lundi 18 mai 2020

L'oreille humaine n'est pas faite pour entendre des ondes de ce type.


"Un jour viendra où l'homme devra combattre le bruit avec autant de force qu'il a combattu le choléra ou la peste."
Robert Koch-prix Nobel de biologie-1905-



"Les hommes, pense-t-on aujourd'hui, n'ont qu'à aller à la campagne pour voir "le calme de la nature" et profiter du silence. 
Mais les hommes n'y rencontrent point le silence; au contraire, ils portent dans la campagne le tapage de la grande ville et de leur vie intérieure."
Max Picard extrait de: "Le monde du silence"



"Pour la première fois dans l'histoire de l'évolution les sons faibles, ceux qui sont les plus importants, sont soustraits à notre existence quotidienne.
Le spectre de la pollution sonore n'est pas le même que celui des sons naturels. Si l'on jette un oeil aux ondes sonores naturelles, elles ressemblent à des vagues, elles sont douces. 
Les ondes des sons modernes et mécaniques ont la forme de dents aiguisées.
L'oreille humaine n'est pas faite pour entendre des ondes de ce type."
Gordon Hempton
Sources: "Un peu de silence s'il vous plait" par Mathieu Giroux-Marianne-Agora Société- n'°1209



Dents
le journal du matin: LIBE:

"J’ai si bien vécu le confinement que là, j’ai comme un deuil à faire, totalement inattendu. Les premiers jours, j’étais comme tout le monde, en état de sidération. D’ailleurs, je n’ai pas lu pendant une semaine, ce qui ne m’arrive jamais. Et puis, probablement que mon esprit a trouvé ce qui allait lui faire du bien. Dès le lundi, je suis sortie marcher et faire des courses avec mon fils et à partir de là, c’est une parenthèse enchantée qui s’est ouverte, chez moi et dans Paris. J’habite en bas de Montmartre et soudain, j’ai pu arpenter seule ou quasiment, et dans le silence, ce quartier habituellement bondé de touristes. Je ne l’avais jamais vu comme ça, je l’ai découvert. Chaque jour pendant deux mois, j’ai donc marché, sans jamais dépasser le périmètre du kilomètre, c’était une échappée extraordinaire. Un privilège immense.
«J’ai aussi la chance que mon appartement donne sur un square et sur un jardin. Du coup, j’ai assisté au réveil de la nature au printemps, il remontait des odeurs de terre, on entendait les grillons… Ça avait une magie incroyable. Je n’ai pas du tout regretté de n’être pas partie me confiner dans ma maison de campagne. Au contraire, cette expérience m’a rapprochée de Paris, qui n’était plus juste une cité de béton et de bars. J’entrevoyais le Paris d’avant, son histoire. Du coup, alors qu’on était empêchés, j’ai ressenti une grande sérénité, avec un sentiment de grande liberté intérieure, tout en étant parfaitement consciente de la crise sanitaire et de ses conséquences sociales et économiques - comme je travaille dans l’édition, j’en fais aussi les frais avec la fermeture des librairies pendant deux mois. Tout en étant convaincue qu’il faut que tout redémarre, j’ai eu un gros coup de mou hier en constatant que ça reprenait, le bruit, les gens dans la rue, même s’il n’y a pas encore foule. J’ai conscience que j’ai été ultra-privilégiée de vivre le confinement comme ça, je le disais à mon fils : "Profite bien, on ne revivra jamais un moment pareil."»"
Olivia
                                               

Le livre donnant envie
(oui mais de quoi? ndc)

 Extraits:

" La fenêtre donne sur la guerre qui a décimé mon enfance, la fenêtre donne sur les cris de ma mère. Mes mains empoignent la crémone mais, vidées de leurs forces, elles retombent feuilles mortes. Je dois sauter dans le vide pour rejoindre le jadis. Peut-être suis-je au rez-de-chaussée car des massifs de roses et des sapins maigres me font face. J’ai l’âge de la pluie qui se met à tomber, j’ai cent fois l’âge du pigeon qui débusque des vers de terre entre les dalles de la cour, entre les dalles de ma mémoire. Un pas me coûte une vie. De la table au lit s’étend le désert du Sahara. Le plus têtu, c’est mon pied gauche qui fait mine de se diriger vers la droite puis suspend son vol. Certains de mes membres sont caractériels, surtout à l’approche du soir. Voulez-vous vous distraire, Sarah, prendre un bain d’images télévisuelles ? Comment expliquer à l’aide soignante que je ne veux plus du dehors ? Que plus rien ne filtre du monde, voilà mon souhait, que rien ne contrarie mon grand retrait. Je travaille à faire le vide en moi, à me dépeupler de tout. L’actualité politique, les faits divers, la météo, les livres, les connaissances, le genre humain, tout passe par-dessus le parapet.
Je veux brouter mes pensées en paix, pensées en charpie, mie d’idées à donner aux deux chats qui me rendent visite, mais sont-ce bien des chats ? La vue, la vie me jouent des tours. Sarah, vos chaussettes sont trouées, demandez à votre fille d’en acheter. Non, mademoiselle, c’est mon cerveau qui est troué, un vrai gruyère. S’il vous plaît, laissez-moi me délester du bruit du monde et m’acclimater à mon terrier. Mon seul problème : je ne parviens pas à me détacher de la peur. Une tare familiale, ce talent pour se noyer dans la panique."


"Qui êtes-vous, mademoiselle ? Que faites-vous sur mon lit où j’attends celui qui n’a jamais voulu se marier avec moi ? Je porte les crimes de ma famille sur mes épaules, c’est pourquoi je suis voûtée. Le prénom de mon père ? Il s’est envolé. Du J initial je suis à peu près sûre. Les mots s’enfuient de chez moi ou bien arrivent tout emmêlés. Quand on atteint mon âge, on s’allège du superflu. Les quatre à cinq dents qui me restent en ont marre de ma bouche. Parquées au même endroit depuis presque un siècle ça les déprime, alors elles se défenestrent. Normalement, les termes précis du style « défenestrent », je les laisse à ma fille qui déteste l’à-peu près dans la vie. Enfant, elle me torturait des heures durant, m’interrogeant sur le sens des mots. Un escabeau, c’est quoi, maman ? Une sorte de bateau à trois mâts et demi je pense. La précision du « demi », c’est ça qui l’épatait. J’avais tenté d’enterrer le flamand mais mon français était nimbé de flou. Les noms des oiseaux, des plantes, les verbes rares, les locutions typiques, les proverbes, le vocabulaire culinaire composaient les cases mortes dans la langue que j’avais choisi d’épouser. Une erreur dans l’emploi d’une préposition et la môme pleurait, agrippée des après-midi entières à un dictionnaire que j’avais volé au bureau à sa demande. Qu’on ait vécu des années dans un appartement dépourvu du Petit Robert, c’est ça qui l’a désaxée à jamais. À la fin de l’école primaire, elle minaudait « maman, aux taxidermistes, aux empailleurs du langage qui le parquent à la morgue, je dois soustraire un maximum de spécimens sauvages, libres, je dois les réanimer, leur redonner vie. Tu comprends ma mission ? ».
Je détestais être mère, elle ne voulait pas une maman mais une encyclopédie. On aurait pu bien s’entendre au lieu de se saccager enfer. Quand j’emploie un mot exact, j’en veux à ma fille de m’avoir contaminée. Passereau, goéland, ibis, vous voyez vraiment une différence ? Pour faire paniquer ma fille à mort, il me suffisait d’accoler n’importe quelle image à un nom. Des guêtres tu dis ? Ça doit être un instrument pour faire le guet. Dans une de tes chansons de variété, le refrain répète « que je sois en liesse » ? Sûrement un nouveau terme pour dire une laisse. Une langue ça bouge très vite tu sais. Chaque nuit, pendant que tu dors, il y a au minimum cinq spécimens qui naissent. Dangereux de dire cela à ta gamine, me disait mon amant criminologue, elle dort déjà avec le Larousse et le Bescherelle dans son lit et dresse des listes de mots dans ses cahiers d’écolière.
Moi, je vois tout en approximatif, le physique des hommes, la résonance des mots, les périodes historiques, les zones géographiques. D’ailleurs, votre visage est vague, mademoiselle ? Quand il passe dans mon cerveau, le monde doit perdre son ordre. Seules mes peurs ont une précision pharaonique. « Pharaonique », c’est pas de moi qu’il vient cet adjectif. Mon lot d’épithètes est plutôt étroit. Il n’y a que les écrivains qui s’encombrent de cinq mille mots et traitent de haut les propriétaires moins fortunés de mon genre. Vous être riche de combien de vocables, mademoiselle ? Votre compte en banque lexico-sémantique atteint quel montant ?"


" Mademoiselle, un conseil : n’ayez jamais d’enfant, un mioche ça bousille la vie, c’est une catastrophe, une apocalypse qui s’abat sur vous, un boulet que l’on traîne des décennies. En accordant une liberté totale à ta gamine, à ne pas lui imposer de limites, de bornes, tu risques de la déséquilibrer, d’affoler son angoisse, d’en faire une inadaptée chronique à la société, à l’existence me répétait un amant psychiatre. Ça la regarde si, à cinq ans, ma fille suce mes bijoux, mange ses cheveux, trichotillomanie réactionnelle m’avait dit ce même amant, c’est son affaire si elle dort dans une boîte en carton, parle aux fantômes et dessine sur les murs, sur les armoires, sur son corps. Le jour où elle m’a demandé « maman, c’est mieux de me lancer dans le patinage ou de faire du poney ? », je lui ai balancé « tu fais ce que tu veux, nul n’en a cure. Tu t’adonnes aux claquettes, à l’ocarina sans trous, à l’élevage de limaces, je m’en fous, du moment que TU ME FICHES LA PAIX ».
Personne ne m’a montré comment survivre dans la campagne brabançonne, personne n’a écouté mon calvaire, alors, pas question que je donne à ma fille ce que je n’ai jamais reçu. Un aveu tardif : laisser mon enfant à l’état sauvage n’était même pas un programme, juste une impossibilité de fonctionner autrement. Je retire une certaine fierté de lui avoir enseigné une seule chose par voie de contamination directe : s’alarmer pour un rien, se noyer devant une tasse de Cécémel, douter d’être dans la veille ou le sommeil, la vie ou la mort.
Un conseil, mademoiselle : n’engendrez jamais. Un moutard, ça vous désagrège. Déjà fœtus, il dévore votre oxygène et sa naissance vous signale qu’il vous précipite dans la tombe."


Je redescends sous la barre des 40 kg, sous la barre des cent mots. Je laisse à ma fille le soin de faire des provisions langagières, de stocker ses trésors dans des boîtes de conserve, dans le congélateur. Même mon prénom qui pourrit par ses deux « a », je le jette volontiers aux orties. Le seul vocable que je tiendrai en réserve et calerai entre mes joues, c’est « jamais ».
extraits de: "Jamais" de Véronique Bergen source Lundimatin 


"Dans mon pays, les tendres promesses du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains." René Char 


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     Photo source ETC-ISTE


"je suis de l'autre côté du pont

je suis là je vous vois mais de loin

toujours de l'autre côté du pont

les fleurs sont lourdes de pluies

elles ploient jusqu'à la boue

il y a des orties en batailles

des herbes hautes et des buissons

il y a des silences tout au fond

des petits rongeurs trempés 

qui font toilette 

à leurs secrets d'oiseaux blessés

et puis des araignées qui portent 

leurs milliers d'enfants

ou d'autres curieux insectes 

ils savent briller

en dévalant nos souvenirs

ils ont leurs petites vies

leurs petits jeux

leurs petits mondes

qui en valent bien d'autres

et qui ne valent rien

dans  nos sourires d'espoir rouillé

comme dans un cimetière tout vert

il y a un trou derrière mes yeux

qui mène de l'autre côté de la galaxie

vers le vide et le noir infini

je suis de l'autre côté du pont

je suis là je vous vois mais de loin

vous êtes beaux et dégoutants

vous êtes bizarre comme des questions

qui marchent avec la fierté d'une autruche

je vous salue de l'autre côté du pont

de l'autre côté du cimetière tout vert

de l'autre côté du trou derrière mes yeux

je ne sais pas de qui j'ai le plus peur

de vous 

de moi
                                                                          ou du pont"
                                        Thomas Vinau-ETC-ISTE 

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Illustration source: Kedistan

L’oiseau qui chante avec la langue coupée

"Es-tu cette inconnue
Qui dresse son chant vers le haut lendemain
Cette femme de lumière
Aux ailes brisées ?
Es-tu cette flamme
Qui rêve d’allumer la neige
A la musique
Cette inconnue qui pleure
Dans un jour trop beau
Celle qui soulève les morts
Dans ses douces mains de potier
Es-tu cette ombre d’être
Quand la beauté de ton chant
Fondait sur ta langue assassinée
Cette inconnue
Cette femme de lumière
Née de chaque aurore
Qui a lancé sa joie
A tous les vents
L’oiseau à la langue coupée
chante
A hauteur des sommets"
 Nùdem Durak-source: Kedistan

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samedi 16 mai 2020

refuge

 

"Par ce mouvant océan la foule une petite goutte d’eau a plu sur moi


Qui m’a chuchoté « Je t’aime et bientôt je mourrai


J’ai accompli ce long voyage pour te voir simplement, te toucher


Tant j’avais crainte de te perdre dans l’au-delà ».


Walt Whitman, Feuilles d’herbes

 


« Il est possible que le livre soit le dernier refuge de l’homme libre.

Si l’homme tourne décidément à l’automate, s’il lui arrive de ne plus penser que selon les images toutes faites d’un écran, ce dernier finira par ne plus lire. Toutes sortes de machines suppléeront : il se laissera manier l’esprit par un système de visions parlantes : la couleur, le rythme, le relief, mille moyens de remplacer l’effort et l’attention morte, de combler le vide ou la paresse de la recherche et de l’imagination particulière :

tout y sera, moins l’esprit. Cette loi est celle du troupeau. »
André Suarès

Les deux textes proviennent des Editions du petit véhicule"




Cher enfant, 
Bientôt va débuter pour toi une merveilleuse et tragique expérience. 
Quelque part dans  l’immensité de l’univers, à la périphérie d’une galaxie appelée la Voie Lactée, près de l’étoile Soleil, sur la troisième planète de son système, la Terre, tu vas  naître. Des myriades de petits spermatozoïdes vont monter à l’assaut dans le ventre obscur de ta mère. Le gagnant pénétrera son ovule et tu  vas entrer dans l’existence.
Tu es le fruit d’une longue gestation qui se poursuit depuis près de quatorze milliards d’années. Tout a commencé dans la lumière éblouissante d’un gigantesque et torride  espace. Ne me demande pas ce qu’il y avait avant, je n’en sais  rien.
Par la suite, dans l’ambiance de collisions de galaxies, d’explosions d’étoiles, de chocs d’astéroïdes, sur une planète tiède tu vas naitre. Suite à une longue séquence d’accouplements et de naissances  tu auras acquis ton fabuleux cerveau qui te permettra de poser des questions.
Tu découvriras que tu n’es pas seul dans ce monde, tu seras  accompagné dans ton séjour terrestre par une famille, une nation, plus de sept milliards d’êtres humains et d’innombrables animaux et plantes de toutes espèces. Tu devras partager ton existence avec eux. Tu dépendras d’eux et ils dépendront de toi.
La durée de ton existence sera, au mieux, de l’ordre d’un siècle, une durée infime par rapport à celle de l’univers. Pendant ce temps il te sera possible d’explorer le monde et de prendre conscience de tes devoirs et de tes responsabilités.  Tu auras à affronter le cycle de la vie humaine avec ses moments de grâces et ses crises. «  De temps en temps la terre tremble », écrit le poète Louis Aragon.
Contrairement aux abeilles et aux oiseaux, ta destinée ne sera pas inscrite dans tes gênes, tu devras la décider toi-même. Il te reviendra de t’instruire pour trouver les moyens  de favoriser et d’enrichir la vie autour de toi. D’œuvrer à humaniser une humanité qui en a un grand besoin. D’inscrire ton activité pour amener la matière cosmique à accoucher des merveilles dont elle possède les recettes.  
   Tu auras l’immense chance d’entrer en contact avec le grand trésor de la culture humaine. Accumulé depuis des millénaires,  les œuvres d’art – musique, peinture, littérature qui ont contribué à embellir nos vies. Les réflexions des penseurs de toutes les cultures, qui se sont penchés sur les mystères de notre existence.
Tu pourras t’approprier ce riche patrimoine, en faire ton profit, aider à le préserver contre l’oubli et peut-être y contribuer toi-même. Tu laisseras en héritage les fruits de ton activité pour que ceux qui viendront après toi poursuivent la grande aventure de l’univers.
Sache que, dans ce monde, il y a de la compassion et de l’amitié. Mais il  y a aussi de la méchanceté, de la cruauté, de l’horreur. Tu y seras peut-être confronté. Refuse obstinément d’y participer. II en va de ta dignité d’être humain.
Fais en sorte qu’on dise de toi ces mots d’Albert Camus « il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence ». Tache d’être à la hauteur de ta destinée. Ta vie y prendra son sens. Tu y trouveras ton bonheur.
Hubert Reeves 
source: "Lettres d'intérieur" France-Inter- 







"Aussi rapides que l'eau du fleuve ou le vent du désert,
nos jours s'enfuient.
Deux jours, cependant, me laissent indifférent :
celui qui est parti hier et celui qui arrivera demain." 

Omar Khayyâm





Découvert chez: "L'hippopotable, le blogue qui distrait tout en s'amusant."


« J'n'étais encore qu'un enfant d'chœur
Qu'j'avais déjà un cœur de notaire
J'n'aimais pas beaucoup l'école
Je n’vivais qu’pour les actes notariés, yé yé yé »