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Un peu de brouillard n'a jamais fait de mal à personne-
On est le 2 déjà ; tu te rends compte?
-Non, pas très bien.
Ah ! Tu vois, toi aussi.
"Regardez les grandes entreprises de la tech. Chacune d'entre elles a fondé un monopole. Pas une simple suprématie commerciale, notez bien, quelque chose de beaucoup plus profond. Aujourd'hui, Google détient le monopole de la curiosité : quatre-vingt-dix pour cent des questions que l'humanité se pose chaque jour passent par eux. Avec le Cloud, Amazon et Microsoft ont le monopole de la mémoire, même la CIA leur confie ses archives. Facebook a le monopole de l'amitié, Twitter celui de l'indignation, Tinder celui des plans cul. Ce qui est en train de basculer, ce ne sont pas juste des secteurs d'activité économique, ce sont des pans de la condition humaine. C'est pourquoi nos entreprises ne sont pas de simples entreprises, elles sont les éléments constitutifs d'une nouvelle réalité. Et ceux qui la construisent ne sont pas de simples entrepreneurs : ce sont des fondateurs. Le monopole de la condition humaine, voilà le but du jeu. Par rapport à cela, que peuvent bien représenter les pitreries des politiques? Ce qui leur reste, c'est le théâtre, la possibilité d'une nouvelle mise en scène tous les jours. Et quelques brides de pouvoir qui n'ont pas encore été bouffées par le numérique. C'est-à-dire presque rien, dans la vie des gens ordinaires. Regardez-les, ils s'écharpent au sujet du grand remplacement, alors que le seul véritable remplacement est celui-ci : notre réalité qui prend la place de la leur."
Giuliano da Empoli extrait de: "Le Fondateur"
"La beauté du monde, c'est toutes les émotions qui ne laissent pas de regret. C'est quand je te regarde et que je suis émue de cela sans t'avoir rien volé et que tu ne m'aies rien pris. C'est tout ce qui rentre dans la mémoire sans faire d'égratignure et qui nous met à égalité avec la lumière ou un ciel étoilé. C'est tout ce qui existe et qui ne compte pas avec le temps, comme un chien qui nous regarde, la couleur d'un oiseau, un sourire dans la rue, le scintillement des lumières d'une ville perçu derrière une fenêtre où restent accrochées des gouttes de pluie. C'est l'étendue de la mer et l'odeur du chèvrefeuille, c'est regarder un train qui passe avec plein de gens dedans, et se sentir bien d'être là, avec seulement la vitesse de la terre dans son corps."
Yves Simon
"Et même si on trouvait des mots assez drus pour résister, le récit, venu en temps décalé, passerait pour une fiction insensée."
Sylvie Germain






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