dimanche 18 septembre 2011

le jour du soigneur



Mâ c'est quoi ce titre à la noix de...on va dire... du Berry gore (coucou Anne). Encore un mauvais jeu de mot sans doute et comme il se doit,  légèrement vaporisé avé l'encensoir (et matin aussi) de service.
Ben! Les gars,les filles, c'est dimanche, tabernuche et ce n'est pas parce  que j'ai remplacé depuis avant-avant--hier la symbolique de l'entrepôt-burps- phagie de fin de kermesse par des nourritures nettement plus terrestres et locales (dans la mesure du possible) du marché du dimanche, que parfois -même après un coup de pschit Weleda-sous les aisselles (de Guérande) il ne reste pas -hélas-  quelque humeur tenace inféodée à des siècles et des siècles...heu...amen
Et pi c'est quoi aussi cette photo d'avant-propos, des haricots verts transgéniques?  la déco. d'un resto japonais?
Vous aurez remarqué, je fais les questions et les réponses. C'est très tendance en ce moment chez les raies gouvernementales  sur le côté. qui manient  le "c'est  Côa", le "Vous allez m'dire" et le "j'vais vous répondre."..à tout bout de chant du cygne.
Plus la peine d'appuyer comme des forçats sur le buzzer , la photo d'entrée en matière représente de la réglisse sous toutes ses coutures; c'est -aussi- une spécialité néerlandaise (à ne pas confondre avec un candidat aux primaires zoziailistes) ramenée dans leurs  bagages par des promeneurs estuairiens; ça se décline sous tous les goûts et les couleurs, salé, sucré et ptêt même -qui sait- aux brocolis cosmiques,. Mes souvenirs amsterdamiens à moé (qui commencent à dater...) étaient plus dans le style hareng et ta saur, comme quoi le monde bouge mais  pour la photo je pense que ça passe sans doute mieux que le poiscaille presque cru qu'on s'engloutissait avec délice entre deux canaux.




Ah ben c'est dans le désordre  (qui est l'ordre moins le pouvoir -merci Léo-) cette rubrique un tantinet alimentaire car  pour la  photo suivante nous vous proposons quelques brochettes de légumes et chacun reconnaitra les siens et pour remettre le goût du jour dans le sens de l'histoire (fête de l'Huma oblige) en conclusion quelques travers de porc marinés  miel , soja et graine de sésame; Allez comme dirait le psy de sévice:  "Ouvre toa  (pisque, c'est bien connu,  chacun à  ses travers...)



Belle journée à vous.
 Et...
disait  Roland R. (spécial copinage et souvenir..):  "Mets de l'huile"


jeudi 15 septembre 2011

des ing. et des hommes


Serge nous envoie ceci:
-publié le 13/09 sur le site du Nouvel-Observateur.

-"Mesdames, Messieurs les Dirigeants de la Banque,

Après mon congé parental, je vais être amenée à reprendre mes fonctions de Conseiller Financier au sein de votre établissement bancaire. Or, après six années d'expérience à vos côtés, si je me sens tout à fait capable de donner satisfaction à mes clients, je suis à présent certaine de ne plus être en capacité de le faire pour vous.
La simple idée d'entamer la journée par un briefing avec un directeur qui s'acharnera à me fixer des objectifs "ambitieux" pour chacun de mes rendez-vous est de nature même à jeter une ombre sur les trois mois de congé qu'il me reste. Cet obscurcissement sera de surcroit accéléré par la notion de debriefing où le même directeur comparera mes réalisations avec ses petits objectifs.

Je suis par avance hantée par la séance de phoning obligatoire (car génératrice d'entretiens profitables), avant l'incontournable reporting journalier qui permettra à ma hiérarchie de fabriquer des camemberts témoins de ma force productrice.

Je n'étais pourtant pas hostile à l'Anglais, mais l'excès d'ing provoque désormais chez moi une forme sévère de répulsion.

En dehors de cette affection soudaine, je sais par avance que vous ne manquerez pas d'objectiver le Conseiller senior que je suis à la hauteur de ma seniorité sans vous douter qu'il me sera difficile de supporter la présence d'un "moniteur des ventes" qui veillera à ma remise à niveau.

Il garantira l'application scrupuleuse de notre méthode de vente, me jugera sur le schéma à trois pôles que tout conseiller de notre établissement se doit de dessiner à son client, arbitrera la rondeur de mes cercles et vérifiera que les flèches obligatoires seront de la couleur requise par vos experts ès coloriage de schéma. [dans la banque où je travaille, tout collaborateur a l'obligation de réciter une méthode de vente à chaque client - mot pour mot - et doit également dessiner un schéma aux formes et couleurs obligatoires sous peine de sanctions ; des moniteurs présents aux rendez-vous clientèle y veillent].

Vous comprendrez donc que mon appréhension en vue d'une nouvelle trouvaille infantilisante de votre part est à son paroxysme. Ceci étant, je me dois de reconnaître votre réel talent en la matière. La prochaine fois, nous pourrions peut-être faire du collage, cela améliorerait notre ordinaire.

Mais je dis vous sans même savoir à qui je m'adresse. Qui êtes-vous exactement ? D'où me viennent mes ordres de récitation ? Mes petits mots en -ing ? Je connais mon N+1, mon N+2. J'aimerais leur en vouloir, avec leurs mails enflammés et leur classement des vendeurs quotidiens, de me pousser sans en avoir l'air à vendre des actions au premier venu. Mais je ne peux pas m'appuyer sur ce réconfort.

La plupart du temps mal formés et sans réelle fibre managériale, ils ne sont que des pions à peine plus responsables de leurs actes que je ne le suis. Eux aussi dorment mal et évitent de se regarder dans la glace. Les objectifs qu'ils me fixent ne sont qu'une partie des leurs et ils faut bien que nous les atteignions si l'on veut que nos camemberts aient l'air de vous plaire.

Comme eux, je m'appuyais jusque là sur votre entière culpabilité et sur ma non-responsabilité. En d'autres termes, je ne m'estimais pas responsable des objectifs coupables que vous m'attribuiez.

Faut-il croire que le fait de devenir parent fasse évoluer, car je pense aujourd'hui qu'accepter ces conditions de travail contribue à poser chaque jour une nouvelle pierre pour édifier votre empire sans âme et sans éthique.

Je ne peux pas continuer à travailler pour vous, même si c'est en votre nom, car j'ai décidé de ne pas ternir le mien. Je m'appelle Carine Beaufils, et je souhaiterais que vous retiriez tout de suite ce nom de vos effectifs.

Vous souhaitant des collaborateurs plus collaboratifs ainsi qu'une très haute rentabilité par l'atteinte de leurs objectifs,

Je n'espère pas à bientôt,

CB (initiales pourtant prédestinées)"



" .../...Je sais parfaitement que tu es un être honnête, travailleur, sérieux, que tu ressembles à une abeille ou à une fourmi. J'ai simplement démasqué le côté "petit homme" en toi, qui ruine et a ruiné pendant des millénaires ta vie. Tu es grand, petit homme quand tu n'es pas petit et misérable. Ta grandeur est le seul espoir qui nous reste. Tu es grand, petit homme, quand tu exerces amoureusement ton métier, quand tu t'adonnes avec joie à la sculpture, à l'architecture, à la peinture, à la décoration, à ton activité de semeur; tu es grand quand tu trouves ton plaisir dans le ciel bleu, dans la danse, quand tu admires tes enfants qui grandissent, la beauté du corps de ta femme ou de ton mari; quand tu te rends au planétarium pour étudier les astres, quand tu lis à la bibliothèque ce que d'autres hommes et femmes ont écrit sur la vie. Tu es grand quand, grand-père, tu berces ton petit-enfant sur tes genoux et lui parles des temps passés, quand tu regardes l'avenir incertain avec une confiance et une curiosité enfantines.../..."








".../...Tu es grand, petit homme, quand tu chantes les bonnes vieilles chansons folkloriques, quand tu danses aux flonflons d'un accordéon, car les chansons populaires sont apaisantes et chaleureuses, et elles ont les mêmes accents partout dans le monde. 
Tu es grand quand tu des à ton ami:
"Je remercie ma bonne étoile qui m'a permis de vivre sans souillure et sans cupidité, de voir mes enfants grandir, d'assister à leurs premiers balbutiements, gestes, promenades, jeux, questions, rires, amours; je la remercie d'avoir préservé ma sensibilité grâce à laquelle je jouis encore du printemps et du zéphir, du murmure de la petite rivière derrière ma maison, du chant des oiseaux dans les bois; je la remercie de ne pas avoir participé au commérage des méchants voisins, d'avoir pu étreindre mon partenaire et d'avoir senti dans son corps le flux de la vie; de ne pas avoir perdu, en ces temps troublés, l'orientation et le sens profond de mon existence. Car j'ai sans cesse écouté la voix au fond de moi-même qui me disait: "Ce qui compte, c'est de vivre une vie bonne et heureuse. Suis l'appel de ton coeur, même si tu dois t'écarter de la route des âmes timides.Fuis la brutalité et l'amertume, même si la vie te fais parfois souffrir! Et quand, dans le calme du soir, je m'installe après une journée de travail sur le gazon devant ma demeure, avec ma femme et mon enfant, quand je sens le souffle de la nature, j'entends la mélodie de l'avenir: "soyez enlacés, millions, j'embrasse le monde tout entier!" et je formule l'ardent désir que cette vie puisse faire valoir ses droits, qu'elle puisse convertir les durs et les timides qui font tonner le canon. S'ils le font, c'est que la vie est passée à côté d'eux. Et je serre dans mes bras mon fils qui me demande: "Père, le soleil s'est couché. Où est-il donc allé? Reviendra-t-il  bientôt?" Et je lui réponds: "Oui, mon fils, bientôt il se lèvera de nouveau pour nous réchauffer!
../..."


Extraits de: "Ecoute petit homme" -Wilhelm Reich- (1945)-petite bibliothèque Payot-