lundi 3 août 2026

le dos rond

 

"Prenez de la tragédie, écrivez un livre.
Regardez.
Ce n'est qu'en se noyant que l'on comprend avec quelle férocité
nos pieds peuvent décocher des ruades.
Nous étions mar, marqués&maugréants,
mer démontée.
Combien de naufrages avons-nous encore en nous.
Où que nous regardions, il y a un corps détruit.
On nous a enjoint de ne jamais employer Je quand nous écrivions,
parce que éliminer cette voix rend les arguments plus légitimes.
Mais nous nous rendons compte que rien n'est aussi convaincant que soi -notre vie;
notre corps&ses meurtrissures témoignent de leur propre point de vue cabossé.
Qu'y a t-il de plus puissant que l'innéfacé.
Ces hommes ont passé des mois, égarés  sur les vagues, à ne voir d'autres visages que les leurs,
lessivés par une mer de coups de soleil
.../..."


".../...
Attendez suffisamment longtemps&des garçons peuvent devenir venimeux comme des bêtes,
leurs barbes coulant sur leur poitrine comme des écharpes.
Ce qui survit, ce qui est sauvé, doit-il être sauvage à ce point?  Est-ce donc cette mer dont nous sommes sortis, non pas plus animaux , mais plus humains? Exténués. Entravés, le coeur serré. Oui. Mais humains,&humains.
En d'autres termes nous devenons ce que nous chassons, parce que nous commençons inévitablement à penser comme notre proie.
Les morts alimentaient les lampes d'un monde accroché à la nuit, un siècle tout entier éclairé par du sang.
Quand ce cachalot a massacré leur bateau, il ne faisait plus aucun doute que la haine pouvait croître dans le giron d'une créature.
La pêche à la baleine c'est comme partir en guerre, on ne reviendra peut-être pas de l'indéchiffrable naufrage. Dérivant à présent dans de petites embarcations ballotées, les hommes d'équipage égarés se détournèrent de la promesse d'une terre, par peur des cannibales, ces fables rouges des ailleurs. Cette décision-là prolongea leurre terreur  de la longueur d'un océan rageur.
Etions-nous le moins du monde différents, moins déchirés, captivés&perdus. La perte est indéchiffrable.
Peut-on seulement vous sauver si vous avez été détruits
../...



.../...
Nous les voyons à présent, après plusieurs mois de fièvre, à la toute fin de leurs cauchemars bleus, la chair de leues amis rouge sur leurs dents. Ils avaient mangé 7 de leurs camarades. On devient ce qu'on fuit&ce qu'on craint.
Qui peut payer le prix de la lumière. Nous pourrions avoir tort.
Nous avons souvent tort.
Mais nous refusons de croire que l'unique façon d'apprendre soit le fouet&le fléau, la flèche du désastre.
Contrairement à la croyance populaire, il n'est pas simple pour nous de mentir. Même le corps livre des indices qui le trahissent, même notre sang court vers la vérité. Nous sommes nés droits,
dans la confiance, sans limites, sans jamais bannir tout ce que nous aimons.
Regardez-nos paumes ouvertes mais encore pleines, comme une chose qui éclot.
Nous allons de l'avant, en abritant aussi
cette unique vie."
Amanda Gorman- extrait de: "Quelle épave que l'homme"-









".../...
J'avais besoin d'un bon anticyclone.
Mais surtout de repos, de vent, d'iode, de calme.
De vin blanc bien frais. De fruits de mer. D'odeur de goémon.
Il est prouvé depuis longtemps que le cerveau est une machine, même si son unfinie complexité et les ressources inexplorées qu'il cache encore le rendent aussi mystériex qu'une majorité belge introuvable.
Or, une machine n'importe laquelle, ne peut pas décemment toujours être en marche.
Même les ordinateurs les plus performants ont besoin de passer de l'état de fonctionnement, voire de veille, à l'état d'extinction totale, où ils retrouvent les privilèges de leurs consoeurs, machines moins nobles, tous ces lave-linge ou bagnoles . On déconnecte, on débranche, on enlève la prise, et ça peut enfin refroidir.
Pour mon cerveau, il devrait en être de même. Et rien à voir avec mon coeur, machine grossière et primitive, peu aboutie, ne pouvant se réparer elle-même. Même si chez certains on peut diagnostiquer plus de coeur que de tête.
La main sur le démarreur, j'ai senti qu'il me fallait un interrupteur, tout simple, genre lampe de table de nuit, pour pouvoir déconnecter le chou du haut.
Pas pour dormir. Pendant le sommeil , c'est le contraire, le cerveau travaille tous azimuts et en profite pour conclure ses petites affaires secrètes.
Non, il me fallait un système de déconnextion absolu, temporisé, avec remise en marche préprogrammée. Pas un reset, comme on dit en informatique, pas de perte ni de nettoyage, non, un simple arrêt total, où plus rien du travail, de la responsabilité, de l'idée du temps qui passe, du désir, et de la bienséance, ne soit au rendez-vous.
Une ventilation qui s'arrête, des circuits qui se figent, la chimie qui se repose et tout qui se dégonfle.
Sinon, normal, rationnel, il y a risque de suechauffe et obligation d'usure, comme tout matériel, même japonais.

J'ai passé la première.
La Toyota a rugi.
Merci Papa.
.../..."
Jean-Bernard Pouy extrait de: "Ma ZAD


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La Baule fait  "le dos rond"









Photo de Christine M. 

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