vendredi 29 novembre 2019

le raisonnable



"Vous en êtes du matin?
oui
et aussi d'la nuit!
pas forcément par envie d'ailleurs
puisque je suis plutôt du matin
et qu'en général
il vaut mieux choisir
entre les deux
"on noeud peut pas tout faire"


                              Seulement,
je n'ai pas trop le choix
parce que je boulonne la nuit.

 Gourmandise,

sauve qui peut,
 inconscience
je prends
le tout
et plus encore
les fins de soirée
les débuts de nuit
les pleines lunes
les ciels étoilés
la voûte nuageuse
la pluie sans l'oreiller tapant aux carreaux,

le vent broutant un Vélux
les cauchemars des petits
et
ceux aussi des grands
tous différents
dans leur transcription nocturne.
et

puis
les matins  frais,

ouatés, légers.
L'aube
au
crépuscule
et l'inverse aussi.

une rosée
de Loire,
le jour qui se pointe
quand
il veut,

souvent pas pressé,
même si
des fois
il se la pète
dans les couleurs au tableau!
et j'en suis
tout chose.
petite chose
d'ailleurs
devant
tant
d'époustoufle.

Je suis
de la famille
des chouettes
des phares
sans la balise
sauf quelques fois...

je connais
un peu du monde
des noctambules
de ceux
qui comme moi
officient
à l'ombre.

Ceux qui soignent
toutes sorte de plaies
ceux qui soignent
toutes sortes de plaintes
et des fois
cela
se mélange.
Je connais aussi
la solitude
professionnelle
quand on parle avec les murs murs,.

gabier d'un équipage
au rythme syncopé.


Pour ma gouverne,

j'en apprends
pas mal
sur l'introspection
ce drôle d'oiseau
non
répertorié
qui vous visite
-souvent-
sans prévenir
J'apprends
à écouter
tous les bruits
du silence
et leurs différences.
J'apprends
à humer
l'ambiance,
avec
modération.
j'apprends
des vies parallèles,
de l'autre moitié
d'orange.
Mais...

soyez sans crainte

quand
vous dormez

je veille."


(avant de fermer les volets )




"Je ne ferais pas mon lit des souffrances éternelles
quand bien même elles s'accordent dans les violons d'une île.
Je me lasserais bien vite du trop plein des sérieux
comme du phare à peau Pierre,
empoche sous des yeux.
Je ne ferais pas des avances au destin.
Il parait qu'il n'aime pas ça.
Alors, j'essaierais d'autres ruses,
toutes aussi inutiles, sans doute,
pour tenter de naviguer
en lumière apparente.
Je ne ferais pas des images d'aventure
à de belles chimères, l'existence en nom propre,
quand on relie sa vie pour faire bonne figure
et le droit de flotter, pour un temps,
en eau trouble.
Autant de gagné sur la pendule."


             photo Odile

 Les souvenirs d'enfance ce n'est pas un sport de jeunesse







"Il n'y a pas que les mots dans la vie,
ma parole!
II y a aussi les passerelles entre les mots;
tous ces silences qui font la jonction entre les deux  rives de tes lèvres.
Il n'y a pas que la nuit ici,
mais non, voyons!
Admire par exemple la lucidité, comme rarement tu l'as vue,
en pleine lumière,
dans la pénombre.

Un jour,
en 2027
quand j'aurais pris la juste mesure de tous mes sentiments,
je pourrais alors lever les voiles au sortir du port,
pas peu fier sur un pont mouvant de quitter la rive droite de l'estuaire.
Dame, c'est qu'il n'y a pas que du solide dans l'histoire,
Sur l'océan, tache de t'en souvenir,
on paie en liquide.

J'ai cru longtemps pouvoir découvrir la phrase imbattable,
celle qui s'accorderait par tous les temps et à toutes les formes de serrure humaine.
Seulement,
tu sais,
j'ai fini par comprendre qu'il n'y avait pas ici-git  que des illusions poétiques,
mes utopies sucrées ou mes colères
  toutes prêtes salées...
Je ne changerai rien au monde, n'en déplaise à mon adolescence,
et à l'orgueil qui fait marcher sur la boule les fragiles.

 Il n'y a pas que des jeux d'Ego dans l'aventure qui tricote son quotidien;

mais aussi l'évidence qui fait  tout son possible pour narguer les rêves,
et nous apprendre par coeur,
parfois jusqu'au dégoût,
le raisonnable."











lundi 25 novembre 2019

C'est son mystère




On s'en parle

 

Lettre de Charles Baudelaire à Victor Hugo, 1859


Monsieur,
J’ai le plus grand besoin de vous, et j’invoque votre bonté. Il y a quelques mois, j’ai fait sur mon ami Théophile Gautier un assez long article qui a soulevé un tel éclat de rire parmi les imbéciles, que j’ai jugé bon d’en faire une petite brochure, ne fût-ce que pour prouver que je ne me repens jamais. — J’avais prié les gens du journal de vous expédier un numéro. J’ignore si vous l’avez reçu ; mais j’ai appris par notre ami commun, M. Paul Meurice, que vous aviez eu la bonté de m’écrire une lettre, laquelle n’a pas encore pu être retrouvée, L’Artiste ayant jugé à propos de la renvoyer à un domicile que je n’habite plus depuis longtemps, au lieu de la renvoyer à Honfleur, mon vrai domicile, où rien ne se perd. Il m’est impossible de deviner si votre lettre avait directement trait à l’article en question, et, quoi qu’il en soit, j’ai éprouvé un amer regret. — Une lettre de vous, Monsieur, qu’aucun de nous n’a vu depuis longtemps, de vous, que je n’ai vu que deux fois, et il y a de cela presque vingt ans, — est une chose si agréable et si précieuse ! — Il faut cependant que je vous explique pourquoi j’ai commis cette prodigieuse inconvenance de vous envoyer un papier imprimé sans joindre une lettre, un hommage quelconque, un témoignage de respect et de fidélité. Un des imbéciles dont je parlais (celui-là plein de trop d’esprit, je veux dire d’esprit pointu) me dit : Comment ! vous aurez l’effronterie d’envoyer cet article à M. Hugo ! Vous ne sentez donc pas que c’est fait pour lui déplaire ! — Voilà sans doute une énorme sottise. Eh bien ! Monsieur, quoique je sache que le génie contient naturellement tout l’esprit critique et toute l’indulgence nécessaire, je me suis senti intimidé, et je n’ai pas osé vous écrire.
J’ai donc maintenant quelques explications à vous donner. Je sais vos ouvrages par cœur, et vos préfaces me montrent que j’ai dépassé la théorie généralement exposée par vous sur l’alliance de la morale avec la poésie. Mais en un temps où le monde s’éloigne de l’art avec une telle horreur, où les hommes se laissent s’abrutir par l’idée exclusive d’utilité, je crois qu’il n’y a pas grand mal à exagérer un peu dans le sens contraire. J’ai peut-être réclamé trop. C’était pour obtenir assez. Enfin, quand même un peu un peu de fatalisme asiatique se serait mêlé à mes réflexions, je me considère comme pardonnable. L’épouvantable monde où nous vivons donne le goût de l’isolement et de la fatalité.
J’ai voulu surtout ramener la pensée du lecteur vers cette merveilleuse époque littéraire dont vous fûtes le véritable roi et qui vit dans mon esprit comme un délicieux souvenir d’enfance.
Relativement à l’écrivain qui fait le sujet de cet article, et donc le nom a servi de prétexte à mes considérations critiques, je puis vous avouer confidentiellement que je connais les lacunes de son étonnant esprit. Bien des fois, pensant à lui, j’ai été affligé de voir que Dieu ne voulait pas être absolument généreux. Je n’ai pas menti, j’ai esquivé, j’ai dissimulé. Si j’étais appelé à témoigner en justice, et si mon témoignage, absolument véridique, pouvait nuire à un être favorisé par la Nature et aimé par mon Cœur, je vous jure que je mentirais avec fierté ; — parce que les lois sont au-dessous du sentiment, parce que l’amitié est, de sa nature, infaillible et ingouvernable. Mais vis-à-vis de vous, il me semble absolument inutile de vous mentir.
J’ai besoin de vous. J’ai besoin d’une voix plus haute que la mienne et que celle de Théophile Gautier, — de votre voix dictatoriale. Je veux être protégé. J’imprimerai humblement ce que vous daignerez m’écrire. Ne vous gênez pas, je vous en supplie. Si vous trouvez, dans ces épreuves, quelque chose à blâmer, sachez que je montrerai votre blâme docilement, mais sans trop de honte. Une critique de vous, n’est-ce pas encore une caresse, puisque c’est un honneur ?
Les vers que je joins à cette lettre se jouaient depuis longtemps dans mon cerveau. Le second morceau a été fait en vue de vous imiter (riez de ma fatuité, j’en ris moi-même) après avoir relu quelques pièces de vos recueils, où une charité si magnifique se mêle à une familiarité si touchante. J’ai vu quelquefois dans les galeries de peintures de misérables rapins qui copiaient les ouvrages des maîtres. Bien ou mal faites, ils mettaient quelquefois dans ces imitations, à leur insu, quelque chose de leur propre nature, grande ou triviale. Ce sera là peut-être (peut-être !) l’excuse de mon audace. Quand Les Fleurs du mal reparaîtront, gonflées de trois fois plus de matière que n’en a supprimé la Justice, j’aurai le plaisir d’inscrire en tête de ces morceaux le nom du poète dont les œuvres m’ont tant appris et ont donné tant de jouissances à ma jeunesse.
Je me rappelle que vous m’envoyâtes, lors de cette publication, un singulier compliment sur la flétrissure que vous définissiez une décoration. Je ne compris pas très bien, parce que j’étais encore en proie à la colère causée par la perte de temps et d’argent. Mais aujourd’hui, Monsieur, je comprends très bien. Je me trouve fort à l’aise sous ma flétrissure, et je sais que désormais, dans quelque genre de littérature que je me répande, je resterai un monstre et un loup-garou.
Il y a quelque temps, l’amnistie mit votre nom sur toutes les lèvres. Me pardonnerez-vous d’avoir été inquiet pendant un quart de seconde ? J’entendais dire autour de moi : Enfin, Victor Hugo va revenir ! — Je trouvais que ces paroles faisaient honneur au cœur de ces braves gens, mais non pas à leur jugement. Votre note est venue qui nous a soulagés. Je savais bien que les poètes valaient les Napoléon, et que Victor Hugo ne pouvait pas être moins grand que Chateaubriand.
On me dit que vous habitez une demeure haute, poétique, et qui ressemble à votre esprit, et que vous vous sentez heureux dans le fracas du vent et de l’eau.
Vous ne serez jamais aussi heureux que vous êtes grand. On me dit aussi que vous avez des regrets et des nostalgies. C’est peut-être faux. Mais si c’est vrai, il vous suffirait d’une journée dans notre triste, dans notre ennuyeux Paris, dans notre Paris-New York, pour vous guérir radicalement. Si je n’avais pas ici des devoirs à accomplir, je m’en irais au bout du monde. — Adieu, Monsieur, si quelquefois mon nom était prononcé d’une manière bienveillante dans votre heureuse famille, j’en ressentirais un grand bonheur."
BAUDELAIRE

Découvert chez: Dissident


                                   |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||#################




marais
cages








                                          ||||||||||||||||||||||||||||||||||\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\




"Le chemin des brumes" en entier chez KUB



 Les Monts d'Arrée:

"Là-bas lorsque l'on est perdu c'est que l'on est bien arrivé"

                       
                                        \\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\~~~~~~~~~~~~~~~~



 Quoi de neuf dans le bourg ?


[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[####


[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[#########




"Les yeux baissés, la main tremblante, il est à couper le souffle. Jamais on sait de son sourire, s'il est vrai ou pour l'invisible. Une vie troublée, la Sainte au mur. Il voit la neige qui fond. Ses mains, au fûr et à mesure, chassent les flocons qui tombent. Sa mer est ravagée, nomade, il ferme sa porte. Il cherche partout ses voix qui font signes aux baleines, et où il parle à ses sirènes. Il aime ces temps sauvages. C'est son mystère à lui: Être le héros de son histoire. Les yeux baissés, la main tremblante, il est à couper le souffle. Jamais on sait de son sourire, s'il est vrai ou pour l'invisible. Je suis à l'intérieur de toi, je flotte tes veines, je cours les rues illuminées de souvenirs sonores - ta ville m'amène aux top secret rivages Et j'aime ses temps sauvages. C'est son mystère à lui: Être le héros de son histoire. C'est son mystère" 
17 Hippies 

Là-bas lorsque l’on est perdu, dit la légende, c’est que l’on est bien arrivé. Les Monts d’Arrée dessinent un territoire unique, hors du monde, qu’ils soient plongés dans la brume, baignés par la pluie ou léchés par le soleil. Le rapport de l’homme au paysage est le fil conducteur de ce road-movie intimiste. Le cinéaste y suit six personnages, persuadé que chacun s’invente un paysage intérieur.. Lire la suite sur KuB : https://www.kubweb.media/page/chemin-brumes-monts-arree-xavier-liebard/