cette épreuve venue du fond de l’océan et que l’on ne peut imputer à personne. Mais si le fatalisme japonais nous semble admirable devant le séisme, il est une autre catastrophe qui devrait plutôt appeler leur colère. Il s’agit évidemment de la menace de fusion d’un ou plusieurs réacteurs nucléaires qui pèse, à l’heure où nous écrivons ces lignes, sur la centrale de Fukushima Daïchi. Face à elle, nous devons rompre avec notre état de sidération. Car il n’y a pas meilleur ou pire symbole que cette industrie atomique pour méditer notre rapport à la nature et sur ce sentiment de toute-puissance qui a envahi l’humanité depuis plus d’un siècle.
Que le débat soit relancé à partir d’un événement survenu au Japon, le pays qui a payé en 1945 le pire tribut à l’atome, ajoute évidemment à la force du symbole. Mais la France occupe aussi dans l’histoire du nucléaire une place particulière. Nulle part autant que chez nous les sources d’énergie n’ont à ce point été concentrées. L’atome produit aujourd’hui 80% de notre électricité, contre 35% au Japon. Ce qui rend le débat passionnel, et pour ainsi dire impossible. En France, le nucléaire ne s’est pas imposé comme une nécessité, mais comme une idéologie. Et, disons-le, comme un soubresaut de notre empire. Le nucléaire est d’emblée devenu, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, comme un motif de fierté en compensation de notre empire en voie de démantèlement. Comme l’avait fort bien démontré l’historienne américaine Gabrielle Hecht dans un ouvrage remarquable  [1], le nucléaire est rapidement devenu, dans l’esprit des dirigeants français de l’après-guerre, De Gaulle le premier, un « empire déterritorialisé » en remplacement du fameux empire « de Dunkerque à Tamanrasset », cher au Général. Un empire technologique qui assurerait le « rayonnement de la France » partout dans le monde.
Le nucléaire a été pensé par nos politiques comme un nouvel instrument de domination coloniale. Quelque chose qui mêlerait au plus haut niveau d’ambition des objectifs scientifiques, économiques et géostratégiques. Le projet nucléaire s’est immédiatement confondu avec l’identité de la France. On sait combien ces sujets sont délicats. Le corollaire de cet acte de naissance on ne peut plus lourd, c’est l’absence totale de démocratie au moment des principales prises de décision qui, pourtant, allaient engager notre société pour des décennies. Une opacité qui n’a été possible que parce que les forces politiques de la France des Trente Glorieuses (1945-1975) en ont fait un objet de consensus. Il a fallu l’émergence de l’écologie politique, et le début d’une critique radicale des notions de progrès et de productivisme, pour que le nucléaire devienne au moins objet de débat. Un débat balbutié dans la société civile, mais toujours interdit dans la classe politique. Malgré les risques que l’accident de Fukushima Daïchi met en évidence, malgré les multiples inconnues qui entourent la question du traitement des déchets radioactifs, l’heure est au « toujours plus ».
Toujours plus puissant et concentrant toujours plus de risques, comme cet EPR, la centrale « de la troisième génération », déjà en construction à Flamanville, en projet près de Dieppe, et en vente partout dans le monde où passe le VRP Sarkozy. Sans parler d’Iter, prévu pour 2020, en dépit de l’accumulation prévisible de déchets et du maniement à haut risque du tritium. Comme si l’industrie la plus dangereuse que l’homme ait jamais conçue était une fois pour toutes exemptée du principe de précaution. Reste évidemment à répondre à l’argument massue du lobby nucléaire : par quoi remplacer une industrie qui produit 80 % de notre électricité ? On pourrait objecter que nos voisins allemands, qui ne fabriquent que 23 % de leur électricité à partir du nucléaire ne s’éclairent pas pour autant à la bougie. Et qu’ils n’ont pas non plus adhéré à une philosophie de la décroissance ou de la « sobriété », qui contient pourtant une partie de la solution. À l’heure où l’angoisse grandit à Tokyo, nous en sommes à nous interroger sur la maturité de notre démocratie, qui a besoin d’une catastrophe pour ouvrir un débat qui engage à tous points de vue, scientifique, politique, économique, culturel, l’avenir de la société française et de ces pays lointains et incertains auxquels nous vendons notre marchandise."
Denis Sieffert 

source: Politis


Allez, respirez, (avec le masque hi!hi!hi!). Pour finir sur une note plus légère  et préparer le bal du soir (ça se danse pas ça se masse) 
un  Eddy  pas de Nantes mais  plutôt de derrière les  vieilles charrues: