dimanche 26 septembre 2010

WAX

l'homme qui se faisait des cheveux derrière la vitrine

un chat devant sa porte



Après notre série "un chat devant sa fenêtre" ouvrons aujourd'hui même et dimanche réunis, la version "un chat devant sa porte" qui sera peut être suivie de la" suite pour pigeons sur le monument aux morts". Va savoir...

un peu d'ail pour apaiser les tensions



Il n'y a pas de jour meilleur pour se mettre en cuisine
il y a juste des opportunités
et du goût à revendre.


Brigitte dont le coeur bât au rythme du  Bosphore, nous envoie une recette de pickels à la manière turque. Sans vouloir offenser et juste pour une meilleur compréhension du texte, je rappelle présentement  et juste au cas où... que par pickels  il faut entendre (sans pour autant le mettre dans l'oreille), conserve au vinaigre- que l'on peut retrouver sous le terme générique de: "condiment".

Dix-neuf-heures vingt-quatre. un beau reste de "Chili" maison réchauffe avec une certaine  langueur sur le feu moyen de la cuisinière, et avant qu'il ne soit prêt à accompagner agréablement un calme dimanche soir, je vous livre cette recette tout à fait de saison dans la mesure où l'ail tout comme l'oignon d'ailleurs- dont nous reparlerons une autre fois parce que l'on ne peut pas tout faire le même jour - ont des vertus apparentées au cache-nez à l'approche des premiers  frimas.

Il vous faudra donc pour un grand bocal -grand étant pris au sens large bien sur mais pas non plus jusqu'au stade amphore, si vous voyez ce que je veux dire- 20 têtes d'ail frais, 2 verres de vinaigre, 8 branches de céleri, de l'eau et du gros sel.
Tout d'abord et en préambule nettoyez z'et lavez vos têtes d 'ail et rangez les dans le bocal.
vous ajoutez ensuite les branches de céleri et vous immergez avec de l'eau vinaigrée (pour un litre d'eau six cuillères à soupe de gros sel et un verre de vinaigre).
Vous fermez ensuite votre bocal. Vous l'oubliez au frais et à l'ombre entre quinze et vingt jours.Au moment d'utiliser vous avez juste à vous débarrasser des branches de céleri et voilà, à consommer à l'apéro ou en accompagnements de hors d'oeuvre.

"Trop facile" dirait  alors le  jeune de service assis sur une  murette les jambes en rythme binaire et l'oeil vif quoiqu'un peu rouge rivé sur l'écran de son portable, branché sur le site Turc  Mutfaksirlari dont provient  cette recette. Cela est bien sur une supposition tout à fait peu probable mais bien utile pour clore le sujet.

"Mais pas du tout" répondit l'attaché  d'ambassade et office de tourisme réunis  qui passait, comme c'est pratique,  justement par-là, "enfin si c'est facile comme recette, mais n'oublions pas que 2010 qui est déjà plus qu'entamé est également l'année d'Istambul capitale de la culture européenne  n'en déplaise à certaines frilosités pour qui la vraie Europe serait du côté du Vatican ou Luxemboug ..."

Mais,
heu!
...attendez-moi je reviens
...
....
...
j'étais juste allé baisser le feu sous le Chili, car, comme dit la sagesse populaire" ne confondons pas, un plat attachant avec un plat qui attache".
 Je voulais juste pour en terminer enfin avec cette affaire-on va pas y passer la nuit non plus- signaler qu'il existe aussi une recette d'ail à l'huile tout aussi savoureuse bien que forcément différente, mais diversité qui fait aussi le charme de la vie...

.


  • 500 g de ail
  • 2 dl de vinaigre de vin
  • 2 dl de vin blanc
  • brins de romarin
  • 2-3 piments rouges
  • huile d'olive
  • 2 CS de sucre
Stériliser le bocal. Ebouillanter les gousses d'ail brièvement pour pouvoir les éplucher plus facilement. Dans une casserole mélanger le vinaigre, le vin blanc et le sucre. Ajouter les gousses d'ail et porter à ébullition. Mettre les gousses d'ail dans le bocal avec des brins de romarin et des piments rouges. Porter à ébullition le liquide encore une fois. Verser le liquide dans le bocal. Remplir avec l'huile d'olive.


recette et photo du site "ce soir on fait chez moi"

et sur ce en vous souhaitant bon appétit si ce n'est pas déjà fait ou bonne digestion dans une autre mesure.
Au plaisir d'à bientôt
...
...
...

Et nous retrouvons notre héros quelques temps plus tard. Te bille pas pour le "héros" c'était juste pour causer.
Après réflexion et tout en devisant à table avec l'oreille discrète du "masque et la plume" il aurait été dommage d'omettre dans ce tour rapide des condiments, le gingembre au vinaigre tout aussi succulent mais dont je n'ai pas encore la recette, surtout que si j'en crois mes informateurs autorisés Bangkok serait une future capitale culturelle européenne, mais  là bien sur  et bien entendu,  je taquine, j'asticote, je chatouille, je lutine,  je picote ou tout bonnement je plaisante.

LA FEUILLE D'AUTOMNE





samedi 25 septembre 2010

PATALO



Y'en avait ras le capuchon de s'faire refi-
Ler de la vie à moitié prix en court-bouillon
Tous les poulets du H.I.V. en transfusion
C'est des produits on en avait ras-le-képi

Tout est nickel y a rien à r'voir faut surtout pas

Couper l'cordon ni la télé intraveineuse
Démagogie dégamogie des plus véreuses
Tout va si bien ce s'rait trop con faut surtout pas

Toucher à nos acquis scellés nos patrimoines

On s'est battus l'oubliez pas dans nos chansons
Si y'a d'la soupe dans vos gamelles et de l'avoine
C'est qu'le bon dieu l'a bien voulu il est si bon

Du sel dans les pâtes à l'eau

Du beurre dans les haricots
De l'eau pour s'laver la peau
Du sang pour cracher des mots
D'la voix pour gueuler plus haut
Des fleurs pour t'aimer bientôt
Du ciel pour les animaux

Y'en a qui naissent moins bons qu'les autres mais c'est normal

On est pas tous apparus dans l'même salon
Tous les lépreux les p'tits nimbus et les couillons
Et les élus de la nation du capital

Faut circuler y'a rien à voir faites-nous confiance

On s'y connaît on vous promet des vies heureuses
Démocratie décramotie des plus frileuses
C'est nous les rois du bataillon de la finance

Alors votez pour nos partis et sans surprise

Vous y trouverez que du blanc-bec et du pognon
J'y ai laissé mon pantalon et ma chemise
Tout ce qu'on vous d'mande c'est d'nous envoyer vos dons

Du sel dans les pâtes à l'eau

Du beurre dans les haricots
De l'eau pour s'laver la peau
Du sang pour cracher des mots
D'la voix pour gueuler plus haut
Des fleurs pour t'aimer bientôt
Du ciel pour les animaux

Y en avait ras-le-potiron les castagnettes

Si les tranchées t'ont pas suffi j'connais une zone
Y semblerait que les séismes et les cyclones
N'assouvissent pas nos fringales de marionnettes

C'est nous les rois de la conso et de l'outrance

On y peut rien c'est le destin qui nous arrose
Vu qu'le destin ressemblait à si peu de choses
Dégobillons cette pâtée qu'on recommence

Du sel dans les pâtes à l'eau

Du beurre dans les haricots
De l'eau pour s'laver la peau
Du sang pour cracher des mots
D'la voix pour gueuler plus haut
Des fleurs pour t'aimer bientôt
Du ciel pour les animaux"
-Les Têtes Raides -

LA PENSEE QUI PREND SON TEMPS

FORME INTERROGATIVE




Mais de quoi s'agit-il donc,
ici même?

-de reconnaissance suite à un besoin intempestif et naturel ?
- de cri dans la nuit prenant formes et  couleurs  aussi diverses que particulières?
- d'émotion mal fagotée cherchant par tous les moyens à  se faire une beauté
- de pudeur légèrement exhibitionniste sur ses plates-bandes?
- d'orgueil grossissant  à l'unisson de  ses adhérences?
- de peur de communiquer autrement qu'à travers un filtre ou  hygiaphone?
- de thérapie bon marché et grande surface?
-de jeu de grimace dans la glace sans tain?
-d'addiction comme une autre?
-de bouée de sauvetage légèrement dégonflée mais permettant malgré tout de conserver une crête hors de l'eau?
-de miroir aux alouettes... sans tête?
- de cure de dégrisement?
-d'outil  à la fois moderne et décadent?
-de mes galops à grandes enjambées?
-de qui se la pète et trois qui se mouchent?
-de solitude à vif et à pleurer?
-de raison gardée derrière les murs d'un clavier?
-de dérangement sensible sur la ligne?
-de miction  impossible sans ses couches ou avec, c'est selon?
-de crainte de déranger un tragique jeu de dupes?
-de voyage comme jamais et du rêve comme toujours?
- de rencontre animalière qui y perdrait  ses plumes, mais pour la bonne cause?
-de béquilles antidérapantes?
-de moyen comme un autre de garder même marron  l'oeil ouvert?
-d'atelier sauvage  d'écriture ou d'atelier d'écriture sauvage?
-de soupape pour la curée?
-de shoot again et encore une partie gratuite?
- de petite musique entêtante et quasiment devenue indispensable à la fausse marche de l'humanité?
-de leurre qui sonne?
-d'étang qui passe ou passe temps?
-d'un complément d'objet direct aux suspensions avantageuses?
-d'un brin d'humour et son ptit bouquet champêtre?
-de colère saisonnière qui  ne ferait pas de mal à une mouche, à nourrir?
-d'un  moi qui se serait fait des ongles majuscules?
-de costume de bouffon certes  un peu serré aux coudes?
-de planche de survie, de salut, de surf et de contre plaqué sur l'actualité?
- d'un instrument avant et d'une plage arrière?
-d'envie d'encore avoir envie et se pincer pour dire qu'on existe?
-d'insecte pris dans la lumière et perdu d'avance?
-de tendresse et retenue par la laisse?

de tout cela,  rien d'autre et encore plus
ma blogosphère bulle de savon
en auto dérision et conduite accompagnée!

vendredi 24 septembre 2010

1978



"Pourquoi à l'adolescence notre corps, qui nous est si mystérieux, ne nous est-il pas encore totalement étranger? pourquoi, alors qu'on comprend pas ses transformations, on peut encore entendre si clairement certaines de ses demandes, certaines de ses envies? Comment ça se fait qu'à cet âge les autres corps nous soient si proches? Par quelles voies, autres que celles du langage, de la vue ou de l'amour, par quelles voies qui ne tarderont pas à nous devenir impénétrables, notre corps parvient-il à communiquer avec d'autres corps? Qu'est-ce qui nous permet au juste de sentir ce que sent le corps d'un ami? Est-ce que c'est seulement parce que l'enfance ne nous a pas définitivement quittés qu'on peut  être réellement en contact avec nous-mêmes et avec d'autres que nous-mêmes? Est-ce que c'est seulement parce qu'adolescents on est encore des enfants qu'on peut toucher les choses et les êtres comme si la barrière du langage ne s'était pas définitivement dressée entre le monde et nous?

Ce sont là quelques questions auxquelles l'adulte que l'enfant a abandonné ne peut pas apporter de réponse."


"En quoi on était déjà plus des enfants?
En quoi on était pas encore des adultes? voici quelques réponses:

Je me souviens, par exemple, que je supportais plus ma petite soeur. Mélanie avait onze ans et à chaque fois qu'elle me parlait, à chaque fois que ses mots ou son regard me demandaient d'être celui que j'avais toujours été pour elle jusque-là (c'est-à-dire un autre enfant), je me foutais en rogne comme si elle voulait me retenir dans un âge qui n'était plus le mien. quand elle me demandait d'aller au square avec elle ou de regarder un film sans les parents, j'avais toujours l'impression qu'elle s'adressait à quelqu'un qui avait été moi-même mais qui ne l'était déjà plus, et donc, alors qu'avant je l'adorais, en première, la plupart du temps, je la fuyais comme la peste.

Mes parents aussi m'énervaient terriblement. Pendant cette année de première, tout m'énervait dans leur façon de vivre; ce qu'ils regardaient à la télé, les journaux qu'ils lisaient, les amis qu'ils voyaient, même ce qu'ils bouffaient.
en fait, je commençais simplement à comprendre que ma mère ne serait jamais autre chose que la secrétaire du PDG vieillissant de cette agence d'import-export jadis florissante, que mon père ne serait jamais autre chose que le directeur adjoint de la petite entreprise où il travaillait depuis dix-neuf ans.
Au fond, la raison pour laquelle mes parents me tapaient sur le système était très simple: je commençais à comprendre que leur vie n'avait pas de but, que leur vie serait toujours semblable, qu'elle ne changerait pas; je comprenais tout ça, mais je comprenais pas encore que cette vie était surtout la leur- et que c'est la seule qu'ils vivraient.

Ma mère était normande, mon père breton- et ils étaient orgueilleux de ce mélange. Ils pensaient fièrement que leur mariage avait quelque chose de roméo-et-juliettesque, qu'ils avaient bravé des interdits, transgressé des tabous ancestraux.
C'est vrai que le monde à l'époque était bien plus vaste qu'aujourd'hui: pour aller en Bretagne on passait toute la nuit dans le train, aller en Italie ou en Espagne en voiture pouvait prendre quelques jours. Mais même dans ce monde-là: comment est-ce qu'on pouvait être fier juste parce qu'on s'était marié et qu'on était breton et normand? juste parce qu'on s'était marié et qu'on venait de tribus voisines? comment on pouvait être fier de ce minuscule mélange?"



"Je me souviens d'une AG qui a eu lieu juste après une manif. où quelques lycéens s'étaient fait tabasser par des CRS. A part lui, on y avait tous été. On était partis de Denfert et on avait descendu le boul'Mich' en direction de la Seine. Vers la rue des Ecoles, les CRS avaient chargé suite aux provocations des autonomes, et nous, notre petite bande, comme la plupart des élèves du lycée, juste parce qu'on était derrière ceux de Montaigne et de Monet, on avait eu le temps de se sauver: on s'était taillés en courant par la rue de Sommerard.
Le lendemain, entassés dans le foyer, tout le monde gueulait contre eux- contre les autonomes, je veux dire, pas contre les CRS. Les MJS, et les JC, évidemment, et aussi ceux de la Ligue, ceux de LO, les maoïstes, bref, tous ceux qui appartenaient à une organisation, mais aussi tous ceux qui étaient, comme 90% des jeunes à l'époque, juste de gauche, sans carte mais sans se poser de question. (Je dis "sans se poser de questions" parce qu'à l'époque, comme le Parti Socialiste, n'étant pas encore passé par le pouvoir, n'avait pas définitivement enterré la gauche, être jeune c'était être de gauche.)
Dans les manifs, surtout pour nous, lycéens, les autonomes étaient une race à part, dangereuse, contre laquelle tous les services d'ordre nous mettaient en garde, un peu comme les cassuers aujourd'hui. bien sûr, contrairement aux casseurs, les autonomes avaient un discours politique. Mais, bizarrement, alors qu'on avait le droit de lire Le Monde libertaire, alors qu'on pouvait admirer les Brigades rouges et la Bande à Baader, pendant les manifs, on avait pas le droit de frayer avec les autonomes. (Quand je dis "bizarrement" c'est bizarrement par rapport à cette époque où, comparé à aujourd'hui, presque tout était permis.)

Alors qu'on était tous assis par terre dans le foyer du lycée, lui, il suivait les débats debout, appuyé contre le mur du fond. Il regardait tout le monde comme d'habitude, c'est-à-dire en silence. c'est seulement lorsque l'intarissable Michelle elle-même s'est tue et que les débats semblaient définitivement clos- et qu'un accord général semblait avoir été exceptionnellement trouvé pour condamner l'action des autonomes-, qu'il a simplement dit:
-Quand une vache se fait tuer pour qu'on mange sa viande, on peut pas dire que le coupable c'est la viande.
Tout le monde s'est regardé en silence. Que venait faire cette vache dans la discussion? En quoi sa bovine remarque était-elle destinée à faire avancer le schmilblick?
Personne n'a vraiment compris ce qu'il voulait dire, mais, dans un premier temps, personne n'a osé lui demander: comme tous les Sud-Américains, on savait pas exactement ce qu'il avait vécu avant de venir en France, mais on savait qu'il avait vécu quelque chose de bien plus tragique, politiquement parlant, que ce que nous on avait vécu. Finalement, Michelle a pris son courage à deux mains et lui a quand même demandé:
-Qu'est-ce que tu veux dire?
-Rien...à part ce que tout le monde sait déjà; que les autonomes étaient du coté des manifestants et que les lycéens qui ont été frappés ont été frappés par les CRS.
Tout le monde a recommencé à s'engueuler.

En fait, quel que soit le problème, il supportait pas qu'on trouve une solution, une solution qui donne une réponse univoque, une solution qui ne laisse plus de place au doute,  à la contradiction. Toute sa façon de penser pouvait se résumer à ça: ne pas clore les débats.
Si quelqu'un défendait la violence, il défendait la douceur; si quelqu'un défendait la douceur, il défendait la violence. Mais c'était pas par pur esprit de contradiction; il cherchait, simplement, à ne rien exclure de sa vie. C'était  pas un partisan du " faut tout essayer", si en vogue à l'époque, et qui mènerait quelques-uns d'entre nous- ceux qui ne pouvaient pas différencier l'acte  de la pensée- dans des zones dangereuses, dont certains, comme tant de gens dans les années 70, ne sortiraient plus. Ce qu'il prônait, absolument, c'est qu'il fallait sentir et penser ses propres contradictions; éprouver vraiment, non pas le plus profondément possible, mais plutôt le plus personnellement possible, le plus intimement possible, ses joies comme ses peines."

-extraits de 1978- un roman de Santiago H. Amigorena- Editions P.O.L.

JIMMY