"Le grenier s'étend tout le long de la maison. On peut y accéder par deux trappes situées de part et d'autre de la grande bâtisse. Depuis je ne sais combien de générations on y entasse des "souvenirs", comme disait mon grand-père, "des choses plongées dans un profond coma, qu'on espère un jour ranimées...."Je n'ai jamais compris pourquoi il déclarait cela. Maintenant c'est trop tard. Sa grande maison va peu à peu se désemplir de l'odeur de son tabac à pipe brun et fort : il n'y a plus de fumeur. Aujourd'hui, alors que je le regarde couché sur son lit, je repense à ce grenier au-dessus de moi. J'entends des sanglots, devant lui ils pleurent... Plus loin dans le salon, on le trouve "plus grand allongé", "tranquille, on dirait un masque"... "Sa femme n'est plus là depuis longtemps, il va enfin la rejoindre dans un sens", "n'empêche qu'il aura quand même enterré le grand Lucien, et aussi..."... Je les hais tous en ce moment. Comme ils sont méprisables !
Le grenier ! C'est le seul endroit où ils n'iront pas me chercher. C'est aussi le seul lieu que je n'ai jamais arpenté dans cette maison. Quand j'étais petit, on m'interdisait formellement d'approcher de cette échelle raide et dangereuse. D'où, évidement, l'intérêt qu'elle suscitait en moi. Puis cette obsession s'est évanouie et, au fil du temps mes visites s'espacèrent... préférant les copains à un vieux conteur, fumeur de pipe, riant fort et buvant bien. N'empêche... il avait le verbe juste, l'oeil malicieux et le sourire narquois, c'était un grand homme. Cela faisait si peu de temps que je m'en étais rendu compte. C'est au moment où je me rapproche de lui, qu'il s'éloigne vers un endroit où je n'irais pas le chercher de sitôt.
J'aurais tant aimé le découvrir, ne plus faire semblant d'écouter distraitement ses passionnantes histoires. J'imagine le grenier comme un livre, celui de mon grand-père...
Jamais une échelle ne m'a été si pénible à grimper. Les barreaux grincent comme ils l'ont fait des centaines de fois sous le poids du vieil homme. Lui et moi, c'est tout... Le monde tourne. Mon esprit chavire. Pourquoi cette impression de vertige ?
Je pousse... La trappe cédant d'un seul coup, soulève en tombant un nuage de poussière. Je rentre et la referme. Noir. Mon coeur bat fort, mes mains tremblent.
Lorsque je suis rentré dans la maison, le ciel était gris et lourd, il commençait à pleuvoir. Maintenant par la lucarne, filtre une chaude lumière d'été. Les poussières volent dans les rayons du soleil. Autour de moi, tout est carmin, orange foncé, chaleureux. Je respire l'odeur du souvenir.
Roulement et rire d'enfant... Discrètement, je m'approche. Derrière une armoire, près d'un grand coffre rempli de jouets en bois, je vois un enfant. Il est vêtu "du dimanche", comme au début du siècle. Il joue avec des billes en terre. Venant de la trappe fermée, j'entends : "Martin, descends ici tout de suite ! Ton père a fini de préparer le chariot ! On part !" L'enfant s'évanouit dans le noir. Martin... c'est le prénom de mon grand-père.
J'avance jusqu'à la deuxième lucarne qui diffuse une clarté douce et blanche. A travers, je contemple le jardin, les arbres bourgeonnent, les fleurs s'épanouissent. Sur une table près de la fenêtre sont posés une photo et un paquet de lettres. Elles ont été expédiées par Evangéline Obéron... C'était le nom de ma grand-mère, avant qu'elle ne se marie. Sur la photo une jeune fille et un garçon sont serré l'un contre l'autre, ils regardent devant eux, les yeux plein de rêves. L'éternité et l'insouciance s'emmêlent dans ce papier jauni, formant un écrin de douceur et de tendresse. Ils s'aiment.
Des feuilles mortes glissent contre les vitres d'une fenêtre un peu plus loin. Le vent souffle et fait vibrer les tuiles. Des lueurs bleues et ocres éclairent un mannequin. C'est un costume de capitaine de frégate. Celui qui appartenait à mon grand-père. Les boutons étincellent comme neufs ; l'habit, impeccable, est le reflet d'une vie active prestigieuse. Je me souviens de toutes les légendes des pays qu'il a traversé, de tous ces mystères qu'il savait si bien raconter.
J'entends quelque chose qui grince un peu plus loin. La neige s'écrase contre la dernière lucarne. A grand peine, il remonte une énorme malle de la deuxième trappe. Grand-père doit avoir 45 ans. Tout est sombre, noir et blanc, froid. Son ombre pose le coffre près de la trappe et disparaît. Il me semble qu'il pleure. J'approche de la grande caisse et l'ouvre précautionneusement. La garde-robe de ma grand-mère est là, soigneusement rangée...
Soudain, dans un grand fracas la trappe s'ouvre et vomit un flot de lumière blanche. Elle envahit tout le grenier. Je n'y vois plus rien... Non ! Non !
Certains membres de ma famille sont autour de moi. Une infirmière affolée s'empresse à mon chevet. Je suis dans un grand lit. Ils parlent tous en même temps ; après cinq minutes d'effusions, de paroles dans tous les sens, j'arrive à comprendre la situation.Je sors d'un coma de trois jours, suite à une chute en voulant monter l'échelle vermoulue qui mène au grenier. Je suis tombé avant même d'avoir touché la trappe. Ma tête a violemment cogné contre l'angle du mur. Au fond de moi, je suis persuadé d'avoir vécu quelque chose de réel.
"Tu vois grand-père, j'ai ranimé les choses du passé. Elles sont sorties de leur coma, pour entrer dans le mien. Maintenant, je les emporte dans ma mémoire." -le grenier où les saisons du passé-françois dremeaux- encres vives
Le grenier ! C'est le seul endroit où ils n'iront pas me chercher. C'est aussi le seul lieu que je n'ai jamais arpenté dans cette maison. Quand j'étais petit, on m'interdisait formellement d'approcher de cette échelle raide et dangereuse. D'où, évidement, l'intérêt qu'elle suscitait en moi. Puis cette obsession s'est évanouie et, au fil du temps mes visites s'espacèrent... préférant les copains à un vieux conteur, fumeur de pipe, riant fort et buvant bien. N'empêche... il avait le verbe juste, l'oeil malicieux et le sourire narquois, c'était un grand homme. Cela faisait si peu de temps que je m'en étais rendu compte. C'est au moment où je me rapproche de lui, qu'il s'éloigne vers un endroit où je n'irais pas le chercher de sitôt.
J'aurais tant aimé le découvrir, ne plus faire semblant d'écouter distraitement ses passionnantes histoires. J'imagine le grenier comme un livre, celui de mon grand-père...
Jamais une échelle ne m'a été si pénible à grimper. Les barreaux grincent comme ils l'ont fait des centaines de fois sous le poids du vieil homme. Lui et moi, c'est tout... Le monde tourne. Mon esprit chavire. Pourquoi cette impression de vertige ?
Je pousse... La trappe cédant d'un seul coup, soulève en tombant un nuage de poussière. Je rentre et la referme. Noir. Mon coeur bat fort, mes mains tremblent.
Lorsque je suis rentré dans la maison, le ciel était gris et lourd, il commençait à pleuvoir. Maintenant par la lucarne, filtre une chaude lumière d'été. Les poussières volent dans les rayons du soleil. Autour de moi, tout est carmin, orange foncé, chaleureux. Je respire l'odeur du souvenir.
Roulement et rire d'enfant... Discrètement, je m'approche. Derrière une armoire, près d'un grand coffre rempli de jouets en bois, je vois un enfant. Il est vêtu "du dimanche", comme au début du siècle. Il joue avec des billes en terre. Venant de la trappe fermée, j'entends : "Martin, descends ici tout de suite ! Ton père a fini de préparer le chariot ! On part !" L'enfant s'évanouit dans le noir. Martin... c'est le prénom de mon grand-père.
J'avance jusqu'à la deuxième lucarne qui diffuse une clarté douce et blanche. A travers, je contemple le jardin, les arbres bourgeonnent, les fleurs s'épanouissent. Sur une table près de la fenêtre sont posés une photo et un paquet de lettres. Elles ont été expédiées par Evangéline Obéron... C'était le nom de ma grand-mère, avant qu'elle ne se marie. Sur la photo une jeune fille et un garçon sont serré l'un contre l'autre, ils regardent devant eux, les yeux plein de rêves. L'éternité et l'insouciance s'emmêlent dans ce papier jauni, formant un écrin de douceur et de tendresse. Ils s'aiment.
Des feuilles mortes glissent contre les vitres d'une fenêtre un peu plus loin. Le vent souffle et fait vibrer les tuiles. Des lueurs bleues et ocres éclairent un mannequin. C'est un costume de capitaine de frégate. Celui qui appartenait à mon grand-père. Les boutons étincellent comme neufs ; l'habit, impeccable, est le reflet d'une vie active prestigieuse. Je me souviens de toutes les légendes des pays qu'il a traversé, de tous ces mystères qu'il savait si bien raconter.
J'entends quelque chose qui grince un peu plus loin. La neige s'écrase contre la dernière lucarne. A grand peine, il remonte une énorme malle de la deuxième trappe. Grand-père doit avoir 45 ans. Tout est sombre, noir et blanc, froid. Son ombre pose le coffre près de la trappe et disparaît. Il me semble qu'il pleure. J'approche de la grande caisse et l'ouvre précautionneusement. La garde-robe de ma grand-mère est là, soigneusement rangée...
Soudain, dans un grand fracas la trappe s'ouvre et vomit un flot de lumière blanche. Elle envahit tout le grenier. Je n'y vois plus rien... Non ! Non !
Certains membres de ma famille sont autour de moi. Une infirmière affolée s'empresse à mon chevet. Je suis dans un grand lit. Ils parlent tous en même temps ; après cinq minutes d'effusions, de paroles dans tous les sens, j'arrive à comprendre la situation.Je sors d'un coma de trois jours, suite à une chute en voulant monter l'échelle vermoulue qui mène au grenier. Je suis tombé avant même d'avoir touché la trappe. Ma tête a violemment cogné contre l'angle du mur. Au fond de moi, je suis persuadé d'avoir vécu quelque chose de réel.
"Tu vois grand-père, j'ai ranimé les choses du passé. Elles sont sorties de leur coma, pour entrer dans le mien. Maintenant, je les emporte dans ma mémoire." -le grenier où les saisons du passé-françois dremeaux- encres vives
../...Si les fusils s'inventent des guerres, si les feuilles attendent le printemps, ne luttons pas, comme eux, contre le temps, contre la rouille il n'y a rien à faire../.." -maxime leforestier-la rouille-
mais la rouille a aussi ses amateurs ou trices
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