mercredi 16 novembre 2016

saisir ce qui ne se saisit pas

        photo source: Toile
 

"Comment se plaindre d'un monde
où l'on peut tenir dans sa main

de l'herbe, un caillou,
de la glaise, une feuille,
un peu d'eau...

Et continuer
à en avoir envie?"

-Guillevic-


         me too par oups!  (désolé) j'ai oublié ton prénom


"Longtemps, j'ai maudit mes insomnies.

Aujourd'hui,
j'oserais les bénir .

Ce sont de longs moments de repos, de répit.

Rencontre avec l'immobile,
rencontre avec le silence
qui ouvre des voies
où vivre la pleine vie.

Il m'arrive de me faire ruisseau
et de me laisser aller
bercé par le courant,
parlant à des pierres.

Et me voici rivière, fleuve
hésitant devant l'océan.

Je peux me transformer en ciel azur
saluant ce qui me regarde..

Je peux être rocher
vivant en moi les données
d'un silence qui fait communier
l'homme et la pierre

Je peux être tigre ou pigeon,
cheval en liberté.
Tant de parcours, de haltes
où s'abreuver.

Jamais je ne prêche
ni ne raconte.

Le silence est la religion,
j'en suis le fidèle.

L'univers me fait être
l'amour d'une jeune fille.

Ensemble nous nous taisons
dans un rêve parent

où le silence
 nous fonde en lui."

Guillevic



"Je comprends, feuille de papier,
que tu me provoques, m'invite à écrire sur toi.

Je comprends que tu en as assez
d'être rien que ce blanc,
cet appel incessant du vide
à vouloir qu'on l'occupe.

Vous: les mots,
je vous compare à des chats, à des écureuils,
vous, toujours prêts à vous sauver,
vous égarer.

Ce n'est pas que j'ai une folle envie
de quitter le noir pour le clair,
de supporter vos regards,
vos espoirs à vous, les mots,
que de moi vienne le salut.

Besoin de la joie d'écrire
ce que l'on espère être
un poème,
besoin de cette tyrannie
que l'on bénit.

Saisir
ce qui ne se saisit pas,
voilà quel est
pour aujourd'hui
mon emploi du temps,
mon devoir.

Soleil, dis-moi
quelle est ta raison d'être,
je te donne la mienne: écrire.
.../..." 
Guillevic extrait de "insomnies"
-Relier- Editions Gallimard-





vendredi 11 novembre 2016

beaucoup de mes amis sont venus des nuages

              illustration source:Toile

"Il y a une fissure, une fissure dans tout, comme ça, la lumière peut entrer."
Léonard Cohen 



                     illustration source Toile





"Ici depuis le sommet du Vésuve
je viens de voir un homme
avec des lunettes et une barbe
qui descendait la ruelle Adler
-vingt-cinq ans environ-
s'arrêtant devant une poubelle
et qui farfouillait pour en sortir un emballage de glace à la pistache
et le léchait avec ses doigts,
puis y cherchait une feuille de papier et s'essuyait les doigts
très délicatement
et la bouche très élégamment,
puis continuait jusqu'à la rue principale:
qu'est-ce que tu peux raconter Dostoïevski
à ce genre de morceau de pain...?"
Jack Hirschman




"Pour bousiller à coups de clé à molette
la machinerie de l'Empire qui tourne à plein régime,

Pour aider ceux qui survivent "sous un soleil au cou tranché dès la naissance",
un soleil né enchaîné qui ne brille que la nuit",
là  où le chiens dévorent
des cadavres dans les rues,
où les racines c'est la prison,
où le plut petit pain gémit avant même d'entrer dans ma bouche,
où la vengeance donne la main
aux vies dévastées à l'Ecole du suicide,

va!
dans une salle aux moquettes épaisses
déboucle ta ceinture autour de tes reins de croyant;

et avec ceux qui veulent tuer les tueurs, et ceux qui veulent tuer ceux qui ont tué les tueurs,
et avec la shanda*     
la shanda redoublée 
et les cendres de la mémoire,
surprises d'être soudain elles aussi
en veillée funèbre au milieu de ce vent
qui transperce toute chose,

déboutonne ton sang
jusqu'à ton âme toute nue
incline-toi et tombe à genoux." 

( *honte en yiddish n.d.c.)

Jack Hirschman
 extraits de: "Je sens qu'on me balance un coup de latte dans les reins ou tout ce qui reste





 Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincères
La plus belle saison des quatre de la terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cœurs est gravée une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire à bien d'autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne
S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne


J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-être je viendrai chez toi
Chauffer mon cœur à ton bois"

-J.M. Rivière- 

             illustration source: Toile