samedi 12 juin 2010
LA MER INTERIEURE
LE MANUSCRIT DE LA MER MORTE
"Nous étions venus nettoyer la maison pour la vendre plus cher.
Quelques semaines après les funérailles de ma mère, ma soeur avait téléphoné. "Il faut que tu sois là pour le partage". Elle avait insisté, le notaire avait parlé d'acquéreurs éventuels, de gens peut-être intéressés, qui voudraient visiter les lieux.
Moi, j'ai tout de suite pensé aux cahiers et je suis venu.
Ils étaient à l'endroit où je les avais laissés, alignés sur l'étagère du cosy-corner de bois sombre. Je parle de cahiers brochés, papier glacé, rayures Séyès, petit format. Des cahiers d'écolier de couleurs variées. L'encre est noire ou bleue, cela dépend. Certaines pages sont datées, d'autres non, mais les événements qu'elles retracent me permettent aisément de les situer dans mon passé.
Je faisais peu de cas du destin de la maison. Ni les misérables bibelots de ma mère, ni même ses effets personnels ne suscitèrent la moindre émotion. Je l'ai dit, seuls les cahiers m'intéressaient. J'étais alors convaincu que la tâche de recopier m'épargnerait, celle bien plus douloureuse de me souvenir.
Mon frère et ma soeur se partagèrent le modeste inventaire. Leurs conjoints prenaient des notes, dressaient des listes avec l'avidité de ceux à qui la vie n'a jamais fait de cadeaux. Ils ouvraient les placards, dérangeaient les piles de draps dans l'espoir secret d'y découvrir u improbable pécule. Ils soulevèrent même les lattes du plancher. Ils fouillèrent les recoins les plus obscurs de la cave et des combles. J'aurais pu leur dire que les ourlets des rideaux seraient vides, comme les murs qu'ils sondaient discrètement, du poing fermé. J'aurais pu leur dire cela et pourtant je me contentais de les suivre de pièce en pièce, curieux de voir jusqu'où les pousserait leur manège.
Enfin la maison fut vide. Sur les murs, des empreintes poussiéreuses traçaient les silhouettes des cadres bon marché et des meubles en formica.
Dehors, il pleuvait. Ma soeur demanda une dernière fois si j'étais bien sûr de ne rien vouloir garder. Je dis non, seulement les cahiers, le reste, on peut bien le brûler, pour ce que ça vaut. Elle haussa les épaules. Le frère ajouta que le notaire enverrait un chèque une fois les papiers signés. Je dis bon, parfait, adieu. Nous nous serrâmes la main, nous nous frôlâmes la joue. La soeur ouvrit son parapluie pour abriter ses trois pas jusqu'à la voiture mais ses chaussures à haut talon plongeaient dans la boue du jardin. Les conjoints me jetèrent un dernier regard soupçonneux. Si j'emportais si peu, n'était-ce pas que j'avais trouvé beaucoup plus?
Je restais seul. J'ouvris le coffre de ma voiture et j'y déposai le carton lourd de mon héritage. Puis, je me retournai pour une dernière fois contempler ce lieu où j'avais si peu existé.
J'avais écrit dans un des ces cahiers dont je ne cesse de parler:
"C'est devant chez nous que la mer vient mourir, charriant à perte de vue ses épaves et ses cadavres.
Cette mer agonisante est sans reflets, sans profondeur même, d'une couleur anthracite bleutée.
De l'autre côté de la péninsule, il y a l'océan. Celui qui aspire le vent jusqu'à la grève. Les gens vont regarder ce paysage-là, pas le nôtre. Que viendraient-ils faire ici, au bord de notre mer morte? Ils passent très vite sur le pont, en se bouchant le nez.
De ce côté de la péninsule, il n'y a rien à voir: un moloch de béton noirâtre, vestige de la guerre, des entrepôts déserts, une décharge publique saturée sur laquelle l'herbe commence enfin à pousser.
Avant que les camions ne viennent recouvrir les ordures de terre fraîche, les ailes des mouettes y frémissaient. Ou peut-être étaient seulement des papiers gras?
Elles sont parties
Restent les pas hâtifs des passants qui vont vers le vent.
Les cris des mouettes me manquent...."
Quel que soit son âge, l'auteur de ces lignes est un enfant. Il écrit pour combler la solitude, le rien intérieur. Cet enfant-là, j'ai passé ma vie à souhaiter sa mort. J'ai saisi toutes les chances d'échapper à sa détresse: dans le départ, l'oubli, la métamorphose.
Je suis un homme sans passé.
J'ai emporté les cahiers dans ma voiture, le long de l'autoroute. Je me suis arrêté deux fois, l'une pour diner, l'autre pour faire le plein d'essence. A chacune des ces occasions j'ai pris soin de ne pas quitter la voiture des yeux, seule sous la lumière bleutée du néon.
j'ai ahané sous le poids des cahiers dans l'escalier de mon immeuble. J'ai coincé la carton entre le chambranle de la porte et mon genou le temps de tourner la clé dans la serrure. J'ai posé le carton sur mon lit et, sans me dévêtir, j'ai lu.
Et j'ai relu. Encore. Et encore. A en faire danser les lignes, à m'en bruler les paupières . J'avais laissé les volets fermés. La lueur jaunâtre de la lampe de chevet m'accompagnait jour et nuit. Rien n'aurait pu m'arracher à cette lecture démente.
Journées étranges où je me vautrais. Deux? Trois peut-être?
Libre de toute distraction, vide de pensées, j'étais devenu un oeil affamé, happant les mots, l'un après l'autre.
Plusieurs fois, pendant cette période de lecture, le téléphone a sonné. Alors je me suis suspendu à son cri, le coeur battant à tout rompre, terrorisé de cette intrusion. J'ai attendu que le bruit s'essouffle en comptant les coups: huit, dix, douze parfois. il m'a fallu plusieurs minutes pour me calmer, pour pouvoir reprendre la lecture.
Des pas aussi sont venus à ma porte.Une main a frappé. Une voix a appelé. Bien sur, il s'agissait ce cette femme dont les traits n'évoquaient désormais plus rien. Elle s'inquiétait de mon absence, elle alerterait peut-être les voisins, cette femme a qui l'enfant échappait. J'ai étouffé un rire. Ce que je faisais était très vilain. Méchant, méchant garçon de préférer ma douleur à son amour.
Mes lectures successives achevées, je me suis levé.
Je retrouvais un corps rigide aux muscles figés dans la position foetale que j'avais adopté d'instinct. Mes membres ne me répondaient plus et je me suis affalé sur le sol. Cela a fait un léger bruit d'étoffe.
J'ai pris une douche.
Je sentais sur moi ma crasse, ma sueur et la moisissure du papier. L'eau brûlante a coulé sur ma poitrine, sur mon sexe et sur mes cuisses. Tête baissée, je l'ai regardée ruisseler le long de ce corps d'adulte mort.
Je me suis donc lavé jusqu'à en vider le chauffe-eau et même un peu plus longtemps. La morsure du froid m'a rappelé à la réalité.
Je suis sorti de la salle de bains.
Allongé sur le canapé, j'ai fumé une cigarette.
Mon corps s'est manifesté. Ce que j'ai pris tout d'abord pour une nausée était la plainte de mon estomac négligé. J'avais faim.
Au fond du réfrigérateur, se côtoyaient une bouteille d'eau et un morceau de beurre rance. Il restait quelques oignons dans le placard à légumes. Je les ai fait frire avec un peu d'huile et j'ai mangé, nu, à même la poêle. Ils ont collé au fond comme du caramel. C'était sucré, c'était bon; c'était sans importance. Il fallait simplement que mon corps d'homme se taise.
Tous ces gestes sont ceux d'un fou. Je le sais. mon expérience paraîtra sans aucune doute insensée à ceux qui, peut-être, la liront. J'étais alors en état d'apnée. Il semblait indispensable de me défaire des contingences physiques telles que l'alimentation du corps et son fonctionnement. J'ai appris depuis que la plongée se serait poursuivie dans la foule du métro, dans la promiscuité des bars et même dans l'exercice quotidien de mon métier. Elle exigeait cependant la plus grande solitude intellectuelle. Je suis donc heureux de ne pas avoir cédé aux injonctions du téléphone et de ne pas avoir revu la femme qui venait parler à l'homme.
Une fois mon corps rendu muet, je suis retourné à mon lit. lové autour du traversin, j'ai pris garde de ne pas fermer les yeux. L'absence de sommeil était l'aboutissement logique de mes journées de lecture et de faim. Aujourd'hui, je trouve consternant cet acharnement à la souffrance. Inutile, tout cela. Inutile.
J'ai pensé au manuscrit, soigneusement remballé au pied de mon lit. Ses remugles de cave flottaient dans la pièce. La lecture achevée, les cahiers avaient perdu leur poids d'objet. Les mots ondoyaient en moi, désincarnés.
Les pages avaient la légèreté des ailes de mouettes si chères à l'enfant. j'aurais pu les brûler à ce moment précis. Elles avaient retrouvé leur place. Elles avaient été écrites pour cela, pour un jour refaire leur chemin dans ...Dans quoi? mon cerveau? mon coeur? mon âme? Ce qui en tenait lieu et se manifestait si rarement.../..."
extrait de "La mer intérieure" un livre de -Aude Le Dubé- nouvelle- Editions Coop Breizh
Roselyne aussi ....
Naïf j'ai toujours pensé qu'une présence féminine importante en politique rendrait le monde meilleur. Je continuais à le penser malgré Tatcher, Condoliza Rice....
Mais maintenant que nous avons Rachida, Roselyne, Parisot, Boutin, Fadela, Lagarde, Morano.................que faire ?
La femme au pouvoir est un rat comme le cochon (l'homme) !!!!!
Serge
vendredi 11 juin 2010
PAN HA DISKAN
Et tout en gavottant de fermes boutoucouettes, j'avions reçu ceci:
Bonjour,
Nous vous invitons à venir soutenir les inculpés de la réunification le
samedi 12 juin à Rennes, place du parlement à 13h ou lors de l'appel le
mercredi 16 juin à Rennes. cf ci-dessous ou http://44breizh.com/news/
Cordialement,
Pascaline Pour 44= breizh
PROCES EN APPEL DES 6 BARBOUILLEURS DE NANTES
Nous apprenons la date du procès en appel des six inculpés de la
réunification, six jeunes militants, arrêtés en décembre 2008 pour avoir
barbouillé du matériel de propagande de la région des Pays de la Loire.
Nous devons nous mobiliser largement pour les soutenir et se rassembler le
mercredi 16 juin à 13h devant la cour d'appel, place du Parlement de
Bretagne à Rennes.
Nous organisons un rassemblement de soutien (Pique-nique, stands),
rendez-vous le samedi 12 juin, place du parlement à Rennes, à 12h30.
Nous appelons au rassemblement de soutien aux inculpés pour leur procès,
rendez-vous le mercredi 16 juin, place du parlement à Rennes, à 12h30.
Rappel des faits : dans la nuit du 30 décembre 2009, trois militants
nantais sont arrêtés pour avoir barbouillé le palais de région des Pays de
la Loire ainsi que plusieurs trains aux couleurs de la région. Le
lendemain, trois autres militants sont arrêtés pour les mêmes faits.
Certains entres eux vont passer plus de 40h heures en garde à vue ! Ils
passent en procès le 12 février 2009 et sont condamnés à 2 mois de prisons
avec sursis, 100 heures de TIG chacun, 11.500 ? d'indemnisation pour la
SNCF et 20.900 ? pour les Pays de la Loire. Devant cette peine
complètement disproportionnée ils font appel.
Il est clair que l'action de ces jeunes militants a joué un rôle
mobilisateur alors que la question de la réunification faisait l'actualité
avec le rapport Balladur notamment. Depuis, bien d'autres actions ont été
menées à différents niveaux qui ont permis de faire avancer le débat sur
la réunification. La mobilisation de la société civile, des différents
élus, des militants pendant les dernières élections régionales (fresque
humaine 44=BZH notamment) sont de bon augure pour la suite. Il faut à
présent tout faire pour que les citoyens des cinq départements bretons
puissent s'exprimer sur la réunification administrative de la Bretagne et
cela dans un cadre démocratique irréprochable.
LES INCULPÉS SONT SOUTENUS PAR SKOAZELL VREIZH :
http://www.skoazell-vreizh.org/
«L'association Skoazell Vreizh est un comité de soutien aux familles
des détenus et des personnes mises en examen pour des motifs
politiques bretons, personnes impliquées dans des actes de résistance
à la politique d'assimilation et d'intégration de l'Etat français en
Bretagne»
Nous rappelons qu'une motion sur la réunification administrative de la
Bretagne doit être votée lors de la prochaine séance plénière du conseil
régional de Bretagne, prévue fin juin.
Solidarité avec les 6 inculpés de la réunification !
Bevet Breizh Unvan !
Les groupes politiques et associations soutenant les inculpés :
Les Alternatifs de Bretagne, Bretagne Réunie, Skoazell Vreizh, CBIL
Coordination Bretagne Indépendante et Libertaire, EKB-AFB Alliance
Fédéraliste Bretonne, Breizhistance (Indépendance & Socialisme), LBDH
Ligue Bretonne des Droits de l'Homme, Parti Breton, AVY/LJB (Jeunes du
PB), UDB Union Démocratique Bretonne, Courant Syndicaliste-Révolutionnaire
Breizh, SLB Syndicat des Travailleurs de Bretagne, Bemdez, L'Andon dou
Galo, OCL Organisation communiste libertaire, 44=BREIZH, Galv Karaez :
Collectif Breton pour la Démocratie et les Droits de l'Homme, The Celtic
League, Batasuna (Gauche Indépendantiste basque), Askatusuna (Comité
antirépressif basque), Segi (organisation de la jeunesse abertzale),
CEIVAR-Organismo Popular Anti-repressivo (Galice), V-SB (Mouvement pour
une Flandre Indépendante et Socialiste), Conceju-CNC (gauche cantabriste).
Les personnalités politiques soutenant les inculpés :
Janet Ryder (Plaid Cymru, députée du parlement gallois), Christian Troadec
(maire de Carhaix et conseiller régional), Christian Guyonvarc'h
(Vice-président de la Région Bretagne), Emile Granville (maire adjoint de
Redon, vice-président du Pays de Redon), Alan Coraud (maire de La
Rémaudière), Jean-Jacques Monnier (conseiller municipal de Lannion), Ronan
Leprohon (ex conseiller régional, rédacteur en chef du « Peuple Breton »),
Gwendal Rioual (Conseiller-municipal délégué Guingamp), Lionel Henry
(conseiller municipal de Montreuil-Le-Gast), Jakez Caillaud (conseiller
municipal de Saint-Herblain), Marcel Marc (conseiller Municipal UDB de
Couëron), Charlie Grall, Ghildas Durand, Jacques-Yves Le Touze (membre du
Bureau national du Parti Breton), .
Les personnalités culturelles soutenant les inculpés :
Gilles Servat (chanteur), Nolwenn Korbell (chanteuse), André Daniel
(co-fondateur du Lycée expérimental de Saint-Nazaire et géographe), Ronan
Le Coadic (universitaire), Pierre Pean (écrivain-journaliste), Mikael
Bodloré-Penlaez (Eurominority, GeoBreizh.com), Erwan Chartier
(journaliste-écrivain), Jean Ollivro (géographe), Jean-Pierre Le Mat
(historien), Jean-Loup Le Cuff (peintre et sculpteur), Dom Duff
(chanteur), Gaël Fontana (photographe), Fermin Muguruza (chanteur basque),
Gareth Miles (écrivain gallois), Fañch Ar Ruz (illustrateur), Céline Soun
(La Obra - Guatemala), Kevin Williamson (éditeur écossais), Startijenn
(groupe de fest-noz), Les Ramoneurs de Menhirs, IMG, Daonet, Atlantyka, .
DES ATTACHES
On s'attache à la longue...
en filins, en drisses, en écoutes ou haubans,
et même en garcette à manille autour d'un poignet.
Du cordage générique, on en a plein la tête,
traduisez en repères, en gestuelle habitude.
On s'attache à la vie,
en coupant un cordon?
On s'accroche bastingage,
pour éviter le plongeon?
Ma prose du vendredi,
a l'accroche bateau.
Je m'amarre, ils se marrent...
Je les entends d'ici
Dans la lucarne hublot,
l'horizon s'est bouché
"panem et circenses"
stade anal envouté.
Je m'attache à tout larguer,
des aussières, l'anxiété,
du rêve embastillé
aux normes réglementées...
Je m'attache à jetée ouest
profitant d'un espace libéré
par un ailleurs trop occupé
à postillonner ses conseils embièrés
à un écran total.
Au plaisir à crédit, j'en prends ma délivrance
Tout un mois à louvoyer, canoter, godiller
et
passer entre les mailles du filet.
pour m'attacher en résilience.
Inscription à :
Commentaires (Atom)
