mercredi 9 octobre 2019

au pays de nulle part


"Encore si tu veux je te réciterai
Un autre beau propos que bien je déduirai :
Mais garde ce discours au fond de ta poitrine :
Car et hommes et Dieux ont eu même origine.
Les Dieux logés au ciel firent premièrement
L’humaine race d’or, lors du gouvernement
Qu’avait Saturne au ciel : or ces hommes sans peine
Sans travail sans souci vivaient une âge pleine,
A l’aise comme Dieux. Ils ne sentaient jamais
La vieillesse chétive, ainsi également frais
Et de pieds et de mains, exempts de tout martyre
Jamais ils ne faisaient que banqueter et rire :
Et comme sommeillant doucement trépassaient.
De tous biens à souhait ces hommes jouissaient.
La terre donne-vivre apportait d’elle-même
Du fruit de son bon gré en abondance extrême.
Eux avec plusieurs biens sans querelle émouvoir,
De franche volonté faisaient bien leur devoir.
Or depuis que la terre eut couvert cette race.
Jupiter voulut bien leur faire cette grâce
Que de bons démons ils soient, afin que des humains
Sur la terre à jamais soient fidèles gardiens.
Ce sont eux qui sur cette terre et ça et là tournoient
D’or vêtus ; donne-biens, et diligents s’emploient
A remarquer tous ceux qui font ou bien ou mal.
C’est le loyer qu’ils ont magnifique et royal."

Hésiode


 Le premier âge du monde fut appelé l’Age d’or, parce que l’homme y gardait sa foi, sans y être contraint par les lois, parce que de son propre mouvement il cultivait la Justice, et qu’il ne connaissait point d’autres biens que la simplicité et l’innocence. La peine et la crainte en étaient entièrement bannies ; et comme il n’y avait point de criminels, il n’y avait point de supplices ni de lois qui en ordonnassent. On n’appréhendait point de paraître en la présence d’un Juge ; et tout le monde était assuré sans avoir besoin de Juge. Les pins n’avaient pas encore été coupés pour être convertis en vaisseaux ; et de ces belles montagnes, dont ils étaient les ornements, ils n’étaient pas descendus dans la Mer, pour aller voir un monde inconnu.
Les hommes ne connaissaient point d’autres terres que les terres où ils étaient nés. Il n’y avait point de fossés qui environnassent les Villes, et qui les défendissent par leur profondeur. Il n’y avait point de trompettes, il n’y avait point d’épées, ni de toutes ces autres armes, qui ne protègent les uns qu’à la ruine des autres ; et les Peuples toujours paisibles, passaient doucement leur vie, sans devoir leur tranquillité à la force des gens de guerre. Ainsi la terre donnait libéralement toutes choses, sans y être contrainte par la bêche ou par la charrue ; et les hommes satisfaits de ce qu’elle donnait d’elle-même, faisaient leurs meilleurs repas des fruits qu’ils trouvaient dans les forêts, de ceux qu’ils cueillaient dans les buissons, et du gland qui tombait des chênes. Le Printemps était éternel, et la douce humidité de l’haleine des Zephirs entretenait l’éclat des fleurs, après les avoir fait naître, sans avoir été semées. En même temps qu’on avait coupé les blés, la terre en produisait de nouveaux, sans que le Laboureur se mit en peine de la cultiver. On voyait couler partout des fleuves de lait et de nectar ; et les forêts avaient des arbres d’où l’on voyait distiller le miel."
Ovide 



La propriété abolie " Mais quoi ? Ne verra-t-on pas disparaître les procès et les accusations réciproques, dans notre cité où chacun des gardiens n'aura à soi que son propre corps, et où tout le reste sera commun ? Ne s'ensuit-il pas que nos citoyens seront alors à l'abri de tous les conflits que fait naître parmi les hommes la possession de richesses, d'enfants et de parents ? […] Ainsi ils seront délivrés de toutes ces misères, et mèneront une vie plus heureuse que la vie bienheureuse des vainqueurs olympiques. "
Platon 








"L'alternative c'est pas malin
C'est la nuit noire ou le matin
Le chant du vent ou le fracas
Des rues des villes abruties
C'est de l'air pur à satiété
Ou des poumons archi-troués

Et nous là-dedans qu'est-ce qu'on y fait
Est-ce qu'on peut vraiment y changer
Quelque chose ou laisser durer

L'alternative ce est pas malin
C'est dire oui à un désir
Ou d'un seul coup se voir vieillir
C'est piétiner sa propre image
Celle dont les autres vous encagent
Ou faire continuer le mirage

Et nous là-dedans qu'est-ce qu'on y fait
On est comme des girouettes rouillées
On sait plus comment s'orienter

L'alternative ce est pas malin
C'est s'emmerder à cent sous de l'heure
Dans des boulots déshonorants
Ou se réveiller un beau matin
Et partir casser des moulins
Avec des forces insoupçonnées
L'alternative ce est pas malin
C'est devenir un gros conard
Fermé à tout témoin de rien
Ou continuer bon an mal an
Jusqu'à la fin en cahotant
A chercher un peu le panard."

Frzançois Béranger 





photo source: toile










 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...