samedi 10 novembre 2018

jardin du souvenir


"La télévision était allumée depuis le matin. 
Quand elle cuisine, elle apprécie d'entendre les nouvelles s'égrener sans hiérarchie,
sur la chaîne locale qu'elle s'obstine à regarder au détriment des chaînes d'info en continu,
cette antenne du capitalisme où le drame comme la météo sont devenus des données marchandes.
Le reste, elle l'apprend par la radio ou par le bouche-à-oreille.
Elle se fiche d'un univers où un mot tel que buzz a une signification comprise par tous, à tel point
qu'on ne questionne ni sa valeur ni la charge nauséeuse qu'il porte en lui.
Ce qui compte, c'est ici et maintenant.
un présent qui se perpétue depuis presque quarante ans, depuis qu'elle est arrivée dans ce village des Pyrénées-Atlantiques pour s'y installer, fonder une famille, organiser une vie qui soit vivable.
Est-ce qu'on a besoin de tout savoir à chaque instant pour vivre une vie vivable?
Qui sont ces gens avec lesquels on "se connecte"?
Doit-on se laisser abreuver d'images si peu reliées au réel?
Doit-on supporter leur flux, accepter leur diktat, leur céder nos territoires imaginaires?
.../..."
Mazarine Pingeot
extrait de: "Magda" Editions Julliard 
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lutine errance
mémorielle

 


 source Siné Mensuel





                        

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" Moi engagé militaire, moi engagé militaire
Moi pas besoin galons, soutez-moi du riz
Sergent masamba, tirailleur mongasa, caporal mitsutsu (...)

Vêtements militaires, vêtements militaires (...)

Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri

Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri

Tu ne sais pas que moi je suis ancien combattant
Moi je suis ancien combattant,
J'ai fait la guerre mondiaux
Dans la guerre mondiaux,
Il n'y a pas de camarade oui
Dans la guerre mondiaux,
Il n'y a pas de pitié mon ami
J'ai tué Français,
J'ai tué Allemand,

J'ai tué Anglais,
Moi j'ai tué Tché-co-slo-vaque

Marquer le pas, 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri
Marquer le pas, 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri

La guerre mondiaux

Ce n'est pas beau, ce n'est pas beau
La guerre mondiaux
Ce n'est pas beau, ce n'est pas beau
Quand viendra la guerre mondiaux

Tout le monde cadavéré
Quand viendra la guerre mondiaux

Tout le monde cadavéré
Quand la balle siffle, il n'y a pas de choisir
Si tu ne fais pas vite changui, mon chéri, ho!

Cadavéré
Avec le coup de matraque
Tout à coup, patatras, cadavéré
Ta femme cadavéré
Ta mère cadavéré
Ton grand-père cadavéré
Ton père cadavéré
Tes enfants cadavéré

Les rois cadavéré
Les reines cadavéré
Les empereurs cadavéré

Tous les présidents cadavéré

Les ministres cadavéré
Le garde de corps cadavéré
Les motards cadavéré

Les militaires cadavéré
Les civils cadavéré
Les policiers cadavéré
Les gendarmes cadavéré
Les travailleurs cadavéré
Ta chérie cadavéré
Ton première bureau cadavéré
Ton deuxième bureau cadavéré
La bière cadavéré
Le champagne cadavéré
Le whisky cadavéré
Le vin rouge cadavéré
Le vin de palme cadavéré
Les soûlards cadavéré
Music lovers cadavéré
Tout le monde cadavéré
Moi-même cadavéré

Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri
Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri

Pourquoi la guerre
Pourquoi la guerre
Pourquoi la guerre
La guerre ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
Quand viendra la guerre tout le monde affamé, oh!
Le coq ne va plus coquer, cocorico oh!
La poule ne va plus pouler, pouler les oeufs
Le footballeur ne va plus footer, pousser le ballon
Les joueurs cadavéré
Les arbitres cadavéré
Le sifflet cadavéré
Même le ballon cadavéré
Les équipes cadavéré
Diables Noirs cadavéré
Etoile du Congo cadavéré
Les Lions Indomptables cadavéré
Les Léopards cadavéré
Les Diables Rouges cadavéré
Les journalistes cadavéré
La radio cadavéré
La télévision cadavéré
Le stade cadavéré
Les supporters cadavéré

La bombe ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
La bombe à neutrons ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
La bombe atomique ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
Les Pershing ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
S.S. 20, ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
Quand viendra la bombe
Tout le monde est bombé oh!
Ton pays bombé
L'URSS bombé
Les États-Unis bombé
La France bombé
L'Italie bombé
L'Allemagne bombé
Le Congo bombé
Le Zaïre bombé
L'ONU bombé
L'UNESCO bombé
L'OUA bombé
Mes boufs bombé
Mes moutons bombé
Mon cuisinier bombé
Tous les cuisiniers bombé
Ma femme bombé
Les taximan bombé
Les hôpitaux bombé
Les malades bombé
Les bébés bombé
Le poulailler bombé
Mes coqs bombé
Mon chien bombé
Les écoles bombé
Ma poitrine bombé
Tout le monde bombardé

Semez l'amour et non la guerre mes amis
Tenons nous la main dans la main
Jetez vos armes
Jetez vos armes
Jetez vos armes
Tenons nous la main dans la main

Ah! si tu voyais Français: Bonjour
Ah! si tu voyais Anglais: Good Morning
Ah! Si tu voyais Russe:
Zdravstvuite
Ah! si tu voyais Allemand: guten tag
Ah! si tu voyais Espagnol: Buenos Dias
Ah! si tu voyais Italien: Buongiorno
Ah! si tu voyais Chinois: Hiho
Ah! Si tu voyais Bulgare:
Dóbar den
Ah si tu voyais Israélien: Shalom
Ah! Si tu voyais Egyptien:
Sabahkarlarer
Ah! Si tu voyais Sénégalais:
Nagadef
Ah! Si tu voyais Malien:
Anissoucouma
Ah! Si tu voyais Nigérien:
Carouf
Ah! Si tu voyais Mauritanien:
Alagouna
Ah! Si tu voyais Togolais:
Afoi
Ah! Si tu voyais Souaéli:
D'jambo
Ah! Si tu voyais Tchadien:
Lali
Ah! Si tu voyais Malgache:
Malaouna
Ah! Si tu voyais Centre Africain:
Mibaramo
Ah! Si tu voyais Camérounais:
Anenvoyé
Ah! Si tu voyais Gabonais:
M'bolo
Ah! Si tu voyais Congolais:
Bonté
Ah! Si tu voyais Zaïrois:
Bonté Na Yo

Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri
Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri"

 Zao
                                                           \\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\ 



Comité de soutien
 source Siné Mensuel

 

mercredi 7 novembre 2018

la mer n'a pas cessé de descendre


"La poésie est un cadeau de la nature, une grâce, pas un travail. La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer."

                                            "J'écris pour me parcourir "


"Sur la toile blanche du Monde,
il va faire quelque chose.
il est décidé.

Pour le moment,

il marche,

quoique indubitablement oiseau et fait pour voler
Mais le vol n’est pas à l’horizon,

pas pour lui.
Sur sa droite,

en l’air,

un insecte à deux paires d’ailes

l’asticote d’idées d’ascension.
Vraiment ?

Est-ce qu’une petite sauterelle,

ses leçons de vol pourraient profiter à une outarde ?
Non.
Aussi ne tourne-t-on pas la tête.
On va plutôt prendre conseil d’un arbre

(plus réaliste un arbre, plus à l’essentiel,

à tenir d’abord,

à s’enraciner) d’un arbre, pour qui,

sucer la terre et le dur gravier,

c’est déjà la vie en rose."


                                                            Henri Michaux 








INFOS

                             



"L'océan lui aussi
écrit et ne cesse d'écrire.

A chaque marée
Il écrit sur le sable.

Il écrit tous les jours,
Toujours la même chose.

C'est sans doute
Ce qu'il doit se dire,

La même chose et pourtant
Qui s'en fatigue ?

Ne le jalouse pas :
C'est l'océan." 


                                  "Est-ce que l'océan
Dans ses profondeurs

Possède autant de silence
Que j'en ai en moi ?

Sinon, est-ce
Pour se libérer de son bruit

Qu'il vient sur nos côtes
Faire tout ce tapage

Ravager ce qu'il peut
Pour enfin s'affaler

Comme sur un lit
Fait de douceur ?


Du silence "    - Guillevic-


                

 « L’essentiel ce n’est pas que tel homme s’exprime et tel autre entende, mais que, personne en particulier ne parlant et personne en particulier n’écoutant, il y ait cependant de la parole et comme une promesse indéfinie de communiquer, garantie par la va-et-vient incessant de mots solitaires."
Maurice Blanchot 


 

« La dame m’a dit : « vous souffrez d’amnésie ».
Je n’ai pas osé lui répondre que c’était une perte de mémoire au niveau du cœur; c’est vrai, comme un automate, sans y penser il bat, bêtement il continue, alors que juste, c’est vrai, j’ai oublié pourquoi et puis aussi pour qui. Non, je crois que j’ai pris ma gomme, celle que l’on malaxe et perfore sans s’apercevoir de ce que l’on fait, et puis j’ai gommé des visages et des mots aussi. J’ai effacé des pans et une autre réalité s’est fait jour. Je crois bien que j’ai craché un peu dessus parce qu’il fallait lisser tout ça. L’amnésie c’est trop de mémoire que l’on enferme parce que, simplement, ça fait mal. C’est la douleur qui veut ça. Le cœur lui, il s’en fout, il veut juste battre.
A la dame, je lui ai répondu : « C’est la vie. » Elle a marmonné un petit son, noté dans son cahier quelques impressions (fausses) et m’a dit que je pouvais retourner dehors. »

L’éclat, A. Elieva





 Masculin Féminin (1966) dir. Jean-Luc Godard



Robert  Frank

Du jardin iodé
biglant entre les branches
les monstres de Loire Ness
tricotant
détricotant l'estuaire
de jour comme de nuit
passerelle ininterrompue
entre les hommes et leurs manières de consuméristes
leurs façons de faire
et de défaire
le paysage
et ses otages
de passage,
seulement de passage
un 15 novembre 2003
 

 
"La mer n’a pas cessé de descendre
Après le goût du sel, goût de cendre
La mer n’a pas cessé de descendre
Après le feu de joie, c’est la cendre
Et le vent n’a pas cessé de gémir
La pluie de tomber, le bois de pourrir
Non, le vent n’a pas cessé de gémir
Au lieu de se taire, de s’endormir

Alors le mal n’a pas cessé de grandir
La pluie de chanter, le ciel de rire
J’avais ton cœur à portée de la main
Toujours le même par le même chemin
Et ton visage sur l’horizon
Toujours le même à vouloir avoir raison
Toujours le même à vouloir avoir raison
Oui, le même à vouloir avoir raison

La mer n’a pas cessé de descendre
Les yeux de pleurer, les bras de se tendre


Non, la mer n’a pas cessé de descendre
Il faut de l’eau pour éteindre la cendre
Et le vent n’a pas cessé de gémir
Dans la gorge de celui qui va mourir
Non, le vent n’a pas cessé de me dire
Y a plus rien dans le filet que tu tires

Alors le mal n’a pas cessé de grandir
Le jour de tomber, le ciel de noircir
Maintenant y a trop d’eau, on ne peut plus revenir
La mer me pousse, la mer me tire
Oui, y a trop d’eau entre nous
L’eau des larmes du collier de ton cou
L’eau des larmes du collier de ton cou
L’eau des larmes du collier de ton cou

La mer n’a pas cessé de descendre
Après le goût du sel, goût de cendre
Elle est si loin qu’on ne peut plus l’entendre
Et je commence aujourd’hui à comprendre
Elle est si loin qu’on ne peut plus l’atteindre
Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre
Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre"  Gérard Manset