vendredi 22 juin 2012

Le vent



"Je suis le vent joyeux, le rapide fantôme
Au visage de sable, au manteau de soleil,
Quelquefois je m'ennuie en mon lointain royaume;
Alors je vais frôler du bout de mon orteil
le maussade océan plongé dans le sommeil.
Le vieillard aussitôt se réveille et s'étire
Et maudit sourdement le moqueur éternel
L'insoucieux passant qui lui souffle son rire
Dans ses yeux obscurcis par les larmes de sel.
.../...



.../...A me voir si pressé, l'on me croirait mortel:
Je déchaîne les flots et je plonge ma tête
chaude encor de soleil dans le sombre élément
Et j'enlace en riant ma fille la tempête;
Puis je fuis. L'eau soupire avec étonnement;
-C'était un rêve, hélas!-non, c'était moi, le Vent!
Ici le golfe invite et cependant le passe;
Là-bas la grotte implore et je fuis son repos;
Mais, poète! comment ne pas aimer l'espace,
L'inlassable fuyard qu'on ne voit que de dos
Et qui fait écumer nos sauvages chevaux!
.../...





../... Il n'est rien ici-bas qui vaille qu'on s'arrête
et c'est pourquoi je suis le vent dans les déserts
Et le vent dans ton coeur et le vent dans ta tête;
Sens-tu comme je cours dans le bruit de tes vers
Emportant tes désirs et tes regrets amers?
Les amours, les devoirs, les lois, les habitudes
Sont autant de geôliers! Avec moi viens errer
A travers les Saanas des chastes solitudes!
Viens, suis-moi sur la mer, car je veux te montrer
des ciels si beaux, si beaux qu'ils te feront pleurer
Et des morts apaisés sur la mer caressante
.../...





../...Tu n'interrompras point cette course farouche;
Tu fuiras avec moi sans t'arrêter jamais;
La vie est une fleur qui meurt dès qu'on la touche
.../...





.../... Ici  j'éteins le ciel, plus loin je le rallume;
Quand ce monde d'une heure a perdu son attrait
Je souffle: Le réel s'envole avec la brume.../...





.../...Un jour tu me crieras: "Je suis las de ce monde.../...





.../... Alors je soufflerai, rieur, sur ton visage
Du pur soleil d'automne et sur l'esquif errant
Le frisson vaporeux des pourpres du naufrage;
Et l'aube te verra dormir profondément
Sur le sein de la mer illuminé de vent!"

extraits de:  "Le vent" - Oscar Vladislas De Lubicz- Milosz

 Esprits Nomades




Les Amis de Milosz



La revue critique

mercredi 20 juin 2012

sur la langue








"Se rappeler que dans toute langue se trouve le langage, le point commun avec celui qui lit, qui peine sur l'assiette du texte, la rencontre de l'illusoire et de l'étroitesse de la page.
Le temps contrôle le geste, le blanc prend l'importance du mot, du verbe.
J'attends la suite, ce qui vient après le point."





"Je pensais à l'écriture, à la main qui mène, aux gestes quotidiens, à celui qui happe avec un marteau, à la peau du dedans qui connaît le temps, au lien du corps et de l'esprit,
le petit matin qui tue des pages, à ceux qui n'écriront plus, à l'envers de la page.
Je me souviens de la nuit. La première."




"Littérature.


Comment dire ce que l'on ne peut.
Se rattraper sur le papier n'est pas l'action, c'est même une forme de désespoir, de refus;
J'ai écrit des rencontres qui ne sont pas, j'oublie tout de vous, l'illusion détruit le rêve. L'idée de vous était la clarté, l'obscur franchit je vous voyais et vous n'étiez, il fait jour et la nuit entoure la lueur."





"J'ai écrit sur la nuit parce que c'est là que tout se passe, que ça se passe, l'écriture me vient la nuit quand tout revit, que l'homme sort de l'homme, de sa profondeur de l'être."


illustrations source: Toile





"L'heure n'attend pas, je crois en votre solitude, écrire est une farce, je ne crois qu'en cela et pourtant vous existez."

extraits de: La nuit panse la blessure de l'écriture" de Oliviers Devers-
Territoires- Editions Fourbis.