lundi 24 novembre 2025

la couverture à soi

 

En bordée, on croise de drôles de têtes.
Figées ,elles se disent la même chose de vous
sans doute;
et avec une expertise proche de l'habitude
des pelletées de regards,
pas toujours aimables.
parfois, certains passagers de nos lieux de vie
allez savoir pourquoi?
veulent s'approprier l'espace à leur unique envie.

Je respecte chacune et chacun
croisé(e) dans l'océan de la vie
dans sa dimension d'exister,
enfin j'essaye parce que ce n'est pas toujours facile
de vivre ensemble,
notre humanité est parfois fragile
et très proche de ses premiers instincts grégaires.


En bordée, on croise de drôles de têtes.
qui parfois se reconnaissent 
quitte à échanger un sourire de connivence,
en passant.


De temps en temps on ramène la couverture à soi;
enfin on essaye, on y croit...
et pourtant, objectivement parlant
on a tort d'insister,
on se fait du mal
et aux autres aussi
Au fond,
on le sait bien,
non?
mais parfois on s'en fout. ..
et on oublie alors,
de pleurer sa misère.

                 illustration source: Toile


                                          illustration source: "C'est la lune finale" (1980) Editions Encre

"Les gens qui ont des certitudes sont sûrs de se coucher le soir aussi cons qu'ils se sont levés le matin."  
Lucien Jerphagnon


"Char : un visage buriné, un accent provençal à couper au couteau, une conversation raffinée, un vocabulaire choisi, beaucoup de politesse et un léger parfum d’eau de toilette que l’on percevait par bouffées. Ce colosse colérique et conquérant, aux yeux méditatifs et bons, parlait d’égal à égal aux petits comme aux grands, ne pontifiait pas, était éperdument généreux, violemment sympathique et à peu près invivable.
(...) Un homme reste un homme, disait-il, et n’est poète que par éclairs, dans une solitude sans témoins."  



Commune présence

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

René Char "Le marteau sans maître (1934)

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          " La condition humaine, sais-tu bien ce que c'est ? Sans doute, non. D'où l'aurais-tu appris ? Écoute donc. Tous les hommes sont redevables à la mort, et il n'en est aucun qui sache seulement si demain il vivra encore. [...] Eh bien, tiens-toi en joie, enivre-toi et vis le jour présent, le seul qui soit à toi. Inscris le reste au compte du destin."

vendredi 21 novembre 2025

clair-obscur

 

La nuit
parfois 
au port des lumières narratives 
on aperçoit derrière leurs cages de drôles d'oiseaux
lissant leurs plumes
pour raconter une future histoire
qu'ils écriront à l'eau de mer
dans des ailleurs
énigmatiques




"Une fois que tu t'es enlevé toutes ces pensées dérisoires qui te hantent,
Une fois que t'as refait la route en sens contraire des aiguilles de la montre,
Quand tu as refait le monde, je veux dire à la dimension de ton monde,
T'as plus besoin de prophète, qui te montre qui tu es tu es toi même,
Quand t'as laissé reposer, ton esprit avec ton corps et qu'ils se moulent,
Dans cette nature éclatée et qui te fout du pollen dans les branches,
Quand le buis est responsable de l'éclatement des sens et qu'il te faut,
Du silence, du silence,
Tu peux venir avec moi, nous escaladerons ensemble cette montagne
Fais gaffe aux pierres du chemin, prends un bâton pour la route ça grimpe bien,
Et si tu es très fatigué nous nous arrêterons un peu, regarderons
En bas les mouches qui vivent, ou qui font semblant de vivre,
Et tu auras de ces joies, sauvages et incontrôlables lorsque tu verras,
Les petites granges d'ardoise sur un plateau minuscule où l'herbe est rase,
Et pour peu que les copains n'aient pas encore sorti les biques tu chercheras
Celle que tu aimes bien et qui bouffe tes cheveux à chaque fois,
Le soleil arrivera bien après l'aube piquante et réchauffera
Les petites perles blanches posées sur les herbes tendres et ton visage
Alors sans dire un mot tu t'allongeras jusqu'au moment où cette fille,
Que tu étais venu voir, s'allongera près de toi aussi,
Tu pourras rester le temps, le temps que tu voudras et même plus,
Justement en ce moment, coïncidence petit copain on fera rien
Et tu nous raconteras tranquillement où tu en es et nous aurons,
Des sourires de vainqueurs, mais sans gloire et sans orgueil...
Une fois ..."






 "Sur l’encrier une tache de clarté, une lumière douce,

l’ombre de la mémoire passant du veilleur au dormeur.

Quand le jour se lève sur l’encrier condamné au silence,

verrons-nous se dresser des mots non écrits,

des naufragés réclamant le droit de rester les maîtres du clair-obscur ?"

"Écrire, dis-tu,

face à la mer.

Et s’il y a du vent
à la place des mots
,

une main tendue
pour toute syntaxe
,

une quête, un murmure
à la place du style
,

c’est que tu donnes rendez-vous
à l’inconnu du larg
e

qui bat son rythme profond,
ses lames de fon
d

à l’intérieur
de toi."








"Faut-il partir? rester? 
Si tu peux rester, reste;
Pars, s'il le faut.
L'un court et l'autre se tapit.
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le temps! Il est, hélas! des coureurs sans répit,"
Charles Baudelaire- extrait de: "Le voyage"