vendredi 13 décembre 2019
mots croisés
J'ai des envies très port,
d'enfumés bistrots, les orteils pris dans l'eau-salée-
de tables lourdes et boisées,
ornées de cartes étranges
et
improbables,
sur lesquelles, tous sexes confondants, l'on referait le monde
dans de délicates et tonitruantes chimères,
des impressions du moment aussi justes et perfectibles que l'existence
aussi propices à la déraison, aux chants beuglés,
au solo trémolo qui fait éclore de lourdes larmes
au buriné visage marin, revenu du tout et de rien.
"In dublin's fair city"
J'ai des envies de Vent
qui décoiffe les blanches crinières,
de ride traçant sans vergogne leur chemin de vie;
de moitié de chacun reliant sa chacune
et toutes combinaisons dehors,
sans aucun droit d'auteur
mais
prenant son impossible double par le cou
pour
lui susurrer dans l'oreille, des intentions notables,
de franches fragilités,
pour ne plus faire la cour,
quand l'espace est immense
et
qu'il reste plutôt, à conquérir un devoir de se tromper
d'effacer le catalogue des vérités convenues
et
de ne posséder
finalement
que des envies fugaces d'être
bien
et là
ensemble.
Au jeu
du
ni gagnant, ni perdant
mais
où toutes les grâces
seraient permises.
Consomme.
Vois
Elles :
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"[...]
Je me tenais au milieu du même café dans son paysage onirique récurrent.
Pas de serveuse, pas de café. J'étais obligé d'aller à l'arrière, de moudre du café et de le passer moi-même.
il n'y avait personne alentour, hormis le cow-boy.
Je remarquais qu'il avait une cicatrice, comme un petit serpent descendant le long de sa clavicule. Je nous ai servi à l'un et à l'autre une tasse fumante mais j'ai évité de croiser son regard.
-Les légendes grecques ne nous apprennent rien, disait-il. Les légendes sont des histoires. Les gens les interprètent ou en tirent des leçons de morale.
Médée ou la Crucifixion, on ne peut les déconstruire.
La pluie et le soleil arrivèrent simultanément et engendrèrent un arc-en-ciel. Médée trouva les yeux de Jason et sacrifia ses enfants. Ces choses-là arrivent, voilà tout, l'indéniable effet domino inhérent au fait de vivre.
Il est allé se soulager tandis que je contemplais la Toison d'or selon Pasolini. Je me suis approchée de la porte et j'ai scruté l'horizon. Le paysage poussiéreux était interrompu par des collines rocailleuses dépourvues de végétation. Je me suis demandé si Médée avait gravi de tels rochers, une fois sa rage assouvie.
Je voulais savoir qui était le cow-boy. Une sorte de vagabond homérique, imaginais-je.
J'ai attendu qu'il sorte des WC, mais il prenait trop de temps. Des signes annonçaient que les choses étaient sur le point de changer: une horloge fantasque, le tabouret de bar qui tournoyait et une abeille à l'agonie qui lévitait au-dessus d'une petite table recouverte d'émail couleur crème.
J'ai envisagé d'aller à sa rescousse, mais il n'y avait rien à faire. Je m'apprêtais à partir sans payer mon café, puis je me suis ravisée, et j'ai laissé quelques pièces sur la table à côté de l'abeille mourante.
De quoi payer le café et une modeste boite d'allumettes en guise d'enterrement.
Je me suis extirpée de mon rêve, me suis levée, débarbouillée, je me suis fait des tresses, j'ai trouvé mon bonnet et mon calepin, et suis sortie en pensant aux divagations du cow-boy sur Euripide et Apollinius.
Au départ il m'avait irrité mais je devais reconnaître que sa présence récurrente m'apportait un certain réconfort.
Quelqu'un que je pouvais retrouver, si nécessaire, dans ce paysage à la lisière du sommeil.
[...]"
Patti Smith- extrait de: M Train" Editions Gallimard
photo source: New-York Times
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Tenir les rennes...
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Mots croisés
pour faire le mur:
mercredi 11 décembre 2019
dans mon rétroviseur
La nuit prêtant son oreille compère aux cris du silence, l'oeil battant paisible les rythmes d'un coeur de lune, je me suis appuyé un moment contre son épaule nue et fraîche qui mêlait à l'herbe mouillée, les vapeurs de l'océan et mes pas de solitude sur un carrelage symétrique. La rumeur avait filé sans demander son reste en sachant très bien qu'une fois passée, elle laisserait forcément un souvenir comme le sillage cotonneux d'un navire et la houle qui l'accompagne. Pour l'heure, chacun avait retrouvé place et fonction dans le grand -je- des illusions, du devant de la scène aux anonymes coulisses.
C'est un jardin d'automne en attendant l'hiver
un jardin des plantes et qui se planque en faisant le dos rond,
sous la pluie océane en douce et demi-sel.
La nature a rangé ses costumes trop voyants
Il lui reste à attendre des instants plus propices,
pour croitre et multiplier comme disait la chanson,
et s'éponger sans chaleur apparente
mais l'émotion demeure sous la terre fertile
à ses souhaits.
C'est un jardin qui s'accroche aux branches,
distingué sous la rafale,
délicat aux intempéries, conjuguant le gris anthracite et travaillant au noir avec distinction.
C'est un jardin guère prétentieux qui fait front à la mer et demande son reste d'envolée lyrique et de gorge dénudée.
C'est un jardin qui roule et tangue,
à force d'avoir des pieds en sous-entendu marin.
Quand il tombe averse il se relève toujours et sourit de plus belle, à l'avenir et la saison clémente qui attendra tranquillement l'année prochaine;
Si tout veut bien.
C'est un jardin présentement en service minimum
qui prend des cours de grève
à bon marché,
se fait porter pâle pour se mettre au vert.
C'est un jardin public-relation,
au siècle des lumières et sa perfide Albion.
C'est un jardin qui s'adapte et n'en pense pas moins...
Un jardin si le coeur nous en dit
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Le monsieur dans le poste:
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"il faut non pas se poser mais se déposer;
faire un acte de déposition, au sens où l'on parle de rois déposés.
Cette déposition de la souveraineté par le moi, c'est la relation sociale avec autrui."
Emmanuel Levinas
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Dans le journal (Marianne):
"Encore un jour à se lever En même temps que le soleil La face encore un peu poquée D'mon 4h de sommeil yeah J'tire une couple de puffs de clope Job done pour les vitamines Pis un bon café à l'eau de moppe Histoire de s'donner meilleure mine Yeah J'prend le Florida Turnpike Pis demain soir j'ta Montmagny Non trucker s'pa vraiment l'Klondike Mais tu vois du pays Yeah Surtout que ça te fait réaliser Que derrière les beaux paysages Y'a tellement d'inégalités Et de souffrance sur les visages La question que j'me pose tout le temps Mais comment font tous ces gens Pour croire encore en la vie Dans cette hypocrisie C'est si triste que des fois Quand je rentre à la maison Et que j'park mon vieux camion J'vois toute l'Amérique qui pleure Dans mon rétroviseur Moi je traîne dans ma remorque Tous les excès de mon époque La surabondance surgelée, shootée suremballée, Yeah Pendant que les voeux pieux passent dans le beurre Que notre insouciance est repue C'est dans le fond des conteneurs Que pourront pourrir les surplus La question que j'me pose tout le temps Mais que feront nos enfants Quand il ne restera rien Que des ruines et leur faim C'est si triste que des fois Quand je rentre à la maison Et que j'park mon vieux camion Je vois toute l'Amérique qui pleure Dans mon rétroviseur Sur l'interstate-95 Partent en fumée tous mes rêves Un char en feu dans une bretelle Un accident mortel Yeah Et au milieu de ce bouchon Pas de respect pour la mort Chacun son tour joue du klaxon Tellement pressé d'aller nulle part La question que j'me pose tout le temps Mais où s'en vont tous ces gens Y'a tellement de chars partout Le monde est rendu fou C'est si triste que des fois Quand je rentre à la maison Et que j'park mon vieux camion Je vois toute l'Amérique qui pleure Dans mon rétroviseur Un autre truck-stop d'autoroute Pogné pour manger d'la schnoutte C'est vrai que dans la soupe du jour Y'a pu tellement d'amour yeah On a tué la chaleur humaine Avec le service à la chaîne À la télé un autre malade Vient d'déclencher une fusillade La question que j'me pose tout le temps Mais comment font ces pauvres gens Pour traverser tout le cours D'une vie sans amour C'est si triste que des fois Quand je rentre à la maison Pis que j'park mon vieux camion Je vois toute l'Amérique qui pleure Dans mon rétroviseur Rien n'empêche que moi aussi Quand j'roule tout seul dans la nuit J'me demande des fois ce que je fous ici Pris dans l'arrière-pays yeah J'pense à tout c'que j'ai manqué Avec Mimi pi les deux filles Et j'ai ce sentiment fucké D'être étranger dans ma famille La question que j'me pose tout le temps Pourquoi travailler autant M'éloigner de ceux que j'aime Tout ça pour jouer la game C'est si triste que des fois Quand j'suis loin de la maison Assis dans mon vieux camion J'ai toute l'Amérique qui pleure Quelque part au fond du coeur"
Les cowboys fringants
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Retraitons, retraitons...il en restera toujours quelque chose:
illustrations découvertes chez: "Le journal de Jane"
et chez: "Les déraisons du Docteur Burz"
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Découvert chez: "Tout est littérature (et même le reste)"
et
chez: "Ma petite boite à musique"
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