lundi 29 janvier 2018

laitage supérieur



"Dans cette ville où tout se vend
je suis le vent
je suis la marge

Le verbe est semblable à la mer. il a le goût salé des larmes.
Je suis la bouche qui profère au nom des dieux le sens du drame.

J'ai charge des mots solennels qui aident l'âme à s'élever.
J'invente s'il faut le ciel. Je donne à vivre et à rêver.

Hors ma voix qui vient les fouetter
 les sons se suivent se ressemblent:
Sans fin il faut ressusciter ces mots de Panurge qui tremblent.

Je dis l'amour avec mon sang. L'enfance est un fruit que je cueille
parmi les astres éclatants qui la nuit nichent dans les feuilles

Tel un changeur les monnaies d'or je pèse et compte les paroles;
En songe je vais chez les morts chercher mon Eurydice folle.

Comprenez-vous que dans mon chant ce qui chante c'est le silence?
Je n'existe pas à plein temps. Je suis avec ce qui commence.

Comme un sablier renversé
 le ciel a glissé dans ma tête.
Je fais la fête avec les fées.
Laissez s'envoler le poète!"
                                              Marc Alyn  "Avec ce qui commence"



"Celui qui marche d'un pas lent dans la rue de l'exil
C'est toi
C'est moi
                                     Regarde le bien, ce n'est qu'un homme
Qu'importe le temps, la ressemblance, le sourire au bout des larmes
l'étranger a toujours un ciel froissé au fond des yeux.
Aucun arbre arraché ne donne l'ombre qu'il faut
 ni le fruit qu'on attend 
                                       La solitude n'est pas un métier
                                       ni un déjeuner sur l'herbe
                                       une coquetterie de bohémiens
Demander l'asile est une offense
une blessure avalée avec l'espoir qu'un jour
on s'étonnera d'être heureux ici ou là-bas."
                                                                         Tahar Ben Jelloun "éloge de l'autre"

                                  




Frères migrants,
les poètes déclarent


"1 — Les poètes déclarent : Ni orpheline, ni sans effets, aucune douleur n’a de frontières !

2
 — Les poètes déclarent que dans l’indéfini de l’univers se tient l’énigme de notre monde, que dans cette énigme se tient le mystère du vivant, que dans ce mystère palpite la poésie des hommes : pas un ne saurait se voir dépossédé de l’autre !

3
 — Les poètes déclarent que l’accomplissement mutuel de l’univers, de la planète, du vivant et des hommes ne peut s’envisager que dans une horizontale plénitude du vivant — cette manière d’être au monde par laquelle l’humanité cesse d’être une menace pour elle-même. Et pour ce qui existe …

4
 — Les poètes déclarent que par le règne de la puissance actuelle, sous le fer de cette gloire, ont surgi les défis qui menacent notre existence sur cette planète ; que, dès lors, tout ce qu’il existe de sensible de vivant ou d’humain en dessous de notre ciel a le droit, le devoir, de s’en écarter et de concourir d’une manière très humaine, ou d’une autre encore bien plus humaine, à sa disparition.

5
 — Les poètes déclarent qu’aller-venir et dévirer de par les rives du monde sont un Droit poétique, c’est-à-dire : une décence qui s’élève de tous les Droits connus visant à protéger le plus précieux de nos humanités ; qu’aller-venir et dévirer sont un hommage offert à ceux vers qui l’on va, à ceux chez qui l’on passe, et que c’est une célébration de l’histoire humaine que d’honorer la terre entière de ses élans et de ses rêves. Chacun peut décider de vivre cette célébration. Chacun peut se voir un jour acculé à la vivre ou bien à la revivre. Et chacun, dans sa force d’agir, sa puissance d’exister, se doit d’en prendre le plus grand soin.

6
 — Les poètes déclarent qu’en la matière des migrations individuelles ou collectives, trans-pays, trans-nations et trans-monde, aucune pénalisation ne saurait être infligée à quiconque, et pour quoi que ce soit, et qu’aucun délit de solidarité ne saurait décemment exister.

7
 — Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’Autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc que ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel.

8
 — Les poètes déclarent qu’une politique de sécurité qui laisse mourir et qui suspend des libertés individuelles au nom de l’Ordre public contrevient au principe de Sûreté que seul peut garantir l’exercice inaliénable indivisible des Droits fondamentaux.

9
 — Les poètes déclarent qu’une Constitution nationale ou supranationale qui n’anticiperait pas les procédures d’accueil de ceux qui passent qui viennent et qui appellent, contreviendrait de même manière à la Sûreté de tous.

10
 — Les poètes déclarent qu’aucun réfugié, chercheur d’asile, migrant sous une nécessité, éjecté volontaire, aucun déplacé poétique, ne saurait apparaître dans un lieu de ce monde sans qu’il n’ait — non pas un visage mais tous les visages, non pas un cœur tous les cœurs, non pas une âme toutes les âmes. Qu’il incarne dès lors l’Histoire de toutes nos histoires et devient par ce fait même un symbole absolu de l’humaine dignité.

11
 — Les poètes déclarent que jamais plus un homme sur cette planète n’aura à fouler une terre étrangère — toute terre lui sera native —, ni ne restera en marge d’une citoyenneté — chaque citoyenneté le touchant de ses grâces —, et que celle-ci, soucieuse de la diversité du monde, ne saurait décider des bagages et outils culturels qu’il lui plaira de choisir.

12
 — Les poètes déclarent que, quelles que soient les circonstances, un enfant ne saurait naître en dehors de l’enfance ; que l’enfance est le sel de la terre, le sol de notre sol, le sang de tous les sangs, que l’enfance est donc partout chez elle, comme la respiration du vent, le salubre de l’orage, le fécond de la foudre, prioritaire en tout, plénière d’emblée et citoyenne d’office.

13
 — Les poètes déclarent que la Méditerranée entière est désormais le Lieu d’un hommage à ceux qui y sont morts, qu’elle soutient de l’assise de ses rives une arche célébrante, ouverte aux vents et ouverte aux plus infimes lumières, épelant pour tous les lettres du mot accueil dans toutes les langues, dans tous les chants, et que ce mot constitue uniment l’éthique du vivre-monde.

14
 — Les poètes déclarent que les frontières ne signalent qu’une partition de rythmes et de saveurs, qui n’oppose pas mais qui accorde, qui ne sépare que pour relier, qui ne distingue que pour rallier, et que dès lors aucun cerbère, aucun passeur, n’y trouvera à sévir, aucun désir n’y trouvera à souffrir.

15
 — Les poètes déclarent que toute Nation est Nation-Relation, souveraine mais solidaire, offerte au soin de tous et responsable de tous sur le tapis de ses frontières.

16
 — Frères migrants, qui le monde vivez, qui le vivez bien avant nous, les poètes déclarent en votre nom, que le vouloir commun contre les forces brutes se nourrira des infimes impulsions. Que l’effort est en chacun dans l’ordinaire du quotidien. Que le combat de chacun est le combat de tous. Que le bonheur de tous clignote dans l’effort et la grâce de chacun, jusqu’à nous dessiner un monde où ce qui verse et se déverse par-dessus les frontières se transforme là même, de part et d’autre des murs et de toutes les barrières, en cent fois cent fois cent millions de lucioles ! — une seule pour maintenir l'espoir à la portée de tous, les autres pour garantir l’ampleur de cette beauté contre les forces contraires."

Patrick Chamoiseau



                                                        \\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\||||||||||||||||||


"Je est un autre"
Arthur Rimbaud

                                                           \\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\[[[[[[[[[[[[ 


A laitage
supérieur
histoire d'eau
sous les pieds
Canopée chaloupée.
tropique et colégram
sud Bretagne.
                                    Qui paire tongs gagne.
Plage du Nau
contre docteur bonde.
                                     Personne en vue
On joue relâche en janvier
Oh yeah !
               Pour la peine qui va s'en jetée une, sans faux col
l'écume ça moustache.
 Burps!
Le rot marin
c'est bon pour le teint 
moussaillon.










samedi 27 janvier 2018

à fourbir nos nuits




 "Je t'apprendrai
à laisser ta peine
sur le dos des mouettes
pour que finalement
d'une décharge à l'autre
tes larmes rejoignent
la mer."
THomas Vinau



  Photo:Claude Crausaz

"J'écoute le ciel ouvrir mes yeux" 
Thomas Vinau 



Z'AI LU:



"Je dispose par devers moi d'un signe infaillible qui atteste mon retour à la santé, c'est la beauté. Pour avoir végété si longtemps dans les affres, y avoir assisté à la faillite de toutes choses au monde, à l'évidence de la caducité universelle, c'est miracle, que par un retour si soudain et si improbable, il me soit possible, caprice ou nécessité, de goûter si nouvellement le charme de quelque image, toute intérieure il est vrai, mais qui vient se superposer sur les réalités existantes, et les colorer d'un relief inattendu. Ainsi donc la vie est possible, "simple et facile "comme dit Verlaine, lequel connaissait lui aussi d'affreuses débâcles. On ne peut réduire la beauté à une pure illusion, même si très évidemment il y aurait grande simplesse à la croire nécessaire et constante. Elle apparaît et disparaît, comme la lune entre les toits de la ville, tantôt mélancolique, tantôt brillante et radieuse, toujours bien-venue. Mais elle ne dissipe en rien les obscurités, les "terreurs d'une profonde nuit", elle les rend moins cruelles, moins dévastatrices. Je sais dorénavant - je le savais déjà mais j'avais tendance à l'oublier - qu'il faut me résoudre à cette dualité indépassable, à ce contraste tragique de l'horreur et de la beauté, où la beauté ne change rien à l'ordre des choses mais y introduit cet inestimable plus qui contribue à rendre l'existence supportable.

La beauté je la vois avant toutes chose dans certains visages, féminins le plus souvent, où la grâce et la vivacité enjolivent le sourire, le portant à une qualité d'incandescence qui magnifie tout, qui exalte le transitoire aux limites de l'intemporel. C'est évidemment impossible, ce serait une grave erreur, mais on souhaiterait que ce sourire dure toujours, échappe à tout jamais aux lois du temps. C'est le miracle de la peinture : voyez la Primavera, le seul sourire délicatement joyeux de toute l'oeuvre de Botticcelli. Elle dit à tout jamais le charme du jeune printemps, l'allégresse inconditionnelle de la nature nourricière, l'ivresse érotique des corps en liesse, l'abandon généreux au génie de l'espèce. Et dans le même temps on soupçonne je ne sais quelle discrète, secrète retenue, par où la dame exprime une intime distance, comme si dans l'abandon même il restait, par devers soi, quelque raison de ne pas s'y rendre toute entière.

Beauté du désir sans ambages, beauté de la distance intérieure. Equilibre parfait. Beauté du désir resté désir.

C'est où le grand âge se sépare radicalement de la jeunesse, laquelle consomme et consume la vie. Rien ne semble impossible, tant le corps est vaillant, résistant, et l'âme désireuse. Il est inévitable que l'âge venu on ait une douloureuse nostalgie de ce temps fougueux où le désir faisait flamber la vie. Certains se jettent, la soixantaine venue, dans un amour de vieillesse pour une jeunesse, pour se voir rapidement brûlés au contact de l'impossible. Songeons à Goethe proposant, à soixante treize ans, la mariage à une donzelle de seize. On devine la réponse. Puis vient un autre âge encore, le dernier je suppose, où même ces ultimes désirs ne font plus corps, et alors que reste-t-il ? Le désir demeuré désir, car si l'on dit bien que le désir ne meurt jamais, on oublie de dire que sa réalisation est elle devenue impossible. Alors on vit avec des regrets, à moins que l'on ne trouve d'autres moyens de donner quelque consistance à un désir demeuré désir. On peut peindre, ou écrire : la matière ne manque jamais. Goethe finissant un Faust qu'il avait commencé soixante ans auparavant. Ou Vinci retouchant sa Joconde, dans son ultime demeure à Lucey. Et tant d'autres exemples.

Moi aussi j'avais rêvé de faire oeuvre. Je dois me contenter, en toute modestie, de ces fragments et morceaux épars, étant incapable de mieux. Je doute qu'une soudaine inspiration, qui m'a toujours manqué, fasse inopinément son entrée en scène et me donne les moyens de l'oeuvre que j'aurais aimé faire. Je finirai sans doute comme j'ai vécu : tout en contrastes, en fragments épars, en tentatives avortées, en essais inaboutis. C'aura été mon lot, et tant pis pour moi."



Tous les hommes aspirent au bonheur 
tous les autres biens s'y rapportent et lui ne ne rapporte à rien d'autre.

Quels sont, interroge Freud les desseins et les objectifs vitaux que trahit la conduite des hommes?

que demandent-ils à la vie, et à quoi tendent-ils?
On n'a guère de chance de se tromper, poursuit-il, en répondant: "ils aspirent au bonheur (sie streben dem Glück) , ils veulent  devenir heureux et le rester.
Cette aspiration a deux faces, un but positif et un but négatif, elle veut d'une part que soient absents la douleur et le déplaisir, d'autre part que soient vécus de forts sentiments de plaisir.
"En un sens plus étroit ajoute Freud (non sans recouper au passage l'une ou l'autre des ambitions qu'on a recensées),le terme "bonheur" ne se rapporte qu'au dernier point".
Là-dessus, le moins que l'on puisse avancer, c'est que l'accord paraît presque parfait dans le concert si discordant des philosophes et de leurs doctrines: chacun, affirment-ils tous en choeur, est censé aspirer au bonheur, et c'est même là le principal levier de toutes nos actions ou de nos délibérations.
il faut méditer sur ce qui procure le bonheur, déclarait ainsi Epicure, puisque, lui présent, nous avons tout, et que, lui absent, nous faisons tout pour l'avoir.
C'était là une déclaration tout à fait conforme à la définition classique du souverain bien, du bonheur, telle qu'on la trouve déjà chez Aristote:" Nous cherchons le bien souverain toujours pour lui-même, et jamais pour autre chose".../..."
Jean Salem extrait de: "Le bonheur ou l'art d'être heureux par gros temps"




"Je connaissais un type qui n'avait pas pris l'habitude de s'intéresser aux choses et à la richesse infinie du monde autour de lui
il a mal fini
un jour on l'a retrouvé complètement ratatiné sous le chant encore frais d'une grenouille."
Thomas Vinau

photo Claude Crausaz


Tendres pensées  à Jacques, à  Christian, à Serge, à Pierre...






"A chevaucher dans la brûlure comme de la viande perdue
à tenir sans réponse les yeux saignés par l'horizon
à se sentir entre deux tranches de sable
à fourbir nos nuits
à rejoindre" 
Thomas Vinau

\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\||||