mercredi 2 septembre 2020

on devrait


"On doit travailler avec le matériel existant"
Vladimir Ilitch Lénine


"Il est possible aussi qu'il n'ait rien dit du tout, seulement pensé à dire, rêvé de dire, regretté de n'avoir pas dit et pour finir imaginé qu'il avait dit."
Emmanuel Carrère





 photo source: Courrier International


          illustration source: Marianne

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             illustration source: Toile

"De la campagne où, je l’avoue, j’ai passé de délicieuses vacances, on observait depuis deux semaines une étrange obsession urbaine : dans la confusion de spécialistes pas vraiment unanimes et de dirigeants manifestement ignorants de toute biologie, on comprenait que la pandémie était aux portes et qu’il fallait porter le masque en tout temps et en tout lieu. Et me voici dans la métropole où le brouhaha mascophile ne cesse pas.
Loin de moi l’envie de minorer la gravité du Covid-19.
Loin de moi l’intention de tirer la moindre conclusion du fait qu’il serait utile de rapporter les quelque onze morts qu’a provoqués quotidiennement cette maladie en août aux 1.676 morts de toutes causes qui surviennent en moyenne chaque jour.
Loin de moi l’idée de suggérer qu’il pourrait y avoir une disproportion entre les remèdes imposés par les autorités dans une ambiance étonnamment anxiogène et la réalité du mal.
Parce qu’en fait, je n’en sais pas assez pour juger, et que la prudence continue à rester l’option la plus raisonnable pour l’instant. Donc portons un masque quelque temps.
Mais il est permis de s’étonner de la focalisation univoque sur cette pandémie et sur le moment présent. On applique avec une rigueur extraordinaire le principe de précaution, soit. Mais pourquoi ne l’appliquer qu’au Covid-19 et pas à d’autres maux tout aussi néfastes voire davantage ? Si l’on était logique, il faudrait élargir cette attitude compréhensible de prévention du risque.
Depuis huit mois, on a compris que le virus Sars-Cov-2 provenait d’animaux de forêts tropicales mis en contact avec les humains du fait de la destruction de leurs habitats. L’urgente nécessité pour éviter que de nouveaux virus tels que le Sars-Cov-2 surgissent serait de lutter contre la destruction de ces forêts et plus largement de la biodiversité. Mais où voit-on la moindre amorce en Europe et en France de changement de la politique à l’égard des forêts africaines ? Quelle mesure a été prise pour limiter l’importation de soja d’Amazonie, pourtant dramatiquement détruite au Brésil par le gouvernement Bolsonaro ? Quand l’Europe et la France ont-ils affirmé nettement qu’ils ne signeraient pas le Mercosur, l’accord de libre-échange avec le Brésil et d’autres pays d’Amérique latine, tant que la déforestation ne cesserait pas ?
Un autre domaine où l’on attendrait la même mobilisation qu’à propos du port du masque serait d’engager une vraie politique de santé environnementale et alimentaire. On sait depuis le début de la pandémie que les personnes les plus à risque face au virus sont celles qui souffrent d’obésité et de diabète, des maladies largement déterminées par les usages sociaux et les pratiques alimentaires. Une des meilleures défenses face aux maladies épidémiques qui surviennent et qui surgiront de nouveau est d’être en bonne santé. Mais la politique de santé environnementale est en France en pleine régression, et rien n’a bougé depuis quelques mois dans le bon sens.
Les pandémies ne sont pas les seules nuisances qui menacent la santé collective. D’autres domaines mériteraient eux aussi l’attention sourcilleuse que les autorités déploient face au Covid. Un exemple majeur en est la pollution de l’air, qui est responsable en France de plus de 48.000 morts prématurées chaque année et de neuf millions dans le monde. L’État français n’en continue pas moins de ne rien faire à ce propos, et il a même été condamné lourdement en juillet dernier pour son inaction. Un constat ironique est que le confinement a eu des effets bénéfiques sur la santé : il aurait permis de réduire de 11.000 le nombre de morts dus à la pollution de l’air en Europe.
De même, on pourrait se mobiliser bien davantage pour éviter l’aggravation du changement climatique, dont les conséquences sanitaires envisagées par les experts sont dramatiques, notamment par les vagues de chaleur. Selon une étude parue en 2018, en l’absence d’importantes réductions des émissions de gaz à effet de serre, jusqu’à trois personnes sur quatre courront le risque de mourir de chaud à l’horizon 2100.
Donc, le masque, d’accord. Mais à condition qu’il ne nous cache pas la réalité des autres menaces tout aussi importantes que celle que pose le Covid. Et que l’on agisse aussi sérieusement à leur propos qu’à celui du coronavirus."
Hervé Kempt pour "Reporterre"


                           illustration source: Reporterre


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ça va FORT
Estuaire est le thème du salon de rentrée
et il sera ainsi traité par une quarantaine d'exposants 

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lundi 31 août 2020

passé décomposé



 Conjuguons
au passé décomposé
Apprendre et à laisser
reposer
tranquillement
au regard du sentier  parcouru.

    Photo Marc Racineux

 ".../...
Je leur donnerai le poison et le baume. Le sommeil et l’éveil.
Ils auront leur lot de rêves. Ils les oublieront.

Ils rêveront à nouveau. Ils effaceront mieux de leur mémoire ce qui advient dans leur vie diurne.

Ils se croiront apaisés, consolés. Ils trouveront la vie douce, et je les aiderai à y croire.

Ils se croiront sauvés. Je leur parlerai le langage du salut.

Ils ne voudront plus rien entendre qui aille contre leur certitude. Et je me tairai.

Plus rien ne se passera, du moins le croira-t-on.
Et puis quelque chose adviendra, quand ils seront au plus profond de leur engourdissement hivernal, et ils se réveilleront.

.../..."
Marie Baudry extrait de: "Ossip Ossipovitch"-Alma Editeur

    

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  Rentrez comme vous êtes

  extrait de Marianne n°1224    



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".../... 
Dans le secret d'aller aux autres et à vous-mêmes comme la pluie va à la terre, vous avez découvert sans l'éventer le mystère de la plante, de l'animal, de la pierre, de l'enfant d'où s'initient à naître les hommes et les femmes.
Vous parcourez en dansant ou en claudiquant les parcs naturels du savoir. Vous apprenez les enchantements d'Orphée. D'un infime accord jaillissent les émerveillements de l'aventure et cette même et distincte beauté du crapaud et de l'orchidée.
Au profond de la forêt des désirs où chacun sillonne le labyrinthe qu'il s'invente pas à pas, nul dragon ne surgit que n'ait le pouvoir d'apaiser celui qui, par maladresse, crainte ou perversité, en a suscité le péril.
Il n'est rien en regard du plaisir qui ne soit la vie même. Le génie de l'humain vous a menés au coeur unanime du corps et de la terre, où git la puissance qui ne meurt pas, la racine se régénérant de son sang et de sa sève.
Pourquoi vous soucier d'autre héritage que de l'unique instant qui vous fit naître et vous confère l'incomparable privilège d'être unique et cependant partout présent où toute vie renaît et multiplie?
La science en vous renouvelée, se dispense sans réserve ni réticence, au gré de la curiosité dont s'enflamment, aux fêtes de l'inspiration, les raisons et les ages.
Aimants et aimés, en quoi vous conviendrait-il de vous montrer tutélaires ou en quête de protection?
il vous suffit d'errer par les champs magnétiques du vivant pour connaître l'art de l'aimantation, qui attire et repousse les êtres et les choses au rythme du temps, et fait ondoyer avec la grâce du serpent le chemin lentement tracé dans l'entrelacs des autres et de vous-mêmes.
Pénétrés du plaisir d'exister, vous êtes vous et vous êtes à tous sans que rien ni personne ne vous puissent saisir et capturer. Les promesses que la vie vous a fait, vous gagez de les tenir sans comptes à rendre à quiconque. Ce que vous tentez de vivre à la pointe du désir, nul autre que vous ne le peut entreprendre. Vous caracolez seuls, armés de la seule force qui dispense d'armes et d'armure, dédaignant les compagnons de la mort et le sarcasme des cadavres. Le rire du vivant consume les cercueils.
Il n'y a pas de récompense puisqu'il n'y a plus de châtiment. Il n'y a que la jouissance mieux déterminée à croître et s'affiner qu'à se défendre et s'aguerrir contre ce qui l'entrave et la nie.
Heureux celui qui, au-delà de tout sentiment de réussite ou d'échec, sans présomption ni mépris de soi, déroule le fil labyrinthique de l'existence en s'avouant: ainsi ai-je désiré du fond du coeur que ce soit.
De telles choses ne sont possibles que sur la terre."
Raoul Vaneigem -extrait de: "Enfants qui dissiperez le cauchemar du vieux monde-"Nous qui désirons sans fin"-Le Cherche Midi Editeur 
                                 
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               5 ans déjà...                    



"Léo Ferré un archipel" par Jacques Layani- Editions "Le bord de l'eau" sortie en septembre 2020