mercredi 8 janvier 2020

un devenir

          


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"Trop de monde, trop de bruit
trop de nuits cassées
trop de rêves dissipés !
Ça chante, ça parle, ça bouscule
ça crie, ça siffle, ça murmure
trop d'habitants dans ma tête
qui dansent sur mon silence
Arrêtez la cavale des mots fous
et la cohorte des moineaux tapageurs
terrassez la horde des pensées inquiètes
et des coquelicots qui déjà appellent le printemps
éloignez ces verbes excentriques qui chassent le réel
empêchez l'envolée de ces phrases qui parlent de tout et de rien
tirez à vue sur toutes les digressions
je ne veux plus ressasser l'inventaire du jour
et celui des musées de l’imaginaire
taisez les mots qui parlent à voix basse
les embusqués du subconscient
les pensées clandestines
les demi-mots, les petit mots, les dicos en goguette
et tous les souvenirs altérés

Laissez-moi vivre en moi, et seul

Je ne veux plus que ma tête soit ailleurs
quand je devrais être en moi et ici
donnez-moi du carré et des nombres
laissez partir les soleils de minuit
nourrissez-moi de tapioca, de patates et de chiffres
fermez la porte des folies
et tous les portiques de l'imaginaire
chassez ce hibou galéjeur qui ricane dans mes rêves
pourchassez les enfants poètes et leurs cerfs-volants
les jongleurs de mots et les papillons ivres
qui titubent autour des réverbères
congédiez mon neurone aux chimères
emprisonnez mes idées folles, mes pensées vagabondes
je veux la mise à l'arrêt des bruits qui courent
la mise en sourdine des verbes hauts, des jeux de mots
des gros mots, des traits d’esprit, des paroles en l’air
des désaccords et des accords et des promesses qui passent

Trop de monde, trop de bruit
trop de nuits cassées
trop de rêves dissipés
donnez-moi des mots d'ordre
des pensées à l'eau de rose
des pamphlets au pain béni

Donnez moi le sommeil et le silence des justes
fermez ma conscience et ses agitateurs

Allez, mots rebelles
Mots sauvages et petits rêves
ouste dehors !

Incroyable ! Je ne suis pas chez moi
dans ma tête
rien ne m'obéit
le désordre règne
comme quand le maître parlait au tableau
et jetait sur ma table des équations froides
en ces temps où le soleil attendait l'heure de la récréation
Rien n'a changé
les décennies ont passés
et dans mon lit
des mots des phrases des rires démentiels
squattent encore ma nuit
une cacophonie déchire mon silence
je cherche le calme et la paix

Il est trois heures
et la lune fait le guet
seule la caresse de mon chat
promène un silence bienveillant."

Jean-Michel Sananès "Silence là-dedans" chez: "Le bordel des poètes"



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découvert chez: "La crevaison":




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Vu chez: Yves Brette


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TEASER FESTIVAL TRAJECTOIRES 2020 from CCNN on Vimeo.


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Chez "Yatra":



mardi 7 janvier 2020

une autre fois


Une autre fois

 La pèche-rit au soleil.
Pieuvre articulée
bras
et filets.

Céphalopode galvanisé

Observateur clairvoyant de l'énergie côtière





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Lu chez: "Le retour du Tenancier"

« C’est pourquoi celui qui peut, de l’isolement des mots imprimés, froids, impersonnels, faire naître cet enthousiasme, celui-là participe de l’immortalité qu’il a fait naître. Un jour, il ne sera plus, ce qui n’a aucune importance, parce que, figé dans l’invulnérable isolement des mots imprimés, réside ce qui est capable de faire naître à nouveau les impérissables enthousiasmes d’antan dans les cœurs et les organes de ceux qui sont nés de l’air même qu’il a respiré et dans lequel il a vécu ses angoisses ; si la chose écrite en a été capable une fois, il sait qu’elle le sera de nouveau longtemps après ce qu’il ne restera plus de lui qu’un nom mort qu’efface peu à peu le temps. » 
William Faulkner 

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Sur la platine de :" L'ex homme-âne-yack":



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        photo source: "La Méduse et le Renard"

                                                                        - Pas regardante-


"Ne te sens

pas privilégié

ce matin

la lumière embrasserait

n'importe qui"
                                                                 
                                                                 Guillaume Siaudeau


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Entre les deux mon corps balance 

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Le film en entier chez KUB 

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affleure de sel



                           à banc donné

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"Je fuis le bruit et la fureur. On est vraiment soi-même quand on s’éloigne des autres. J’avance très lentement. Je m’attarde des heures à poursuivre un insecte. Je me perds et me trouve dans la vie d’un brin d’herbe.  La vitesse n’est que le temps qui se répète plus vite. La lenteur, au contraire, est une métamorphose. Il faut traîner la patte pour découvrir une porte invisible. Ceux qui passent trop vite se butent au chambranle du réel. Il est difficile d’harmoniser tous les aspects de l’homme. Le pire prend le pas sur le reste. Le poing parle plus fort que la caresse. Il reste le refus d’obéir, la paresse, l’insoumission, le partage, la soif d’absolu. Ce qui n’existe pas nous sauve de ce qui est. Pour bien profiter du présent, il faut d’abord se débarrasser de l’avenir, savoir marcher lentement, apprendre à goûter la paresse, cajoler l’inutile, respirer sans raison, être à la fois ici et là. L’avoir, le pouvoir et le valoir n’apportent rien à l’homme. Ils le dispensent d’exister. D’un autre côté, la servitude et l’obéissance ne font pas mieux. C’est ailleurs qu’il faut chercher la vie. Peut-être dans la contemplation. Ce qui sidère aimante l’âme. Dans le théâtre de la vie, l’acteur m’intéresse moins que le spectateur. Il n’a pas besoin qu’on l’applaudisse. Il remercie les fleurs avec ses yeux, les choses avec sa main, les mots avec sa bouche. Il y a si peu de nous dans les images qu’on projette. Il y en a plus dans celles qu’on regarde.

Il faut accueillir les fleurs, non les cueillir. On apprend tous à compter, mais on ne sait plus dire bonjour. On écrit sans savoir épeler. On mange sans avoir à goûter, à saliver, à mordre. Je rêve d’une chandelle au milieu des néons, d’une simple parole éteignant les micros, d’un pissenlit sur l’asphalte. À l’abondance du vide, je préfère la qualité du peu. Certains regardent la pluie comme si c’était des larmes. D’autres y voient l’arc-en-ciel. La vie n’est pas faite pour être subie ou méritée. Elle est, tout simplement. Par inadvertance, j’ai échappé mon cœur. J’en ramasse encore les débris. Je les assemble mot à mot comme un immense puzzle. Dans l’église des athées, le partage a remplacé la charité. Dans le troupeau des mots, les bergers sont en laine. Combien de lèvres porte une pomme ? Combien de gestes pour un bras ? Combien d’onces de soif dans un verre ? Il y a des questions servant d’échine à tout ce qu’on ignore. Il faut se présenter vivant face à la mort.

L’argent laisse des cernes à chaque chose que le savon du cœur n’arrive pas à laver. Comment peut-on préférer la médiocrité à l’admirable ? L’habillement, le vêtement, le déguisement importent moins que la manière d’être nu. J’aime le parfum du frêne ameutant les insectes, les boules de buis tendues comme des seins, les vagues d’encre laissant du sel sur la page, les avant-bras de l’herbe soulevant des odeurs, la rosée qui résiste à la poussière d’usine, le frisson du tonnerre dans les oreilles de l’air, les mots qui s’approchent des choses avec leurs pattes de mouche, les roseaux infusés de soleil, les galeries de rats d’eau déchaussant les racines, les loges de verdure encastrées dans la pierre, le rayon vert dans le gris des routines, les papillons nichés sur un filet de flûte, les champs de tournesols impatients de s’ouvrir. Il m’arrive de flotter entre le conscient et l’inconscient, de pêcher à la ligne sans passer à la ligne. Des fragments de musique s’agglutinent pêle-mêle à mes visions d’enfance. En danger de vertige, j’ai le cœur qui louche et l’âme qui tressaute. J’ai plaisir à cueillir des mots sur le bord des fossés. Ils montent des orteils à la tête. Lorsque les fleurs me transmettent leur pensée végétale, je pense par le nez. On m’a privé de pays, mais sa langue m’accompagne. Ma maison n’est pas encore bâtie. Elle est dans l’air des paroles, le froid d’hiver, l’été trop court, les eaux du fleuve, la chair des enfants. J’écris avec mes yeux comme des clefs qui tournent et ouvrent l’invisible.

Que me reste-t-il de toutes ces années à faire le con ? Trop de choses nous heurtent en cherchant l’absolu. On écrit sur le vide pour mieux le traverser. Jamais droit dans ses bottes, serrant de près l’instant, on écrit pour après, pour plus tard, contre le temps aux yeux méchants qui brise les visages. Il n’y a pas d’oiseaux s’inventant une cage. J’écoute la tempête comme un enfant comprend le chien. La moindre goutte de vide cherche une goutte de plein. J’avance mot à mot dans ce qu’on ne sait pas, dans l’entre tout et rien, dans l’infime infini. J’écris surtout la nuit. Je tourne et me retourne dans un grand lit défait. Quand il ne reste que les mots, je m’habille de leurs draps. Je ressuscite entre les lignes d’un cahier, entre les linges du silence. Mes parents sont en moi. Leurs doigts se touchent dans ma voix. Leurs mains témoignent dans les miennes."

Jean-Marc La Frenière "Le bruit et la fureur"


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