Les transports en commun de l'occupation sont de retour
Alors
oserais-je dire:
C'est dans la poche!
Habitat lacustre
ou
île flottante
"C’est un air de flûte, la nuit,
Qui s’enroule au cou des brebis,
La tendresse,
Un vieux bouquin parcheminé
Qu’on lit devant la cheminée,
La tendresse.
C’est la colombe encore vaincue
Qui fait pourtant le pied de grue,
La tendresse,
Ce bel oiseau blanc déployé
Quand le désir est empaillé,
La tendresse...
C’est quatre notes d’un piano
Qui, bêtement font le coeur gros,
La tendresse.
C’est cette brute qui, soudain,
Éclate en sanglots dans ses mains,
La tendresse.
C’est, sur le quai de cette gare
L’émigrant qui cherche un regard
De tendresse.
Derrière les murs d’un lupanar,
C’est ce petit ticket d’espoir,
La tendresse...
C’est bien moins haut qu’votr’e Paradis,
C’est tout au fond du ventre enfoui,
La tendresse.
Ça s’apprivoise comme un renard,
Heure après heure, vingt ans plus tard,
La tendresse.
C’est ce qu’on avait en naissant
Lorsque l’on était innocent,
La tendresse.
C’est tout ce qui reste encore
Pour faire un pied d’nez à la Mort,
La tendresse."
" Ce qu’on appelle visage ne peut exister chez aucun animal excepté l’homme, et il exprime le caractère."
Ciceron
"Tous les êtres vivants sont dans l’ouvert, ils se montrent et se
communiquent les uns aux autres, mais seul l’homme a un visage, seul
l’homme fait de sa manière d’apparaître et de se communiquer aux autres
êtres humains sa propre expérience fondamentale, seul l’homme fait du
visage le lieu de sa propre vérité.
Ce que le visage expose et révèle n’est pas quelque chose qui peut
être dit en mots, formulé dans telle ou ou telle autre proposition
signifiante. Dans son propre visage l’homme se met inconsciemment en jeu
lui-même, c’est dans le visage, avant que dans la parole, qu’il
s’exprime et se révèle. Et ce que le visage exprime n’est pas seulement
l’état d’âme d’un individu, c’est avant tout son ouverture, sa manière
de s’exposer et de se communiquer aux autres hommes.
C’est pourquoi le visage est le lieu de la politique. S’il n’y a pas
une politique animale, c’est seulement parce que les animaux, qui sont
déjà toujours dans l’ouvert, ne font pas de leur exposition un problème,
ils y demeurent simplement sans s’en préoccuper. C’est pourquoi ils ne
s’intéressent pas aux miroirs, à l’image en tant qu’image. L’homme, à
l’inverse, veut se reconnaître et être reconnu, il veut s’approprier sa
propre image, il cherche en elle sa propre vérité. De cette façon il
transforme l’ouvert en un monde, dans le champ d’une incessante
dialectique politique.
Si les hommes avaient à se communiquer toujours et seulement des
informations, toujours telle ou telle autre chose, il n’y aurait jamais,
à proprement parler, de politique, mais uniquement échange de messages.
Mais puisque les hommes ont avant tout à se communiquer leur ouverture,
c’est-à-dire une pure communicabilité, le visage est la condition même
de la politique, ce en quoi se fonde tout ce que les hommes se disent et
échangent. Le visage est, en ce sens, la vraie cité des hommes,
l’élément politique par excellence. C’est en se regardant en face que
les hommes se reconnaissent et se passionnent les uns pour les autres,
perçoivent ressemblance et diversité, distance et proximité.
Un pays qui décide de renoncer à son propre visage, de couvrir avec
des masques en tout lieu le visage de ses propres citoyens est, alors,
un pays qui a effacé de soi toute dimension politique. Dans cet espace
vide, soumis à chaque instant à un contrôle sans limites, se meuvent
maintenant des individus isolés les uns des autres, qui ont perdu le
fondement immédiat et sensible de leur communauté et peuvent seulement
échanger des messages adressés à un nom désormais sans visage. À un nom
désormais sans visage."
Giorgio Agamben -Traduction Florence Balique-sources Quodlibet