"Que vaudrait la douceur si elle n'était capable, tendre et ineffable de nous faire peur?
elle surpasse tellement toute la violence que, lorsqu'elle s'élance nul ne se défend."
Rainer Maria Rilke
"Ne soyez pas trop moral. Vous pourriez vous priver de beaucoup de vie. Visez plus loin que la moralité. Ne soyez pas simplement bon, soyez bon pour quelque chose.
Henri David Thoreau
"La fin dans le commencement et cependant on continue."
Ne tuez pas le goéland qui plane sur le flot hurlant, où qui l'effleure, car c'est l'âme d'un matelot qui plane au-dessus d'un tombeau et pleure...pleure!
[...] tout progrès est en même temps une
régression. Il n'y a jamais de progrès que dans un sens déterminé. Et
comme notre vie, dans son ensemble, n'a aucun sens, elle ne connait pas
davantage dans son ensemble, de vrai progrès."
"On ne sait pas exactement comment se
produit cette transformation qui, à certains moments, compose d'une
quantité de volontés éparses une seule volonté massive, une foule
capable des plus grands excès en bien comme en mal mais incapable de
réflexion, même quand les hommes qui la constituent n'ont pour la
plupart rien cultivé davantage de toute leur vie que la mesure et le
sang-froid. L'excitation en quête de détente d'une foule qui ne trouve
aucune issue à ses sentiments se rue sans doute alors sur la première
voie qui s'ouvre à elle.
On peut supposer que ce sont en elle les êtres les plus excitables,
c'est-à-dire les extrêmes, capables aussi bien de soudaines violences
que de touchantes générosités, qui donnent l'exemple et fraient le
chemin. Ils représentent dans la masse les points de moindre résistance,
mais le cri qui est jeté à travers eux plutôt que jeté sur eux, la
pierre qui leur tombe sous la main, le sentiment dont ils éclatent
déblaient la route sur laquelle les autres, s'étant exaltés
réciproquement jusqu'aux limites du supportable, suivent sans réfléchir.
Ils donnent aux actions de leur entourage la forme de l'action massive
que tous ressentent à la fois comme une contrainte et une libération."
je comprends un instant la terreur que le désert primal suscite chez de
nombreuses personnes , la peur inconsciente qui les force à dompter ,
altérer ou détruire ce qu'elles ne peuvent comprendre , à réduire le sauvage et le préhumain pour lui donner taille humaine .
Tout plutôt que d'affronter de face l'ante-humain , l'autre monde qui ne
terrifie pas par son danger ou son hostilité mais par quelque chose de
bien pire : son implacable indifférence ."
" Jusqu'à cette rentrée 2023, Ploërmel ne proposait pas d'enseignement
public aux lycéens de la ville, quand bien même celle-ci compte près de
10 000 habitants. Un lycée a fini par ouvrir, après 50 ans de résistance
de la part des notables locaux. "
"Bienvenue à « l’école du diable ». À Ploërmel, dans le Morbihan, le
premier lycée public vient enfin d’ouvrir… après une lutte de cinq
décennies mené par les piliers de l’enseignement catholique dans la
ville. À Mona Ozouf, 220 élèves de seconde et de première ont effectué
leur première rentrée, le 4 septembre. Jusqu’ici, l’offre scolaire dans
la ville était uniquement privée ; un monopole étonnant pour une ville
de 10 000 habitants.
« Les résistances ont été éprouvantes. C’était devenu un casus
belli dans la ville. Il y avait une vraie violence psychologique et une
lassitude à devoir répéter encore et encore la nécessité d’offrir la
possibilité d’un enseignement public dans la ville », se souvient
Laurent Fontenelle, à la tête d’un collectif qui milite depuis les
années 2000 pour la concrétisation du projet. L’idée d’ouvrir un lycée
public date des années 1960 : à l’époque, l’inauguration du lycée public
la Brocéliande, à Guer, a été considérée comme suffisante, même si elle
contraignait les élèves à une demi-heure ou plus de trajet. Dans les
années 1990, quelques parents ont élevé la voix en faveur d’un
établissement public mais il a fallu attendre l’élection d’une maire de
gauche, Béatrice Le Marre, en 2008 pour relancer le projet. Soit 48 ans
après la naissance de l’initiative.
À son arrivée à la mairie, Béatrice Le Marre s’est attachée à faire
respecter le principe de laïcité au sein de la commune, en exigeant le
retrait d’un crucifix dans la salle des mariages et en apposant la
devise de la République dans les bâtiments municipaux. L’ancienne édile a
même fait intervenir la préfecture pour que cesse la tenue des conseils
municipaux dans le collège privé du Sacré-Cœur. « C’est un territoire où la République a peu de voix de cité. Le catholicisme, il ne faut pas y toucher », nous explique-t-elle. L’existence d’un lycée public relevait, pour elle, autant d’une exigence laïque que d’un combat social.
« Nous sommes dans un secteur très ouvrier, où les salaires sont bas et
les personnels peu qualifiés. Il y avait un vrai enjeu à offrir la
possibilité d’une éducation gratuite. »
C’est sans compter la résistance des deux lycées privés présents sur
la commune : le lycée général de la Mennais, et le lycée agricole privé
La Touche. Des manifestations sont organisées par les habitants, qui
craignaient que l’ouverture d’un établissement public vide les écoles
existantes. « C’est devenu très sensible. Des voisines et des amies
de toujours se sont mises à vociférer contre moi. Il y a eu de grosses
discussions. Politiquement, c’était très dur », se souvient
Béatrice Le Marre. Les responsables des deux établissements ont ensuite
requis des expertises et contre-expertises pour montrer que la demande
était insuffisante ; que le lycée ne serait jamais rempli. « Ils soutenaient que l’ouverture d’un lycée public était superflue. Ils la considéraient comme du gâchis d’argent public », poursuit l’ex-édile.
Une longue histoire du catholicisme
Le projet venait surtout se confronter à l’identité profonde de la
commune. Dans le Morbihan, 49% des écoliers sont scolarisés dans
l’enseignement catholique. « C’est vrai dans la région Bretagne en
général, mais d’autant plus dans le secteur de Ploërmel. C’est
l’héritage historique de la ville. Dès 1819, Jean-Marie de La Mennais y a
créé la Congrégation des frères de l’instruction chrétienne, qui ont
assuré l’éducation des enfant pour toutes les générations qui ont
suivi », explique Samuel Gicquel, chercheur en histoire contemporaine à l’Université de Rennes 2. « Pendant
très longtemps, il n’y a pas eu de demande pour l’ouverture d’autres
établissements. Même après la loi Guizot, les communes du secteur se
sont tournés vers les frères pour assurer l’éducation des enfants. Le
basculement s’est fait après la fin du XXe siècle avec une prise de
distance croissante à l’égard de la religion, et par l’arrivée de
nouvelles personnes dans la commune. »
À Ploërmel, l’école de la République n’a pas bonne presse. « Il y a cette idée persistante qu’une bonne école doit proposer un enseignement religieux, poursuit Samuel Gicquel.
Mais ces dernières années, cet attachement à l’école catholique a
changé de nature. On fait confiance au privé par fidélité culturelle,
par mimétisme. On considère que la pédagogie y est meilleure, que la
discipline est plus stricte, etc. » Un jour, Béatrice Le Marre a évoqué auprès d’une mère d’élève en difficulté financière la possibilité de l’école publique : « Celle-ci
s’est mise à hurler qu’elle ne scolariserait jamais son enfant à
« l’école du diable ». En tant que laïque convaincue, je me suis
toujours sentie en marge de la ville », soupire-t-elle.
Laurent Fontenelle, lui, se souvient des moqueries dont faisaient
l’objet ses enfants, scolarisés dans le public, lors des activités
extrascolaires. « Il y a un vrai mur idéologique »,
conclut-il. Le recteur de la paroisse de Ploërmel prêche pour la
construction d’une aumônerie à proximité du nouvel établissement.
Pendant ce temps, nombre d’habitants s’étonnent qu’on donne au nouveau
lycée public un « nom arabe », sans savoir que Mona Ozouf est…bretonne."