jeudi 3 mai 2012

enivrez- vous



"Finalement
je ne m'adosserai à aucune pensée
Finalement
je ne m'adosserai à aucune religion
Finalement
je ne m'adosserai à aucun savoir
Finalement je ne m'adosserai à aucun pouvoir.

Vivre longtemps m'a appris au plus profond du coeur
à ne croire qu'en ce que je vois et entends moi-même
à ne me tenir que sur mes propres jambes
face à l'adversité
Si je devais m'adosser à quelque chose
ce serait seulement à un dossier de siège."

-"Je ne m'adosserai à rien"- Noriko Ibaragi-
(traduction: Camille Loivier)












"Tu avais la mer à tes yeux
de l'horizon au sable du bord,
tous tes jours à ses cheveux emmêlés,
à ses os, à sa peau...
Peut-être une jument de Camargue
t'avait-elle emporté parmi les herbes hautes...
Peut-être avait-elle remué quelque chose
dans cette terre de ta chair,
dans cette foret de ton coeur,
quelque chose qui avait bouillonné en toi
sombre, ô garçon...
La saison en riait
comme rient les fleurs,
à blancs flocons,
neige légère...
Les portes alors s'ouvraient grandes,
toute rose était caresse sous tes pieds...
.../..."
-extrait de "Doute"-Ghjacumu Fusina-
traduction: Denis Montebello-





"Dans le petit port de Gioia Del Col, un village d’Italie qui tire ses charmes des Pouilles ; je n’aurais cru , un jour devenir la sirène du marin pêcheur. Et pourtant, Il est là mon marin…
Le teint mat des hommes brûlés par le soleil, les mains tannées de celui qui tire pour remorquer son filet, c’est lui le marin des pouilles qui me dépouille jour après jour.

Je ne connais ni ta voix, ni ton regard tu es tellement absorbé par une Mer capricieuse que lorsque tu me regardes, tu ne me vois pas. Je voudrais tant être ton Adriatique…mais je suis femme même pas une mère agitée sur laquelle tu conduis ton petit navire. Il porte un drôle de nom ton bateau, le Sinagot. Et pourtant, je le répète pour me souvenir de ce marin . Et puisque tu ne me regardes pas, alors tu vas m’entendre. De mes multiples voix, je transpercerai les tympans , je couvrirai les clapotis de l’eau sur ton bateau. Je serai ta sirène, celle qui d’une voix enchanteresse, te fera chavirer pour que ton cœur vienne s’échouer sur mon corps.


Mon joli marin ne porte ni bonnet ni rien d’autre. La simplicité de ses vêtements conduit à l’authenticité de ses gestes. Sans cesse les mêmes, mais chaque fois encore plus séduisants ; Marin de l’Adriatique, suit l’écho de ma plainte lancinante, de mes notes lyriques conjuguant invitation au désir et partage de plaisir. Laisse ton navire dériver des journées durant, jusqu’aux terres promises d’une île. Entends mes murmures comme de bons présages, comme le chuchotement de mots doux. Si tu entends la promesse d’une rencontre tourbillonnante, alors tu verras la sirène près de toi te tendant une main et de l’autre cachant sa poitrine.


Si tu ne réagis pas, j’en appellerai au Dieu des fonds marins, qu’il soulève les vagues , qu’il oblige les vents à détourner le Sinagot jusqu’au milieu de mon antre. Sans détresse , je serais ta maîtresse et toi mon amant , nous nous réfugierons dans un phare choisi par hasard sur la route d’eau parcourue par le Sinagot."

 
"Le Sinagot est mon cadeau"--Imaginative-source: Les âmes tendres-

SINAGO(T)









"Dans ma jeunesse j'ai navigué le long des côtes dalmates. Des îlots
 émergeaient à fleur d'eau, où faisaient halte de rares oiseaux en quête d'une proie; îlots couverts d'algues, glissants, beaux sous le soleil comme des émeraudes. quand la pleine mer et la nuit les annulaient, des voiles sous le vent s'écartaient vers le large, pour échapper à ce piège. Aujourd'hui mon royaume est cette terre de personne. Le port allume ses feux pour d'autres; moi, c'est vers le large que me poussent encore mon âme indomptée et l'amour douloureux de la vie."

-Ulysse-Umberto Saba-






les poèmes de Noriko Ibaragi, Ghjacumu Fusini et  Umberto Saba sont extraits de "Poésies du monde" -Anthologie-  -Le printemps de poètes présente-Editions Seghers- poésie d'abord-





"Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise."
 
-Charles Baudelaire-

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...