dimanche 25 septembre 2011

tourner la page



"../...Cécile Colmont, assise sur un rocher au bord de la plage, contemplait les reflets de la lune, presque pleine, sur les eaux grises de l'Atlantique. Les vagues s'échouaient à quelques centimètres de ses pieds nus; elle avait posé ses bottes de caoutchouc à l'entrée du sentier qui menait à cette minuscule crique où, tous les soirs, elle venait passer un moment seule. La marée commençait à se retirer, abandonnant sur le sable quantité d'algues déracinées qui ondulaient, perdues au fil des flots.
Cécile se pencha en avant et saisit une pognée de fucus tout à fait comparable à une grappe de raisin. Elle en perça machinalement plusieurs grains avec les ongles, faisant jaillir une bulle gélatineuse qu'elle porta à ses narines. A sa grande stupéfaction, pour la première fois depuis si longtemps, elle perçut une vague senteur. Ténue. Quelque chose d'indéfinissable. Presque rien. Affolée, bouleversée, remplie d'espoir, elle quitta le rocher sur lequel elle était assise, s'engagea jusqu'à mi-cuisse dans l'eau glacée et empoigna des brassées de tout ce qui se trouvait à sa portée. Une végétation marine très dense, un conglomérat visqueux dont elle se frotta voluptueusement le visage, le cou. Avec la même sensation renouvelée, de plus en plus intense, au fil des minutes qui suivirent. Ce n'était pas suffisant. Il fallait en avoir le coeur net. Elle croqua un grain de fucus, rageusement, à pleines dents. Puis deux, puis trois, en prenant soin de les mâcher, de les mastiquer. Elle bloqua sa langue contre son palais avant de déglutir. Ce fut comme si l'océan entier explosait dans sa bouche. De vieux souvenirs olfactifs, gustatifs, tout un fatras reclus ou plutôt cadenassé dans un obscur recoin de sa tête, refirent soudain surface, en vrac.
Un plateau de fruits de mer, justement. Un dimanche à Trouville, ça remontait à quand déjà? Cinq ans? Six? Peu importe. Des huitres, de"s crevettes, des bulots, des pinces de tourteau dégustées à la terrasse d'un restaurant du port. Une cuillerée de mayonnaise. Quelques rondelles de citron dont le jus acide picotait la langue. Ou une glace à la vanille suçotée sur la plage de Propriano, la veille de son accident. Ce fut une déferlante de réminiscences confuses qui cognaient à la porte de sa mémoire, impatientes de rattraper le temps perdu. Jusqu'aux plus lointaines, aux plus enfouies. Le doudou qu'elle tétait le soir avant de s'endormir, quand elle était petite, avec son goût médicamenteux, pauvre doudou imprégné de gouttes pour le rhume, de sirop Théralène, de chocolat aussi, grâce aux nombreuses taches qui le parsemaient. Les tartines de confiture de framboises du petit-déjeuner avant le départ pour l'école maternelle, les chamallows croqués en douce dans la cour de récré...
Toute une collection de sensations à laquelle   elle croyait ne plus jamais avoir accès s'ouvrait de nouveau à elle, à la manière d'un album de photographies oublié au fond d'un grenier et soudainement redécouvert.
.../..."
Extrait de: "Mon vieux" de Thierry Jonquet-

on en cause ici






et là aussi





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Puisque l'on est dans la lecture, ne nous arrêtons pas en si bon chemin.
Claire de Viron (dont nous avons reproduit  ici-même une de ses nouvelles, il y a quelque temps) nous cause dans le poste:

"Voici une publication qui pourrait vous intéresser: “Fracas” chez Thélès. C’est un recueil de nouvelles. J’y ai mis tout mon cœur pour faire vibrer le lecteur."



Présentation de l'éditeur:

« Surplombant le bief, un muret. Sur le muret, une enfant. Elle portait un chapeau, un short, et était nus pieds. Sa peau était tannée, et ses bras pointaient dans toutes les directions. Elle observait, s'émerveillait. Elle riait, criait, bougeait sans cesse, s'asseyant sur une cuisse puis sur l'autre. »

"Autour de l'enfance et de ses secrets, Claire de Viron tisse neuf nouvelles. De la paternité aux lieux fondateurs, elle explore à travers ces textes nos propres questionnements, nos propres angoisses. Un recueil nostalgique, au style élégant, qui interpelle par sa justesse d'analyse, et montre que les souvenirs fondent nos vies d'adulte."
 

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samedi 24 septembre 2011

Albert et sa fanfare


".../...Monsieur Enstein loin des canons, croyant travailler pour lui seul a découvert des équations qui vont nous tomber sur la gueule../..." ( Léo Ferré)

-Allo Robert, tu me reçois?
- Dis donc et ce satellite ou ce qu'il en reste, tu saurais pas par hasard où il est tombé? Non, parce-que vos indications , c'est un peu léger tu trouves pas? Quelque part entre l'Australie et le Canada...On vous a connu plus performant les gars...
-Ah dame quand il s'agit de mettre son véto (bonjour la potion du vétérinaire) pour empêcher qu'un état ou ce qui pourrait lui ressembler si..
Enfin, en  tout cas, puisse siéger comme les autres à la table du conseil des nations, là on joue son fier à bras. Forcément les élections vont bientôt pointer bientôt le bout de leur nez, alors faut faire des choix en fonction de l'influence des électeurs pas vrai?  C'est ce qu'on appelle, parait-il  de la realpolitik et là dedans les grandes idées généreuses ben elles font plouf comme...ben comme un satellite has-been par exemple.
Et le gars Albert, il est pas  à la fête en ce moment ,des mecs ont mesuré la vitesse de particules élémentaires (des potes à Houellebecq?) et ils seraient arrivés à la conclusion que celles-ci se déplaçaient légèrement plus vite que les 299 792458 m/secondes prévues dans le manuel , comme quoi c'est un pied de nez au tireur de langue...
Certes, tu me diras que franchement y-a des gens qu'ont pas grand chose d'autre à faire que de chercher la ptite bête, mais... si j'en crois les "lumières" cela pourrait avoir par la suite  des conséquences importantes.
Qui-sait,  ptêt sur le temps qui passe ou le prix de la baguette polka?
M'enfin ,d'après d'autres spécialistes, ces résultats seraient à prendre avec des pincettes- comme pour le sucre ça fait plus poli...
Comme quoi, si Albert dévisse, c'est ptêt que la recherche de pointe ça vaut pas un clou...
-Allo Robert, t'es où là, j't'endends plus.
Merde, tu vois pas qu'il se soit mangé le bouquet final du programme télé?








Serge, fidèle collaborateur (dans l'ombre) de ce blog aux fruits de mer a le chic pour nous dégoter des infos pas piquées des vers (arénicoles chez les amateurs). Ainsi, il nous propose aujourd'hui, une histoire de femme de directeur de prison qui s'est enfuie avec un détenu. Certains diront que l'amour ça donne des ailes...A suivre: ici-même




Dans la boite  aux lettres  amarrée basse, j'avions  reçu ceci:

Bonjour!

Je voudrais juste vous remercier pour votre excellent blog

J'ai lu votre premier post "ce qu'en disait Condorcet" et après j'ai passé une heure entière à découvrir votre blog :) Votre style est clair, passionnant, accessible. J'ai bcp aimé votre post "c'est l'automne, tout le monde descend".

En fait, je travaille dans la société -prout-. Nous référençons les offres d'emploi dans le monde entier.

Mon travail consiste à persuader des bloggeurs d'ajouter les liens vers notre site.

J'adore mon travail. Notre équipe est très unie. Le directeur est sympa. Mais malheureusement, je n'ai aucune idée comment persuader un bloggeur de mettre notre lien sur son blog. C'est pourquoi j'ai peur de perdre mon travail :(

Et maintenant, au lieu d'envoyer des milliers de lettres aux bloggeurs différents, je lis votre blog.

Franchement, je ne suis pas tout à fait sûre que le lien vers notre site France -prout- soit convenable pour votre blog, mais si vous pourriez le mettre, je vous serais extrêmement RECONNAISSANTE!!! Notre site est vraiment génial pour chercher du travail.

Bonne journée à vous! Merci encore pour votre excellent blog. Bonne continuation!

Et avec votre esprit ah!ah!ah!

y'a pas non plus écrit: