dimanche 15 mars 2009

les mots


"Approchez, approchez mesdames et messieurs Car aujourd'hui grande vente aux enchères Dans quelques instants mes deux jeunes apprentis saltimbanques vont vous présentationner des mots Un mot pour tous, tous pour un mot, Un mot pour tous, tous pour un mot. Des gros mots, pour les grossistes Des maux de tête, pour les charlatans Des jeux de mots, pour les artistes Des mots d'amour, pour les amants Des mots à mots, pour les copieurs Des mots pour mots, pour les cafteurs Des mots savants, pour les emmerdeurs Des mobylettes, pour les voleurs ! [Aujourd'hui grande vente aux enchères, On achète des mots d'occasion Des mots à la page et pas chers Et puis des mots de collection. Un mot pour tous, tous pour un mot, Un mot pour tous, tous pour un mot.] Des morues, pour les poissonniers Et des mochetés, pour les pas bien beaux Des mots perdus, pour les paumés Des mots en l'air, pour les oiseaux Des mots de passe, pour les méfiants Et des mots clés pour les prisonniers Des mots pour rire, pour les enfants Des mots tabous, pour l' taboulé ! Des mots croisés, pour les retraités Et des petits mots, pour les béguins Des mots d'ordre pour les ordonnés Des mots fléchés, pour les Indiens Des momies, pour les pyramides Des demi-mots, pour les demi-portions Des mots courants, pour les rapides Et le mot de la fin, pour la chanson." -la rue ketanou-

tard dans la vie





























"Je suis dur Je suis tendre Et j'ai perdu mon temps à rêver sans dormir à dormir en marchant. Partout où j'ai passé j'ai trouvé mon absence Je ne suis nulle part excepté le néant Mais je porte caché au plus haut des entrailles à la place ou la foudre a frappé trop souvent un coeur ou chaque mot a laissé son entaille et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement"
Pierre Reverdy (La liberté des mers)




« Le ciel était rose, la mer tranquille et la brise endormie. Pas une ride ne plissait la surface immobile de l’Océan sur lequel le soleil à son coucher versait sa lumière d’or. Bleuâtre vers les côtes seulement, et comme s’y évaporant dans la brume, partout ailleurs la mer était rouge et plus enflammée encore au fond de l’horizon, où s’étendait dans toute la longueur de la vue une grande ligne de pourpre. Le soleil n’avait plus ses rayons ; ils étaient tombés de sa face et noyant leur lumière dans l’eau semblaient flotter sur elle. Il descendait en tirant à lui du ciel la teinte rose qu’il y avait mise, et à mesure qu’ils dégradaient ensemble, le bleu pâle de l’ombre s’avançait et se répandait sur toute la voûte. Bientôt il toucha les flots, rogna dessus son disque d’or, s’y enfonça jusqu’au milieu. On le vit un instant coupé en deux moitiés par la ligne de l’horizon, l’une dessus, sans bouger, l’autre en dessous qui tremblotait et s’allongeait, puis il disparut complètement ; et quand, à la place où il avait sombré, son reflet n’ondula plus, il sembla qu’une tristesse tout à coup était survenue sur la mer. » -chateaubriand-