samedi 23 décembre 2017

bon anniveraire au transistor



C'est le 23 décembre 1947 que l'acte de naissance du transistor a été officiellement rédigé.
Voilà qui est dit par les spécialistes

Alors:
Bon anniversaire
Tout de même...70 ans
Cela aurait peut-être mérité une grande procession
à la gloire des processeurs
qui sont partout sans qu'on s'en rende vraiment compte

M'enfin,
en pleine période de marronnier 
ou plutôt de sapin
bûche, huitres, saumon,gras-foi, petit Jésus et père-Noël réunis
pour le meilleur et pour l'indigestion;
que valent 
ces Bell Bell Bell
comme le jour?

Pourtant,
Faut que je te dise
dans le sens de la modulation de l'histoire:
jeu de coïncidence,
cette info reçue dès potron-minet
dans le transistor 
-justement-
a résonnée
de façon particulière,
puisqu'il y a quelques jours je me suis retrouvé 
avec une arrière garde d'ex avant-gardistes des ondes  "libérées"
pour en quelque sorte commère morée 
les flux et ondulations estuairiens
d'une radio Pirate ( mais pas Tipiak)
Radio libre Populaire pour les intimes
et RLP pour une "gloire"
tout à fait locale
qui dura 
3 ans.

Un véritable laboratoire dirait-on aujourd'hui,
porté par notre joyeuse fougue d'alors, le romantisme révolutionnaire
inhérent à l'époque et l'idée de surfer sur l'Histoire qui bouge irrémédiablement.

Nous avions entre 20 et 35 ans...
et un illustre mentor
qui par son charisme et ses relations
 nous servit  (pour rester dans le jus) d'antenne relais 
face aux autorités diverses et parfois avariées.
Il y a quelques semaines notre Jacques a dit
a démâté,.
Il avait 74 ans
et en apprenant la triste nouvelle, 
sont remontés les souvenirs...
 et c'est ainsi  qu'une demi douzaine de radioteurs s'est retrouvée
dans le mode:
"Dis! tu te souviens?"

Chers camarades et aussi patrons  (puisque vous m'aviez fait l'honneur et confiance de m'embaucher comme (unique) permanent lorsque "la force tranquille" permis de sortir de la clandestinité) 
je vous salue bien amicalement.

 40 ans plus tard et quelques rescapés...



   Premier émetteur de R.L.P. récupéré clandestinement...par J.S. sur un quai de gare italien


"Saint-Nazaire. Le décès de Jacques Sauvageot, figure de mai 68, a ravivé les souvenirs de Nazairiens. Au début des années 80, ils avaient créé des émissions de radio inédites. Libres.
L'histoire
Ils avaient la vingtaine, l'avenir devant eux et des idées à défendre. Les anciens compagnons de route de l'histoire nazairienne de Jacques Sauvageot ont eu un gros pincement au coeur en début de semaine en apprenant le décès d'un homme décrit par tous comme « d'une grande simplicité et en même temps rayonnant ». Yves Averty, aujourd'hui nantais et toujours impliqué dans le Centre culturel breton se rappelle qu'avec lui et quelques autres, « Didier Dubasque, Yves Marzelière, on s'est tout de suite hyper bien entendus. »
Lui est arrivé dans l'aventure des radios libres lorsqu'elles étaient devenues légales. Mais tout avait commencé deux ans plus tôt lorsque l'ancien syndicaliste étudiant de mai 68, installé à Savenay, a choisi Saint-Nazaire pour planter le drapeau de sa radio-pirate. C'est lui qui pilote les émissions de RLP, Radio libre populaire Saint-Nazaire. Avec un seul objectif : « Casser le monopole des ondes et donner la parole à toutes celles et tous ceux qui ne l'avaient pas », raconte Didier Dubasque.
Le toit de la Maison du peuple
Les prises d'antenne sont parfois rocambolesques. « C'était un peu le far west, se souvient Jean-Pierre Suaudeau, qui en 1978 finissait son parcours étudiant à l'École normale. On déployait la grande antenne au milieu d'un champ. Plus tard, nous en avons eu une autre plus petite que l'on montait sur le toit de la Maison du peuple de manière clandestine. Enfin, on savait que d'autres savaient. »
Didier Dubasque précise : « Jacques lançait un grand « bonjour aux brouilleurs de TDF » dès que le signal empêchait de nous entendre, Marzo lui, tournait un bouton pour changer de fréquence, à charge de l'auditeur de nous retrouver ailleurs sur la bande FM. » Combien avaient-ils d'auditeurs à cette époque où les médias locaux n'étaient que sur papier ? « On avait pas mal de retours », juge Didier Dubasque.
Des témoins forts
La libération des ondes en 1981 a donné une véritable impulsion. « RLP était connue, peut-être pas beaucoup écoutée mais connue », pense Jean-Pierre Suaudeau. Et puis la personnalité et l'intelligence de Jacques Sauvageot ont éveillé la programmation, dirigée plus que jamais vers les gens. C'était par exemple, Alors raconte, où la mémé de Chauvé parle de sa campagne, « où Jules Busson (ouvrier des luttes) a fini par pleurer en parlant de la déportation, en pleine affaire Forrisson ». Il y avait aussi un copain aveugle, un bègue. Jean-Pierre Suaudeau était alors impressionné par « le charisme d'un Sauvageot qui ne tirait pas la couverture à lui ».
La foi dans l'homme l'avait conduit a ouvrir une émission spéciale de dédicaces aux détenus de la Maison d'arrêt. « Un temps incroyable d'échange entre les familles et les détenus, raconte Didier Dubasque. L'émission s'appelait fort justement, Petite fugue pour un violon. »Des enfants venaient à la radio lire un mot pour papa, des femmes choisissaient un disque. Les taulards aimaient ça. Certains sont venus plus tard à la sortie dire quelques mots aux potes. « Soirées chaudes parfois avec ceux qui voulaient régler des comptes, mais il y avait tellement de moments forts. »
L'écomusée de Saint-Nazaire a conservé quelques trésors, sous forme de cassettes. Des voix se sont tues mais leur souvenir est là, sur une bande toujours vivante."
source: Ouest France



Entre-nous une histoire d'ondes
qui nous faisait bander FM
                      Entre-nous
des idées
haut les coeurs
sous antenne
 parapluie.

               Entre-nous
un émetteur
magique
et sa ptite boite à musique
qui voulait dire:
C'est nous qu'on cause dans le poste.

Entre-nous

un micro céphale
jeune et naïf
mais
tellement pressé de grandir.

Entre-nous
des idées fourmillantes et fumeuses,
généreuses aussi
riches de toutes nos illusions
portées en bandoulière,
ici et hier.

Entre-nous 
le verbe était chair
à
vivre et travailler au pays
bousculer les frontières,
se faire plaisir en affrontant les interdits,
magnifier la parole trop souvent  plâtrée mais...
 libérée.

Entre-nous
 apprendre à écouter,
s'exprimer,
intéresser...
Inventer des espaces sonores avec peu de moyens pécuniaire mais tellement d'imagination,
de l'émotion en pagaille,
l'oeuf au riz
 dans le casque.
Prendre son temps,
peu à peu,
et  de plus en plus.
Rencontrer une foule de gens de tous les âges,
et préoccupations.
Relayer la parole de prisonniers
et faire rentrer la radio dans les cellules.
Croiser des bretons avec des indiens d'Amérique du nord, le rock and roll avec la biguine, le chant des mouettes et le babil du vin dans les verres, 
du blues en live et le ministre,
son philosophe ou l'écrivain déjanté.
Causer de tout et de son contraire.
Penser tout haut
à la santé
des  courageux auditeurs.

Entre-nous,
une belle parenthèse
de la grande famille des idées à repeindre le monde.
😊

 



Jacques Sauvageot et RLP par Didier Dubasque



                                                          Beau mec mais un peu trop  hétéro (personne n'est parfait)

jeudi 21 décembre 2017

sommes-nous


"Vie qui ne peut ni ne veut plier sa voile,
voile que les vents ramènent fourbue à la glu du rivage,
toujours prête cependant à s'élancer par-dessus l'hébétude,
vie de moins en moins patiente désigne-moi
ma part si tant est qu'elle existe."
René Char "feuillets d'Hypnos"


Le buzz régnait lui aussi en maître.
Le buzz était l'enfant mort-né de l'instant,
de la poudre aux yeux et aux lèvres.
L'une des multiples ramifications inventées pour tailler en lamelles
la faculté d'exister des hommes."
Pierre Vavasseur


"Les cerveaux les plus habiles travaillaient à l'hyper-communication,
l'ultra connectivité,
lesquelles étaient les formes déguisées de l'hyper ultra esclavage
et débouchaient sur des torrents de solitude."
Pierre Vavasseur 





"Les scientifiques rêvaient d'éternité mais négligeaient de prendre contact avec les philosophes
car il y avait, tant qu'à jouer avec ce feu-là,
une sérieuse question à régler,
c'était celle de l'ennui."
Pierre Vavasseur 


"J'étais passé prendre Elias chez lui au petit matin. Il habitait à la lisière de Montreuil et d'Aubervilliers et m'attendait à l'angle de deux petites rues timides, son paquetage à ses pieds.
Le philosophe Alain avait raison, le journalisme c'est la Légion Etrangère. Nous avions quitté Paris par la porte d'Orléans, pressés de nous coiffer du vaste chapeau du ciel. Ellias a allumé la radio et fait défiler les fréquences.
-Je cherche du sans pub.
Radio Libertaire diffusait un poème de Verlaine mis en musique par Léo Ferré. Une rareté.
Je vous vois encore en robe d'été
blanche et jaune avec des fleurs de rideaux
mais vous n'aviez plus l'humide gaîté
du plus délirant de tous nos tantôts
Il s'était retourné vers moi.
-ça marche toujours la charte?
-Toujours.
-Jamais d'autoroute.
-Ni le plus court chemin.
C'est toi qui conduis.-Tu n'as pas le permis. On ne t'a jamais dit que tu ressemblais à John Mayall?
J'étais heureux, je ne me sentais pas seulement libre, j'étais bien. La route nous était livrée, faite pour ne prendre mouvement qu'avec nous.
Et si, par le simple exercice mental d'annuler le sens des choses en ressassant un mot jusqu'à n'en faire qu'une écorce, on s'évertuait à oublier que ce trait de bitume conduisait quelque part, si on ne comptait plus qu'avec la peau translucide de la lumière appliquée aux formes, si on arrachait de notre cerveau cette logique du décor pour ne plus converser qu'avec les courbes et les coups de tranchoir, les orages de gouache dispersés sur le sol, toute cette armature cousait sur le vide un curieux costume.
Le paysage n'existait plus et ce n'était pas plus mal car le paysage n'a pas de bonté pour nous. C'est lui qui nous peint sur le motif jusqu'à réviser nos vies.
Lui qui nous domine, nous avale et nous digère.
Le moment venu, il ne nous couvrira plus de baisers, cessera de nous cajoler et nous étouffera mieux que la terre. J'avais si souvent traversé le pays, cartes routières déployées sur les genoux comme un tablier de hasard. 
J'avais épousé les routes et leurs chapelets d'arbres, beaux comme des rangées de confidences tels qu'on les voit à l'orée des villages de Provence.
Je m'étais arrêté aux étangs boutonnés sur un champ de velours, j'avais salué les armées de tournesols bouche bée au plein soleil, les vastes draps de colza qui font barrière au ciel à hauteur de regard, ce jaune plein, ce jaune de fête aux puissants accords, vivifié par l'azur, ravitaillé par une chaotique harmonie. J'aimais les toboggans alanguis du bitume avec le linge mis à sécher des carrières, le ciel plissant de l'oeil, les corniches des montagnes, l'abîme tendu de la mer, la salive lumineuse et fantasque des fleuves, les ensevelissements à l'envers que sont les nuages à l'horizon, leurs fins arpents de pluie comme des jupons et cette élégance à nous dire, lorsque s'épuise l'heure entre chien et loup, que la vie finira toujours.
La destruction en règle de la poésie du monde, dont nous étions chaque jour un peu plus les témoins dans notre quotidien, était sauvée par cette beauté-là.
Passé Chartres, nous poussions la porte des paysages.
Telle bouffée d'arbres encornant la perspective. Des champs de colza faisaient claquer leurs draps majuscules. Je savais qu'en quelques jours le miracle se produirait. Que ce décor s'arracherait lui-même à sa logique. Il ne serait que coups de gouache, de tranchoir, d'éboulements, j'attendais les jupons de pluie inclinés par le vent, le ciel planté debout comme un bouclier droit, et contre son armature le blason des coutures fantasques.
J'aimais à annuler le sens des choses comme lorsqu'on joue à dire et redire un mot sans se lasser jusqu'à l vider de son sens."
Pierre Vavasseur
extraits de: "Un pas de danse." Editions Jean-Claude Lattès












 chez: "L'oeil et la plume"