dimanche 12 mai 2013

et bien, dormez maintenant

Ron Mueck-Mask II-

"On tombe de sommeil dans le sommeil: il est lui-même, le sommeil, la force qui précède et qui entraîne la puissance dans son acte. Si je tombe de sommeil c'est que déjà le sommeil a commencé à s'emparer de moi et à m'envahir avant même que je dorme, avant que je commence à tomber. Nous disons que le sommeil nous gagne: il gagne sur nous, il étend son emprise et son ombre avec la discrétion et la constance que sont celles du soir, de la poussière, de l'âge. [...]
En tombant de sommeil, je tombe à l'intérieur de moi-même, de ma fatigue, de mon ennui, de mon plaisir épuisé ou de ma peine épuisante. Je tombe à l'intérieur de ma propre satiété aussi bien que de ma propre vacuité: je deviens à moi-même le gouffre et la plongée, l'épaisseur des eaux profondes et la descente du corps noyé qui sombre à la renverse. Je tombe là où je ne suis plus séparé du monde par une démarcation qui m'appartient encore tout le temps de ma veille et que je suis moi-même, tout comme je suis ma peau et tous mes organes des sens. Je passe cette ligne de distinction. Je glisse tout ensemble au plus intérieur et au plus extérieur de moi, effaçant le partage de ces deux régions supposées.
 Je dors, et ce je qui dort ne saurait pa plus le dire qu'il ne saurait dire qu'il est mort. C'est donc un autre qui dort à ma place. Mais si exactement, si parfaitement à cette place mienne, qu'il l'occupe tout entière sans en délaisser ni en excéder la moindre parcelle;
Ce n'est pas une partie de moi, ni un aspect, ni une fonction qui dort. C'est cet autre tout entier que je suis dès lors que je suis soustrait à tous mes aspects et à toutes mes fonctions, sauf à cette fonction de dormir, qui peut-être n'en est pas une ou bien qui ne fonctionne qu'à suspendre toute fonction.[...]"

-Jean-Luc Nancy-Tombe de sommeil Editions Galilée-
source: collection: les textes-"La mort hier et aujourd'hui-Hors série-Marianne-avril-mai 2013-


                                                         - Ron Mueck-


Aux premiers tours de piste
                                           de dimanche
cette nuit

à l'ombre de la lune-
L'ampoule
 tout en bas -grésille-

Je veille sur des chimères, des trolls fabulistes
et funambules;
des meilleures intentions du monde.
Quelques regrets et remords assaisonnés
 à la sauce
des titres posthumes
                              des traversins en plume fantaisie
des couettes sur les deux oreilles.
et une couverture supplémentaire
                                                      en maille de solitude.

Je veille au grain
à moudre
le ptit noir nocturne.
boit sa tasse dans le grand bain
d'une cafetière  pistonnée
et forcément légèrement
ténébreuse
sur les bords du crépuscule.



-Ron Mueck-


mercredi 8 mai 2013

les mots se font la paire



"Dans le jardin de rocaille, au pied des mimosas, des fourmis se croisaient avec, semble t-il, une certaine indifférence."
extrait de: "L'exaltation fiduciaire" (nouvelle) de Frédéric H. Fajardie.



Les mots que l'on perd
s'en vont-ils à la mère des doutes en paternité?

Les mots que l'on perd
exagèrent forcément leur importance,
mais c'est de bonne guerre
les mots.

Les mots que l'on perd, 
à moins d'un hasard littéraire
-qui ferait que l'on ne serait  plus du tout  sur de les avoir perdu, en les retrouvant chez un autre-

finissent dans l'oubli.

Les mots que l'on est en train de perdre
sont déjà plus gaillards, 
en principe.
Et l'on se dit que l'on aura bien le temps de les récupérer avant qu'ils ne s'échappent pour toujours
On nous la fait plus.
A force.

Les mots que je perds,
de plus en plus vite,
sont sans doute les plus compréhensibles.
que je m'adresse.
Je veux les sentir encore
un peu, 
sans bouger,
imaginer une suite,
avant de m'en croire propriétaire.

Les mots que l'on perd,
sont tout prêt, là derrière,
dans l'ombre
de tout ce qu'on aurait pu dire,
autrement.