dimanche 5 avril 2026

roman fleuve





"On sait quand ça commence
Pas quand ça finira
On sait qu'on a la chance
Terrible d'être là
Malgré ce que l'on pense
De tout ce que l'on voit
Même si donner un sens
À tout ne se peut pas

On apprend la souffrance
On livre des combats
Qui sont perdus d'avance
Et qui n'apportent pas
D'issue, de délivrance
On fait n'importe quoi
On a peur du silence
On hurle dans les bois

Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos danses
Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos choix

Et vient la récompense
Quand on ne l'attend pas
Comme vient la pénitence
Quand on tendait les bras
On croit que l'on avance
En reculant d'un pas
On donne de l'importance
À ce qui n'en a pas

Butins et indulgences
Qu'on porte à bout de bras
Énergie qu'on dépense
Que rien ne nous rendra
Oh stupide innocence
Oh fol… et cætera
Cependant que s'avance
Le jour… et cætera

Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos danses
Oh iro, oh iro
Oh ironie de nos choix"
Philippe Djian





« il y a en ce monde des quantités de choses dont il est préférable, dont on a le devoir de rire. »        
Italo Svevo 

"Jung a dit un jour que la plus forte passion chez les humains n'est pas la faim, le sexe ou le pouvoir, bien que ces passions soient très fortes : la plus forte passion est la paresse.
Plus j'étudie les êtres humains, y compris moi-même, plus je suis portée à penser qu'en effet la paresse est la plus forte des passions."
Marie-Louise von Franz


                                                             |[|[|{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{



Science et vie Avril 2026 proposé par Serge T.

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-Vous évoquez des « valeurs érigées comme viriles ». Mais il semble que la virilité se soit moins construite en promouvant certaines valeurs que par rejet de « différences », non ? 

"Oui. Selon l’idéologie viriliste, il y aurait en effet d’un côté des hommes achevés, accomplis – le citoyen grec, le colon européen, le fasciste aryen… –, qui se donnent comme le meilleur du matériau humain, comme l’excellence humaine, et, de l’autre, des humains inachevés, inférieurs, lacunaires, que ces lacunes portent sur l’organisation politique, l’usage de la langue, l’accès à la rationalité, les pratiques sexuelles, les croyances religieuses, la couleur de la peau… Aussi, pour être reconnu comme viril, l’homme doit sans cesse prouver, démontrer, confirmer, par sa force, sa puissance et sa vigueur sexuelle, qu’il est bien un homme, un vrai. Tout se passe en fait comme si la virilité, jamais sûre d’elle, était toujours en attente d’une reconnaissance, d’une validation. Rappelons que le mot « testicules » vient du latin testis, qui signifie « témoin » ! L’homme aurait-il besoin de témoins de sa virilité si celle-ci n’était pas sans cesse mise en doute ?
 
 Pourquoi écrivez-vous que le garçon doit « devenir » un homme, alors que la fille « est » déjà une femme ?
C’est une idée que j’emprunte à l’anthropologue américaine Margaret Mead. Dans « Mœurs et sexualité en Océanie » [1928-1935], qui étudie plusieurs sociétés « primitives » de Nouvelle-Guinée, elle montre que le sentiment d’identité de genre est différent chez le garçon et chez la fille. Selon elle, devenir un homme est beaucoup plus difficile que devenir une femme. Car la fillette est naturellement femme, puisqu’elle a le même sexe que sa mère, qui l’a portée et nourrie, tandis que le garçonnet doit devenir un homme, en se différenciant de sa mère par un long processus d’intériorisation des codes masculins. Pour grandir, il devra se dégager de la symbiose originaire avec la mère. Toute l’éducation du garçon aura, de fait, pour mission de lui apprendre à rompre avec le féminin dont il est issu, à s’affirmer comme pleinement et ostensiblement mâle. Ce processus n’est jamais achevé, et de cet inachèvement découle ce sentiment permanent de menace sur le masculin, de précarité. 
 De fait, le primat de la force a été, au cours de l’histoire, une source d’anxiété nocive pour la plupart des hommes – pas seulement les « efféminés »…
Exactement, le devoir de virilité est un fardeau. On ne naît pas viril, on le devient, en obéissant à un faisceau d’injonctions physiques, comportementales et morales très coercitives et très discriminatoires pour tous, pas seulement les homosexuels et les hommes considérés comme féminins. Les hétérosexuels, sommés de satisfaire aux réquisits sociaux, en matière de performance – professionnelle, sexuelle, sportive –, de surface financière (car « sans pognon, on n’est rien ») et d’allure (taille, gabarit et look), continuent de se laisser prescrire leur idéal par un conformisme de genre qui leur impose la réussite et leur interdit les larmes.
Dès l’Antiquité, là où la femme est définie comme biologiquement faible, fragile, peureuse, entièrement gouvernée par ses entrailles, inapte à contrôler ses émotions, irrationnelle et passive, l’homme, à l’inverse, doit se montrer vigoureux, actif, puissant et dominateur. La vocation « naturelle » de l’homme est de gouverner et de créer. Car comment une femme pourrait-elle gouverner, alors qu’elle ne gouverne pas ses « flux » ? Tandis que l’homme verse le sang et le donne à la guerre, la femme, elle, perd son sang. Il a un sang glorieux, elle a un sang impur. Le monde et toutes ses catégories de pensée, binaires et hiérarchisées (haut/bas, actif/passif, public/privé, extérieur/intérieur…), se sont bâtis en se fondant sur cette essentialisation primordiale des sexes.
 
 Et c’est ainsi depuis la nuit des temps ?
Non, la domination masculine n’est ni originelle ni universelle. Elle procède d’une révolution anthropologique qui s’est produite au néolithique, entre le quatrième et le premier millénaire avant notre ère. Après des dizaines de millénaires marqués par des rapports de sexes relativement équilibrés, et par l’adoration de divinités féminines ou bisexuées, le monde bascule peu à peu dans une ère absolument et radicalement androcentrée, durant laquelle la femme perd l’essentiel de ses pouvoirs, ainsi que sa dignité. J’ai appelé cette révolution la « virilisation du monde ». Il leur reste bien sûr le pouvoir de porter et d’allaiter les bébés. Mais, à partir de l’Antiquité, l’homme s’attribue le rôle principal dans la procréation, là où elle n’est plus qu’un « réceptacle » destiné à recueillir le précieux liquide séminal.
La théorie de la préformation, dont l’influence se fera sentir jusqu’au XIXe siècle, explique ainsi que le sperme contient des mâles miniatures, appelés « homuncules ». Lesquels sont déposés tout faits dans le ventre maternel. C’est cette théorie que l’on retrouve dans le modèle de la « petite graine déposée par le papa dans le ventre de la maman ». Tout au long de l’histoire, le sperme est considéré comme un objet de culte, au même titre que la fascinante machine dévolue à son intromission dans le ventre féminin : le phallus.
 Phallus qui suscite une immense inquiétude, écrivez-vous : celle de ne jamais pouvoir contrôler l’érection…

Il se pourrait en effet qu’à l’origine de l’idéal viriliste il y ait, plus que la passion de la victoire, la hantise primordiale de la défaite, guerrière, sportive, professionnelle ou sexuelle. L’idéal viril repose sur la haine obsessionnelle de l’impuissance. Les hommes soupçonnés d’impuissance ont fait l’objet des pires condamnations à travers l’histoire. Rappelons simplement qu’il y eut aux XVIe et XVIIe siècles en France un tribunal de l’impuissance, dont les jugements envers les hommes accusés de défaillance étaient particulièrement sévères ! Il faut remonter à saint Augustin [354-430] pour comprendre à quel point la panne érectile était considérée comme une malédiction. Adam a désobéi à Dieu ? Eh bien, sa punition, ce sera de ne pas parvenir à contrôler son érection ! Le « fiasco » est donc une punition divine, une indignité, un cataclysme symbolique.
On a longtemps décrit le paterfamilias traditionnel comme un être distant, peu investi. Mais des travaux d’historiens montrent que le père antique ou de l’Ancien Régime peut être tendre…
Les pères aimants ont toujours existé. C’est ce que montre le médiéviste Didier Lett, auteur des « Enfants au Moyen Age » [Hachette, 1997] : selon lui, le thème de l’austère figure paternelle ne s’appuie que sur des sources normatives, à savoir le droit canonique ou les traités de pédagogie, qui n’ont pas vocation à être le lieu d’expression de l’affection ou de l’émotion. Mais si l’on étudie d’autres sources, iconographiques et narratives, on voit apparaître une tout autre image. Certaines Nativités, peu connues, montrent ainsi un Joseph « versant l’eau dans le bain du bébé […], préparant la bouillie, tenant l’enfant dans ses bras et le berçant, le prenant dans son lit, séchant les langes », écrit Didier Lett. Bien avant que le théologien Jean de Gerson n’écrive, au XVe siècle : « Ne rougissons pas de parler aux enfants comme le feraient de bonnes et tendres mères », il existait des pères nourriciers et attentifs, à l’image de Joseph, dont Gerson encourage inlassablement le culte. Quant au théologien protestant Martin Luther [1483-1546], qui aimait tendrement ses enfants, il considère que donner le biberon est une tâche extrêmement noble pour un homme.
Faudrait-il, selon vous, écrire une autre histoire de la masculinité, celle des hommes sensibles et respectueux des femmes et des enfants ?
Je voudrais surtout écrire un avenir de la masculinité, ou plutôt des masculinités. A la différence de la virilité, modèle unique et monolithique, les masculinités, elles, sont multiples. L’investissement masculin de la sphère privée et de la vie émotionnelle, la réinvention de la paternité, l’expression de l’émotion, déjà accomplis par de très nombreux hommes progressistes, ne constituent pas un « déclin », mais une chance pour l’humanité – peut-être sa plus grande chance : celle d’annoncer l’enthousiasmante émergence d’un meilleur équilibre des relations entre les deux sexes. C’est autour de cette question que, je crois, se jouera l’avenir du féminisme. Car tant que les hommes ne s’émanciperont pas des conformismes aliénants qui les amputent d’une grande partie de leur vérité psychique, ils s’interdiront des relations équilibrées avec l’autre sexe, et les femmes continueront à subir discriminations et violences. La révolution du féminin ne sera pleinement accomplie que quand aura eu lieu celle du masculin."
Olivia Gazalé interrogée par Arnaud Gonzague

illustration Antoine Marchalot pour le Nouvel Obs


BIO EXPRESS
Philosophe, Olivia Gazalé a enseigné à Sciences-Po Paris. Elle est notamment l’autrice du « Mythe de la virilité. Un piège pour les deux sexes » (Robert Laffont, 2017) et du « Paradoxe du rire. Et si ce n’était pas toujours drôle ? » (Seghers, 2024). 

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jeudi 2 avril 2026

les fondamentaux

 

Il est doux de songer
que je servirai un jour
à faire croître des tulipes.
Gustave Flaubert


Bientôt on va faire l'oeuf
comme un crâne de Pâques personnalisé
et
à l'accent rigolo,
les joues pleines de chocolat.
C'est un signe du temps consacré
à autre chose.
Ce qui nous échappe nous maintiens à niveau.


Hier les poissons étaient sur leur premier.
Toujours les fondamentaux...
j'te dis.


"Je crois à l'utopie d'une société plus humaine seulement quand nous serons conzscients de l'importance de notre responsabilité personnelle
Le jours où nous saurons dominer nos préjugés, nos haines, nos colères, pour éviter que ces sentiments deviennent collectifs.
Pour moi, la guerre n'est que la somme de nos haines et de nos préjugés personnels, et je continue de penser que la majorité des individus ont exploités les côté destructeur de leur nature. Ma seule utopie est d'espérer que nous pourrons un jour nous débarasser de nos préjugés. Nous pouvons découvrir la cause de notre agressivité et essayer de la transfmer en énergie: alors peut-être aurons-nous une société plus humaine."
Anaïs Nin extrait de: "Ce que je voulais vous dire"





"Ce lundi-là naquit tiède et sans pluie.
Don Aurelio ,Escovar, dentiste non diplômé et homme matinal, ouvrit son cabinet à six heures. Il sortit de la vitrine un dentier encoreemboité dans son moule de plâtre et posa sur la table une pognée d'instruments qu'il aligna dans l'ordre, du plue grand au plus petit, comme pour une exposition. il portait une chemise sans col à rayures, fermée en haut par un bouton doré, et un pantalon tenu par des brestelles. C'était un homme rigide, osseux, au regard qui correspondait rarement à la situation, tel celui des sourds.
Une fois les objets en place sur la table, il roula la fraise jusqu'au fauteuil mécanique où il s'installa pour polir le dentier. Il avait l'air de travailler sans réfléchir, mais il le faisait avec obstination, actionnant la pédale de l'instrument, même quand il ne l'utilisait pas.
Après huit heures il fit une pause et regarda le ciel par la fenêtre; il vit deux charognards pensifs qui se séchaient au soleil sur le toit de la maison voisine. Il se remit au travail en pensant qu'il allait encore pleuvoir avant l'heure du déjeuner
.../..."
Gabriel Garcia Marquez extrait de: "Un jour comme les autres" Les funérailles de la Grande Mémé."

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"Le 25 avril aura lieu la Fête de la librairie indépendante ! 700 librairies offriront à leurs visiteurs une rose et un livre édité pour l'occasion.

Le samedi 25 avril 2026, dans toute la France – mais également en Belgique, en Suisse et au Luxembourg – aura lieu la 28e édition de la Fête de la librairie indépendante durant laquelle près de 700 librairies offriront à leurs visiteurs une rose ainsi qu'un ouvrage inédit, le livre "Umberto Saba, poète et libraire à Trieste", spécialement édité pour l'occasion, en partenariat avec les éditions Gallimard.

Organisée en France par l'association Verbes et la librairie parisienne des Abbesses, cette grande fête de la librairie, moment d'échanges et de partage, est une déclinaison de la Sant Jordi en Catalogne, journée durant laquelle les Catalans s’offrent un livre et une rose."



                                 illustration source:Toile

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"On a trop oublié que l'individualité des hommes, une construction sociale, ne peut logiquement valoir que ce que vaut le sort que leur réserve la vie sociale."  
Jean-Léon Beauvois    


   

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Sophie Aram le 17 avril à 20h30 Salle andré Ravache_Le Pouliguen-                          
"Ces micro-agressions sont d'autant plus difficiles à saisir qu'elles n'obéissent à aucune qualification juridique comme le sont en France les déclarations racistes, homophobes, sexistes, antisémites et j'en passe. Elles n'existent finalement que dans le contexte d'une relation entre un individu mobilisant plus ou moins consciemment un volume de préjugés, de stigmates, de clichés envers un autre individu qui n'en est malheureusement pas à sa première confrontation sur le sujet. C'est la somme de ces expériences et la nature du préjugé mobilisé qui détermineront la violence de l'impact sur un individu. Ce qu'il y a de particulier dans l'ordinaire - qu'il s'agisse de racisme, de sexisme, d'homophobie, de grossophobie ordinaires - c'est la fréquence."
Sophia Aram


"Nous devons promouvoir une forme d’élégance dans les rapports humains, et préférer découvrir notre prochain plutôt que lui vomir nos préjugés dans la tronche et lui assigner toutes les idées préconçues qui soient au sujet de ses « particularismes ». 
Sophia Aram        





"Ils tiennent d'autant plus à leurs opinions, ces individus, qu'elles sont entrées par effraction dans leur intellect et qu'elles n'y sont associées à aucun univers rhétorique argumentatif. Qu'elles fonctionnent comme de bons sentiments auxquels ils sont venus par eux-mêmes."  
       Jean-Léon Beauvois  




 
Une valse à quatre temps
qui fait son entrée
dans le port