jeudi 23 juin 2011

le bac avec mention



Avec tout ça, j'ai  légèrement oublié le chemin de l'estuaire, celui qui offre par ici un avant-goût océanique. Enfin disons que cela fait bien -une dizaine -pour causer comme certains chapeletifs (dégarnis) que mes gambettes alertes (sans malibu hu! hu! hu!  -Voix off qu'aurait mieux fait de la fermer) ne sont  point venues au  contact de ce qui se fait -en mieux semble-t-il-  sur le territoire de la commune nazairienne; à savoir son  sentier côtier qui sous ses allures quasi méditerranéennes cache quelques trésors paysagers et joint  à deux pas de la ville, le paisible à l'agréable. 
Territoire des promeneurs, rêveurs, et "Foresteurs" en tout genre sans oublier- hélas- quelque crotteur  égaré à  qui  (radio Andorra ha!ha!ha! -voix off deux claques qui se perdent)  son compagnon tétrapode a oublié d'apprendre quelque règle élémentaire de bienséance en collectivité. M'enfin passons en regardant néanmoins  où l'on met les pieds.

Ce jour là, un subtil crachin à se faire presque oublier accompagnait l'échappée belle de notre petite troupe composée d'aveyronnais du sud et de bretons qui l'étaient tout autant.
En tant que régionaux de l'étape ( Macarelle, on voit que c'est bientôt le tour de France- voix off occitane dans l'âme) nous aurions pu alors  nous excuser de la météo et déblatérer comme il est d'usage dans ces cas là sur un:  "Ah dame si vous étiez venu, tiens, pas plus tard que  le mois dernier vous auriez vu cette chaleur qu'on avait ...et pâtes à ti tata..."
Mais non!  partant du principe  qu'il faut prendre les choses  comme elles se présentent et que, n'en déplaise à quelque  beauferie aussi lourde que jacobine, cela donne un charme indéniable au paysage, même si le soleil qui joue si bien à cache cache est  tout autant le bienvenu quand il ramène sa tronche d'allumé. (Comme dirait Bayrou-pète: La balle au centre quoi- i! oi! oi! -voix off qu'a dû manger du steack à chier).

 La truffe au vent, les sens au réveil, nous papotions du tout et de son rien compagnon, des massages de pied salés ou pas, du bac avec ou sans lauréat et j'en profitais pour citer mon défunt géniteur qui disait en son temps: " Ben moi, licencié de nombreuses écoles et poursuivi par les études, le seul bac que j'ai eu,  c'est celui de Mindin- mais avec mention."
Je rappelais alors pour nos amis d'outre-Loire que dans ma folle  jeunesse et avant construction d'un certain  pont - haubané comme il se mode- il existait par ici  un bac qui reliait St Nazaire à l'autre rive de l'estuaire. Il semblerait d'ailleurs que dans les cartons du conseil général  repose un projet de retour ,en quelque sorte, aux sources, mais avec l'installation récente aux commandes du département d'un nouveau et "dynamite" président adepte du: Oui mais, on sait pas, j'veux pas déranger... -tout comme pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne- si chère à son prédécesseur, le dossier transport maritime local  risquait bien de prendre la poussière pour éviter  de faire des vagues (zozialistes).



Et sinon, ton fils le bac? 
Ah ben... t'as vu  les sujets en Histoire et Géo ?...l'Europe et ses colonies, l'Afrique et son Malawi, j'en passe et des meilleures...
Comme dirait un vieux cadre à réaction nostalgique du bon temps...: Ben mon colon

mercredi 22 juin 2011

frontières glissantes




NEZ A NEZ

"L'autre, c'est d'abord soi. D'abord soi, dictait l'homme de la science tout en gravant les mots sortis de sa bouche sur sa tablette à cristaux liquides de la taille d'un codex. D'abord soi, répétait-il, le crayon électronique coincé entre le pouce et le majeur. Et partant, poursuit-il tout à sa dictée, l'autre se décrète, s'éprouve et se construit à partir de soi. A partir de soi, point. Nos capteurs sensibles ne se trompent jamais. On ignore encore par quel mouvement secret de l'âme cet Autre obsède nos jours et nos nuits mais toujours est-il que l'altérité se décrète à partir de notre propre engagement. C'est logique, dit-il en faisant mine de s'étonner de ses propres mots. C'est par le corps tout entier que s'endure le premier contact avec l'Autre.
Nous avons toujours sucé le lait du communautarisme olfactif. L'homme reste, le savant le sait de longue date, un animal qui tâte, hume ou mordille avant de montrer son talent poétique.
C'est partout l'odorat qui aurait laissé le plus intense souvenir à l'explorateur parti à la rencontre de l'Autre, en Afrique, en Amazonie et ailleurs-du moins si l'on en croit les chroniques léguées par les scribes voyageurs qui comptent parmi eux le pire et le meilleur../...L'identification, la reconnaissance, le cadastre des terres lointaines passerait d'abord par le nez. On se fierait à son pif, comme le groin va immanquablement à la truffe, ricane l'homme de science en triturant sa tablette pas plus grande que la paume de sa main."



CHAIR CONTRE CHAIR

".../...et comme en pareil cas, la peau se découvre des aptitudes qu'elle ne soupçonne, poursuit le savant; elle ne se savait pas si souple. Elle se surprend en imitant les mouvements d'autrui. Imiter, c'est le désir de devenir autre. Elle danse et danse au rythme des rythmes nègres. Au son des tam-tams, des balafons, des mbalax, des conques et des congas, énumère l'homme de science. Elle soulève des nuées de poussière dans le Sahel-palette ocre et tabac. Elle chante independance cha cha à Brazzaville, à Praia ou à Libreville, toutes ces villes qui sentent le sel et l'eucalyptus. Elle est nimbée de sueur. Elle tourbillonne, elle jubile. Elle est ivre. Elle est appel, désir, sensualité faite chair. Lourde tantôt de senteurs de lait et de sperme, tantôt de poudre et de fourrure, tantôt de remugles d'ail et de gingembre. Elle traîne des odeurs de fauve impudique. Sur son passage, le commun des mortels se tamponne une goutte de parfum sous les ailes du nez. Qu'importe, dit-il. Elle cherche par toutes ses fibres l'émoi, l'amour, la confusion, le dérèglement des sens. Elle veut fusionner avec la peau de l'autre, mêler sa sueur, ses larmes, ses effluves à ceux de son prochain. Elle veut vriller dans sa chair, boire son eau. Remonter à la source en compagnie. Etendre son empire. signer une paix blanche avec autrui. Pas de domination, pas de négation. Emulsion, fusion. Comme Adam et Eve. Elle respire, elle est comme au Paradis murmure le clairvoyant. Peau contre peau, accord des corps."


extraits de: "frontières glissantes" de Abdourahman A. Waberi



avec la participation de Monsieur Serge