« Voici comment j’ai compris l’art de la vie : éliminer… autrement dit : effacer et continuer. Je me suis, de bonne heure, fait un sac où je mettais les humiliations. Et quand il était plein, je le jetais à la mer. »
August Strindberg
Un bout de ciel philosophique
Une chanson à l'eau de rose symphonique
Un regard pathétique
et des ombres autour.
La couleur d'un encens
qu'on s'hume
nature.
Qu'amorce t-on de l'autre?
L'instant d'une écoute?
Une idée d'exister?
La cire de l'oubli?
...
"Deux hommes qui se croisent n'ont pas d'autre choix que de se frapper, avec la violence de l'ennemi ou la douceur de la fraternité."
Bernard-Marie Koltès
Les experts en tout ce qui bouge
aux heures d'influence
ont des livres derrière eux
presque toujours;
c'est pour dire s'ils savent lire
c'est pour dire s'ils sont open cultivés
c'est pour dire du vide des étagères sans les experts
"Les souvenirs sont des armes secrètes que l'homme garde sur lui lorsqu'il est dépouillé…"
—
Est-ce
que c'est une chose ? —
Oui
et non. —
Est-ce
que c'est un être vivant ? —
Pour
ainsi dire. —
Est-ce
que c'est un être humain ? —
Cela
en procède. —
Est-ce
que cela se voit ? —
Tantôt
oui, tantôt non. —
Est-ce
que cela s'entend ? —
Tantôt
oui, tantôt non. —
Est-ce
que cela a un poids ? —
Ça
peut être très lourd ou infiniment léger. —
Est-ce
que c'est un récipient, un contenant ? —
C'est
à la fois un contenant et un contenu. —
Est-ce
que cela a une signification ? —
La
plupart du temps, oui, mais cela peut aussi n'avoir aucun sens.
—
C'est
donc une chose bien étrange ? —
Oui,
c'est la nuit en plein jour, le regard de l'aveugle, la musique des
sourds, la folie du sage, l'intelligence des fous, le danger du
repos, l'immobilité et le vertige, l'espace incompréhensible et le
temps insoutenable, l'énigme qui se dévore elle-même, l'oiseau qui
renaît de ses cendres, l'ange foudroyé, le démon sauvé, la pierre
qui parle toute seule, le monument qui marche, l'éclat et l'écho
qui tournent autour de la terre, le monologue de la foule, le murmure
indistinct, le cri de la jouissance et celui de l'horreur,
l'explosion suspendue sur nos têtes, le commencement de la fin, une
éternité sans avenir, notre vie et notre déclin, notre
résurrection permanente, notre torture, notre gloire, notre absence
inguérissable, notre cendre jetée au vent.. —
Est-ce
que cela porte un nom ? —
Oui,
le langage."
Jean
Tardieu
"Parlons-en de l'air du temps, putain ! Il a une sale odeur. Ça fait
trente ans qu'on progresse vers la pestilence avec une indignation
courtoise. On peut traiter une ministre de la Justice de "singe" et lui
jeter des bananes parce qu'elle est noire, on peut appeler "ayatollah"
une ministre de l'Éducation nationale parce qu'elle est d'origine
marocaine. Il y a trente ans, on pouvait rire de l'autre, on pouvait
même rire avec lui. Je me souviens des Smaïn, des Coluche, des Boujenah,
des Desproges, des Fellag et d'autres qui endossaient le rôle de
l'autre, de l'étranger, avec plus ou moins de talent, et se marraient
d'eux, de nous, du choc de la rencontre. Finalement, de l'homme dans
tous ses états. Aujourd'hui, les fachos de tout poil ont distillé le
pire de ces différences pour faire de cette moquerie fraternelle une
haine politique. On parlait hier de Branly et du musée des Colonies.
Aujourd'hui, en France, on laisse revenir les conceptions colonialistes
des années 30, dignes de Hergé : on jette des bananes au Noir ; l'Arabe
est jihadiste ou délinquant. Je repense à Sarkozy qui voulait renvoyer
les délinquants dans leur pays, comme s'il y avait un pays dont les
habitants sont les Délinquants ! On a morcelé l'espèce humaine en
groupuscules rivaux pour mieux nous monter les uns contre les autres :
les Noirs, les Jaunes, les Arabes, les Juifs, les homos, les
fonctionnaires, les riches, les communistes, les rentiers, les
retraités, les banquiers, les francs-maçons, les politiques, les
chômeurs, les Roms, les intégristes, les profiteurs... À la fin de la
journée, on a tellement d'ennemis qu'on ne sait plus qui on doit haïr en
priorité ! Heureusement qu'il y a le "20 heures" pour nous donner des
repères !"
Nicolas Lebel
"Il y a, au bout de l'horizon, des noms de ports qui flottent, des noms de villes qui brûlent, des humanités que la mer engloutit à tout jamais.
Et les vagues, toujours qui reviennent au rivage."
Xavier-Marie Bonnot- extrait de: "Les vagues reviennent toujours au rivage."
"Les peurs… Nos peurs.
Finalement, ce sont elles qui structurent nos modes de fonctionnement, de pensée.
Qui n’a pas regardé sous son lit ou dans son placard, alors qu’il était enfant ?
Moi, je me rappelle l’avoir fait, plusieurs fois, tout en me convainquant que mon entreprise était ridicule.
Mais comment aurais-je réagi si j’avais réellement aperçu quelque
chose ? Si l’une de ces créatures m’avait dévoilé son vrai visage ?
Je n’ose y penser, car, finalement, je sais aujourd’hui qu’ils existent…
Oh ! pas comme les monstres imaginaires pourvus d’une poignée d’yeux
vitreux ou de mâchoires à rallonge bien garnies de dents tranchantes
prêtes à vous dévorer…"
Gilles Caillot
Si votre maison brûlait, qu'emporteriez-vous ? J'emporterais le feu. Jean Cocteau