dimanche 10 juin 2012

les pelleteux de nuage





NOUS SOMMES DES PELLETEUX DE NUAGE
« Nous n’aimons pas ce qui fait ombrage
Aux fragiles fleurs assoiffées de soleil
Nous, nous dégotons la chair entre les jambes de l’été
Et rien ne nous fait plus plaisir
Que de soulever
Sa jupe
Quels parfums
Quelles délices
Si vous pouviez les sentir un moment
Mesdames Messieurs les bien-pensants
Aux néons blafards de vos bureaux
Nous préférons les tons marron
Et les vers
Dans la Terre libre
À la peur et ses griffes
Aux dents qui claquent
Et à la peine cotée en bourse
Nous ouvrons les bras
Et nous vous conduisons
Dans le sauna
De l’imaginaire
Suez nous
Couper dans le gras
Et retrouver la ligne
Sinueuse
Du désir
Oui
Souffrez de nous suivre
Car voyez-vous
Nous les pelleteux de nuage
Les grand’ têtes dans la lune
Nous fuyons l’intelligence
Autant que la pensée commune
Nous n’avons ni jugeotte, ni même d’esprit pour en faire l’étalage
Vous l’avez dit : nous sommes occupés à pelleter des nuages
Alors, vos principes, vos idées
Et ce que pense le vrai monde…
Le vrai monde
Avec sa grisaille presque opaque
Ce n’est pas nous
Nous, nous sommes FO, phosphorescents
Incandescents d’indécence
Lorsque nous sentons venir la fin
Au point du jour
Quand le vin manque
Et les amis s’en vont
C’est dans la nuit que nous brillons
Sous les projecteurs
Nous jactons
Hors de nous ce qui nous tient à cœur
Nous vidons notre âme
Comme d’autres leur vessie
Et tant pis si les mots pissent à flots
Comme la bière
Sous la pression de la foule montante
Qui nous fait écho
Nous ne sommes pas les vecteurs de la distraction
Au contraire le feu vivant nous le communiquons
Du moins nous essayons
Par passion par envie de vivre la vie dont nous rêvions
Enfants lorsque la parole nous prenait
Comme une quinte de toux
Lorsque nous ne prenions pas tant de détours
Pour crier notre dégoût
Et conclure notre amour
Par un serment
Dans vos courbes et vos calculs
Vos diagrammes et vos projets
Où sont les fous, les amoureux
Les magiciens et les danseurs ?
Dans votre gestion du monde
Existe-t-il une place
Que votre vertu n’ait pas contaminée?
Nous n’avons pas besoin de vos illusions
Notre addiction, c’est la diction
Nos traditions, la déraison
Arpenteurs de la réalité
Nous désapprenons à vivre
Chaque jour
Les mensonges de votre éducation
Nous ne voulons pas changer le monde
Nous vous le laissons
Nous vous l’avons toujours laissé
Nous
Nous voulons en créer un autre
A l’image de notre espoir
Et de notre foi en nos enfants
Mesdames, Messieurs les bien-pansus
Nous sommes des pelleteux de nuages
La chose est entendue
C’est toujours bien mieux que de pelleter d’la marde. »

Montréal, 3 mai 2012 
Kuriakin

découverte de PAR ICI

LE PRINTEMPS ERABLE

samedi 9 juin 2012

un jour de grandes poussières

photo source Chouyo

Le texte qui va suivre a été publié dans le cadre d'un jeu d'écriture(s) blog a mille mains: 


"1 Quel est le principe du jeu ?
A partir d’une photographie commune, chaque personne qui le souhaite écrit un texte.
Le texte peut prendre n’importe quelle forme, relater des faits réels ou rester dans le domaine de la fiction. La longueur n’est pas fixée mais doit respecter le format d’un article de blog.
Les jeux d’écritures ne sont pas un tag, pas un concours, pas une compétition littéraire. C’est simplement du lien entre amateurs d’écriture et de lecture.
2. Qui peut participer ?
Les jeux d’écritures sont ouverts à tous.
3. Comment participer ?
3.1 Si le participant tient un blog, il publie sur ce blog la photo (en citant son auteur), son texte et un lien hypertexte vers le présent blog. Il signale ensuite sa participation en laissant un commentaire sur Jeu(x) d’écriture – Le Blog à 1000 mains.
3.2. Si le participant ne tient pas de blog, il peut envoyer son texte par mail à l’adresse a1000mains@gmail.com.
3.3. Les participations publiées sur les différents blogs et envoyées par mail sont compilées sur le présent blog. En participant à un jeu, l’auteur du texte accepte tacitement sa publication sur le présent blog.
Les textes ne seront pas modifiés sans l’accord de leurs auteurs à l’exception d’éventuelles fautes d’orthographe, de grammaire et/ou erreurs de typographie. 
Le texte peut prendre n’importe quelle forme, relater des faits réels ou rester dans le domaine de la fiction. La longueur n’est pas fixée mais doit respecter le format d’un article de blog.
Les jeux d’écritures ne sont pas un tag, pas un concours, pas une compétition littéraire. C’est simplement du lien entre amateurs d’écriture et de lecture."

JEUX D'ECRITURE(S) BLOG A MILLE MAINS



Un jour de grandes poussières 
enfin ni plus ni moins qu'un autre jour
finalement.
Ou alors,
un jour d'allez savoir pourquoi.
Vous en avez connu  de ces jours, j'en suis sur...
Donc,
résumons-nous:
 Un jour comme un autre mais tellement différent,
cependant.
Il décida (sans lui demander son avis d'ailleurs)
de sortir sa bibliothèque à ce grand jour.
Celle ci, qui s'était habituée (depuis le temps..) à la pénombre et au silence
en fut véritablement et  profondément troublée
Elle commença par rougir de la rangée du bas à la reliure du haut,
puis manqua de s'étouffer, pensez donc,  trop d'air d'un coup
et enfin intimidée, apeurée, déboussolée...
affolée et ne sachant dans quel sens de l'Histoire se tourner
elle s'emberlificota tellement  les phrases
qu'elle en  attrapa
oui, c'est bien ça,
elle en attrapa:
 une extinction de mots.
son propriétaire en fut légèrement décontenancé.
il se doutait bien pourtant  que ses livres peu habitués à la lumière naturelle  ne seraient  pas franchement ravis d'être exhibés ainsi à la vue de tous...
mais de là, à faire ce genre de dépression littéraire!!!
il y avait de quoi, être grandement surpris.

De nombreux badauds qui badaient 
ravis d'un spectacle peu courant en ces temps où l'écriture
en vers et contre tout perdait peu à peu pied au profit d'une image omniprésente et saccadée,
se rapprochèrent intrigués de rayonnages que la plupart  d'entre-eux découvrait  pour la première fois.
Quelques uns, plus téméraires  sans doute, commencèrent à toucher les livres, du bout des doigts, puis,  ils prirent de l'assurance poussés en cela par les autres, de plus en plus nombreux derrière eux
et
peu à peu les volumes se laissèrent approcher, caresser, éplucher, découvrir...et ronronnant d'un plaisir inconnu, ils ne purent se retenir et...
 jouirent en plein milieu de leurs spectateurs éclaboussés
et avides de sens interdits.

Le lendemain, sur le grand boulevard bordé d'arbres majestueux,
il ne restait aucune trace des débauches de la veille
sauf un livre, un seul oublié, perdu... dans la précipitation,
Il  gisait  au bord du caniveau, le coeur battant
mais si faiblement...
que le bibliothécaire le releva avec des gestes délicats et mesurés.
 C'était:" Le traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations".