vendredi 28 novembre 2025

tout petit déjà

 

"Tout a une fin sauf la banane qui en a deux."


  Tout petit déjà, il imaginait le monde en grand.


Tout petit déjà, il ne se voyait pas plus grand que soi


Tout petit déjà, il s'accrochait au bastingage 




La devanture s'expose
intentionnellement
Le passant s'affiche
sans le vouloir.
La rue est un confluent de situations,
accouplement involontaire,
exhibition, représentation...


"Large houle de mémoire
et elle danse
la barque bleue de tête
sans joie

c'étaient de longs jours clairs
ou bien la pluie les rires les bières
tous les bars à flippers
et mutti le haddock
écrire aveugle écrire

Lame de mémoire
elle amène emporte des visages
le grand platane et la fenêtre aux petits carreaux
le lino bleu à décors d'hexagones
la falaise et la musique
les dunes leur gris-jaune sale
ambleteuse oyats la mer l'écume
de ce qui n'est plus que brassée de mots
par l'hélice d'un petit moteur evinrude arbre
long
au large de la crèche
ou bien marmite de dessalage
en fin de saison sous les arbres

était-ce ça
même pas sur maintenant
ça s'efface se dilue flou
dans l'eau verte
même les marguerites ne sont plus nettes
depuis le temps

vague levée de mémoire
sans menace
masse d'eau passée et repassée
lessiveuse d'images

essorage aussi

reste une tresse de vies
sèche
scalp"
Antoine Emaz "vague"-extrait de: "De peu" Tarabuste Editeur



"Je plains celui qui reste en arrière
Je plains celui qui reste là
à genoux dans la poussière
à attendre ce qui ne vient pas
Je plains celui qui appelle sa mère
Je plains celui qui n'en a pas
celui qui abandonne son frère
celui qui revient sur ses pas
Je plains celui qui ne voit pas clair
je plains celui qui n'entend pas
autant marcher dans le désert
autant se perdre dans les bois
Je plains celui qui ne sait pas quoi faire
de ses deux pieds de ses dix doigts
Je plains celui qui ne s'en sert
que pour le mal quoi qu'il en soit
Je ne lis plus les faits divers
Je souhaite bon vent à tous ces gars
Je les plains de toute manière
j'espère que leur vent tournera
Je plains celle qui considère
que tous les hommes sont du même bois
Je plains celle qui me jette des pierres
Je plains celle qui n'en démord pas 
Je plains celle qui me désespère
quand donc cette guerre finira?
Je plains celle qui refuse de faire
le moindre de ces pas vers moi
Je plains celui qui vend son âme
Je plains celui qui vend son bras
Rien ne peut les remplacer
Rien ne les remplacera
Je plains celui qui repart seul
celui qui n'a plus personne à son bras
et qui n'a pas d'autre boussole 
et qui n'a rien d'autre que ça."


"Aveugle et sourde,
la nature ne voit pas les châteaux
que nous bâtissons en paroles,
ni la bête à l’écart du troupeau
qui broute la fleur empoisonnée.

Elle n’entend pas les têtes chantantes
qui flottent au-dessus de nos rivières,
ni les tambours en peau de chagrin

qui nous servent à compter les jours."         
Gérard Macé


lundi 24 novembre 2025

la couverture à soi

 

En bordée, on croise de drôles de têtes.
Figées ,elles se disent la même chose de vous
sans doute;
et avec une expertise proche de l'habitude
des pelletées de regards,
pas toujours aimables.
parfois, certains passagers de nos lieux de vie
allez savoir pourquoi?
veulent s'approprier l'espace à leur unique envie.

Je respecte chacune et chacun
croisé(e) dans l'océan de la vie
dans sa dimension d'exister,
enfin j'essaye parce que ce n'est pas toujours facile
de vivre ensemble,
notre humanité est parfois fragile
et très proche de ses premiers instincts grégaires.


En bordée, on croise de drôles de têtes.
qui parfois se reconnaissent 
quitte à échanger un sourire de connivence,
en passant.


De temps en temps on ramène la couverture à soi;
enfin on essaye, on y croit...
et pourtant, objectivement parlant
on a tort d'insister,
on se fait du mal
et aux autres aussi
Au fond,
on le sait bien,
non?
mais parfois on s'en fout. ..
et on oublie alors,
de pleurer sa misère.

                 illustration source: Toile


                                          illustration source: "C'est la lune finale" (1980) Editions Encre

"Les gens qui ont des certitudes sont sûrs de se coucher le soir aussi cons qu'ils se sont levés le matin."  
Lucien Jerphagnon


"Char : un visage buriné, un accent provençal à couper au couteau, une conversation raffinée, un vocabulaire choisi, beaucoup de politesse et un léger parfum d’eau de toilette que l’on percevait par bouffées. Ce colosse colérique et conquérant, aux yeux méditatifs et bons, parlait d’égal à égal aux petits comme aux grands, ne pontifiait pas, était éperdument généreux, violemment sympathique et à peu près invivable.
(...) Un homme reste un homme, disait-il, et n’est poète que par éclairs, dans une solitude sans témoins."  



Commune présence

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

René Char "Le marteau sans maître (1934)

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          " La condition humaine, sais-tu bien ce que c'est ? Sans doute, non. D'où l'aurais-tu appris ? Écoute donc. Tous les hommes sont redevables à la mort, et il n'en est aucun qui sache seulement si demain il vivra encore. [...] Eh bien, tiens-toi en joie, enivre-toi et vis le jour présent, le seul qui soit à toi. Inscris le reste au compte du destin."