mardi 26 mars 2019

la mer revient toujours au rivage

Si la girouette pouvait parler elle dirait qu'elle dirige le vent.
oui Jules, mais de quelle symphonie parlais-tu?
Celle de Stravinsky pour instruments à vent?
ou Brahms
ou la petite de Gounod
...
à moins que:



"Seuls sur terre ne s’ennuient jamais les gens qui regardent en l’air, les amis des tours et des oiseaux, des cimes, des toits, et des nuages ; les amis des flèches et des fumées, des cheminées, des coqs, des croix et des girouettes. Ils trébuchent en marchant, et cependant ce sont eux les vrais voyageurs. Le vent emplit leurs mains de hannetons et de feuilles. L’espace décolore leurs yeux. Ils n’ont pas d’âge, puisqu’ils ne savent jamais à quel moment ils marchent vers les cimetières.../..."
Germaine Beaumont





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Henri David




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Ecueil
du cactus
qui ne tient pas debout
pour le plaisir d'un spectateur
n'en finissant plus 
de grassement cactaceae.

Succulente journée
à l'horizon






"N'oubliez pas vos rêves fous / Tenez-les, portez les jusqu'au bout."

"La mer revient toujours au rivage"

Bernard Lavilliers


"vague longue
on ne sait d'où elle monte
de mémoire

brusque

masse tombée
sur la carlingue des côtes
poids qui broie
.../..."
Antoine Emaz



Sur KUB



"C'est dur de gagner son pain quotidien.
Le sort des écrivains ne l'est pas moins.
L'autre jour, un lecteur a exigé d'avoir quatre centimes par mot étudié.

chaque jour, des lettres de sommation
arrivent de tous les coins de la nation
et les écrivains n'ont plus les moyens
qu'on lise une page d'eux avant demain.

Les ivrognes ont trouvé là une aubaine
qu'ils vont mettre en pratique sous huitaine:
exiger des royalties des brasseries
pour avoir fait connaître leurs produits.

On peut imaginer des contre-mesures
pour la survie de la littérature:
taxer les boulangers pour le mot pain,
les bouchers pour boeuf, les bistrots pour vin." 
Stig Dagerman extrait de: "Billets quotidiens" Editions Cent Pages



Sur KUB





"De toute une semaine, je n'ai pas dit un mot,
à personne
                 Je reste sur une pierre
                 près de la mer, j'aime
que les embruns de la mer verte
            soient salés comme mes larmes.
Tant d'hivers;
              Tant de printemps, et
              je me souviens d'un seul printemps.
Je ne sais pas pourquoi.
Les nuits sont devenues plus douces,
                       la neige a fondu;
                       je suis sortie
regarder la lune : un étranger,
               alors,
m'a trouvée seule parmi les pins,
              il m'a demandée
              tout bas: "N'es-tu pas
celle que je cherche partout.
Après laquelle je languis,
               depuis mon plus jeune âge.
               Et qui me réjouit
comme une soeur bien aimée?"
J'ai répondu:"Non". Et quand la clarté
du ciel l'a éclairé, je lui ai tendu les mains;
il m'a offert une bague mystèrieuse.
                              Pour me protéger de l'amour
                              il m'a donné quatre repères
du pays où nous devons nous revoir:
La mer,
une baie, ronde,
un phare, haut,
et le plus sûr, l'absinthe...
Et que la vie finisse
                            comme elle a commencé. Et j'ai dit:
"Je sais, amen..."
Anna Akhmatova-extrait de"Le réquiem-Editions Al Dente







dimanche 24 mars 2019

le bonheur c'est l'eau


"Le bonheur
c'est tout se rappeler
mais plus précisément
tout oublier
c'est l'illusion de la neige
d'un cerisier en fleur qui aime l'hiver
c'est un salaud de ruisseau
qui ne coule qu'à sa tête
c'est la pluie sur la mer
c'est la rivière qui loin des villes
baise avec l'océan
c'est après le dégel
et avant l'avalanche
se baigner nu dans la boue
arroser les enfants l'été
avec des tuyaux percés

L'eau c'est l'eau
l'eau c'est l'eau
le bonheur
le bonheur c'est l'eau

C'est une grande ville cristalline
qui ruisselle vers le ciel
c'est des adolescents secs
qui plongent d'une falaise
dans un trou vert
c'est un baigneur solitaire
qui se noie sans résister
un naufragé accroché
 à une planche glissante
des jeunes orques insolents
qui attaquent un yacht de milliardaire

L'eau c'est l'eau
l'eau c'est l'eau
le bonheur
le bonheur c'est l'eau

c'est des milliards de méduses ivres
qui dérivent dans un flot tiède
c'est un bain chaud
où l'on redevient foetus de luxe
dans placenta océanique
c'est le liquide de ta bouche
et tes larmes sur ma langue

c'est l'eau
quoi qu'il arrive le bonheur c'est l'eau
c'est l'eau
quoi qu'il arrive le bonheur
le bonheur c'est l'eau 

l'eau c'est l'eau
l'eau c'est l'eau
le bonheur
le bonheur c'est l'eau"
Arthur H "Le bonheur c'est l'eau"








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 Création:Azad Ziya Eren

Infini Mal Merité*


"Les terres de l’âme sombrent dans les profondeurs des racines du cœur
pas de réconfort pour la souffrance du passé
pas de temps pour repasser les plis du langage
pas une seule page ne peut effacer le parfum du cœur
naphtaline, pris en note au calepin des plaies et médicaments
comme un mouchoir nous avons plié notre langue maternelle exhalant la naphtaline
attendant d’être écrits au calepin les migrations dans la poche intérieure de l’exil
des fleurs séchées dans les larmes
nous attendions de naître, à l’âge de ceux qui ne reconnaissent aucun interdit
le son des ailes du langage
est, sans aucun doute, plus clairement entendu à l’aube de l’amour
l’extase de cils s’élançant les uns vers les autres
ne peut que rompre les anneaux du fer des langues sur le tronc du cyprès
tout ce que je dis jaillit des migrations
privé de sens de souffle comme le déracinement d’un arbre
le cœur des ténèbres sent qu’il a droit au mal infini
ce cœur n’a même pas ce soir une bougie d’allumée."
 Azad Ziya Eren


L’infini Turbulent *

"Mort ; tache de naissance de notre âme Qui s’étale au cours du temps
Je peux déjà me voir déchiré
avant que le nom du voyage ne meurt
une page évanouie dans la mémoire du monde
constamment effacé, amenée à exister sous les pelures de la gomme
et je n’existe même pas
Dans  l’ombre des gens et des choses
Je me réveille comme une chose pourvue de racines de glace
laissé couché sans avoir reçu d’invitation
Je ne peux pas abandonner mon ombre
et une tête de lit faite de faucilles
sculptant des peurs pour en aborder d’autres
nous continuons à sortir d’une maison où nous ne pouvons rester sans pousser un soupir
solitude meublée de meubles nouveaux, les précédents ne nous sont même pas connus
une maison dont les puits d’émeraude est accessible en franchissant cèdres et cyprès.
Esquisse alliages et eau forte
hublots d’observation des règles
morphine et somnambules
et dans la cérémonie d’euthanasie et de funérailles nocturnes
cerfs crucifiés
immobiles et vivant au-delà du verre
comme des bannières faites d’yeux
le sang giclant comme des sabots d’argent
dans l’âme de cette turbulence infinie
brûle un feu de fête
et repose un couple de morts aux pieds nus"


Emulsion de l’Enfer*

En regardant Anselm Kiefer…
"Ils pavent une nouvelle rue de la réalité avec un coeur réduit en cendres, ils sortent des livres non lus du lacis des briques, ils penchent des échelles sans usages sur le lacis, ils connaissent la gueule des pierres comme ils connaissent des visages non retournés comme une fenêtre peut connaître la courbe de la branche, ils connaissent les lettres cramoisies des pavés de cendre, ils connaissent les revendeurs d’acide et les fossoyeurs des barbares, leur témoignage est suspendu au champ de la mort comme un vêtement à l’abandon, et décroché dans la camp, vêtements couverts de giclures de sang, leur amour et leur douleur s’appartenant l’un l’autre, la nuit ne déserte pas les ombres de l’exécution…
L’espace donne un coup de chapeau au virage, ramène à la rive la doctrine la doctrine du vide par la bouche bée, loin des prisonniers qui grimacent à la lumière du virage, ainsi toute forme de folie est attaché à la jambe de son pantalon, aux poches intérieures des tabliers ensanglantées des bouchers, avec sur ses épaules un esclave-galérien bouffi et mélancolique qui élève des oiseaux dans les espaces publics de villes lointaines, qui a été fondu dans des mers ouvertes, des milliers d’entre eux respirent sur ses épaules, la nuit ne déserte pas les ombres de l’exécution…
Nous entendons les ailes battre dans l’abîme, nous tenons à la boucle d’une rivière, les lèvres de l’amour et de la mort dans la boucle d’une rivière, avec ses paumes et ses épaules qui ont vu le ciel, temps, les cendres du nomade les cendres chaudes et sanglantes de son vent, une jarre de sang dans un monde en rupture, il l’oublie au niveau de l’atlas cervicale du vent, l’esprit de cette lettre contient plus de mercure, il n’oublie jamais, il n’oublie jamais, la solitude est toujours le vestibule de l’attente dans le ventre des horloges, la nuit ne déserte pas les ombres de l’exécution…
Quand il se met à boire lui-même la nuit, là où les pierres et les champs d’opium, là où les os et la putréfaction, là où l’état a bandé les yeux de pansements goudronnés, là où sont cendres et terreau, là où des lambeaux de cris et de totale solitude ont enflammé le ciel de leurs corps, ont enflammé le ciel de leurs esprits, ont enflammés le ciel de leur respiration, ils retrouvent la voix des vies sacrifiées aux poteaux d’exécution et la calme expansion du soleil du matin qui attend la calme expansion de la mort, dans les bois les reflets ombreux des exécutions et la calme expansion du soleil du matin qui attend la calme expansion de la mort, dans le bois les reflets ombreux des exécutions sur les plages du lendemain, l’impossible oubli ne déserte pas la mémoire…"  

Azad Ziya Eren  -source: Kedistan
*en français dans le texte
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 "Le rire sucre les larmes."
Robert Sabatier




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"La rue traîne des rumeurs. L’une sur l’autre, s’empilent les mauvaises paroles. Si on observe bien, depuis les trottoirs, on peut voir une brume épaisse divaguer. Une brume de mots vils mêlés, de verbes hauts et au travers, on distingue à peine les hommes et les femmes mutilés par les rumeurs de la rue. 
On serait tentés de ne pas voir. De passer à côté, absents. D’oublier les rumeurs une fois qu’elles sont passées par les gueuloirs, périmées et remplacées par des rumeurs nouvelles. Mais la rue en garde le souvenir indéfiniment, jusque dans ses entrailles : rumeurs vieilles pourrissant dans les boyaux d’autres. Et ainsi de suite. Vases communicants, les unes sur les autres qui s’enfantent."
Christophe Sanchez "A la rue"  source: FUT-IL
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