Au soir venu,
l'océan a des faveurs de pain d'épices
partout
On en mangerait presque
sucré laisse salé.
Un peu plus loin, vite balayés par la rumeur des vagues
quelques goélands à l'unisson beuglaient leur béatitude.
Demain, ils feraient les gros titres
avant de disparaitre , comme d'habitude,
avec les tripailles de poisson.
"C'était au siècle dernier. Bien avant que des peuples entiers soient déportés par des guerres.
Avant les radeaux de survie, les barges de malheur, les foules cernées par la terreur et les vagues de nuit. C'était avant les familles harassées, échouées sur les rochers glacés d'Occident.
Nous étions gare de Lyon, à Paris, l'hiver 1971. Un train était à quai, tout juste arrivé de Marseille. J'ai vu l'homme, puis je l'ai observé, je ne sais pourquoi. Un vieil arabe perdu dans la foule qui remontait le quai. Il tenait contre lui une petite valise de rien, faux cuir lacéré entouré d'une corde. il aurait dû la porter à bout de bras, comme les femmes et les hommes qui sortaient du train, mais il l'a tenait serrée contre sa poitrine, à deux mains.
L'homme était inquiet. Il marchait plus lentement que les autres, se laissant doubler par les voyageurs pressés . C'est comme s'il redoutait la gare, la sortie, la rue.Il regardait à droite, à gauche, derrière lui. La marée humaine l'entraînait vers le hall. Et lui résistait au courant.
Arrivé presque au bout du quai, le vieil homme s'est figé. Quelques minutes avant l'arrivée du train, des militants distribuaient des tracts au bord des voies. Un appel à soutenir "les travailleurs immigrés", comme on disait alors. Et une réponse au mouvement "Ordre nouveau", qui luttait contre "l'immigration sauvage", comme ils disaient aussi. La police était intervenue brutale et sans quartier. Les jeunes s'étaient dispersés, dissimulés dans la cohue, leurs tracts cachés sous les blousons. Mais les policiers gardaient les issues, faisaient lever les bras, déployés trois par trois, leurs matraque à la main.
Le vieil arabe s'était arrêté. Une muraille bleu France cernait le grand hall. Il s'est retourné. Il a voulu remonter le cours des gens. Mais très vite, la marée humaine l'a remis en marche. Alors il s'est déporté au plus près des rails, en équilibre au bord du quai. Devant lui, il y avait un poteau, une cache. Il s'y est abrité. Accroupi sur le sol, tournant le dos à l'agitation, il a défait la corde et ouvert sa valise. De son linge, il a sorti un chapeau de feutre cabossé. Il l'a mis sur la tête, relevé le col de son polo puis fouillé sa poche de manteau.
Une cravate. Elle était claire, à carreaux, fatiguée, chiffonnée par des plis du temps. Tassé sur les talons, il a passé la bande d'étoffe autour de son cou, se reprenant à deux fois pour la nouer.
Et puis il s'est relevé. Il s'est remis en marche. Son petit chapeau, son manteau fatigué, sa cravate trop large, sa valise d'exilé frappant sa jambe raide. Il s'est dirigé vers le cordon de police, comme un homme qui n'a rien à cacher, rien à craindre ni à perdre. Il était digne et beau. Il était chez lui. Chez nous. Il s'espérait sembleble aux passants sans peur qui rejoignaient la ville.
J'étais à quelques mêtres, caché derrière un poteau identique, des tracts sous mon blouson. Et j'ai su que cette image fièvreuse ne me quitterait jamais.
C'était au siècle dernier. La peur d'un réfugié, déjà, bien avant les multitudes épouvantées.
Avant la plage et l'enfant."
Sorj Chalandon
"À qui parlons-nous
quand nous nous taisons ?
Nous en avons besoin
pour notre voyage inconnu.
Nous en avons besoin
de manière à le sentir à nos côtés
dans l'obscur
comme lorsqu'un bon ami y respire,
respire profond dans les nuits.
Plus loin que le lointain,
cela est plus proche que rien d'autre.
Dans le cœur intime du germe
où la lumière n'est pas,
mais rien que nous,
là où personne n'a été,
là où je suis toi
sans un mot.
Toi qui nais
dans la toute bruissante jeunesse.
Un jeune homme derrière la clôture
pourrait mourir pour toi
et le fait aussi en secret.
C'est pourquoi ton voile fin
peut être là comme les primevères
de la prairie un matin d'été.
Sans un bruit, tu disparais dans l'origine.
Telle est ta puissance secrète.
Soif neuf,
tu portes notre nom
et nos traits.
Tu portes nos vies
à jamais."
quand nous nous taisons ?
Nous en avons besoin
pour notre voyage inconnu.
Nous en avons besoin
de manière à le sentir à nos côtés
dans l'obscur
comme lorsqu'un bon ami y respire,
respire profond dans les nuits.
Plus loin que le lointain,
cela est plus proche que rien d'autre.
Dans le cœur intime du germe
où la lumière n'est pas,
mais rien que nous,
là où personne n'a été,
là où je suis toi
sans un mot.
Toi qui nais
dans la toute bruissante jeunesse.
Un jeune homme derrière la clôture
pourrait mourir pour toi
et le fait aussi en secret.
C'est pourquoi ton voile fin
peut être là comme les primevères
de la prairie un matin d'été.
Sans un bruit, tu disparais dans l'origine.
Telle est ta puissance secrète.
Soif neuf,
tu portes notre nom
et nos traits.
Tu portes nos vies
à jamais."
Tarjei Vesahas extrait de:"Vis notre rêve"
Paul Heintz extrait de: "Night Shift" expo Le Grand Café- du 14/03 au 10.05 2026
".../...
Etant leur et jardinier à la fois,
je ne suis seul dans la geole ici-bas.
.../..."
".../...
Я и садовник, я же и цветок,
В темнице мира я не одинок.
В темнице мира я не одинок.
.../..."
Ossip Mandelstam extrait de:"Un corps m'est échu"
"Le poème peut être une bouteille jetée à la mer, abandonnée à l'espoir - certes souvent fragile - qu'elle pourra un jour, quelque part, être recueillie sur une plage, sur la plage du cœur peut-être."
Paul Celan




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