jeudi 16 juin 2016

le grand secret

     Photo: Lionel F.

.../...
Alors que je me tiens debout là, dans le froid, à regarder les affiches, je vis l'un des instants décisifs de mon existence, un instant qui la marquera à  tout jamais.
Je m'en souviens avec une acuité presque surnaturelle.
Soudain, je suis assailli par une idée totalement neuve. Une idée inouïe.
C'est comme une décharge électrique qui me traverse. Les mots se forment tout seuls dans ma tête:
"Je suis moi et personne d'autre."
C'est à ce moment précis que j'acquiers mon identité;
Jusqu'à cet instant, mes pensées et réflexions étaient à peu près celles qu'on peut attendre de la part d'un garçon de mon âge. A présent, voilà qu'un état tout différent prend le relais.
L'identité suppose un état de conscience.
Je suis moi et personne d'autre. Je ne peux échanger ma place avec personne. La vie devient une question sérieuse.
J'ignore combien de temps je suis resté figé sur le trottoir, dans l'obscurité, en présence de cette découverte bouleversante.
Je me souviens juste que je suis arrivé en retard à l'école. Rut Prestjan, mon institutrice était déjà à l'harmonium quand je me suis faufilé dans le bâtiment. J'ai ôté mes vêtements d'hiver et j'ai attendu dans le couloir. Il était interdit d'entrer dans la salle de classe à partir du moment où les psaumes du matin avaient démarré.
J'ai donc attendu. Accord final, bref silence, brouhaha dans les bancs- j'ai frappé et je suis entré. Comme je n'étais pour ainsi dire jamais en retard, Mme Prestjan s'est contentée de me lancer un regard sévère avant de hocher la tête. Si elle avait suspecté désinvolture ou paresse, elle ne l'aurait pas toléré.
"Bosse est malade, ai-je annoncé. il a mal à la gorge et de la fièvre, il ne viendra pas aujourd'hui"
Puis je me suis assis à ma place. J'ai regardé autour de moi. Personne ne soupçonnait le grand secret que je portais, et que je n'ai jamais cessé de porter depuis ce petit matin froid de 1957.
.../..."
Henning Mankell extrait de: "Sable mouvant -fragments de ma vie"traduit du suédois par Anna Gibson- Editions Seuil










                                              
    photo Lionel F.

                               \\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{ 





L'histoire bredouille.
L'inspiration, toujours là même
suivant là  où l'on se trouve par  hasard ou nécessité.
Contingence, éventualité...

J'entends:

                      Il n' y a pas,

 de fumée sans feu, 
de barcasse sans naufrage, 
de cacique sans naïfs,
 de marauds sans  spoliés,
de démagogues à gogos,
d'argent sans pauvres,
de profits sans guerres,
de travail sans souffrances,
de gaspillage sans poubelles,
de journal sans réclames,
de causeur sans  public,
d'océans sans perdition,
d'orages sans mer d'huile,
d'inspecteurs  sans derrick,
de cravates sans notaires,
de votes sans cons promis,
de président sans baballe,
de secondes sans oubli,
de minutes papillons
 d'heures pour les braves
   de poésie sans vers à moitié vide,
  ou plein la gueule...










mardi 14 juin 2016

Si tous tiraient dans la même direction, le monde basculerait


    photo source: "Sciptopolis"

".../...
Mon père n'était pas un grand poète et c'est tout (n.d.c. Antonin Artaud).
il n'a pas inscrit sa souffrance en beauté et en puissance, sa folie en génie, inventé une langue de sacres et de massacres. J'ai lu quelques-uns de ces cahiers, je les ai oubliés.
Tout ce que je sais, c'est que chaque jour de sa vie ou presque, il a écrit. Chaque matin, chaque soir, il s'est assis à son bureau, il a allumé une Pall Mall ou une Craven A, dont la cendre troue les feuillets, et il a tenté de recomposer sa vie. Pas de récits, sinon de rêves, mais des comptes, des bilans, des listes de choses à faire (" Téléphoner aux filles, payer loyer, tenir jusqu'à demain",  et le lendemain il raye et en marge il écrit "FAIT"), et surtout, sans cesse recommencés, des schémas : lignes droites partagées en segments, segments de bonheur, segments de malheur, segments avec et sans alcool, avec et sans hospitalisation, fléchés de dates et de noms propres, puis à mesure, de moins en moins de lignes droites mais des séries de triangles inversés, gouffres et sommets, crêtes et failles qui dessinent, sur le papier quadrillé, la carte de sa mélancolie. De la vie de mon père, je conserve le relief intérieur, le relevé sismographique. Pas plus que lui je ne saurais (ni de voudrais) la raconter, parcourir ces noms, ces dates qui composent l'histoire à l'ombre de laquelle j'ai grandi. Je peux en suivre du doigt la géographie accidentée, la géométrie inexacte. Je sais qu'elles dessinent la part d'ombre, le négatif de ma vie. Qu'aux failles correspondent ses absences et que, même à distance, j'y étais avec lui engouffrée. Pas plus que lui, je ne sais qui il était. Tout ce que je sais, c'est que, chaque matin, chaque soir, quand il ouvrait ses cahiers, c'est cela qu'il cherchait.
 Ces lignes innombrables, ces caractères élégants, réguliers, même dans les pires moments, tissent le filet où il cherchait à s'attraper, tendent la toile dont il était le centre absent. C'était cela qu'il cherchait, se saisir, s'attraper, se mettre la main au collet.
.../..."
Gwenaëlle Aubry extrait de: "Personne" Editions Mercure de France/Folio



                                                 \\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\||||||||||||||||||||||||################



reçu ceci:




 
En soutien aux grévistes de Donges Attac Saint-Nazaire La Presqu'île et le Pays de Retz vous convie à la projection de
 
                                                  On est vivants
                                                      un documentaire de Carmen Castillo                                               
                                                jeudi 16 juin à 20H
                              salle 7 AGORA  2 bis avenue Albert de Mun à Saint-Nazaire
                              La projection sera suivie d'un échange avec des grévistes de la raffinerie de Donges
 
De quoi est fait l'engagement politique aujourd'hui? Est-il possible d'infléchir le cours fatal du monde aujourd'hui? Qu'est-ce qui fait avancer, quand tant d'autres se découragent, celles et ceux qui persistent à vouloir changer le cours du monde ?
C'est avec ces questions ,dans un dialogue à la fois intime et politique avec son ami Daniel Bensaid, philosophe et militant récemment disparu, que  Carmen Castillo entreprend un voyage  dans le temps et dans l'espace à la rencontre de celles et  ceux qui ont décidé de ne plus accepter le monde tel qu'on leur propose.Des sans domiciles de Paris aux sans terres brésiliens , des zapatistes aux quartiers nord de Marseille, des guerriers de l'eau brésiliens  aux syndicalistes de la raffinerie Total à Donges, les visages rencontrés dans ce chemin dessinent ensemble un portrait de l'engagement aujourd'hui, fait d'espoirs partagés, de rêves intimes mais aussi de découragements et de défaites.
Comme Daniel Bensaid, ils disent " L'histoire n'est pas écrite d'avance, c'est nous qui la faisons".
 
Pour Attac
Cordialement
Chantal MOREAU
Les incertitudes de notre époque ne justifient pas d’être certains du bien-fondé du désespoir
Vandana  Shiva
 
                                              [[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[##################\\\\\\\\ 
 
 
  Politique et quotidien : source: "Scriptopolis"
 
 "Où vais-je?  source: Scriptopolis
 
 
 
       source: Scriptopolis
 
"Si tous tiraient dans la m^me direction, le monde basculerait."
Proverbe Yiddish