mercredi 27 avril 2022

il semblerait

 

"puis

puis vint la mer, la mer qui n’était pas la terre de mes appels, la
mer non pas pour que j’y élise domicile mais afin que je m’y
perde, la mer non pas mon étonnement et ma joie mais ma
fragilité, ma fragile fragilité, la mer devant moi, autour de moi,
devant, derrière, à droite, à gauche, au-dessus, oui, la mer était
aussi au-dessus de moi, en moi aussi, entrant par la bouche, les
narines, les yeux, les oreilles, chacun des pores de ma peau, par
chacune de mes pensées d’alors


la mer et mon reflet brisé par elle, et mon monde morcelé,
noyé dans son écume, la mer qui n’était pas pour moi, nulle
mer n’est pour celui qui n’a pas de terre ferme


et j’étais une pierre, une pierre qui réclamait la mer pour ses
obscurités, une pierre que sollicitait le monde afin que le
monde m’oublie" [...]
Rémi Checchetto-extrait de: "Laissez moi seul" 
 

"
Une fois terminées ces pages, une fois
l'ouvrage achevé, alors qu'on le ferme,
que les pages soupirent, entendre encore
longtemps le bruissement de l'air,
une respiration qui ne nous quitte pas,
qui fait un peu de notre respiration,
cela alimente aussi le petit peu de braise
qu'on conserve pas plus gros qu'une rose,
juste fait pour notre éternité et celle de quelques uns."
Rémi Checchetto extrait de: "Puisement"
 

 

" Tenir
 
Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains réunies :

Le caillou, l'herbe sèche,
L'insecte qui vivra,

Pour leur parler un peu,
Pour donner amitié

À soi-même, à cela
Qu'on avait dans les paumes,

Que l'on voulait garder
Pour s'en aller ensemble
 
Au long de ce moment
Qui n'en finissait pas.

Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains rassemblées

Pour ajouter un poids
De confiance et d'appel,

Pour jurer sous le ciel
Que se perdre est facile.

Tout ce qu'on a tenu :
L'eau fraîche dans les mains,

Le sable, des pétales,
La feuille, une autre main,

Ce qui pesait longtemps,
Qui ne pouvait peser,

Le rayon de lumière,
La puissance du vent,

On aura tout tenu
Dans les mains rapprochées."
Eugène Guillevic  extrait de: "Sphère-Carnac"
 

 

"Je veux entrer
Mais je ne sais
Ni où ni dans quoi.

Il semblerait que ce soit là
Où je me confondrais

Avec la source de ce
Dont j'ai toujours eu besoin. "
Eugène Guillevic extrait de: "Possibles futurs"
 

 "La soumission est la base du perfectionnement"
Auguste Comte
 



vendredi 22 avril 2022

sur la route


 Des gens se parlent
                                 en croisant d'autres gens sans leur parler .
 
Des gens se détestent et se tuent  aussi sans se parler.

Des gens vont et viennent puis s'assoient sur un banc
en regardant passer d'autres gens qui vont et viennent  dans leur sens à eux.

Des parents parlent à leurs enfants dans les allées des jardins en croisant d'autres gens sans enfants à qui parler, alors ils causent aux plantes ou à leur chien.

Partout, des premiers et des derniers voyages dans les mêmes jardins et des gens avec  des histoires à se raconter croisant des gens sans histoires.

Partout les mots qui se parlent ne sont jamais tout à fait les mêmes.

Partout des gens s'arrêtent de penser pour réfléchir aux gens qui vont et viennent dans leur fauteuil, poussés par derrière par d'autres gens.
 
C'est la roue qui tourne, partout.
 

 "Le français dit: "l'appétit vient en mangeant" et ce principe reste vrai quand on le parodie et que l'on dit, l'idée vient en parlant."
Heinrich von Kleist extrait de: "De l'élaboration progressive des idées par la parole"
 

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Les français ne sont pas dupes.
Les français savent que.
Les français ne sont pas bête.
Les fran-fran, les fran-fran, les français
farcis, phare là
à toutes les sauces les français
du moment,
comme c'est formidable
qu' ils pensent comme nouille 
al dente
et la caravane du grand cirque  il popolo  passe
 

 "Quand on s'y rend pour la première fois, on a toujours envie de suivre quelqu'un d'expérimenté.
Grave erreur. Plus grave que l'idée de partir dans la zone par -10°C, sans sac de couchage, en espérant y faire du feu pour se réchauffer, en se réveillant à intervalles réguliers pour aller casser toutes les clôtures dans un rayon de cent mètres alentour, puis à nouveau piquer du nez sur le tapis de sol et maudire la terre entière.
C'est pourquoi, quand tu t'y rendras pour la première fois, vas-y seul. Et, ce qui est le plus important, fais le moins de préparatifs possible. Ce sera un véritable isolement: tu emprunteras des chemins inconnus, tu t'enliseras dans un marais, sans carte ni boussole, te repérant grâce aux étoiles auxquelles tu ne connais que dalle.
tu t'effraieras des carnassiers et tu prendras les cris des chevreuils et d'élans pour le grognement d'un ours, écumant de rage. tu seras usé, tu tomberas de fatigue, mais tu ramperas jusqu'à Pripyat,étaleras ton corps rompu et dormiras douze heures d'affilée.
tu te réveilleras, monteras sur le toit d'un immeuble pour comprendre: ce n'était pas pour rien. Tu devras faire le tour de la ville dans l'espoir vain de dénicher un bout de clope et de tirer enfin une bouffée, ou bien chercher des piles pour faire deux-trois clichés amateurs. Il faudra courir aux basques des groupes de touristes pour ramasser des mégots comme un vrai clochard. C'est ce que tu es, un clochard, qui explore l'Apocalypse.
De quoi a-t-on besoin pour la première fois? De rien. Vraiment de rien. Prendre une torche, un couteau, des conserves, un sac de couchage, du riz et un paquet de bonbons. C'est tout. tu peux, évidemment, passer des mois à rassembler des informations sur la bonne composition de la trousse à pharmacie, à emballer les Karrimat, les fioles, les multitools, les tentes et autre merde de randonneur, mais cela t'éloigne de l'essentiel. Dans les endroits perdus, tu dois t'écorcher les pieds, boire de l'eau infestée de bacilles, rouspéter contre les piles mortes et économiser le riz qui disparaît. Il serait assurément encore plus chic si tu le faisais non sur mes conseils, mais tout simplement parce que tu es un dégénéré. Les gens normaux n'ont pas leur place dans la poubelle radioactive. Retiens-le."
Markiyan Kamysh extrait de: "La Zone"-Arthaud Editions 
 

 


 


 

"Ma  garce de vie s'est mise à danser devant mes yeux, et j'ai compris que quoi qu'on fasse, au fond on perd son temps, alors autant choisir la folie."
Jack Kerouac extrait de: "Sur la route"