tu traverses les villes écarlates,
tu poursuis la lumière loin de la terre
et loin des feuilles.
Sans la discipline du regard contraint,
tu n’entreverrais que des formes faibles,
des lignes pâles,
des renfoncements où les contrastes jouent à peine.
Ne t’adviendraient que des stupeurs de myope.
Pour rendre compte de l’acuité,
tu vas droit dans le mur d’images.
Dans l’air bleu glace, dépourvu de chronologie,
les franges industrielles tissent un voile rouge.
Des éclats exogènes attisent ta nervosité :
tu captures l’acier, le verre et le bitume."
Cinq propositions pour survivre à l’instant
1.
Au présent, tes rêves sont une douleur.
Ce ne sera que passés
au crible des mélancolies
qu’ils se révèleront une accumulation
de secondes aurorales.
Trop tard.
2.
Dans leurs multilinguismes précaires,
les malades te disent des vies étrangères.
A l’aune de leurs bégaiements -
épiphanies créatrices, épiphanies meurtrières -
tu mesures le temps écoulé
depuis l’avènement de la conscience.
(Et celui qu’il te reste à vivre.)
3.
Les idées-molécules s’agitent
comme aux premiers temps d’une réaction chimique.
L’enjeu consiste-t-il à rester en équilibre,
sur la ligne de crête,
entre éclatement et atonie mentale ?
Ou dois-tu accepter de tomber versant chaos ?
Dois-tu accepter l’emballement du délire,
pour que surgissent de nouvelles perspectives ?
4.
Les vents creusent un double du monde
dans les miroirs de faille,
et sur ta peau : des impacts de tristesse.
Tu mesures combien survivre sera culpabilisant.
5.
De ces secondes qui valent plus qu’une minute,
tu te souviens mieux que des années sereines,
étales et linéaires,
mais ou régnait l’ennui,
"Ma solitude, vois-tu, n'a rien de nietzschéen. Ce n'est pas celle du génie, du grand homme incompris. Celle que chante Ferré dans sa chanson du même nom. Ma solitude ne se prend pas pour César ou pour Napoléon. Elle ne frime pas dans les salons, ne se pavane pas, ne s'affiche pas.

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