On s'en parle
Lettre de Charles Baudelaire à Victor Hugo, 1859
Monsieur,
J’ai le plus grand besoin de vous, et j’invoque votre bonté. Il y a
quelques mois, j’ai fait sur mon ami Théophile Gautier un assez long
article qui a soulevé un tel éclat de rire parmi les imbéciles, que j’ai
jugé bon d’en faire une petite brochure, ne fût-ce que pour prouver que
je ne me repens jamais. — J’avais prié les gens du journal de vous
expédier un numéro. J’ignore si vous l’avez reçu ; mais j’ai appris par
notre ami commun, M. Paul Meurice, que vous aviez eu la bonté de
m’écrire une lettre, laquelle n’a pas encore pu être retrouvée,
L’Artiste ayant jugé à propos de la renvoyer à un domicile que je
n’habite plus depuis longtemps, au lieu de la renvoyer à Honfleur, mon
vrai domicile, où rien ne se perd. Il m’est impossible de deviner si
votre lettre avait directement trait à l’article en question, et, quoi
qu’il en soit, j’ai éprouvé un amer regret. — Une lettre de vous,
Monsieur, qu’aucun de nous n’a vu depuis longtemps, de vous, que je n’ai
vu que deux fois, et il y a de cela presque vingt ans, — est une chose
si agréable et si précieuse ! — Il faut cependant que je vous explique
pourquoi j’ai commis cette prodigieuse inconvenance de vous envoyer un
papier imprimé sans joindre une lettre, un hommage quelconque, un
témoignage de respect et de fidélité. Un des imbéciles dont je parlais
(celui-là plein de trop d’esprit, je veux dire d’esprit pointu) me dit :
Comment ! vous aurez l’effronterie d’envoyer cet article à M. Hugo !
Vous ne sentez donc pas que c’est fait pour lui déplaire ! — Voilà sans
doute une énorme sottise. Eh bien ! Monsieur, quoique je sache que le
génie contient naturellement tout l’esprit critique et toute
l’indulgence nécessaire, je me suis senti intimidé, et je n’ai pas osé
vous écrire.
J’ai donc maintenant quelques explications à vous donner. Je sais vos
ouvrages par cœur, et vos préfaces me montrent que j’ai dépassé la
théorie généralement exposée par vous sur l’alliance de la morale avec
la poésie. Mais en un temps où le monde s’éloigne de l’art avec une
telle horreur, où les hommes se laissent s’abrutir par l’idée exclusive
d’utilité, je crois qu’il n’y a pas grand mal à exagérer un peu dans le
sens contraire. J’ai peut-être réclamé trop. C’était pour obtenir assez.
Enfin, quand même un peu un peu de fatalisme asiatique se serait mêlé à
mes réflexions, je me considère comme pardonnable. L’épouvantable monde
où nous vivons donne le goût de l’isolement et de la fatalité.
J’ai voulu surtout ramener la pensée du lecteur vers cette
merveilleuse époque littéraire dont vous fûtes le véritable roi et qui
vit dans mon esprit comme un délicieux souvenir d’enfance.
Relativement à l’écrivain qui fait le sujet de cet article, et donc
le nom a servi de prétexte à mes considérations critiques, je puis vous
avouer confidentiellement que je connais les lacunes de son
étonnant esprit. Bien des fois, pensant à lui, j’ai été affligé de voir
que Dieu ne voulait pas être absolument généreux. Je n’ai pas menti,
j’ai esquivé, j’ai dissimulé. Si j’étais appelé à témoigner en justice,
et si mon témoignage, absolument véridique, pouvait nuire à un être
favorisé par la Nature et aimé par mon Cœur, je vous jure que je
mentirais avec fierté ; — parce que les lois sont au-dessous du
sentiment, parce que l’amitié est, de sa nature, infaillible et
ingouvernable. Mais vis-à-vis de vous, il me semble absolument inutile
de vous mentir.
J’ai besoin de vous. J’ai besoin d’une voix plus haute que la mienne
et que celle de Théophile Gautier, — de votre voix dictatoriale. Je veux
être protégé. J’imprimerai humblement ce que vous daignerez m’écrire.
Ne vous gênez pas, je vous en supplie. Si vous trouvez, dans ces
épreuves, quelque chose à blâmer, sachez que je montrerai votre blâme
docilement, mais sans trop de honte. Une critique de vous, n’est-ce pas
encore une caresse, puisque c’est un honneur ?
Les vers que je joins à cette lettre se jouaient depuis longtemps dans mon cerveau. Le second morceau a été fait en vue de vous imiter
(riez de ma fatuité, j’en ris moi-même) après avoir relu quelques
pièces de vos recueils, où une charité si magnifique se mêle à une
familiarité si touchante. J’ai vu quelquefois dans les galeries de
peintures de misérables rapins qui copiaient les ouvrages des maîtres.
Bien ou mal faites, ils mettaient quelquefois dans ces imitations, à
leur insu, quelque chose de leur propre nature, grande ou triviale. Ce
sera là peut-être (peut-être !) l’excuse de mon audace. Quand Les Fleurs du mal
reparaîtront, gonflées de trois fois plus de matière que n’en a
supprimé la Justice, j’aurai le plaisir d’inscrire en tête de ces
morceaux le nom du poète dont les œuvres m’ont tant appris et ont donné
tant de jouissances à ma jeunesse.
Je me rappelle que vous m’envoyâtes, lors de cette publication, un singulier compliment sur la flétrissure que vous définissiez une décoration.
Je ne compris pas très bien, parce que j’étais encore en proie à la
colère causée par la perte de temps et d’argent. Mais aujourd’hui,
Monsieur, je comprends très bien. Je me trouve fort à l’aise sous ma flétrissure, et je sais que désormais, dans quelque genre de littérature que je me répande, je resterai un monstre et un loup-garou.
Il y a quelque temps, l’amnistie mit votre nom sur toutes les lèvres. Me pardonnerez-vous d’avoir été inquiet pendant un quart de seconde ?
J’entendais dire autour de moi : Enfin, Victor Hugo va revenir ! — Je
trouvais que ces paroles faisaient honneur au cœur de ces braves gens,
mais non pas à leur jugement. Votre note est venue qui nous a soulagés.
Je savais bien que les poètes valaient les Napoléon, et que Victor Hugo ne pouvait pas être moins grand que Chateaubriand.
On me dit que vous habitez une demeure haute, poétique, et qui
ressemble à votre esprit, et que vous vous sentez heureux dans le fracas
du vent et de l’eau.
Vous ne serez jamais aussi heureux que vous êtes grand. On me dit
aussi que vous avez des regrets et des nostalgies. C’est peut-être faux.
Mais si c’est vrai, il vous suffirait d’une journée dans notre triste,
dans notre ennuyeux Paris, dans notre Paris-New York, pour vous guérir
radicalement. Si je n’avais pas ici des devoirs à accomplir, je m’en
irais au bout du monde. — Adieu, Monsieur, si quelquefois mon nom était
prononcé d’une manière bienveillante dans votre heureuse famille, j’en
ressentirais un grand bonheur."
BAUDELAIRE
Découvert chez: Dissident
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marais
cages
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"Le chemin des brumes" en entier chez KUB
Les Monts d'Arrée:
"Là-bas lorsque l'on est perdu c'est que l'on est bien arrivé"
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Quoi de neuf dans le bourg ?
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"Les yeux baissés, la main tremblante,
il est à couper le souffle.
Jamais on sait de son sourire,
s'il est vrai ou pour l'invisible.
Une vie troublée, la Sainte au mur.
Il voit la neige qui fond.
Ses mains, au fûr et à mesure,
chassent les flocons qui tombent.
Sa mer est ravagée, nomade, il ferme sa porte.
Il cherche partout ses voix
qui font signes aux baleines,
et où il parle à ses sirènes.
Il aime ces temps sauvages.
C'est son mystère à lui:
Être le héros de son histoire.
Les yeux baissés, la main tremblante,
il est à couper le souffle.
Jamais on sait de son sourire,
s'il est vrai ou pour l'invisible.
Je suis à l'intérieur de toi,
je flotte tes veines,
je cours les rues illuminées de souvenirs sonores
- ta ville m'amène aux top secret rivages
Et j'aime ses temps sauvages.
C'est son mystère à lui:
Être le héros de son histoire.
C'est son mystère"
17 Hippies
Là-bas lorsque l’on est
perdu, dit la légende, c’est que l’on est bien arrivé. Les Monts
d’Arrée dessinent un territoire unique, hors du monde, qu’ils soient
plongés dans la brume, baignés par la pluie ou léchés par le soleil. Le
rapport de l’homme au paysage est le fil conducteur de ce road-movie
intimiste. Le cinéaste y suit six personnages, persuadé que chacun
s’invente un paysage intérieur.. Lire la suite sur KuB :
https://www.kubweb.media/page/chemin-brumes-monts-arree-xavier-liebard/