jeudi 26 juin 2014

l'effacement du monde



"Dictionnaire fut le premier mot à disparaître de mon vocabulaire.
Je ne sais quelle exquise ironie décida de ce mot-, justement.
Je parlais, m'interrogeais à voix haute sur le sens exact d'un terme et voulus dire que mon intention était d'en éclaircir le sens en cherchant sa définition dans le dictionnaire.
La phrase se bloqua net dans ma gorge;
Impossible de transformer l'image mentale du dictionnaire en un son.
L'idée restait coincée au stade photographique.
Le Robert épais à la reliure usée par trop de manipulations refusait de s'emprisonner dans un mot.
J'eus beau tordre ma langue en tous sens, rien ne sortit.
J'usais d'une sinueuse périphrase pour rompre mon silence.
Vous savez le gros livre où tous les mots sont définis...C'est trop bête...J'ai son nom sur le bout de la langue...


Au final, le plus étrange fut que personne n'arriva à prononcer ce nom familier et banal.
Les trois amis passés prendre l'apéritif s'accordèrent pour m'en proposer un autre, aux sonorités totalement exotiques. Ils insistèrent tant que je crus à une plaisanterie.
Nous avons improvisé un repas, la discussion se prolongea jusqu'à tard dans la nuit.
Les trous de mémoire me laissèrent en paix.
Jne retrouvai l'usage du mot dictionnaire que le lendemain.
Le glissement se produisait déjà, dans la plus grand discrétion.
.../...










".../...
Depuis plusieurs semaines les mots glissent autour de moi.
J'insiste bien sur cette phrase.
Les mots glissent autour de moi et non hors de moi.
Je garde les mots, par centaines, par milliers, mais ils sont devenus inutilisables.
Inappropriés.
Les phrases, les paroles, les écrits et les voix ont sombré.
C'est comme un voyage à l'étranger, dans un pays qui recourt à un autre alphabet.
La Grèce, la Russie ou la Chine...
Ce matin je suis sorti acheter le journal, j'ai évité de parler, esquivé les rencontres, ignoré les regards;
J'ai repéré mon quotidien habituel au losange rouge aplati disposé derrière le titre, je me suis empressé de rentrer.
Il pleuvait, mon attitude brusque est passée inaperçue.
Le journal est là, posé à côté de mon cahier, sur mon bureau.
La typographie a changé, des signes inconnus ont pollué les pages.
Je suis tout juste capable de déchiffrer certains mots, de procéder par analogies visuelles.
La semaine dernière je parvenais encore à lire un article, à comprendre le sens général.
C'est fini.
Dans quelques jours tout m'aura échappé.
Le monde a changé.
Les gens ont changé.
Personne ne s'est levé pour protester, pour réclamer la restauration de l'ancien langage.
Je suis l'arriéré.
Fixe.
Imperturbable.

Inattentif au vent qui souffle.
.../..."
-Eric Pessan-
extraits de "L'effacement du monde" Editions de la Différence













"La poésie est la mémoire baignée de larmes.
La musique est mémoire de la mer."
-Miguel Angel Asturias-


Laisser
filet de voix
dans la parenthèse qui le porte
vers l'étendue marine.
Laisser les mots en suspension
jouer avec l'extravagance du vent.
Laisser mûrir le silence
lentement
vaguement,
sur des ondulations en nage
de comprendre,
de surprendre,
d'entreprendre...
Laisser le doute accomplir sa mission
des soupirs.
Perdre la trace aussitôt qu'elle est née
et toujours recommencer
à écrire
et s'effacer
d'un coup d'éponge salée.

Laisser...



"Il est tellement facile d'écrire ses souvenirs quand on a une mauvaise mémoire."
-Arthur Schnitzler-




mercredi 25 juin 2014

du vert, du rouge





Du vert.
            Du rouge.
Mon verre de rouge.
J'y broie du noir
à la santé
des indignés du canapé,
des râleurs pas tentés,
des lucides carbonés,
aux glucides
sucrant les fraises.
Les illusions éperdues dans leur toile d'araignée,
et
des marées en grève d'intermittence
semant  des coquillages sur ma plage arrière,
mais
seulement
quand y'a pas trop de vents derrière.

Du  fer rouge
au rouge-gorge,
un peau rouge.
qu'aurait plus peur du noir.
-Indien vaut mieux que deux tu l'auras-
répétait à l'envie
le gestionnaire recyclable en bonbons du trésor
et obligations d'apprendre à bien soigner sa tête de noeud de cravate 
pour mieux se gâcher sous les projecteurs.

L'amer rouge
qui bouge encore
comme le verre
si t'es guéridon
et sensible au baratin du bas radin
qui te promet
 la lune finale
troupons nous des deux mains
pour que
" l'intérêt général"
fasse un genre d'humain
 tête de gondole
et ras la fiole.
A consommer à petits feux.
Chair d'ami
chair d'camarade
et surtout chair client
Mange!  Tu sais pas qui te mangera
Enfin c'est ce que tu crois.
Vers de rouge
Vers de gris
qui comptent en calories
ce qui conte c'est le crédit
pour endormir
le pov petit
et qu'il fasse de beaux rêves
d'argenterie.

Du vert.
Du rouge.
 Flingue sur tout ce qui bouge
en vers
et contre tout
je fais de la prose élitisme
même pas drôle,
même pas cap
d'y croire
au grand soir
et des boire
pour oublier
mon pote au noir.
fardant sa vertu romantique dans un drapeau
inoxydable
tous feux
toutes flammes
 et
induction comprise.

Allée "les verts"
Allée "les rouges"


"La mélancolie, c'est le bonheur d"être triste" (Victor Hugo)

Garçon!
La même chose.