dimanche 10 juin 2012

ce qu'il faut de patience





"Il faut tenir jusqu'à sa mort
et c'est peut-être loin derrière mille ronciers.

Pas grand chose de plus à ,savoir
mais la facilité pourquoi pas retrouvée
de progresser dans des jours dégagés
d'y faire jouer ses mains.

Sinon l'atroce obstacle
les heures arrêtées
les paniques de tout
de rien pour rien
puisque rien n'y sera changé
puisque le temps ne compte que pour soi-
qu'il tourne différent dans l'horologe des autres.

Ne craindre jusqu'à sa mort
que l'immobilité-
cette gueule de rapace empaillé, yeux de pierres."

"Jusqu'à sa mort" -Bernard Bretonnière-









"Quoi faire avec mon corps.
le couché tôt, le levé tard.
lui faire faire le sport.

quoi faire avec mon corps.

l'exciter, l'exhiber ou encore lui donner tord.

quoi faire avec mon corps.

l'intoxiquer, le purifier ou le peindre en noir.

quoi faire avec mon corps.

le faire courir ou méditer le cœur des vivants,
ou lui donner la mort.

je vieillirai avec,

que ça me plaise ou non.
il ira ou j'irai.
À quoi bon de laisser flamber.
je vieillirai avec,
que ça me plaise ou non.
il ira ou j'irai.
À quoi bon de se laisser tomber.

quoi faire avec mon corps.

le trafiquer pour parvenir à trahir son âge.

quoi faire avec mon corps.

lui visser des 'Vuitton' aux talons pour le confort.

quoi faire avec mon corps.

le vendre, le donner ou jouer avec son genre.

quoi faire avec mon corps.

le guérir, le blesser, le punir  ou le gaver d'animaux morts.

je vieillirai avec,

que ça me plaise ou non.
il ira ou j'irai.
À quoi bon de laisser flamber.
je vieillirai avec,
que ça me plaise ou non.
il ira ou j'irai.
À quoi bon de se laisser tomber"

-Ariane Moffatt-





"Oh petit, tout petit,
deux bras, deux jambes,
pas grand chose de plus,
aptère et ne volant qu'en rêve.

Dans le reflet d'un cadre,
laqués par la grâce du soleil,
diamant d'automne aigu,
le téléphone d'ivoire (faux, bien sûr),
la table d'acajou (vrai, peut-être),
le dictionnaire avec sa reliure effrangée,
au second plan des livres
dans un grand brouillard irisé,
on ne peut même pas lire les titres lointains
que l'on sait à l'envers.

Pa de tristesse
car la tristesse ne voit, ,i ne lit, ni s'écrit,
pas de bonheur,
mais un bonheur assez petit pour tenir sur une page
griffonnée ici
entre deux phrases d'une lettre à luisa
en trois minutes trente
pendant que passe le café
pendant que les nuages acceptent encore
de filer en arrière du soleil
façon de dire que le désespoir
a plus d'une espérance dans son sac."

"Petit"- Bernard Bretonnière-



"Tu rêves !
Vouloir cela
que tu saurais rester d'humeur égale
comme on dit.
La vie, tu y es trop
ou pas assez,
jamais sous la lumière exacte.
Ton ombre: soit devant  soit derrière
géante, naine,
à chaque heure difforme.

Que toutes les guerres cessent sur le globe
tu en resterais aux mêmes joies
et aux mêmes détresses
abusé
éperdu."

"Tu rêves"- Bernard Bretonnière-

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les pelleteux de nuage





NOUS SOMMES DES PELLETEUX DE NUAGE
« Nous n’aimons pas ce qui fait ombrage
Aux fragiles fleurs assoiffées de soleil
Nous, nous dégotons la chair entre les jambes de l’été
Et rien ne nous fait plus plaisir
Que de soulever
Sa jupe
Quels parfums
Quelles délices
Si vous pouviez les sentir un moment
Mesdames Messieurs les bien-pensants
Aux néons blafards de vos bureaux
Nous préférons les tons marron
Et les vers
Dans la Terre libre
À la peur et ses griffes
Aux dents qui claquent
Et à la peine cotée en bourse
Nous ouvrons les bras
Et nous vous conduisons
Dans le sauna
De l’imaginaire
Suez nous
Couper dans le gras
Et retrouver la ligne
Sinueuse
Du désir
Oui
Souffrez de nous suivre
Car voyez-vous
Nous les pelleteux de nuage
Les grand’ têtes dans la lune
Nous fuyons l’intelligence
Autant que la pensée commune
Nous n’avons ni jugeotte, ni même d’esprit pour en faire l’étalage
Vous l’avez dit : nous sommes occupés à pelleter des nuages
Alors, vos principes, vos idées
Et ce que pense le vrai monde…
Le vrai monde
Avec sa grisaille presque opaque
Ce n’est pas nous
Nous, nous sommes FO, phosphorescents
Incandescents d’indécence
Lorsque nous sentons venir la fin
Au point du jour
Quand le vin manque
Et les amis s’en vont
C’est dans la nuit que nous brillons
Sous les projecteurs
Nous jactons
Hors de nous ce qui nous tient à cœur
Nous vidons notre âme
Comme d’autres leur vessie
Et tant pis si les mots pissent à flots
Comme la bière
Sous la pression de la foule montante
Qui nous fait écho
Nous ne sommes pas les vecteurs de la distraction
Au contraire le feu vivant nous le communiquons
Du moins nous essayons
Par passion par envie de vivre la vie dont nous rêvions
Enfants lorsque la parole nous prenait
Comme une quinte de toux
Lorsque nous ne prenions pas tant de détours
Pour crier notre dégoût
Et conclure notre amour
Par un serment
Dans vos courbes et vos calculs
Vos diagrammes et vos projets
Où sont les fous, les amoureux
Les magiciens et les danseurs ?
Dans votre gestion du monde
Existe-t-il une place
Que votre vertu n’ait pas contaminée?
Nous n’avons pas besoin de vos illusions
Notre addiction, c’est la diction
Nos traditions, la déraison
Arpenteurs de la réalité
Nous désapprenons à vivre
Chaque jour
Les mensonges de votre éducation
Nous ne voulons pas changer le monde
Nous vous le laissons
Nous vous l’avons toujours laissé
Nous
Nous voulons en créer un autre
A l’image de notre espoir
Et de notre foi en nos enfants
Mesdames, Messieurs les bien-pansus
Nous sommes des pelleteux de nuages
La chose est entendue
C’est toujours bien mieux que de pelleter d’la marde. »

Montréal, 3 mai 2012 
Kuriakin

découverte de PAR ICI

LE PRINTEMPS ERABLE