mercredi 21 juillet 2010

A LA MANIERE D'EUX... "STAND BY ME"

 -Salvador Dali-




Reste près de moi...
l'aventure et son quotidien en général
le doute pour ne jamais croire vraiment, ni tout à fait.
le vent porteur de sentiments aussi contradictoires que légers
le rêve à tout instant inattendu
l'enfance sous ses cheveux blancs
l'étonnement dans le miroir du temps
la  tendre révolte
le droit à l'erreur
l'envie d'être libre même si cela n'est qu'une douce illusion
la phrase inachevée et toujours recommencée...



Reste près de moi...
la colère et l'humour partageurs
l'excès et...
ras des pâquerettes
la musique que le corps exulte
des idées qui se prêtent à rire
des émotions en pagaille à emporter ou consommer sur place
-matins fragiles et  nuits magiciennes à la santé de l'autre rive...



Reste près de moi le temps d'y être
ici, maintenant, locataire en planète
artisan bricoleur de rimes
amateur en goguette, chanteur d'opérette
comédien qui s'assume, comme il peut, comme une plume,
crooner en fin de banquet
tangoteur  en  parquet flottant sur  marée basse
et  largueur des amarres au bout du quai des songes...
d'une nuit d'été...

ASTROPOLIS 2010



"il est interdit d'interdire la fête"

OUVRONSLES FENETRES et aérons au long cours

 photo sur Toile


"Nous avons invité ma belle-mère à venir célébrer la naissance de notre fille. Pour cela,  ma belle-mère a dû constituer un beau dossier. Pour cela, ma belle-mère a dû montrer patte blanche et trouver des garants. Pour cela, ma belle-mère a dû passer un entretien de motivation. Pour cela ma belle-mère a dû s'affranchir des timbres et taxes en vigueur.
Avec tout ça, ma belle-mère n'a pas eu son visa. Plus grave, le refus n'est pas motivé. Peut-être que, à 70 ans, elle menace la sécurité su pays. Je devrais être heureux que la France protège ses gendres des méchantes belles-mères...mais j'ai honte."
-Sébastien-courrier des lecteurs -Télérama-n°3158

Parce que, les Cons majuscules , les nuls ridicules , les inutiles patentés, les enfoirés en foire , les vulgaires assermentés... existent, et que chacun à un moment ou un autre dans sa quête d'existence risque d'y déraper ou est confronté à ça...
Désolé je ne sais pas comment dire autrement...que: ça!
ça,  comme pauvre tâche- 
intellectuellement sous-développé, petit pouvoir ridicule qui hausse son ergot laborieusement et  jamais sorti d'une difficile digestion administrative.
"c'est pas moi j'ai des ordres" -remember-  Ce qui permet de ne pas trop réfléchir en relisant son bulletin de paye. 

Ils sont quelques uns ainsi... que nous avons hélas un jour ou l'autre rencontré. De ceux qui pervertissent et caricaturent à l'extrême le service public. Des minables, transformables en paillassons, serpillères..de  l'abus de pouvoir- interchangeables aux vents de l'Histoire, plus à plaindre qu'autre chose et sans doute bons pour une psychanalyse gratuite et subventionnée au même titre que les chèques vacances...
Ils nous pourrissent parfois et régulièrement la vie, faute de n'avoir jamais réussi à faire quelque chose de la leur.
Ils manquent d'affection c'est sur... et se vengent avec leurs  pitoyables petits moyens. Il ne faut pas pour autant les excuser, la méchanceté même aux ordres n'est jamais acceptable. A chaque instant  -de la vie- où l'on nous dira "c'est pas de ma faute", "c'est le règlement" c'est pas moi qui fait les lois" etc etc...Regardons bien en face ces machines à tamponner et derrière le robot bien huilé, cherchons un regard d'Humanité en souffrance.
Désolé pour vous, Madame, Monsieur, c'est parce que je vous respecte et vous considère très  proche que je vous demande des comptes à  vivre Debout et  intégralement responsable. S'il vous plait ne vous cachez plus derrière vos pitoyables  flatulences,  soyez fiers d'être vous-même ,  dans le doute et si délicatement fragiles ...
et, ...
je vous en prie! 
Révoltez-vous
pour notre sauve qui mieux

DOGDOOTH DANCE

AÏE UN POETE -l'addition s'il vous plait-



".../...Allons bon, qu'est-ce qu'il y a encore? Ah oui, c'est vrai. Pour marcher tranquille sur les terres du poème, il reste deux épines à retirer du pied. Donc: comment lire et comment comprendre?
Sachez que la lecture d'un poème ne ressemble à aucune autre. C'est plus fort que nous! Nous avons la méchante habitude de lire un poème comme un récit ou un article de journal. On commence en haut à gauche et on finit en bas à droite, on suit le fil logique des faits et des idées et à la fin, on sait qu'on a réussi sa lecture parce qu'on se sait  capable d'énoncer ces faites et ces idées. Reçu cinq sur cinq, on met dans la besace et on passe à autre chose. Pour les textes que nous lisons tous les jours, ça marche parfaitement et même pour les plus compliqués, quitte à relire deux ou trois fois. Oui mais pas pour la poésie; ça serait comme de vouloir nager avec un parapluie et des bottes. Le parapluie et les bottes ce n'est pas idiot mais ce n'est pas étudié pour.

Lire un poème ce n'est pas chercher les deux ou trois sens que l'auteur a voulu y mettre, mais ceux-ci et les autres. Ce que le poète a dit sans vouloir le dire, ce que vous voulez dire, ce qui veut se dire en vous, malgré vous; ça fait beaucoup mais c'est cela traverser un poème: faire se lever une nuée d'oiseaux à chaque pas comme quand on traverse la place Saint-Marc à Venise. Il ne s'agit pas de faire apparaître le bon sens mais tous les sens qui dorment sous les mots. C'est pourquoi le bon poème, le poème pour vous, c'est celui dont la lecture ne semble jamais finie; ça veut dire tellement!

Donc lire le poème ce n'est pas aller d'un point à un autre, c'est vagabonder, deux pas en avant, trois pas en arrière, deux pas sur le côté, c'est tenter tous les chemins, même ceux qui vont en sens contraire, c'est revenir sur ses pas, même, surtout, quand on croit avoir compris, c'est demeurer une éternité dans un mot, une image, un vers, si ça vous chante, c'est "rêver autour" comme disait Aragon, ce roi des poètes, c'est l'oublier et le revoir longtemps après avec un nouveau visage, c'est le dire à voix basse, à voix haute, pour soi ou pour les autres, c'est en recopier des bouts. Le réécrire de sa main, le réinventer dans son souvenir. Lire le poème c'est l'habiter. En un mot: c'est une affaire de temps. Le poème est comme l'être humain, secret et profond: il faut du temps, beaucoup de temps pour le connaître et bien l'aimer. Et c'est cela qui le différencie de la chanson, sa proche cousine. Il faut courir après elle, elle passe vite, vous le savez. Le poème, parce qu'il est écrit, vous laisse le temps pour chaque mot, le temps de lire dans les marges. D'ailleurs, je vais vous dire: bien lire le poème, c'est savoir lire le blanc autour du poème, l'invisible dont il n'est que le seuil.


Finalement, un bon lecteur de poèmes est un mauvais lecteur: il lit lentement et ne cherche surtout pas à tout comprendre tout de suite, il accepte avec plaisir de ne pas tout comprendre.
Voilà, c'est le moment, parlons de ça: comment comprendre?
La grande vérité, ici, c'est que comprendre un poème n'est pas l'analyser, armé de dictionnaires et de grammaire, comme ferait un savant à lunettes dans son laboratoire. Comprendre c'est aimer. Et comment aime- t'on quelqu'un? Non pas en le disant, le doigt au menton: cette personne mesure tant, pèse tant, elle a les yeux de telle couleur, donc je l'aime! Pardi, on aime quelqu'un sans trop savoir pourquoi, c'est tout un ensemble: en raison de sa silhouette, de sa manière de marcher, du timbre de sa voix, de ses mystères-surtout pour ses mystères. Voilà, comprendre un poème c'est accepter ses mystères, accepter de ne pas tout comprendre, qu'il porte en lui des choses qu'on ne comprendra peut-être jamais. Et c'est tant mieux: est-c" qu'on peut aimer quelqu'un qui n'a plus de mystères pour nous?

Lire un poème, ce n'est pas l'expliquer. Connaître parfaitement les lois de l'aérodynamisme et de l'équilibre, tout savoir du mécanisme du pédalier, ce n'est pas faire du vélo et ça n'apprend pas à faire du vélo. Ce n'est évidemment pas inutile pour devenir un champion cycliste mais on n'a aucun besoin de champion de poésie. De toute façon, est-ce qu'on a besoin qu'il y ait des champions cyclistes pour être soi-même haureux sur un vélo...

Comprendre un poème ce n'est pas être capable d'en parler. Plus on aime, moins on trouve, le plus souvent, les mots pour le dire. L'émotion suffit pour savoir qu'on se comprend. René Char, encore lui, le savait bien qui nous avertissait: "Dans mon pays on ne questionne pas un homme ému."

Mais, je vous l'ai dit, pour comprendre le poème, avoir cette émotion et ce trouble qui prouvent qu'on a compris si peu que ce soit le poème, il faut un effort, lire avec tout son être, intensément: avec son intelligence, son esprit, son coeur, son âme, ses tripes, ses yeux et ses oreilles, avec ses souvenirs et ses espoirs secrets. Bref, il faut un don de soi sans réserve, une concentration inouïe de toutes ses forces: c'est donnant donnant. Ecoutez ce que dit Yves Bonnefoy (les poètes sont nos meilleurs guides): "Le lecteur de poèmes n'analyse pas, il fait le serment au poète, son complice, de demeurer dans l'intense;" Voilà: soyez intenses, quelques minutes, le temps de la lecture d'un poème et vous comprendrez nécessairement, s'il y a quelque chose à comprendre pour vous. Les sens du poème ne sont pas seulement dans le poème mais en vous autant que dans ses mots. Il faut converser avec la poésie et dans cette conversation intérieure vous avez tous les droits: ceux de l'amour, de l'antipathie, de la colère, du refus, de l'incompréhension. N'ayez peur ni du contresens ni de l'erreur: où est le gardien chef qui vous dressera un procès verbal? Et au nom de quelle loi? Nul au monde, et surtout pas le plus savant professeur de l'université, ne détient la vérité d'un poème. Il n'y a de vérité que celle qui vous importe et qui vous aide çà mieux vivre et à mieux vous comprendre.

Bien sur quand on a rencontré de bons poèmes et qu'on est, comme moi, mes amis, un passionné de poésie, on peut faire une autre lecture, celle qui, à distance, commente, suppute, analyse, explique, décortique parce que tout ce que fait l'homme engendre sa science. Mais il s'agit  d'autre chose et ça ne sert à rien pour comprendre, je le jure. Pourquoi? parce que, comme disait l'écrivain allemand du XVIIIe siècle Friedrich Schlegel: "Annoter un poème c'est tenir une conférence anatomique sur un rôti."



Allez, maintenant vous pouvez y aller, n'est-ce pas? Lisez, mes amis, lisez, relisez, faites-vous lire des poèmes, sans vous poser de questions- elles viendront bien toutes seules et la plupart n'auront pas de réponses! Ce n'est pas grave: est-ce que vous n'aimez pas passionnément la vie avec ses mille questions non résolues?

Faites confiance: il y a quelque part, qui n'attend que vous, le poème de Darwich, de Basho, de Whitman, de Villon, de Mandelstam, de Hikmet, de Prigent, de Hafez, de Chedid, de Velter, je ne sais pas, mais je sais que celui-là vous comprendra comme on vous a rarement compris et qu'il vous mènera vers les autres.

Et désormais vous ne pourrez pas plus vous passer de poésie qu'un myope de lunettes."

-Jean-Pierre Siméon- "Aïe un poète"-préface à l'anthologie: "50 poètes français d'aujourd'hui"  A poèmes ouverts-le pritemps des poètes- Editions Points-

mardi 20 juillet 2010

PRIVATE SORROW

AÏE UN POETE -deuxième service-



".../...Ouaip, tout ça c'est bien beau! Des grands mots, encore des grands mots, l'obscur, l'inconnu et patin couffin! Et puis, de toute façon, de la poésie comme vous dites, nous, on connaît pas; ça doit être l'oiseau rare".
C'est bien ce que vous pensez, mes amis, n'est-ce-pas? Je m'en doutais. D'abord oui, ce sont des grands mots. Et alors? pourquoi n'auriez-vous pas droit aux grands mots? Quand on parle aux gens avec des petits mots on les rapetisse. Nous ne sommes pas à la télévision tout de même.

Ensuite, oui, bien sûr, vous ne connaissez pas la poésie dont je parle. C'est qu'aucun de vous n'a encore rencontré le bon poème. Qu'est-ce que c'est le bon poème? Pas celui qui plaît, qui vous paraît bien fait et agréable, non. Celui qui vous subjugue, qui vous prend à la gorge, qui vous retourne l'âme comme un gant, qui vous fait un vertige comme au bord d'un abîme. Celui dont vous jurerez qu'il n'a été écrit que pour vous. Le plus fort de l'affaire, c'est que ce peut-être un poème de rien, modeste et sans tapage, qui vous vient par hasard. Il peut avoir été inventé par un vieux Chinois il y a mille ans, une villageoise marocaine, un jeune révolutionnaire russe, un Indien Navajo ou un va-nu-pieds des bistrots parisiens! Mais celui-ci et bien d'autres vous attendent parmi les mille milliards de poèmes qui courent le monde. "Le poème est toujours marié à quelqu'un" disait René Char. L'avantage en poésie c'est que la polygamie est la règle: vous pouvez vous marier mille fois à des poèmes sans divorcer des autres. Et vous voilà riche de mille passions, toutes différentes.

Bon, et maintenant comment les trouver ces poèmes prévus forcément pour vous? ça serait comme trouver l'aiguille dans la botte de foin, non? C'est relativement facile. A quelques conditions. Je vous explique.



Premièrement il faut deux poils d'effort, un poil de paresse et une grosse tignasse de patience.
Désolé pour l'effort mais comme disait ma grand-mère qui mettait la confiture sur l'étagère du haut: on n'a rien sans effort. Cependant vu le vertige que je vous promets, ça ne devrait pas être insurmontable. Il faut donc que vous vous mettiez en chemin, que vous entriez dans la jungle des livres et que vous avanciez au hasard, pas à pas, rien ne presse, pardi! Le truc c'est de se promener sur les terres du poème comme on traverse un paysage. Et vous savez que ce n'est pas toujours sur les chemins balisés et les sites à pancartes trois étoiles qu'on fait les plus belles découvertes. Alors faites votre propre sentier, cherchez derrière les buissons, soulevez les pierres, perdez-vous, prenez des raccourcis si ça vous chante. C'est là qu'il faut cultiver sa paresse: il faut savoir flâner, bader, traîner les pieds, s'asseoir à tout bout de champ, s'arrêter au drôle de petit détail et si d'un coup la pente devient trop forte, faîtes un détour. Pourquoi non?
Vous n'avez de comptes à rendre à personne, pas de formulaire à respecter, pas de questionnaire à remplir après usage, pas de professeur à satisfaire ou d'ami à épater. Soyez seulement patients. Revendiquez la lenteur: dans notre monde à toute vapeur c'est un droit délicieux dont on nous privés. Profitez-en, en poésie... ce sont les lents qui gagnent. Là-encore c'est comme pour le paysage: traverser une colline en TGV, pour la connaître et l'aimer, donc la comprendre, c'est pas fameux

Deuxièmement, je vous conseille d'oublier tout ce que vous croyiez de la poésie jusqu'à maintenant, qu'un poème c'est forcément ci ou ça, de la rime, des vers bien balancés, de jolis mots, des sentiments tristes, qu'il faut l'apprendre par coeur, le décortiquer comme un crabe, l'analyser pour isoler le virus ce-que-le-poète-a- voulu-dire, j'en passe et des pires.
Prenez, par exemple, le cas de la rime. On la trouve dans la poésie, oui (dans la chanson et dans la pub aussi notez bien) mais elle est aussi indispensable à la poésie que la barbe à votre grand-oncle Nestor. Sans doute qu'elle lui va bien, la barbe, à Nestor mais est-ce qu'il ne serait plus Nestor dans sa barbe?
Et si je vous dis: "Ce matin enfin Alain mon cousin a pris un bain", de la rime i y en a en veux-tu en voilà, mais de la poésie? autant que de léopards en Laponie! Bref, la rime, ce n'est ni bien ni mal, c'est un choix parmi cent et il y a bien d'autres façons de faire chanter la langue si c'est de chanter qu'il s'agit.



Alors, vous entends-je ronchonner, rime ou pas rime, à quoi on reconnaît le poème? Et bien non pas à telle ou telle forme mais au fait que ça bouge dans la langue. Quand la langue vous dépayse comme si vous entendiez votre propre langue comme une langue étrangère, que ça sonne neuf, bizarre aux yeux et à l'oreille. Bref si vous vous dites: "C'est bien ma langue mais je n'ai jamais vu ma langue dans cet état", probable que vous êtes en face d'un poème. C'est que dans la poésie la langue est émue, remuée à l'intérieur, et quand on est ému, on ne parle plus pareil: la voix, le rythme changent. Ceci dit, secouer les puces à la langue, ça ne suffit pas pour faire de la poésie. Coluche, qui le faisait très bien pour se moquer de ceux qui la portent bien propre et repassée comme une cravate, n'était pas exactement un poète...
Que dites-vous? La musique des mots alors? Oui, si la musique en question ce n'est pas seulement Mozart mais aussi le jazz et le rock, le tam-tam et la kora, le volet qui claque et la porte qui grince. Et de toute façon, réduire la poésie à la musique c'est comme réduire la mer au bruit des vagues.


C'est que, voyez-vous, mes amis, il y a autant de sortes de poèmes que d'espèces animales sur la planète. Sous le même nom de poésie vous trouverez le haïkaï japonais, ce curieux papillon à trois ailes qui en vous effleurant à peine peut vous mettre cul par-dessus tête, ou la légende des siècles, beau monstre à mille bouches qu'il faut une vie entière pour connaître de la queue à la corne! Le poème ce n'est pas la fable ou la comptine, le sonnet ou l'élégie, c'est cela et mille autres choses, parce que la poésie est une invention perpétuelle de formes neuves, inattendues, imprévues. C'est cet imprévu que le lecteur de poésie recherche et espère- voici donc un sésame: on ne peut aimer la poésie qui si on aime être étonné, dérangé, déconcerté.../...


-Aïe un poète-
Jean-Pierre Siméon
à suivre...

QUAND LE BAGAD DE St NAZ.FAIT SON paimBOEUF!


(merci Fulup pour l'info)

lundi 19 juillet 2010

AÏE UN POETE! -première-



"Oui, et bien oui, mes amis, quoi? Un poète, oui, voilà. Pas la peine de nous faire cette tête de condoléance, de hausser les épaules, de froncer les sourcils, de lever les bras au ciel ou de vous gratter le menton, l'air goguenard. Ni de filer en douce.


Si ça existe encore des poètes? Mais il y en a aujourd'hui plus que la terre en a jamais porté, hommes ou femmes, jeunes ou vieillards, parleurs ou chanteurs, faiseurs de livres ou crieurs des rues et je parie qu'il n'y a pas de lieux du monde, d'Afrique au Groenland, de Sibérie aux Caraïbes, qui n'ait ses poètes. On ne les voit pas à la télévision? Et alors? Parce qu'on existerait que si on passe à la télévision?

Ah, vous voulez savoir à quoi ça ressemble, un poète...Mon Dieu, à rien de particulier. ça ne se porte pas sur le visage. Pas d'uniforme et pas d'insigne à la boutonnière. Pas de diplômes et pas de médailles. C'est à la fois plus simple et plus compliqué. C'est dedans que ça se passe. Dans la tête et dans les tripes, et si ça se reconnaît, c'est peut-être à une certaine façon de parler des choses, même les plus ordinaires: plus secrète, plus grave, plus étonnée ou plus gourmande. En prononçant chaque mot comme s'il en valait mille, comme s'il disait ce qu'il dit soudain mille fois plus encore.


Des rêveurs? Des songe-creux, des vagabonds, des pas-comme-les-autres, qui marchent sur les eaux ou qui volent dans les nuages avec les oiseaux et les anges? Alors là non, faites excuse, mais vous n'y etes pas du tout. Un poète, ça fait les courses et ça a mal aux dents, ça se soucie du chômage et du sida, comme tout le monde. Et quand il parle, dans ses poèmes, il parle des choses les plus banales, qui sont celles de tout le monde: de ses doutes, de ses joies, de ses colères, de ses peurs, de ses défaites, de ses étonnements, de son désir d'être autre chose, d'être autrement, de ce qu'il ne comprend pas, de ce qu'il croit comprendre dans les instants de sa vie qui sont les instants de tout le monde. Non seulement le poète ne vit pas ailleurs, dans un beau rêve lointain mais il n'y a pas plus passionné, plus curieux de ce qui se passe en lui et autour de lui. La différence, il y en a une, c'est qu'il prend le temps d'en parler, d'y penser, de s'interroger, de regarder: comme un gosse qui s'arrête devant le plus bête des cailloux sur le chemin et reste là, une heure peut-être, à le tourner et le retourner dans ses mains, à le peser, le caresser, le lancer, le regarder avec des yeux ronds comme des melons.



A quoi ça sert? Bon, là vous avez compris, ça ne sert à rien. Strictement à rien. A rien en tout cas de ce qu'on dit important dans notre drôle de monde: ni à être connu (pour ça mieux vaut faire du foot ou  montrer ses fesses à l'Arc de Triomphe) ni à gagner de l'argent, ni à devenir chef, ni à réussir dans la vie, ni à arrêter les guerres, ni à donner du pain à ceux qui n'en ont pas.

Mais, sauf votre respect, à quoi ça sert de dire "aïe" quand on reçoit une pierre sur le pied, ou "je t'aime" à un beau visage? Et comment faire pour ne pas le dire?

Bon ça commence à vous agacer. Tant mieux. Asseyez-vous et reprenons depuis le début.


La poésie ça vous barbe, c'est inutile, vous n'avez pas le temps, ce n'est pas sérieux, c'est bon pour les petites filles boudeuses ou des illuminés solitaires et romantiques, c'est charmant comme un bouquet de fleurs, mais à choisir mieux vaut un steak sur la table, et puis, de toute façon, on n'y comprend rien!

Vous avez raison, on n'y comprend rien, en tout cas si l'on veut comprendre comme on comprend "passe-moi le sel" ou "un plus un égale deux". Mais de cela on reparlera plus tard. Voyons les choses dans l'ordre.

D'abord la poésie, ce n'est pas ce que vous croyez. Comment dites-vous? Vous ne croyez rien? Eh bien si, justement, sinon vous ne feriez pas, quand on vous propose de lire un poème, ces têtes de légionnaires romains à qui le centurion Jenpeuplus  demande d'aller se frotter aux Gaulois.

Par exemple la poésie ce n'est pas du joli-doux-mignon qui servirait à cacher, comme un parfum délicat, la misère, la tristesse et le souci. Elle ne cherche pas à déguiser la vie sous de belles parures. Au contraire, elle met la vie à nu et nous la montre telle qu'elle est, sans mensonge, rude et douce, chaude et froide, brève et immense.



La poésie ne veut pas vous distraire ou vous divertir, c'est-à-dire vous aider à oublier les choses graves. Au contraire, elle ne vous parle que de choses graves, elle vous parle, les yeux dans les yeux, de ce dont personne n'ose vous parler, sauf peut-être vos meilleurs amis, parce que justement c'est trop grave: la mort qui rôde autour de vous, le désir qui fait trembler les doigts, le terrible silence du ciel dans la nuit, le rêve d'un baiser, la solitude dont on ne sort pas, ce grand silence au fond de soi dont on ne sait que faire, la joie étrange, stupéfiante, de se sentir soudain heureux pour rien dans le soleil. Soyez-en sûrs: la poésie n'est pas une berceuse, elle n'a pas de précautions, elle va droit au but et met les pieds dans le plat de l'existence.

Et n'attendez pas de la poésie des vérités toutes cuites, toutes prêtes, bonnes à croire. Elle ne fait pas la morale. Elle ne dit pas, comme trop de gens: "Moi je sais, faut faire comme ci, comme ça, etc" Elle hésite, elle questionne, elle s'interroge, elle est inquiète, comme vous, de ce qu'elle ne comprend pas. Mais c'est une inquiétude heureuse le plus souvent parce qu'elle apprend ( ça évite l'ennui en tout cas) que la vie bouge, qu'on n'en a jamais fini avec l'inconnu, qu'il y a toujours du neuf, que l'histoire de chacun et l'histoire de tous sont multiples et infinies comme là-haut les troupeaux d'étoiles.
Au fait, pour tout dire, c'est ça la poésie, d'abord et surtout: une questionneuse enragée. Moins il y a de réponses plus elle interroge comme ces marmots de cinq ans qui vous courent après en vous tirant la manche avec leurs demandes impossibles: et pourquoi-ci, et pourquoi-ça?



Comme quoi, vous voyez, mes amis, être poète ce n'est pas seulement écrire des poèmes. C'est une manière de vivre, une façon particulière de traverser le monde: L'oeil et l'esprit ouverts, curieux de tout. Le poète est un étonné perpétuel, passionné du nouveau, de l'étranger, de l'autre, de tout ce qui lui enseigne que dans ce qu'il voit, entend, fait chaque jour, il y a mille secrets cachés, un inconnu qu'il ne finira jamais d'explorer. Qu'il y a un autre monde dans le monde, tout aussi vrai que le premier mais plus vaste. Chaque poème est comme un compte-rendu d'une expédition dans ce monde sans limites. C'est pourquoi il y a mille milliards de poèmes, c'est pourquoi il y a toujours eu et il y aura toujours des poètes. Mais je le répète, pas de malentendu! les poètes n'explorent pas un monde ailleurs, mais notre monde à tous. L'ailleurs de notre monde. Les deux pieds sur terre. Bref, la poésie c'est l'aventure. Avec, comme toute aventure, ses échecs, ses randonnées inutiles, ses retours bredouille...

Ah! tenez, je vois que vous commencez à comprendre à quoi ça sert la poésie. Pas tout à fait à rien, n'est-ce pas?  ça sert à voir plus loin, plus profond dans l'obscur. a marcher tête haute dans l'inconnu. A apprivoiser la nuit qui est en soi et quand on a apprivoisé la nuit, on n'a plus peur des faux monstres, ou du moins on sait en déjouer la menace; ça sert à savoir que rien, être ou chose,n'a un sens définitif, que rien n'est simple et que cette complication est une chance. A savoir que ce qui est visible ne vaut que par l'invisible qu'il porte. Bref, ça sert à grandir, à ne jamais cesser de grandir, d'agrandir sa compréhension du monde. "La poésie est un extraordinaire accélérateur de la conscience" disait le poète argentin Roberto Juarroz".../...
Jean-Pierre Siméon
à suivre...

MOI JE JOUE ou l'été en pente douce



découvert chez Kahlo